‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 57 sur 125 · CC1X · texte numérisé non relu

CC1X

Ai), élr., France, t. -jo8. I" 3ia \°; t. a g du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

V M. MILET ou MILLET.

Dinant, i ."> novembre 1 65 1 .

( t.XlR.UT.)

M. le Mareschal1 aura veu le sieur Bartet, et j'espère que la Reyne, aprez son arrivée, aura eu la bonté de prendre les dernières resolutions et de faire partir quelqu'un en diligence pour me les faire sçavoir. J'ay veu ledict Bartet dans le sentiment que M. le Mareschal tesmoigne avoir en ce qui me regarde, et je puis dire avec vérité que, quand je partv de Briille2. j'avois desja faict le mesme projet, ayant fort bien recogneu que mon mal se rendroit tout-à-faict incurable, si je n'y apportais quelque prompt remède. Je ne perds pas de temps et je travaille avec beaucoup de diligence et de soin à tout ce qu'il faut, afin que tout ce que j'executeray apporte des advantages réels et solides à l'Estat et aux personnes du Roy et de la Reyne. Seyron dira à M. le Mareschal en détail ce que je fais présentement.

Ce pendant je le conjure de deux choses: la première, de presser la Reyne à faire présenter, sans perdre un moment de temps, la déclaration contre M. le Prince à tous les parlemens de France, estant absolument nécessaire que cela soit faict devant que j'entre dans le royaume, n'important pas s'il arrivoit que le parlement de Paris, ou quelque autre, refusast delà veriffier; l'autre, défaire expédier en toute

' Le maréchal du Ptasis-Prasliu. — ' On a déjà vu que Mazarin e'erit Brùllc ou Bruel, au lieu de Brûhl.

Mtziniv — i». 6.'^

Novemb. i( ;>i diligence un courrier avec les expéditions que je demande par Seyron, et M. le Mareschal verra, aprez, que je ne perdray pas un moment de temps pour me rendre au lieu où il est, ou en quelque autre que Leurs Majestez me pourroient commander, en bonne compagnie1. Le secret en cecy est de la dernière importance. C'est pourquoy je m'asseure que personne n'en aura la moindre cognoissance.

Je m'asseure que M. le Mareschal travaillera incessamment, et de concert avec ceux qui ont les mesmes sentimens que luy, pour entretenir la Reyne dans ceux qu'EHe a présentement; car il ne fautpas douter que, si on en peut éventer quelque chose, certaines gens ne mettent toutes pièces en œuvre et n'usent des mesmes artifices, desquels ils se sont servis jusques à cette heure, pour tascher de la faire changer, luy donnant des effroys et luy imprimant que tout sera perdu, si on me voit dans le royaume.

GGX.

Aff. étr. , France, t. 268, f° 3i li v°; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin.

Copie du temps.

A M. DE FABERT

( EXTRAIT

Dinant. i8novembro 1 65 1

M. de Beaujeu- vous aura informé de tout ce que je l'ay prié de vous

' Le maréchal du Plessis-Praslin dit , dans ses Mémoires (p. h 2 8, de l'édit. Michaud et Poujoulat), qu'il écrivit lui-même toutes les pièces que demandait Mazarin. La Cardonnière les porta au Cardinal. Cependant Mazarin différa encore son retour, et ce fut seulement en décembre 1 65 1 , après avoir reçu un nouvel ordre du Roi , expédié par le secrétaire d'Etat, comte de Brienne, en la forme ordinaire, que le Cardinal entra en France.

Ainsi s'explique la contradiction apparente que présentent les mémoires de Brienne avec ceux du maréchal du Plessis-Praslin. Chacun

d'eux raconte, en effet, qu'il a rédigé l'ordre du lîoi pour le rappel de Mazarin, et tous deux disent vrai, parce qu'ils parlent d'ordres expédiés à des époques différentes, l'un en novembre et l'autre en décembre 1 65 1 . 11 faut insister sur ce point . parce que des historiens d'une autorité incontestable, comme M. Henri Martin, ont remarqué cette apparente contradiction des mémoires de Brienne et de du Plessis-Praslin . sans en expliquer la cause.

2 Voy. sur ce personnage, t. III, p. 33o. note 9 , des Lettres de Mazarin.

DU CARDINAL MAZARIIS. &99

dire, et, par bonheur, s estant rencontré qu'il n'estoit pas party, lorsque Novemb. i65i. la Cardonniere1 est arrivé, il vous aura aussy pu dire en détail les intentions du Itoy et de la Revue à mon esgard,et que mes résolutions ensuite n'ont pas esté de précipiter mon voyage à la Cour pour des raisons tout-à-faiet démonstratives, lesquelles, je m'asseure, seront approuvées de vous, lorsque vous aurez pris la peine de les entendre de mondict sieur de Beaujeu; et, en cas que vous jugiez qu'il y ayt quelque chose à changer, il y aura assez de temps pour le faire lorsque j'auray eu le bien de vous entretenir. J'espère que ce pourra estre vers mercredy ou jeudy ; mais je me remets à vous en advertir plus précisément. Ce pendant j'ay faict venir M. le comte de Wagnée2, et je le prie de s en aller à Bouillon, luy ayant confié qu'un de ces jours je m'y pourrois rendre sans bruict. Ledictsieur comte m'ayant dict qu'il ne seroit pas difficile, considéré la misère du pays, de lever dans le duché de Bouillon et aux environs trois cens bonshommes de pied, auxquels on pourroil donner un rendez-vous auprez de Rethel, ou en quelque autre endroit qui ne fust pas plus esloigné de Sedan, et que le maresclial de la Ferté pourroit indiquer; aprez quoy, il esperoit que cela pourroit estre faict en huict jours, et que choisissant des officiers accréditez et capables, ces ;rens-là tiendroient fort bien et iroient partout. On pourroit faire les compagnies de cent [hommes] chacune , comme estant estrangeres, et les joindre, ou à mon régiment allemand, qui sert dans l'armée de M. le mareschal de la Ferté, ou en user comme vous jugeriez plus à propos. Mondict sieur comte m'a dict qu'il vous verroit, s'il estoit nécessaire, pour adjuster cette levée, et vous pourrez luy advancer l'argent qu'il voudra à raison de six escus pour homme, prenant conjointement avec luy les précautions d'en donner une partie aux soldats, lorsqu'ils seront au rendez-vous, afin que les officiers tiennent plus ponctuellement ce à quoy ils se seront obligez. Je ne vous sçaurois assez dire à quel point je suis obligé à la chaleur que ce gentilhomme me tesmoigne pour toutes les choses, qui, en quelque façon qu'elles se puissent faire, re-

\oy. sur la Cardonnière, ci-dessus, p. 387, note 1. — ' Ce personnage était un des principaux conseillers de l'électeur de Cologne.

