‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 58 sur 125 · CCXI1I · texte numérisé non relu

CCXI1I

AIT. etr. , France, t. 268, f* 345 ; t. 30, du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE FABERT

Dinant, 95 novembre i 65 i .

(eîtiuit.)

Je suis tres-marry du peu d'apparence qu'il y a de [pouvoir] lever de l'infanterie el mesme de la cavalerie avec la proiupLitude qu'il seroit nécessaire. 11 ne faut pas néant moins se rebuter et (aire tout ce qui se pourra. Toutes les levées de cavalerie que M. de la Ferté ofl're de faire en Alsace, comme elles ne peuvent pas estre prestes de long temps, elles ne serviraient de rien pour l'affaire que vous sçavez, et pour le présent, je m'arreste seulement à la levée de dragons; car si on peut avoir dans peu de jours quatre cens bons hommes avec, leurs mousquets, enhuict compagnies, j'en pourrois tirer beaucoup de service. Je vous prie donc de luy mander que je souhaite qu'il y travaille sans y perdre un moment de temps, et que, s'il ne veut pas se charger de ladicte levée a moins que pour les dix-huict mille livres, je vous ay prié de les luy donner.

Il faut donner aussy pour la recreue de deux cens hommes pour le régiment de Cognac à raison desixescus pour homme, si ce n'estqu'on les puisse faire contenter de quatre escus et les armes; car, outre quelque advantage qu'il y peut avoir, l'on sera encore asseuré de les avoir bien armez. 11 faut seulement mander à M. le mareschal de la Ferté de commettre quelqu'un pour prendre garde que cette recreue ne serve pour payer les valetz des officiers.

Pour les armes, il est vray qu'il y auroit grand advantage à les tirer de Liège; mais je le croy presque impossible; c'est pourquoy il faut songer à les achètera Sedan.

Le reste de la lettre e^t rempli de détails relatifs aux levées de troupes ordonnées par Mazarin pour raccompagner à son entrée en France. ,

\n\emb. ■ 65t. b ==============================

GCXIV.

Aff. étr. , France, t. 268, f° 34y ; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. D'ESTRADES

Dinant, 26 novembre 1 65 1 .

(extrait.)

Il est certain que, si on ne peut pas garder Dunkerque, il vaut bien mieux en traitter avec les Hollandois que de laisser retomber cette place entre les mains des Espagnols. Il y a plus d'un an que j'ay déclaré que j'estois de ce sentiment, et j'en escrivis dez lors une longue lettre, par ordre de Leurs Mtez, à M. le président de Bellievre, lorsqu'il fut envoyé ambassadeur à MM. les Estats, et M. de Brienne m'en ayant escrit, je luy ay faict la mesme response. Il est pourtant vray qu'on m'asseure de Paris que MM. des finances songeoient sérieusement à vous assister et avoient résolu, pour cet eflect, d'armer deux bons vaisseaux et des frégates pour estre tousjours prests à vous porter les choses nécessaires, et, si cela estoit, je croy que malaysement les Espagnols se resoudroient à l'attacquer par force, estant tres-foibles d'infanterie.

Mazarin termine cette dépêche en annonçant à d'Estrades qu'il a reçu l'ordre d'aller rejoindre Leurs Majestés. Il a différé son départ de quelques jours pour se mettre en état de leur rendre tt quelque service considérable ». 11 aurait désiré que d'Estrades et le maréchal de Grancey pussent l'accompagner; mais ils sont nécessaires dans les postes qu'ils occupent, et ce il faut préférer, ajoute le Cardinal, le service du Roy à nostre satisfaction.»

Aff. étr., France, t. 268, f* 3^8; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE FABERT

Dinant, a 6 novembre 1 65 1 .

