AU MARÉCHAL DE GRAMONT
Péronne. 27 février i65i.
(extrait.)
Io v intendo con un' occhiata.Vous m'escrivez pour ne me rien dire, et vous me dites tout. Sçachez en confidence que je me flatte que M. le Prince pourra m'aimer dans peu de temps, non pas pareequ'il m'a fait espérer son amitié, l'ayant mis en liberté sans autre condition que d'estre entièrement attaché à la Reyne, quand je pouvois le laisser prisonnier, au moins tant que Leurs Majestez le seroient à Paris, mais pareeque,
1 Ces personnages étaient, comme nous 3 On se rappelle que Marie de Gon-
l'avons dit, la Princesse palatine et La Ro- zague, sœur de la Palatine, était reine de
chejbucauld. Pologne. Bartet était, en France, le repré-
5 La Princesse palatine. sentant du roi et de la reine de Pologne.
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ou toutes les cartes sont fausses, ou les gens à qui il a affaire ' l'oblige- Février h... POni à cela, et plus tost qu'on ne croit.
Je ne prétends pas d'estre aimé à Paris que fort en cachette. Les Mazarins \ sont en petit nombre; et parmi ceux-là il y en a de fort timides, quoyque je les (Misse mis en posture d'estre fort hardis; ils sont brouillez avec la recognoissance. Il faut attendre qu'ils se raccommodent.
Ruvigny - 1m1 porta l'arresl auquel j'obéis; car pour les antres Pavois dispense et quantité de bons amis et bien garnis pour m'aider à m'en servir, sans craindre les exemples de Clermont et Dampvilliers -. Il \ a d'assez beaux restes des services que j'ay rendus, et cependant, dans l'estendue de pays cpie la paix d'Allemagne a donnez au Roi, on me refuse un petit coing: c'est bien presser un homme, mais je vois par là <pie mes persécuteurs ont bonne opinion de moy. Je ne vous dis pas où je vais; car je ne le sçais point. Pour les Espagnols et leurs alliez, voulant vivre et mourir François, il n'y l'eroit pas bon pour moy. Poulies amis de la France, ils sont presque tous hérétiques, et je ne me puis résoudre à traverser le royaume pour aller en Piedmont; car on a excité un grand orage contre les Mazarins, et vous sçavez à quel point je le suis avec toute ma famille. Pour Rome, je n'y songe pas; je ne hais pas le Pape, mais le Pape me hait. Je sortirai neantmoins et sans delay. La seureté sera tres-mediocre; mais, avec cela, je vous promets qu'estant préparé à tout, je n'appréhende rien.
J'ay esté ravi d'apprendre que vous ne mangiez pas vostre soupe avec tout le monde et que vostre modestie vous empesche de boire à certaines santez.
Au reste, je ne scais pas comme on hésite encore à l'establissement
' Mazarin veut parler du Coadjuteur et t. I. p. G02, note 1, des Lettres île Mazarin.
des frondeurs. La politique du cardinal ten- Les garnisons de Clermont-en-Argonne
dait à amener une rupture entre les deux et de Dainvilliers avaient forcé les gouver-
Frondes. entre le Coadjuteiir et Gondé. neurs de ces places à se rendre. Mazarin fait
2 Ruvigny et Beringhen avaient été en- entendre qu'il pouvait compter sur Hoc-
voyés par la Heine à Mazarin pour l'engager quincourt, gouverneur de Péronne, où il se
à obéir à l'arrêt du Parlement qui le ban- trouvait lorsque Ruvigny lui apporta l'ordre
nissait du royaume. \ oy. sur Ruvigny. le de sortir du royaume.
■aubir. — iv. 6
IMPRIMERIE S.MIO*ALE
m.iis i65i. d'un premier minisire, puisque, sans sortir de l'Eglise, il y en a un qui a toutes les qualitez requises pour remplir cette place, pourveu qu'on l'y puisse faire résoudre. Il est pieux, recognoissant, modéré, bon, humble, véritable, aimant le repos de l'Estat, qu'il procurera avec facilité et advantage, sçachant comme il faut négocier avec les Espagnols, ennemi de l'intrigue et bradant de zèle pour la grandeur de l'Estat et le restablissement de l'autorité royale l. Il n'y a que les pauvres Mazarins qui s'en trouveront mal. Je vous conjure de croire que, parmy ceux-là, il y aura tousjours le chef qui sera, de tout son cœur, en quelque estât et condition qu'il puisse estre, etc.
AIT. étr. , France, t. 267, f° 299 v°; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin.
Copie du temps.