‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 61 sur 125 · A MILET 01 MILLET · texte numérisé non relu

A MILET 01 MILLET

Dinant, n décembre i65i.

(extrait.)

Je vous prie de solliciter la Reyne à apporter toute sorte de facilité pour achever l'affaire de Brisach; sur quoy j'ay escrit particulièrement à Sa M" par un gentilhomme de Mmc de Guebriant3.

1 Mathieu Mole, premier président et J Yoy. sur la maréchale de Guébrianl

garde des sceaux, n'avait pas suivi la Cour (Renée du Bec-Crespin), t. I, p. 981, des

à Poitiers; il était retourné à Paris. Lettres de Mazurin.

- Des amis du Premier Président.

MAZAP.I.l. 11. 68

Décemb. i65t, Vous sçavez que la Reyne ma accordé ce qui proviendroit du traité de neutralité avec la Franche-Comté1, lorsque le sieur Colbert luy eu a faict instance de ma part. Je ne sçay pas si, au préjudice de cela, M. de Villeroy2 en voudroit profiter. Je vous prie d'y prendre garde et d'en parler fortement à Sa Mli, comme aussy de luy dire que l'abbé d'Esnay 3 a prez de quarante mille livres de mon argent entre les mains depuis huict mois, sans qu'il les veuille rendre, aprez l'avoir promis tant de fois, croyant que mon malheur luy donne droit de les retenir.

J'ay appris qu'ayant faict une prise en mer, M. de Beaufort avoit depesché un courrier exprez à la Cour pour en demander le tiers, qui appartient au Roy. J'advoue qu'il faut estre bien hardy, agissant comme il faict à Paris, de prétendre qu'on luy fasse des grâces; mais, quand cette raison cesseroit, je m'asseure que la Reyne se détiendra de toutes les instances qu'on luy pourroit faire sur le faict du tiers des prises, quand Elle se souviendra qu'EUe a eu la bonté de m'en accorder le don.

J'avois tousjours oublié de vous escrire de supplier la Reyne, de ma part, de faire donner un brevet de pension de mille escus à Mmed'Ampus'1. C'est la moindre chose que l'on puisse faire pour une personne qui tesmoigne autant de zèle qu'elle faict pour le service de Sa Mte.

Jay un advis que le gouverneur d'Arras5 a traité de son gouvernement avec Vassé0 pour quatre-vingt mille escus. Il faut en advertir la Reyne, afin qu'Elle ne soit pas surprise à y faire consentir le Roy;

1 On a déjà vu que la province de Franche- Comté, quoique soumise à l'Espagne, avait acheté la neutralité, en payant un tribut à la France.

s Le maréchal de Villeroy était gouverneur de Lyon et du Lyonnais, qui confinait à la Franche-Comté. C'est à ce titre qu'il aurait pu prétendre à percevoir le tribut payé par celte province.

' Camille de Villeroy, frère du Maréchal. (Voy. ci-dessus, p. 260, note 2.)

4 Marie de Brancas , mariée à Henri de Castellane, seigneur d'Ampus. (Voy. ci-dessus^. 372 , note 2.) Elle figure, comme une des dames de la Reine, dans YEstal de la lu-ance de i658 , p. 256.

6 Ce gouverneur se nommait de La Tour. (Voy. t. III, p. G62, note 1, des Lettres de Mazarin.)

' Henry-François , marquis deVassé, nommé maréchal de camp en i64q, mort en iG8'i.

car vous voyez de quelle conséquence cela seroit. Vassé estant à M. le Décemb. iG.m duc d'Orléans et un esprit tel que chacun le cognoiet1. Il faudroit tasclier qoe cotte place tombas! entre les mains de Mondejeu3; mais M. de la Tour se doit contenter d'une rescompense raisonnable, car le gouvernement ne luy a rien cousté, et il y a gagné beaucoup.

Le marquis de Faure3, qui a le gouvernement de Ste Menehould, estant allé trouver M. le Prince, donne lieu au Roy de mettre quelqu'un en sa place. C'est pourquoy j'ay songé à M. de Slc Maure1, afin de le satisfaire dans le tort qu'on luy a faicl de Jametz5. Je ne sçay pas si! s'en contentera; mais tousjours je vous prie d'en parler à la Reyne.