J'ay receu la vostre du 22, avec les pacquets énoncez, et M. l'abbé

DU CARDINAL MAZVRIN. 519

Fouquet, qui vient d'arriver tout présentement, m'en a rendu une Novemb. i65i. du 36. avec laquelle estoitla copie de M. le comte de Brienne. Il faut que je commence par vous dire que je ne suis pas consolable d'apprendre la pevne que vous a l'aide ce que je vous ay respondu à l'esgard de l'advis qu'on vous avoit donné de Paris. Je suis bien malheureux de ne vous avoir sceu tesmoigner jusqu'à présent la passion que j'ay pour vous et l'estime toute particulière que j'en fais; car, si vous sçaviei à quel point cela est, je m'asseure que vous n'eussiez jamais pu nie croire capable de vous soupçonner de prendre des alarmes pour quoy que ce soit, et bien qu'escrivant à un amy comme vous, je ne pesé pas les paroles et qu'il se [pourroit] faire que, par mesgarde, j'en disse quelqu'une qui pourroit eslre mal expliquée; neantnioins, ayant voulu revoir la minute en ce rencontre, j'ay trouvé ne vous avoir rien escrit qui ne fust entièrement à vostre advantage. Car de vous dire que ceux qui vous donnent des alarmes ne vous cognoissent point, c'est mespriser ces gens-là et déclarer que vous n'estes pas capable d'en prendre; et vous me ferez grande justice si vous croyez qu'il n'y a qui que ce soit en France, tel qu'il puisse estre, en qui je me fie plus qu'en vous, que je croye plus véritablement de mes amis et de qui j'aye meilleure opinion. Il est vray qu'en cela vous ne m'avez aucune obligation; car on le doit à vostre mérite et aux continuelles marques que vous avez données, toute vostre vie, d'estre inesbranlable pour vos amis. Je n'aura y point de repos, dans l'inquiétude que je vous ay causée pour n'avoir pas bien compris mes intentions, jusqu'à tant que j'aye eu le bien de vous entretenir à fond et vous faire tomber d'accord que personne ne vous ayme, ne vous estime et n'est plus vostre serviteur que moy. J'adjousteray aussy que, comme je vous dis naïfvement mes pensées, je n'hesitois pas de vous mander, dans les advis que je recevois, que M. de Chavigny agissoit, par toutes sortes de moyens, contre mon retour, que je soupçonnois qu'estant continuellement auprez du duc d'Orléans, il avoit eu quelque part à celuy [à l'advis] qu'on vous avoit donné. Mais je vous jure qu'aprez vous avoir escrit, j'ay creu qu'il estoit mal aysé que ce fust luy, parce qu'il vous cognoist trop bien, et tout ce que je puis

Novemb. «65t. dire c'est que, quand je devrois laisser toute chose en arrière, je m'en iray expiez à Bouillon pour vous voir sur tout cecy et vous demander justice à vous-mesine de ne me l'avoir pas rendue en ce rencontre1.

Nous parlerons aussy de la depesche de M. de Brienne, et ce pendant je vous conjure de me vouloir assister tousjours pour ce qui est des levées et de croire que vous ne sçauriez jamais vous employer en faveur de qui que ce soit, qui soit vostre serviteur et de toute voslre famille avec la passion et la cordialité que je le suis.

Aprez avoir escrit ce que dessus, je viens d'avoir nouvelles qu'on a logé trois ou quatre cens chevaux des troupes de Gamarra dans les terres joignantes celles de la duché de Bouillon, de façon qu'on ne peut pas se rendre d'icy audict lieu de Bouillon sans les rencontrer, et sçachant que le traité avec M. le Prince est signé2 et que l'on a faict mesme tous les efforts possihles pour le faire aussy signer à M. le duc de Lorraine (ce qu'il a pourtant reffusé jusqu'à présent de faire) , et que la Rocque 3, Tavannes et autres ont faict de grandes plaintes à l'Archiduc et au comte de Fuensaldagne de la bonne correspondance qu'ils eutretenoient avec moy et des seuretez qu'ils m'avoient données pour venir dans ce pays et y demeurer, nonobstant que je fusse le plus grand ennemy de M. le Prince, avec lequel ils estoient liez d'amitié et d'interest, j'ay grand sujet d'appréhender qu'ils n'ayent plus si bonne intention pour moy, qu'ils ont eue jusqu'à cette heure, et qu'ils puissent mesme avoir pris des resolutions contraires aux paroles qu'ils m'ont données, et quoyque j'eusse fait estât de partir demain d'icy pour m'en aller doucement à Bouillon et vous donner un rendez-vous pour que nous puissions nous entretenir de toutes choses, neantmoins je croy que ce seroit une imprudence de se commettre à recevoir quelque

1 Fabert avait des relations amicales avec prêtée et eût donné lieu aux soupçons dont

Mazarin et avec Chavigny; il avait cherché parle celte dépêche.

