AU MARÉCHAL D'HOCQUINCOURT
Dinant, 1" décembre i65i.
(extrait.)
Il y a desjà deux jours que Jobard m'a escrit qu'il avoit envoyé à
1 On trouve dans la Chronologie militaire de César de Costentin, comte de Tourville,
un personnage , nommé Cardon Charles de et sœur du célèbre amiral Anne-Hilarion de
Gouville, lieutenant de la compagnie des Costentin de Tourville. Quant à Gourville,
chevau-légers du prince de Conti. Il ne dont on serait tenté de substituer le nom à
fut nommé maréchal de camp qu'en ib5/i , celui de Gouville, il ne parle pas, dans ses
après la réconciliation du prince de Conti Mémoires , de son envoi en Lorraine, en no-
avec la Cour. H serait possible que ce fût vembre i65i. 11 était alors à Paris, où, par
le Gouville désigné par Mazarin. Cependant ordre de Condé, il tenta de s'emparer du
je crois qu'il s'agit plutôt ici de Michel Coadjuteur.
d'Argouges , marquis de Gouville , qui avait 2 Clermont-en-Argoime.
épousé Lucie de Costentin de Tourville, fille 3 Cette pièce est moins une lettre qu'un
Peronne, à M. le mareschal d'Hocquincourt, vingt-cinq mille escus, et, Dccemii. i65i. par le dernier ordinaire, il me mande qu'il faisoil partir encore une semblable somme, de façon qu'il faut qu'il y ayl desja cinq ou six jouis que toute la somme de cinquante mille escus soit audict lieu de Peronne. J'a\ faict deux billets à M. le Maresclial , l'un pour payer vingt-cinq mille escus pour les levées de cavalerie, et l'autre de douze mille escus pour lever deux cens hommes de pied pour le régiment de M. de Navailles. A présent, j'en ay donné un de trois mille escus à M. de Manicamp1, qui esl venu icy me voir et offrir son service de la bonne manière, m'ayant promis, moyennant cela, de mettre sa compagnie de chevaux-levers, dans laquelle il n'j a que trente maislres, à quatre-vingts, et de faire, en outre, cent dragons, de façon qu'en1 menant ses gardes avec luy, on peut faire estât qu'il aura plus de deux cens hommes à cheval, et il m'a promis qu'il sera assez à temps pour les faire marcher avec les autres corps. Je luy ay faict cognoistre qu'il recevroit préjudice dans le marché qu'il faict; mais il n'a pas voulu davantage d'argent.
Il y a beaucoup de peine à faire de l'infanterie; c'est pourquoy il faudrait voir si l'on pourroit faire promptement cinq cens hommes de pied sous le nom de M. le maresclial d'Hocquincourt, ou en telle autre façon qu'on jugeroit à propos, et je suis d'accord qu'on prenne pour cela trois mille escus, qui sont nécessaires pour ladicte levée. Si on pouvoit tirer de laBassée, de Dourlens, de Bapaumc et de Peronne le nombre susdict de cinq cens hommes, laissant l'argent pour les remplacer, l'affaire seroit plus expeditive, etje ne croy pas que, pour cela,, aucune desdictes places courust le moindre risque.
Il faut se souvenir d'arrester le régiment de Grammont, qui a desja ordre d'aller en Guyenne, pour marcher conjoinctement avec le corps qui se forme en Picardie pour le mesme effecl.
mémoire sur les préparatifs militaires pour il était naturel que le Cardinal lui donnât des
l'entrée de Mazarin en France. Cétait le ma- instructions détaillées, réchal d'Hocquincourt qui devait comman- ' Achille de Longueval, marquis de Ma-
der l'armée qui accompagnerait Mazarin, et nicamp. (Voy. ci-dessus, p. 12A, note 1.)
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Déceœb. i65i. Je sonli.iilciois aussy que M. Je comte Broglia (.su) Irouvasl bon d'amener ce qu'il y a de reste du régiment de \ ardes, qui ne doit estre que de- quarante ou cinquante hommes. Car, cela estant, je depescherois en advance à M. de Vardes1 pour l'aire travailler à une bonne levée, m'ayant offert- qu'il s'en acquittera fort bien et promplcnient.