Afl'. étr. , France, t. 268, P 386 ; t. 29 du recueil des Lettres de Mazariu.

Copie du temps.

A M. LE MARÉCHAL D'HOCQUINCOLRT.

(extrait.)

Dînant, i3 décembre i65i.

J'ay veu, par la lettre de M. le comte de Broglia et par le billet de M. de Navailles, en quel estât estoient toutes choses et la résolution que M. le mareschal d'Hoquincourt avoit prise de partir sans faute, le 17 de ce mois. Il n'y a rien à adjouster à la diligence qu'on a faicte:

1 Tallemant des Réaux a une historiette consacrée à Vassé (t. V, p. 46, de ledit. Techener, in-8). Il dit (p. 48, note 2) qu'on avait surnommé Vassé Son impertinence.

5 Jean de Schulemberg. (Voy. ci-dessus, p. 01 , note 2.)

J Le marquis de Faure, ou de Fors, était Louis Poussart du ^ igean , nommé maréchal de camp en i64g. On voit par les Mémoires de Lenet (p. 38g . éd. Michaud et Poujoulat) qu'il était attaché au prince de Condé :

-Le marquis de Fors, dit-il, .. . plus attaché au Prince qu'aucun de tous tant que nous estions dans le parti." Le marquis de Fors fut assassiné en i663.

4 Charles de MenissondeSte-Maure. (Voy.

t. III, p. 607, note 4, des Lettres de Mazarin.)

5 Jametz ou Jamels, auj. village du dép. de la Meuse. ( Voy. t. III , p. 455 , note 4 , des Lettres de Mazarin.)

5/jO LETTRES

Dérpmi). i ().") i. et l'on voit bien que le zèle et la passion avec laquelle on a travaillé sont tont-à-faict extraordinaires.

Jescris à M. de Fabert d'advertir M. le marescbal de la Ferté du jour du départ de niondict sieur d'Hocquincourt, afin que tous ceux qui lèvent des troupes ne perdent pas un moment de temps pour estre prests de se joindre avec le corps qui vient de Picardie.

Geluy qui vient d'Allemagne, lequel sera composé d'environ deux mille hommes, s'il ne luy arrive accident, doit estre aux environs de Metz, le 22.

Il y a quelqu'un qui croid,àParis, que la jonction du corps de Picardie avec celuy de Champagne ne se devroit faire que le 28, et moy m'y trouver le 2 h, pour marcher en un temps qu'il seroil malaysé à M. le duc d'Orléans de faire assembler le parlement de Paris, jusques aprez les Roys. Jel'ay voulu marquer par ce mémoire; mais je ne crois pas qu'il se faille amuser à cela. 11 est vray, de plus , que je ne pense pas que ladicte jonction se puisse faire plus tost que le 23; et comme il y aura sans doute des troupes qui demeureront en arrière et particulièrement celles qui viennent d'Allemagne, on résoudra alors quels ordres il faudra laisser pour cela.

J'ay escrit à M. le mareschal de la Ferté pour faire préparer deux pièces de douze et deux de huit, et, pourveu qu'il les ayt, je croy d'en pouvoir faire estât. Il m'a renvoyé icy le sieur Jossier pour me presser de trouver bon qu'il fust de la partie '; mois j'ay renvoyé ledict Jossier, persuadé que sa personne estoit aussy nécessaire en Champagne que celle de M. le mareschal d'Aumont en Picardie.

J'attends le retour de Besmaux, que j'ay depesché au comte de Fuensaldagne, il y a desja sept jours. Je prendray mes mesures pour estre, le 17 ou le 18, à Bouillon, et, en cas que M. le mareschal d'Hocquincourt le jugeastà propos, je croy qu'il ne seroit pas mal que nous nous vissions tous à Sedan.