Novemh, i65t. gardent mes interests et ma satisfaction. Aussy je seray ravy lorsqu'estant en posture de le servir, j'en auray l'occasion.

Je vous envoyé la lettre cy-jointe pour M. le comte de Grandpré1. Je vous prie de l'asseurer que je n'auray jamais occasion de le servii que je ne l'embrasse du meilleur de mon cœur pour luy donner des marques ell'ectives de l'amitié que je veux tousjours avoir pour luy.

Je vous prie de voir, avec M. le mareschal de la Ferté, si les ofliciers du régiment de Cognac (lequel pourtant je m'employeray [pour] qu'il soit donné à celuy qui le commande, qui est un des meilleurs officiers d'infanterie qui serve le Roy et fort de mes amis)2 se voudroient charger de lever promptement trois cens hommes pour fortifier ledict régiment, et, en ce cas, vous me ferez plaisir de donner l'argent qu'il faut pour la levée desdicts trois cens hommes.

Quoyque je ne doute point que vous n'en soyez adverty, je croy pourtant qu'il ne sera pas mal que vous sçachiez que Jobart me mande qu'il avoit esté obligé, en recevant de l'argent pour moy, à prendre les louis à xi tt, 10 sols.

On a arresté desja la levée de deux mille quatre cens hommes de pied et cinq cens chevaux des troupes de Brandebourg, qu'on asseure estre composées des meilleurs soldats d'Allemagne. Ces messieurs, qui me sont venus voir, ont tesmoigné qu'il auroit esté mieux et plus advantageux pour moy d'employer cet argent à des levées en France, et quelques uns parmy eux craignent que l'entrée des troupes estrangeres dans le royaume ne me fasse du préjudice, dans l'aversion que les peuples ont contre elles par les mauvais traittemens qu'ils en ont receus, depuis que, par le desordre arrivé dans les finances, le Roy n'a pas pu les entretenir à l'accoustumée. Je vous prie de me mander vostre sentiment là-dessus; car je serois bien fasché d'y avoir employé cinquante mille escus, et que cela ne me fist pas de proffit, et, si je reçois

1 Voy. t. lit, p. lf]û, note 2 , des Lettres pouvoir eu modifier le texte, quoique le mot

de Mazarin. pourtant soit complètement inutile et doive

8 Cette parenthèse, dont la tonne est ir- être probablement attribue à une erreur du

régulière, est intelligible, et je n'ai pas cru copiste.

DU CARDINAL MAZAR1N. 501

vostre response bientost, peut-estre je seray encore assez à temps pour Novemb. 1661. diminuer cette despense.

Ce (|iii m'empesche de m'advancer pour avoir présentement le bien de nous \oir. c est que j'attends la personne ' que M. le comte de Fuensaldagne m'a mandé, par Besraaux, qu'il menvoyeroit pour m'entretenir sur ce qui regarde la paix; et , quoyque je croye que ce ne sont que des paroles, l'affaire est de trop grande importance pour la négliger, afin de tirer, au moins, l'advantage [qu'on recognoisse] qu'il ne tient pas à la France que la Glirestienté ne jouisse bientost du repos, après lequel elle souspire, il v a si longtemps. Je vous conjure que ce particulier-icy2 ne soit pénétré de personne.

M. le comte de Wagnée vous fera sçavoir des nouvelles des ennemis, lesquelles méritent qu'on y fasse reflexion, et ne sçachant pas si vous aurez receu la copie de la lettre que M. le duc d'Orléans a escrite à M. le Prince3 par Vineuil4, je vous l'envoyé cy-jointe.

CGXI.

\tl. étr., France, t. 268. f° 3i6 v°; t. 20 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

Dinant, 19 novembre i65i.

(extrait.)

Sur ce qu'il avoit plu à la Reyne de m'ordonner touchant quelques levées, afin que mon entrée en France, en posture de rendre en toutes

' Celte personne était Antonio Pimentelli. tilhomme attaché au prince de Condé. Il

Ce renseignement particulier. en est souvent question dans les Historiettes

3 Celle lettre avait été interceptée et fut de Tallemant des Reaux.

publiée. Les Mémoires d'Orner Talon, p. 45o 5 Ce mémoire fut envoyé à la Cour par

ledit. Michaud et Poujoulat), en donnent le Mazarin en réponse aux dépêches apportées

résumé. par la Cardonnière. Il est surtout destiné à

\nlier. sieur de Vineuil, était un gen- expliquer son retard.

.<>()-; LKTTRKS

Notemb. i65i. façons quelque service considérable au Roy, eust généralement plus d'approbation, dans un temps où S. M1" a plus affaire de ses serviteurs, je m'appliquay d'abord à l'exécuter; et comme, sans avoir sceu les volontez de la Reyne, j'avois eu les mesmes pensées, j'avois introduit quelques négociations avec le comte deWaldeck1, qui est ie favory de l'électeur de Brandebourg, pour avoir une partie des troupes que ce prince devoit licencier, estant une des conditions du traitté de la paix qu'il a conclu avec le duc de Neubourg2. J'envoyay tout aussy tost en diligence un de mes secrétaires et un autre gentilhomme pour ai-reste r la levée de deux mille cinq cens hommes de pied et de cinq cens chevaux; ce qui a esté faict, en sorte qu'on devoit délivrer la moitié de l'argent le i3 de ce mois, et il n'y avoit rien qui le pust empescher, si ce n'est qu'on recognust l'impossibilité du passage de ce corps pour venir en France à cause du rencontre des troupes de Lorraine, qui sont tontes assemblées entre les pays de Juliers et de Trêves.