à opérer un rapprochement entre ces deux 2 Ce traité avait été signé à Madrid , le

hommes, comme l'a raconté M. Bourelly G novembre iG5i (Mém. de Pierre Lenet,

dans soc savant ouvrage intitulé : Le ma- p. 536, édil. Michaud et Poujoulat). récital Fabert. il est possible que quelque 3 La Rocque était capitaine des gardes

tentative de celle nature eût été mal inter- du prince de Gondé.

affront de la cavalerie1 qui esl sur ce chemin. Je me trouve assez em- Novemb. i65t'. barrasse: mais, si je ne \oy pas lieu de pouvoir avoir plus de seureté que je n'en a\. je pounav partir une belle nuit à l'improviste pour m'en aller à Rocroy, pour me rendre, après, a Sedan, où je ne croy pas à propos d'aller que toutes les troupes ne soient prestes. Mais si je suis pressé de la nécessité, je m'asseure que vous approuverez les résolutions que je prendra) .

Je vous prie de dire à une personne incogneue, qui esl à Sedan, que, dans deux jouis, je lu\ leray infailliblement sçavoir ce qu'elle aura à faire et qu'il ne se bazarde en aucune façon de passe, parce qu'elle courrait beaucoup de risques.

AIT. étr., France, t. 268, f° 353; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE FABERT

Dinant, 99 novembre i65i.

(extrait.)

Hyer arriva icy Gravelle l, que j'avois envoyé à Gleves pour faire quelques levées de troupes de Brandebourg2. 11 est venu pour quérir de l'argent, et il m'a dict qu'il avoit tout adjusté et laissé desja sur pied douze cens hommes de pied et trois cens chevaux, et il m'a asseuré que pour aujourd'huy3 l'infanterie augmenterait jusques au nombre de deux mille; car, pour la cavalerie, je ne me suis pas soucié d'en avoir davantage; on en pourra lever assez en France, et l'estrangere est si descriée par la licence qu'ont exercée les Fleckenstein et les Rose4, que

1 Robert de Gravel, ou Gravelle. (Voy. qui avaient commandé une partie des Wey-

ci-dessus. p. £8o. note 1.) mariensau service de la France. (Voy. sur

\ "Y. ci-dessus, ibidem. Rose, ou Rosen , 1. 1 , p. y56 , des Lettres de

3 Maintenant. Mazarin, et sur Fleckenstein , t. II , p. î o 1 4 ,

4 Les troupes de Fleckenstein et de Rosen. du même recueil.)

■ AZARI5. — 1T. 66

laraiHBBit iatiokalc.

Novonik i65i. je croy que vous approuverez que l'on se contente de ces trois eeBG chevaux, qui d'ailleurs sont nécessaires pour accompagner l'infanterie.

Il m'a dict qu'il n'a jamais rien veu de plus beau : ce sont de vieilles troupes de liesse et de Suéde, et il m'a asseuré qu'il n'y a pas un fantassin qui ne soit de vingt-cinq à trente-cinq ans; mais cela couste bien cher; car la subsistance qu'on est oblige de donner, jusqu'à tant que ce corps entre en France, va à demy-risdalle , par jour, pour cavalier, et une risdalle pour dix fantassins, et si les troupes de Lorraine, commandées par Fange ], demeurent encore jusqu'à dimanche au lieu où elles sont, celles que j'ay faict lever seront contraintes de prendre le chemin de Philipsbourg, qui sera plus long de quinze jours, et la despense augmentera à proportion.

Je vous prie d'examiner un petit2 si, en cas qu'on lespust faire passer à Coublans3 (sic), M. de Grandpré ', assisté du mareschal de la Ferté. pourroit aller à leur rencontre avec cinq ou six cens chevaux pour leur donner la main et leur faire prendre en seureté la route de Metz. Il faut que vous teniez prestes cinq ou six mille pistoles d'Espagne; car je voy bien que je seray obligé à les envoyer quérir, afin que l'argent ne manque pas pour conduire à bon port ladicte levée.