On a très-bien faict de depescher à la Cour, afin que la Reyne, par

1 C'est-à-dire, qu'il accompagnât Mazarin en France.

advance, soit informée de toutes choses. Pour ce qui est du départ, je lis Déceœb. i65i. partir, dei hyer, un courrier pour en donner advisà Sa M'1. Mais je n'avois rien mandé pour ce qui regarde M. le mareschal d'Aumont, et sur la pensée qu'on a de faire commander le duc de Chaumes1 et d'Jgiby2

en ces deux provinces, car je n'en sçavois rien; et il faut appréhender encore pis par la facilité qu'ont certaines personnes, qui ne sont pas bien intentionnées, de surprendre la Revue; et, sur ce sujet, il est bon que l'on sçaclie que. nonobstant que la bonté du Roy et de la Reyne à mon esgard soit au poinct que je puis souhaiter, il m'est impossible de pouvoir faire prendre, par la voye des lettres, les resolutions qui sont absolument nécessaires pour le service du Roy, en quelques termes que je puisse escrire et de quelques fortes raisons que je me puisse servir pour cela, et un des plus grands malheurs que j'aye, c'est que l'on soit persuadé du contraire. Plusl à Dieu que cela fust comme on le croid; car en ce cas, je n'irois pas de deux ou trois mois à la Cour, et ce temps seroit employé utilement à faire exécuter beaucoup de choses qui aplaniroient les voyes pour m'y faire arriver sans aucun obstacle. Sur quoy MM. de Navailles et de Broglia se peuvent souvenir de ce que me dict la Cardonniere, de la part de la Reyne, que je me hastasse, parce qu'Elle croyoit3 estrc emportée à faire quelque chose, dont le Roy ne tirasl. aucun advantage et qui me fust extrêmement préjudiciable. Enfin il faut tenir pour constant que je persuaderay plus avec deux paroles que je ne ferois avec cinquante lettres et la mission d'autant de gentilshommes. 11 est nécessaire que le mareschal d'Aumont tienne les troupes en corps, d'autant plus que M. le mareschal de la Ferté faict la mesme chose, veu que toutes les troupes de Lorraine marchent pour venir chercher des quartiers en France; et c'est, à mon advis, ce que l'on doit respondre à Paris, si on presse le départ des troupes.

1 Charles d'Albert d'AiHy, chevalier, puis maréchal de camp en 1G/18, lieutenant gé-

duc de Chaulnes, maréchal de camp en néral en 1 G 5 1 , mort en 1678, à l'âge de

1601, lieutenant général en iC53. mort en 65 ans. 1698. 3 Craiffnoil semblerait préférable; mais

5 Georges Digby, ou d'Igby, de Bristol, il y a bien croyoit dans la copie.

5/i 2 LETTRES

Décemb. ï65i. Je croy qu'on aura envoyé à M. le mareschal de Grancey ie pacquet que j'avois adressé à M. de Navailles pour le luy faire tenir. Il sera pourtant bon que luy, ou M. le comte de Broglio (sic)1, prennent la peine de luy escrire quelque chose de ma part, lorsqu'ils partiront, et de le faire aussy en mesme temps à M. d'Estrades.

H a esté fort à propos de donner deux mille escus à M. de Bar pour lever une compagnie, et je prie M. de Navailles de luy faire tenir la lettre cy-joincte2.

Pour un jour plus ou moins, on ne doit pas, à mon advis, laisser en arrière quelque partie des troupes qu'on levé en Picardie.

Je suis extrêmement surpris du discours que j'apprends que M. de Manicamp a laict à Peronne. A la vérité , j'ay beaucoup d'affection pour luy, et je la luy ay bien tesmoignée; mais je ne sçay pas comment je luy puis avoir dict qu'il seroit mareschal de France devant que d'arriver à la Cour, puisqu'à sa prière j'y ay escrit qu'on luy envoyé un ordre pour aller servir de lieutenant gênerai dans l'armée de M. le comte d'Harcourt. D'ailleurs je n'ay pas si peu de respect pour Leurs Majestez que je voulusse promettre ces charges-là sans leur sceu; et. à parler sincèrement, il ne s'est passé autre chose sur ce sujet entre nous, si ce n'est que M. de Manicamp, disant par deux fois qu'il avoit advis qu'on feroit le comte de Daugnon mareschal de France, je luy fis response que le Roy ne seroit pas assez mal conseillé pour cela3, et que je ne luy faisois pas une grande grâce en luy disant qu'il le meritoit mieux que ledict comte et qu'il n'avoit qu'à bien servir et ne craindre pas qu'on advançast, à son préjudice, un jeune homme qui n'a presque point servy et qui porte présentement les armes contre le Roy. Voilà la pure vérité; mais M. de Manicamp a tant de bonnes parties, tant de chaleur pour ses amys et pour moy, en particulier, qu'il ne se faut pas fascher de ce qui vient de luy, et je croy mesme qu'il sera bon de ne luy en rien tesmoigner.