J'ay donné encore d'autres sommes d'argent pour faire des levées en toute diligence en divers endroits de la Champagne et de la Picardie, et particulièrement pour renforcer quatre regimens de cavalerie et deux d'infanterie qui sont tout délabrez et qui sont composez de bons officiers, de façon que, si tout cela avoit son effect, comme je le dois espérer, l'on pourroit avoir ensemble un corps assez considérable, sans retirer des frontières de Champagne et de Picardie plus de deux cens chevaux et [de] cinq cens hommes de pied, puisque le régiment de Navailles, que je compte parmy les quatre susdicts, avoit desja sa route pour marcher en Guyenne.

J'ay travaillé, en outre, incessamment, en exécution des ordres que j'en ay receus, pour voir ce qu'il seroit possible d'advancer à l'esgard de la paix générale, et il y auroit desja deux mois que je me fusse veu en secret avec le comte de Fuensaldagne, si les espérances que les Espagnols ont conceues de la déclaration de M. le Prince n'eussent obligé le

' Voy. pi-dessus, p. 468, note 2. lecteur de Brandebourg et ie duc de l\eu-

* La possession du duché de Glèves avait bourg. Il a été question de ces deux princes, été la principale cause de la lutte entre Té- ci-dessus, p. '468. note 1.

comte à se servir de divers prétextes pour le diffère? ', entretenant Novemb. 1661 lousjours correspondance avec mo\ e1 me faisant asseurer que le Roy, son maistre. préférerait bousjoure une boiine pais à tous les advantages que lin pourrai! produire la continuation de la guerre; mais voyant que l'affaire tirait de longue*, je pris résolution en arrivant en ce lieu de lu\ despeseher le mesme gentilhomme2, duquel je me suis servy en cette négociation, pour luy dire que je ne doutois point que les ministres du ro\ catholique, qui estoient auprès de sa personne, aussy bien que ceux qui estoient en Flandres, ne lussent bien embarrassez entre les propositions de M. le Prince et les miennes, qui estoient d'une nature bien dilî'erente, puisque les unes alloient à augmenter et perpétuer le mal et le desordre dans la Clirestienté , et les autres'à y establir le calme et toutes les prosperilez que la guerre en a bannis; mais que je ne doutois point qu'on ne list grande dilference entre le bien certain et des advantages fort douteux, qu'on ne pouvoit pas mesme obtenir sans que tous les gens de bien en fussent au desespoir.

Sur quoy je m'estendis beaucoup, entrant en matière sur lestât de leurs affaires et des nostres pour leur faire cognoistre qu'ils n'ont pas moins besoin que nous de la paix, concluant qu'il y avoit desja un mois que j'estois venu en ces quartiers, ainsy que nous avions arresté pour avoir plus de commodité de traiter et de nous voir, lorsqu'on l'auroit jugé à propos; que rien ne m'arrestoit icy que cette seule considération de donner tous mes soins, en conformité des ordres que j'en avois, pour contribuer à l'advancement d'un bien si nécessaire aux deux couronnes, et aprez lequel la Ghrestienté souspire depuis un si longtemps, et que j'estois tout prest à me rendre, sur sa parole, eu un lieu qu'il m'assigneroit , pouvant dire avec vérité que, quelque advancc que je fisse en une affaire de cette conséquence, je ne satisfaisois pas assez ny à mon devoir ny à la passion que j'ay de la voir heureusement réussir, et que je le suppliois de me donner une response précise, parce

' Pour différer cette entrevue. gardes de Mazarin. Besmaux devint plus tard

- On a vu, ri-dessus, p. &7Z1. (pie ce gouverneur de la Bastille, comme on l'a dit gentilhomme était Besmaux. capitaine des ci-dessus, p. 'i8'i, note 2.

50/i LETTRES

Vovemb, i65i: qu'aprez cela j'estois obligé à prendre quelques résolutions sur mes a lia ires.

Et parce que je n'ay pas douté qu'on ne pourroit pas taire la levée des troupes de Brandebourg en si grand secret que ledict comte n'eust à la fin cognoissance que c'estoit par mon ordre, et que cela le pourroit porter à prendre quelque resolution qui me fust préjudiciable, je cbargeay ledict gentilhomme de luy dire confidemment que je faisois estât de lever deux ou trois mille hommes, auxquels je me pusse fier pour entrer en France et aller eu quelque endroit où je pusse estre en toute seureté. Ce gentilhomme n'a esté de retour que depuis quatre jours, et il en a demeuré treize dans son voyage, parce qu'il a esté obligé d'aller chercher ledict comte jusques à Bergues, et se trouvant embarrassé dans la response qu'il me leroit, il a différé quatre jours à la donner, prenant de grandes précautions lorsqu'il l'entretenoit, afin que cette correspondance ne pust pas estre descouverte par les personnes qui sont auprez de luy et de l'Archiduc, pour solliciter les afïaires de M. le Prince.

Enfin celle1 que j'ay receuea esté tres-civile, excusant le retardement sui' la maladie de Pimente!, gouverneur de Nieuport, qui est ce!u\ qui a faict les allées et venues2, et me faisant de grandes protestations que le roy, son maistre, estoit encore libre pour pouvoir conclure la paix avec le Roy; que, luy, en avoit encore le pouvoir; qu'il me confirmoitde nouveau qu'il ne souhaitoit rien tant que de s'employer conjoinctement avec moy pour la perfection d'un si bel ouvrage et qu'on ne faisoit pas grand fondement sur tout ce qui se passoit en France, l'expérience ayant assez bien faict apprendre en Espagne que toutes ces levées de boucliers des princes du sang et des personnes mal salisfaictesaboutissoient,à la fin. à s'accommoder, sans avoir grande considération pour les engagemens. dans lesquels ils estoient entrez en faveur de qui les avoit assistez; que ne voulant pas confier ce secret à d'autres personnes qu'à Pimente!, qui commençoit à se bien porter, il me l'envoyeroit aussy tost qu'il pourroit

1 La réponse. — "De la part du comle rie Fuensaldagne.

Dl CARDINAL M IZARIN. 505

faire la traitte à cheval; que ce pendant il l'ameneroit, dans son car- Novemb. i65i. rosse, jusqu'à Mons [tour l'informer de loul ce qu'il croiroit me devoir représenter pour sçavoir mes intentions auparavant que nous nous vissions, parce qu'il croyoit qu'il estoit de mon inierest et du sien qu'on ne list pas cette entre veue inutilement. J'attends ledicl Pimente] dans cette semaine ; car luy aussy bien que le comte de Euensaldagne m'ont fait asseurer positivement que cela seroit sans faute.