11 faut tasclier d'amener la compagnie de M. de Querieu3, m'ae* seurant qu'il sera ravy de me donner des marques de son affection en ce rencontre, et qu'il n'oubliera rien pour la mettre dans le meilleur estât qu'il luy sera possible. J'espère aussy que M. le Mareschal se sera employé pour engager M. de Moncavrel ' à faire le voyage avec son régiment. Si M. de Vandy 5 est en Picardie, il le faudra adverlir, de ma part, de travailler incessamment à mettre son régiment à liuict compagnies, comme il en a eu commission ; et, en cas qu'il n eus! pas pu encore tirer de MM. des finances l'argent qu'on luy a assigné pour cel elTect, il nelairra (sic) pas de le faire , trouvant, par quelque moyen , cette somme, luy promettant de l'en faire rembourser sans faute dans trois mois par mesdicts sieurs des finances, ou de luy bailler moy-mesme de mon argent. Mondict sieur de Vandy a tant de passion pour le service du Roy et pour mon interest particulier, que je m'asscure qu'il fera l'impossible pour faire le voyage, avec le corps qu'il commande, en bon estât.
Il me semble que M. de Montdejeu0 avoit encore quatre compagnies de reste de son régiment d'infanterie. S'il le pouvoit mettre promptement à dix, je suis d'advis qu'on luy donne de l'argent pour cela, comme aussy s'il en demande pour faire des cavaliers, bien entendu que le tout soit prest à mareber avec les autres regimens que l'on pre-
1 François-Hené du Bec-Crespin. (Voy. ' Jean-Baptiste de Monchy, marquis de
t. 1IF, p. 5io, note 3, des Lettres de Ma- Mnncnvrel. ne'cn 162 9, fui nommé maréchal
tarin.) de camp en j652.
' Oilert a ici le sens de assuré. " Claude-Absalon-Jean-Baptisted'Aspre-
' François de Gaudechart de Querieu monl, marquis du Vandy. (Voy, t. III, p. 455,
avait été nommé maréchal de camp en 1 G 'io. note 5 , des Lettres dr Mazatïn.)
Il obtint, en i652, le titre de marquis de ° Gouverneur d'Arras. (, Voy. sur Monde-
Querieu. jeu, ou Montdejeu . ci-dessus, p. 3i, note a.)
OU CARDINAL MAZARhN. 527
pare. Mais il faut prendre gai*de que je désire absolument que, dëà Décenub. i65*. ** i 1 1 < ^ 1 1 i\ 1 1 1 <» mille escus. on retienne quarante mille livres, que M. le Ylareschal fera porter avec lu y. afin d'avoir ce fonds pour nous en servir dans le voyage, de façon qu'il n'v faut pas toucher par quelque raison
que ce pust estre; el si je n'eusse trouvé deux personnes qui m'onl preste vingt mille escus, qui m'estoienl nécessaires pour ce que je fais de ce costé-cy, j'eusse esté contraint, comme j'en parlayàMM. de
Navailles et le comte Broglia, de les prendre sur la somme de cinquante mille escus que j'ay faict aller à Peronne. Et comme ma plus forte passion est de voir ce corps grossy le plus qu'il se pourra, afin que, par ce moyen, on puisse rendre des services plus considérables au Roy, je donne pouvoir de m' engager pour la somme de douze mille livres que je m'oblige de paver dans trois mois, et, si on trouve quelqu'un qui la veuille advancer, on pourra l'employer à ce qui sera estime plus nécessaire.
Il faut faire instance, de ma part, à M. de Bar de me fournir vingt cavaliers bien faicts pour ma compagnie de chevaux-levers, l'asseurant (pie je le ferav rembourser de l'argent qu'il fournira pour cet efl'ect. et lesdicts vingt, cavaliers pourront marcher avec mondict sieur le Mareselial.
11 ne faut, en aucune façon du monde, songer à retirer aucun corps de l'armée que commande mondict sieur le mareschal d'Aumont, pour ne donner pas sujet de crier mal à propos et de dire que l'on desgarnit la frontière. J'en useray de mesme de ce costé-cy, où mon intention est de laisser M. le mareschal de la Ferté encore plus fort qu'il n'est à présent; car il n'y a rien de si certain qu'aprez la signature tlu traité de M. le Prince, l'Archiduc et Fuensaldagne ont receu des ordres précis d'Espagne de faire diversion en France, à quelque prix que ce fust, et de taseber d'y prendre des quartiers d'hyver; et pour cet elïect, l'on m'a donné advis de tres-bon lieu que l'Archiduc donne à M. de Lorraine un train d'artillerie el six mille hommes presque tous estrangers, y compris ce qui reste des troupes des princes, afin que, fortifiant son armée de tout cela, il pust plus aysement prendre des quartiers en
Décemb. i65»- France, et je sçay que, sans le mauvais temps qui en a empesché, on auroit construit un pont à [Givet]1, et que les troupes auroient commencé à passer dez aujourdhuy.
Aff. étr. , France, t. 5268, f° 369; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.