Je croy que tous les efforts que nous faisons serviront assez à propos en Champagne, estant certain, comme je vous envoyay dire par l'abbé Fouquet et la Cardonniere, que les Espagnols ont résolu d'y faire une grande irruption, conjoinctement avec le duc de Lorraine, puisqu'il y a de reste des troupes de M. le Prince, à la sollicitation duquel j'ay advis certain qu'on a donné ordre à l'Archiduc et à Fuensaldagne de faire une très-grande diversion de ce costé-cy, et se rencontrant que les Espagnols n'ont pas de quartiers à s'eslargir en Flandres, que M. de Lorraine n'en a point du tout, ils sont aysement tombez d'accord d'en aller chercher en France le plus tost qu'il leur sera possible, et,

1 Ce général du duc de Lorraine. 3 Probablement Coblentz.

Charles IV, occupait alors l'Alsace. 4 Voy. sur ce personnage, 1. 111, p. .(172 .

2 Vieille locution équivalant à un peu. note a, des Lettres de Mazarin.

DU CARDINAL M\/\IUN. 523

pour o'I elVocl. on lire fu>< ju au \ garnisons de diverses places du Pays- Novemb. h.; Bas. (jiii ne peuvent courir aucun risque.

Eu ce uiesino temps. M. le duc dé Lorraine continue à négocier avec mo\ , el Kaolin, son secrétaire, est pari y d ic\, il n'y a que trois jours; \\ esloit venu pour m'a pporler une lettre de son maislre Ires-civile et. qui est en créance sur I u y l ; niais je ne sça\ pas comment le Roy pourroit taire un accommodement avec lu\, puisqu'il demande plus <|U il n avoit.

Mazaiin rappelle qu il a envoyé1 à la Cour le détail de ses conférences avec Raulin. Il parle ensuite du traité conclu par le prince de Condéavcc les Espagnols el termine en signalant à Fahert les diverses commissions qui doivent être données pour la levée et l'organisation des troupes.

AIT. étr. . France, t. 268, I' 356; I. 29 du recueil des Lettres de Vfazarin. —

Copie du temps.

AU COMTE DE BRIEME

Dinant, 29 novembre i65i.

(extrait.)

Ma/aiin l'entretient, dans une longue dépèche, de ses négociations avec Raulin, secrétaire du duc de Lorraine. Ce dernier s'engagerait à se mettre, avec son armée, forte d'environ dix mille hommes, au service du roi de France, à condition qu'on lui rendrait ses Etats Ici.- qu'il les avait en i03o. Mazarin, en consentant h la restitution de la Lorraine à Charles IV. est d'avis que le Roi doit conserver plusieurs places, entre autres Nancy, Marsal et Stenay. Il est informe que Condé recherche l'alliance du duc de Lorraine.

Il (Raulin) ma dict d'avoir veu le traité signé (par les Espagnols) avec M. le Prince, et que M. le comte de I* uensaldagne avoit l'aict ses derniers efforts pour obliger M. de Lorraine de le signer aussy; que

1 On a déjà vn cette locution dans le sens de : pour lui donner créance.

Novemb. iG5i. La Rocque et Gouville1 avoient présenté à S. A. une lettre de M. le Prince pour luy demander son amitié avec bassesse (c'est son terme), M. de Lorraine ayant faict raillerie de ce que M. le Prince luy souscrivoit: voslre tres-humble, tres-obcissaiU et Ires-Jidele serviteur; que La Rocque et Gouville lavoient asseuré qu'ils avoient pouvoir de M. le Prince de luy faire remettre Stenay et Glermont2, pourveu qu'il voulust entrer dans la ligue et luy prester deux cent mille escus, lesquels il promettoit de luy rendre dans un certain terme, déclarant que ladicte somme seroit employée, de ce costé-cy, pour remettre ses troupes et en lever d'autres.

Mazarin termine celte dépêche en demandant les instructions de la Reine sur les conditions de la négociation entamée avec le duc de Lorraine. Il ajoute que le caractère de ee prince ne permet pas d'avoir beaucoup de confiance dans ses promesses; mais il est à craindre qu'il ne se joigne aux Espagnols et aux troupes des princes pour une invasion dans le nord de la France.

Aff. étr. , France, t. 268, f° 365; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

Page 1