I n secrétaire de M. de Lorraine1 m'est venu voir deux fois, et il m'a fort parlé de son accommodement, sur lequel j'ay respondu ce que je devois comme j'ay faict à M. le Rhingrave, qui se mesle de la mesme chose, aussj bien que d'acheter et de louer en son nom, ou en celuy du prince de Salin, son neveu, deux mille hommes dudict duc, pour les joindre après à l'autre levée qui se faict des troupes de Brandebourg, et conduire ce corps en France pour y servir le Roy ; de quoy il a beaucoup d'envie, ayant tousjours esté tres-passionné pour le service de S. M1'', et il espère que MM. les Estats -luy en donneront la permission. Ledicl secrétaire m'a donné parole de me revenir voir cette semaine avec une response précise de son maistre et ses dernières resolutions.

J'ay voulu faire un récit en détail de tout ce que dessus, afin que Leurs M'" recognoissent de plus en plus que mon plus grand contentement sera tousjours d'advancer leur service. Car si, à l'arrivée de la Cardonniere, ayant seulement esgard à ma satisfaction, je me fusse résolu de partir deux jours aprez, nonobstant l'argent donné, les levées, qui se font à Cleves, eussent esté en grand danger d'aboutir à rien, estant nécessaire qu'une personne d'authorité et qui ne plaigne pas la despense soit icypour surmonter les difficultez qu'on rencontrera dans leur passage, lequel ne peut estre qu'à la fin de ce mois.

En second lieu , quoy que je sois tres-persuadé qu'il n'y a pas lieu d'espérer aucune conclusion avec le comte de Fuensaldagne, par les raisons qui tombent dans le sens d'un chacun, dont la principale est de voir que, du costé d'Espagne, on donne des hommes, des vaisseaux et

' Ce secrétaire se nommait Raulin. — ' La république des Provinces-Unies, gouvernée par l'assemblée des Etats généraux.

tn/wiv IV. , 1)6

IMPRIHCniE BIIIOI

Xovcmb. iô5i. d<; l'argent à M. le Prince et que tout ce que faict ledict comte est asseurementpour voir à quelles conditions le Roy consentiroità la paix, afin d'en informer son maistre, neantmoins, si je partois sans attendre Pimentel et sans m'abouclier, aprez, avec ledict comte, si on en tombe ainsy d'accord , on n'eust pas manqué de publier que je les aurois amusez , et que, quand les choses estoient en estât de voir à qui il tenoit que la paix ne se conclust, je m'en serois allé sans en vouloir seulement entendre parler. La fin de cette négociation ne peut estre qu'advantageuse au Roy, puisque si, par bonheur, il y avoit lieu de conclure quelque chose, je ne manquerois pas d'y faire mon devoir, et le pis-aller sera de recognoistre quelle est l'intention du roy d'Espagne, la qualité de ses prétentions pour faire la paix, et s'il a celle de n'y consentir point que M. le Prince n'y soit compris et satisfaict.

Pour le troisième point, il estoit aussy à propos d'attendre le retour du secrétaire de M. de Lorraine pour sçavoir si l'efïect de toutes les conditions qu'il demande doit précéder l'offre qu'il faict de servir le Roy avec sa personne et ses troupes dans les conjonctures présentes; car je lu y ay faict sçavoir qu'en ce cas je ne croyois pas qu'on fust disposé , à la Cour, à consentir que la rescompense precedast le service. Il est aussy important de sçavoir s'il peut réussir à M. le Rhingrave de conclure quelque chose pour les deux mille hommes; car, outre que, cela estant, on auroit un corps plus considérable, on asseureroit, parce moyen, le passage des troupes que l'on levé à Cleves, lesquelles viendraient tout droit à Maestricht et de là prendraient la route par ce pays, M. l'Electeur1 y ayant desja consenty.

Voilà ce qui regarde le dehors, et il me semble assez important pour m'exposer avec raison à estre blasmé, si je l'eusse abandonné. On peuj; adjouster àcecyque, dans les grandes obligations que j'ay à Leurs MtM, particulièrement pour la resolution qu'il leur a plu de prendre de me rappeler auprez d'Elles, je dois employer tous mes soins pour empescher qu'Elles ne reçoivent aucun préjudice de mes actions ny

1 il sagil ici de l'électeur de Cologne, souverain du pays de Liège.

DU CARDINAL MAZARIIV 507

inesme de celles que je pourrais faire par leur ordre. Or il est certain Novemb. i65i (jue Leurs M1" et l'Estat en eussent receu un très-grand, et M. le Prince et les malintentionné/, un grand secours, par la facilité qu'ils auraient eiie d'imprimer mille fausseté» dans l'esprit des peuples, si l estois entré [en France] auparavant <jue la déclaration lusl présentée au parlement de Paris et aux autres, et qu'on n'eust veu qu'il n'y a rien à espérer de 1 accommodement, duquel M. le duc d'Orléans se mesle depuis six semaines, sans qu'il ayt pu seulement obtenir de M. le Prince une conférence; car entrant auparavant que la déclaration soit, au moins, présentée1 (n'important pas quand le parlement de Paris reluseroit de la vérifier), et qu'il se fust écoulé assez de temps pour que le public lusl persuadé qu'on avoitmal respondu aux advancesque le Roy avoitfaictes pour procurer le repos à ses sujets, en ayant donné pouvoir à S. A. R., on auroit donné beau ebamp à tous les inalintentionnez de respandre et imprimer que, sans que je fusse entré2, S. A. H. esloit sur le point de faire l'accommodement; que M. le Prince luy avoit donné carte blanche pour cela, ne souhaitant rien avec plus de passion que de rendre ses tres-humbles services au Roy et contribuer à la tranquillité du royaume; que la Reyne, pour rendre inutile le pouvoir donné à S. A. R. et plonger la France dans une guerre civile, de laquelle elle ne pust jamais se relever, m'avoit faict revenir, ne se soucianl pas de sacrifier le royaume pour me donner des marques de bienveillance; que Ja déclaration contre M. le Prince ne se presenteroit qu aprez mon retour, lequel [retour] ils ne manqueroient pas de dire qu'il justifie tout ce que M. le Prince faict pour se garantir d'une oppression qu'il doit bien plus appréhender, quand il voit son plus grand eoneavj auprez de Leurs Mte\ eu estât de luy nuire.

1 On voit par les Mémoires d'Orner Talon . 4 décembre i65i. Il ne faul pas confondre

p. 45 1 ( édit. Michaud et Poujoulat), que les cette déclaration avec le jugement solennel,

gens du Roi reçurent, le 3o novembre 1 65 1 , qui ne fut prononcé qu'en 1 654 , dans une

un ordre du Roi pour demander que, toute assemblée du Parlement et des pairs du

affaire cessante, on enregistrât la déclaration royaume, présidée par le Roi. contre Condé. Cet enregistrement eut lieu le ' Le sens est : si je n'étois pas entré.

Novemb. j «55 1 . Enfin il ne faut pas clouter qu'on ne dist tout ce que dessus et beaucoup davantage et qu'on fourniroil des armes etde[la] matière à M. le Prince et à tous les factieux pour combattre advantageusement et me faire passer dans le public pour la cause de tous les maux; car, outre que les meschans sont assez fertiles d'artifices et de prétextes bien colorez pour surprendre l'innocence des peuples, en cette occasion [ils] n'eussent pas eu grande peine à les ranger de leur costé dans la croyance que mon retour empeschoit les efîects de la disposition en laquelle M. le Prince estoit de sacrifier tous ses interests particuliers pour donner la paix au royaume. Etquoyqu'il ne faille pas douter que, nonobstant tout ce qu'on fera , les mesmes factieux ne laisseront pas de mettre toutes pièces en œuvre pour attribuer à la Reyne et à moy la révolution du royaume, neantmoins ils auront de la peine à faire impression dans l'esprit des peuples, si M. le Prince est auparavant déclaré criminel , et qu'il paroisse que la surseance à présenter la déclaration, à quoy le Roy a eu la bonté de donner les mains pour voir si le pouvoir donné à S. A. R. pour l'accommodement feroit quelque effect, n'a servy de rien qu'à voir commettre tous les jours à M. le Prince de nouveaux excez et pratiquer tous les moyens imaginables pour allumer le feu partout et mettre le royaume en proye aux ennemis.

La response, que M. le Prince a envoyée à M. le duc d'Orléans par Vineuil, est bien favorable pour cecy, puisqu'il paroist assez qu'il refuse la conférence, ne voulant pas traiter avec des personnes d'intégrité que le Roy a nommez pour accompagner S. A. R. l, se plaignant qu'il est mal traité dans le pouvoir que S. Mtë a donné à M. le duc d'Orléans, ettascbant, lorsqu'il ne veut pas entendre à l'accommodement, d'exagérer que ceux qui sontauprez du Roy, et tesmoignentde le souhaiter, en sont fort esloignez. Cette response donne, à mon advis, un fort grand advantage au Roy, lequel peut prendre occasion de dire qu'aprez les

1 Les personnages qui étaient chargés Marguerie etd'Aligre. eouseillers d'État, et

d'accompagner le duc d'Orléans clans sa né- trois membres du Parlement, le président

gociation avec Gondé étaient le maréchal de de Mesmes et les conseillers Mesnardeau et

L'Hôpital, gouverneur de Paris, MM. de la de Cumonl.

DU CARDINAL MAZUUN. 509

advances qu'il a laides, dans lesquelles il a eu plus desgard au repos Novemb. itiSi. de ses sujets qu'au soustien do sa dignité, voyanl que M. le Prince esl

endurcv et qui! abuse de ses boutez, il veut que la déclaration soit veriffiée dans les Parlemens et qu'on cesse de rechercher1 M. le Prince, espérant que le temps le conseillera de changer une conduite si pernicieuse et de chercher les moyens d'apaiser sa juste indignation.

Quand je serois aux Indes, il me semble que, par justice et par prudence, on ne devroit pas perdre un moment de temps à faire ce que dessus qui produira de très-bons ell'ects; et inoy entrant en estât dcservir le Roy et protestant que les persécutions que j'av souffertes n'ont pas pu empescher «pie je ne vinsse tesmoigner, eu ce rencontre, ma fidélité à S. M'' et ma passion pour ['Estât, sans prétendre a quoy que ce soit qu'à me venger de mes ennemis, en leur Taisant cognoistre que rien n'est capable de me rebuter, lorsque je vois jour de pouvoiren quelque façon contribuer au bien du royaume, je dois espérer que mon retour sera applaudy par la plus grande partie des François, et, s'il est suivy de quelque événement qui leur soit advantageux, je pourrois attendre une approbation générale.

Il seroit aussy fort à propos que le Hoy ne différas! pas davantage à escrire une lettre bien raisonnée pour remettre les Esta ts [généraux]'2 dans quatre ou cinq mois, puisquen effect les raisons sont évidentes pour persuader un cliacun que, si Sa Mlé en usoit autrement, Elle ne feroit pas bien; car le meilleur remède qu'Elle ayt. pour esteindre le feu qu'on allume de tous costez, c'est d'y porter sa personne, de façon que ses sujets souffriront notablement, si Sadicte Mlé laissoil de prendre cette peine3, et, au lieu de travailler à ce qui presse le plus et qui peut en peu de temps réduire une grande partie de ses sujets à une ••xtreme misère, si on n'y apportoit un prompt remède, Sadicte VI'

Le mol rechercher est pris ici dans le ' On a vu que les Etals généraux devaient

-m- de solliciter M. le Prince d'entrer en né- être réunis aussitôt après ta proclamation de

gociation avec le duc d'Orléans et les conseil- la majorité du Roi.

lers qu'on luiacait adjoints, comme on l'a vu * Dans le sens de : négligeoit de prendre

dans la note de la page précédente. cette peine.

Novenab. >6.r>i. ahandoiinoit tout pour aller tenir les Estats. J'adjousteray à cecy qu*il n'y a pas homme sensé dans le royaume qui ne croye qu'ils doivent estre présentement di lierez, et il ne seroit pas mal, à mon advis, qu'on relevast aussy un endroit de la lettre de M. le Prince, qui a esté présentée par Vineuil, où il dict qu'on s'est opiniastré à vouloir tenir les Estats à Tours, parce que les sulï'rages n'y peuvent pas estre libres. Ce qu'il semble qu'il advauce pour avoir occasion de protester contre, conjoinctement avec S. A. R., en cas qu'on n'y prenne [pas] les resolutions qu'il voudroit.

Une des raisons pour lesquelles la Gardouniere in'a dict qu'on souhaitoit que je me rendisse au plus tost prez de Leurs. Mte\ c'estoit la crainte que l'on avoit que, du costé de Paris, on ne fist les derniers efforts pour l'accommodement avec M. le Prince, et que, par des interests particuliers, diverses personnes, qui sont à la Cour, n'appuyassent ces instances auprez de laReyne avec chaleur, pour l'obliger à y donner les mains; mais je ne voy pas qu'il y ayt rien à craindre là-dessus, non-seulement parce que Leurs Mtcz ne sont pas en lieu ny en posture d'estre forcées à rien faire que ce qui leur plaira, mais parce que la response portée par Vineuil, au lieu d'advancer, esloigne toute négociation d'accommodement. Et, en ce casque, sur le bruict de mon retour, quelqu'un des partisans des princes s'advisast de faire résoudre qu'on porteroit parole à Leurs Mteî, de la part de M. d'Orléans, ou de M. le Prince mesme, qui est tout prest à s'accommoder, pourveu qu'on luy accorde que je ne retourneray pas dans le royaume, je suis d'advis qu'on responde que le Roy sçachant que je ne sçaurois avoir une plus grande joye que celle de voir que mon sacrifice puisse servir à l'establissement du calme dans la France, à relever son autorité et à contraindre,. par ce moyen, les ennemis à consentir à une paix générale, quoyque je sois innocent, que j'aye tres-fidelement servy Sa M'% neantmoins Sa Mté consent à cette conditionne reservant de reparer mon honneur par quelque moyen et se servir de moy ailleurs; mais que Sa Mte veut que, dans le terme de dix ou douze jours, M. le Prince rentre dans son devoir, mettant les tirmes bas, faisant retirer les Espagnols de Stenay et des autres lieux

où ils pourraient estre venue par son ordre; qu'il renonce à tonte Novemb.i65i. sorte de traitez et d'intelligences qu'il pourrait avoir avec eux; qu'il ne prétende rien [changer] aux establissemens que le Roy a faicts aprez sa Majorité et qu'enfin il promette de le bien servir, se contentant des (gretes qu'il a recettes, n'estant pas juste que Sa Mu' luy en départe de nouvelles pour rescompense des préjudices <|ue l'Estat a soufferts en Catalogne, en Flandres et dans le royaume, à cause des mouvemens que ledict prince a excitez.

Pleust à Dieu que ma relegation en Canadas [sic) peust donner de la tranquillité au royaume et remettre M. le Prince et les malinlentionnez qui le sui\ent dans le bon chemin! Jeu serois ravy de joye et je croirois de pouvoir rendre un plus grand service à Leurs M,cz et à l'Estat avec un exil si glorieux, que je n'ay jamais faict en toutes les occasions où j'ay eu le bonheur de ne servir pas inutilement; mais en offrant ce que dessus, je suis libéral à bon marché; car il ne faut pas espérer que M. le Prince prenne le Roy au mot, estant aysé de voir que je n'ay servy à luy ny aux factieux jusques à présent que de prétexte, et que leurs pensées vont directement à s'establir et s'eslever sur les ruines de l'authorité royale.

Si, nonobstant ce que dessus et ce que Seyron aura représenté, Leurs M1" veulent, par d'autres raisons qui me sont incogneues, que je quitte tout et que j'aye l'honneur de me rendre auprez d'Elles en diligence , j'obeiray aveuglement, à l'instant que ledict Seyron sera de retour, n'ayant promis de me rapporter icy la volonté de Leurs M,ez dans le dernier de ce mois. Et, en ce cas, je m'en iray accompagné de sept ou huit personnes; car, quelque risque qu'il y ayt en cela, il y en aurait tousjours un plus grand si j'allois avec deux cens chevaux, comme on avoit proposé, veu que, quelques précautions que je prenne, il est impossible que je me puisse mettre en chemin, qu'un jour aprez on n'en ayt cognoissance à Paris et qu'on n'y prenne toutes les resolutions pour empescher mon dessein, envoyant un plus grand corps en divers endroits et particulièrement aux rivières, où il faudroit nécessairement que je passasse; mais, si Leurs M'"2 approuvoient qu'aprez avoir veu ce qu'il

Novemb. itifu. y a à espérer icy de la paix générale et de l'accommodement particulier avec M. de Lorraine, je me misse en chemin avec les troupes qui seroient desjasur pied, sans attendre la jonction de toutes les autres, je pourrois, m'estant advancé quatre ou cinq jours avec elles, partir à l'improviste. avec peu de monde, pour me rendre en diligence à la Cour, et de cette façon j'y pourrois estre devant qu'on eust sceu seulement à Paris que j'eusse quitté les troupes.

Je souhaiterois d'estre bien informé du véritable estât dans lequel sont toutes les affaires de delà, c'est-à-dire des forces de M. le Prince, de la qualité des assistances que les Espagnols luy donnent, de quel nombre de troupes sera composée l'armée de M. le comte d'Harcourt1. de la disposition de la Guyenne et des provinces voisines, s'il n'y a rien à craindre en Bretagne et autres choses semblables. Car je serois bien plus hardy à proposer ce que j'estimerois que Leurs Mtez deussent faire dans Testât présent des affaires. Je ne laisseray pas pourtant de dire mon advis qui seroit de fortifier M. le comte d'Harcourt le plus qu'il seroit possible, afin qu'il ne fust pas seulement en estât de tenir teste à M. le Prince, mais d'estre maistre de la campagne; et pour cet effect, si le Roy avoit recours aux villes de ces provinces de delà pour leur demander un nombre de soldats, ou une somme d'argent pour les lever et les séparer dans les corps qui seroient dans ladicte armée, comme ausfcy pour acheter des chevaux, pour remonter les cavaliers, qui sont à pied, darrs les quatorze ou quinze regimens qui sont passez de Flandres2, n'y en ayant pas un où il y en ayt moins de soixante ou quatre-vingts, on fortifieroit, en un instant, l'armée de mille bons chevaux et de trois cens hommes de pied, quand on ne dernanderoit que cirrquante mille escus, pourveu qu'ils fussent bien employez, et cela seroit insensible à une vingtaine de villes qui seroient bien ayses d'accorder un secours au Roy, qui ne les incommoderoit point et qui donneroit lieu à M. le

: On a vu que le comte d'Harcourt coin- tachées de l'armée du Nord, commandée

mandait les troupes royales réunies dans la par le maréchal d'Aumont, et envoyées au

Saintonge, l'Aunis et l'Angoumois. sud de la Loire, pour renforcer l'armée

* Il s'agit des troupes que 1 on avait dé- du comte d'Harcourt.

comte d'Harcourt de porter la guerre vers Bordeaux, et de l'esloigner, Novemb. i65i. parce moyen, des provinces où lesdictes villes sont situées.

Mazarin donne ensuite le conseil de demander avec instance aux Etals de Bretagne la levée d'un régiment d'infanterie de deux mille hommes, dont les Etats nommeraient eux-mêmes le chef. Ces mesures prises, le Roi, la Reine et la Cour pourraient revenir en Berry avec leurs gardes et pousser vivement le siège de Mouron (Monlrond), déjà commencé par Palluau. Pendant ce temps, Mazarin entrerait en Bourgogne pour y luire attaquer Dijon1 et Bellcgarde (Seurre). Le Roi ayant une armée en Bourgogne, il serait facile de s'approcher de Paris etd'y rétablir l'ordre. On pourrait aussi, au moyen de cette armée, pourvoir à la défense de la frontière septentrionale de la France, si elle était attaquée. Mazarin déclare, en effet, qu'il n'est pas sans inquiétude sur les projets du duc de Lorraine, qui pourrait s'entendre avec le duc d'Orléans. Il termine ainsi son mémoire :

Il faut ce pendant laisser les frontières de Picardie et de Champagne bien garnies de troupes2. Sur quoy j'ay mandé à M. le mareschal d'j\umont par MM. de Navailles et Broglia , qui me sont venus voir icy, tout ce que j'estimois nécessaire, comme j'ay faict aussy à M. le mareschal de Grancey8, à M. d'Estrades, à M. le mareschal d'Hocquincourt et à tous les antres gouverneurs de ces provinces-là, en leur renvoyant les gentilshommes qu'ils m'avoient depeschez icy pour me visiter. J'ay faict la mesme chose à MM. de Fabert, Montaigu , Feuquieres, Marolles et le Rasle \ et surtout à M. le mareschal de la Ferté, avec lequel je parleray à fond de toutes choses, nous devant voir un de ces jours à Sedan, ou en quelque lieu auprez, ayant eu grand peine à l'empescher de venir icy; mais pour entretenir des corps sur la frontière, il faut necessaire-

1 Le château de Dijon était toujours au pouvoir des partisans de Condé, ainsi que Bellegarde(auj. Seurre).

5 11 est impossible de ne pas être frappé de la différence que présentent la conduite de Condé et celle de Mazarin. Le premier s'alliait avec les Espagnols pour envahir la France. Le second , quoique rappelé par le Roi, voulait, avant de s'éloigner de la fron-

tière, la mettre en état de résister aux attaques des ennemis.

3 Ce maréchal était gouverneur de Gravelines; d'Estrades, de Dunkerque, et d Hocquincourt, de Péronne.

4 11 a été souvent question de ces gouverneurs de Sedan, Rocroy, Verdun, Thionville et Rethel. Le maréchal de la Ferté avait le gouvernement de la Lorraine.

-Il L N A

Novemb. iô.'Si. ment donner ordre à leur subsistance, et cela ne sera pas difficile à M. le Surintendant, en y employant ce que donnera la Normandie et quelque autre province , où il n'y a point de logement de gens de guerre , ainsy qu'on fit l'année passée.

Je croy que, si le Roy demandoit à M. le duc de Savoye d'estre assisté de quelque nombre de troupes, qu'il les accorderoit volontiers; et parce que j'ay entendu parler de quelque proposition de neutralité dudict duc avec les Espagnols, je suis obligé de représenter que, si Sa Mié y donne les mains, l'on court grand risque de la voir bientost dégénérer en une liaison entière dudict duc avec l'Espagne, y ayant des ministres auprez de luy qui ont grande propension à cela, et il me semble que l'on n'a pas grande occasion, en Piedmont, de craindre les forces que le roy d'Espagne a dans l'Estat de Milan, veu qu'on les [en] a presque toutes tirées pour les envoyer en Catalogne. En tout cas, si Madame l et M. le duc de Savoye pressoient le Roy de consentir à cette neutralité, je serois plustost d'advis qu'on leur permist de traiter d'une suspension d'armes pour un an ou deux, dans laquelle le Roy fust compris.

GGXII.

Afl*. étr. , France, t. 268, f° 38o; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. MILET ou MILLET.

Dinant, 20 novembre 1 65 1 .

(extrait.)

Mazarin lui annonce l'envoi d'un me'moire très ample2 pour Leurs Majestés; il lui recommande d'en donner communication au duc de Mercœur, qui sera chargé de le faire connaître au maréchal du Plessis, et, si la Reine le trouve bon, au prince Thomas de Savoie et à M. de Senneterre. Mazarin ajoute les renseignements suivants sur Je prince Thomas et le marquis de Senneterre :

M. le mareschal du Plessis sçait, comme moy, que M. le Prince Thomas

1 Madame Royale, Christine de France, mère du duc de Savoie. (Voy. t. I, p. 962 , des Lettres de Mazarin). — s Voy. ce mémoire, ci-dessus, p. 5oi et suiv.

a fort bon sens1, et comme il est entièrement attaché à la Reyne,et Novemb. i65i autant mon amy qu'il ne l'est point de M. le Prince, je croy que Sa Mtc luy doit tesmoigner toute confiance et faire cas de ses conseils; mais il sera bon qu'au préalable M. le Mareschal prenne la peine de concerter avec luy ceux qu'il faudra donner à la Reyne pour la fortifier sur ce qui luy pourroit estre dict au contraire, par M. de Chasteauneuf et le mareschal de Villeroy, lesquels je me tiens pour dict qu'en descouvrant qu'on songe à mon retour, ils ne feront pas moins de diligences pour Itinpescher que M. le mareschal du Plessis en faict afin de me voir au plustost auprez de Leurs Majestez.

Quand je parle de communicquer à M. de Senneterre, je présuppose qu'il n'a y t [pas] grande liaison avec les susdictes personnes ; car, s'il estoit autrement (ce que je ne crois point, estant tout-à-faict des amis de M. le Premier Président, et me tesmoignant continuellement une passion extraordinaire pour mon retour), il ne faudroit pas qu'il eust cognoissance dudict mémoire.

J'ay songé aussy que, si la Reyne estoit pressée, dans le Conseil, par les deux personnes susdictes et par le comte de Brienne, que j'ay sujet de ne croire pas bien disposé à mon esgard, à prendre quelque resolution contraire au service du Roy et à l'exécution de ce qui me touche, il faudroit proposer à Sa M10 d'appeler quelquefois, avec lesdictes personnes, M. le prince Thomas2, M. de Mercœur et M. le mareschal

1 La duchesse de Nemours parle également du bon sens du prince Thomas (Mémoires, p. 65a , édit. Michaud et Poujoulat); mais elle mêle à cet éloge des traits satiriques : «Ce prince, dit-elle, étoitun homme assez pesant . . . Lorsqu'on pouvoit s'apercevoir qu'il avoit du sens, on le trouvoit assez bon; mais on ne s'en apercevoit pas souvent, parce qu'il étoit bègue , qu'il parloit gras et un fort mauvais françois, et qu'avec tout cela il étoit encore sourd. t> 11 faut se tenir en garde contre les jugements de celte princesse, spirituelle et méchante.

! Ce passage prouve que la duchesse de Nemours, qui écrivait ses Mémoires longtemps après les événements, n'était pas bien informée lorsqu'elle représentait le prince Thomas comme une sorte de premier ministre : rrOn faisoit, dit-elle, toutes les dépêches en sa présence ... Ce qui est rare , c'est qu'il fut favori et presque premier ministre , sans qu'il en eût seulement le moindre soupçon. n La dépêche de Mazarin prouve, au contraire, que le prince Thomas n'était pas même membre titulaire du conseil du Roi.

Novpmb. i65j. du Plessis, se tenant debout, et [la Reyne] demandant à tous leurs advis de ce qu'il y auroit à faire; car, comme cela, on pourroit s'opposer à celuy de M. de Chasteauneuf et des autres, et Sa Majesté prendrait la resolution que M. le prince Thomas et M. le mareschal du Plessis auroient conseillée. Je croy que cet expédient sera bon pour forliffier la Reyne, laquelle malaysement pourroit soustenir les assauts que ces gens-là luy pourraient donner, n'estant assistée d'aucun; et il serait mesme à propos que Sa Mlé tesmoignast, en assemblant les personnes cy-dessus nommées, de le faire pour mieux rencontrer le service du Roy dans les resolutions qu'il faut prendre pour la guerre; ce qui n'empesclieroit pas qu'on y parlast, aprez, sur toutes sortes de matières. Si M. le Mareschal juge cela à propos, vous en pourrez parler, de ma part, à Sa Mté, laquelle, je m'asseure, sera tres-ayse de donner les mains à un expédient, duquel Elle tirera grand soulagement.

Pour vostre esgard, je ne vous diray autre chose, si ce n'est que je suis satisfaict au dernier point de l'affection que vous m'avez tesmoignée; que vous avez respondu à l'opinion que j'avois de vous au-delà de ce que je pouvois souhaiter, et que ce sera à moy, lorsque je seray en estât de le faire, de vous tesmoigner, par des effects, le gré que je vous en sçay. Il faut ce pendant que vous vous prévaliez de toutes les occasions pour entretenir la Reyne dans des pensées si favorables, comme celles qu'EHe a pour moy.

M. de Mercœur n'a pas songé à venir me trouver, et je ne m'estonne pas de ce que vous me mandez de M. de Senneterre, parce qu'il m'a escrit à moy-mesme, trois fois de suite, qu'il n'estoit pas d'advis que je précipitasse mon retour, croyant que je ne songerais à aller à la Cour que les mains vuides; mais, quand il sçaura que je fais estât de m'y rendre bien accompagné et avec des forces pour quelque service considérable, [aprez] que la déclaration1 soit présentée, et que le peu de disposition de M. le Prince à l'accommodement soit cogneu d'un chacun, il sera ravy de consentir à mon entrée.

1 La déclaration contre te prince de Condé, dont il a été question ci-dessus, p. h-ji-li-jS.

Novftnb. i65j.

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