1 On a déjà fait remarquer que ce nom s Cependant le comte de Daugnon fui

est écrit tantôt Rroglia, tantôt Broglio. nommé maréchal de France en 1 653 et prit

: Cette lettre n'est pas jointe au manuscrit. le litre de maréchal de Foucault.

DU CARDIKAL MAZARIN. 543

Déoemb, io.r>i.

GGXXV.

Bibl. nat. mss. f. fr., n" -j3, aoa,^ ai; original en partie chiffré. — AH", étr. , France, t. 2G8. f" 3<j3 v°. — Copie ilu temps.

A L'ABBÉ FOUQUET

Dinant , 1 5 décembre 1 65 1 .

(EXTRAIT

M. Beclierel ' m'a rendu voslre lettre du 7e. Je suis tres-satisfaict de la manière dont vous vous estes conduicl à Paris- et des discours à M. le Coadjuteur, et je vous remercie de tout mon cœur de tous les advis que vous me donnez. Sur quoy ayant entretenu au long ledict sieur Beclierel 3, je me remets à ce qu'il vous en dira de vive voix. Je vous diray seulement qu'estant important d'avoir le mareschal del'llospital* favorable, il faudra5 chercher quelque moyen pour s'en asseurer. 11 me semble que Mmc de Bregy°a du crédit auprezde luy. En ce cas, elle seroit fort propre pour mesnager son esprit, afin qu'il approuvast et appuyast dans le public7 toutes les résolutions que je prendray, et je m'asseure qu'elle y travaillera volontiers. J'ay receu la lettre qu'elle m'a escrite en response de la mienne, et comme je n'ay rien a luy répliquer que pour luy donner de nouvelles asseurances de mon service et de mon affection, je vous prie de le faire de ma part, et vous avez8 carte blanche là-dessus, sçachantg en quelle manière je vous en ay

1 L'original dit le porteur ici et plus bas, gouverneur de Paris. (Voy. I. 1, p. 9 3 9 , des

sans indiquer de nom. La copie donne le nom Lettres de Mazarin.) du porteur. Beclierel, ou Bescherel, est cité, 5 La copie porte : ilfaudroit.

dans \' Estai de la France de i658 (p. 454), ' Charlotte Saumaize de Chazan. (Voy.

comme lieutenant du Boi à Ham. ci-dessus, p. kjo, note ■?..)

1 Les mots à Paris ne se trouvent pas ' La copie porte : qu'il appuyast dans lr

dans la copie. public et qu'il approuvast.

3 Le porteur, dans l'original. ' Dans la copie : et je vous donne.

Le maréchal de l'Hôpital est porté , * Dans la copie : puisque vous sçavei.

dans Y Estât de la France de i658 , comme

5/i/i LETTRES

Dëcemb. i65i. parlé. Je la conjure de voir aussy souvent M. et i\lmc de Bouillon pour cultiver la bonne volonté qu'ils me font l'honneur de nie tesmoigner, et enfin d'agir de costé et d'autre ', comme2 elle le jugera plus à propos pour mon3 advantage, puisque je n'en recevray point qu'elle ne s'en ressente.

J'ay esté bien ayse'4 de voir ce que vous me mandez de M. de Vil— layer5, de qui je fais une estime particulière, et vous sçavez à quel poinct je vous ay tesmoigné de le vouloir servir. Il sera bon que vous l'obligiez de continuer à parler souvent0 à M. de Champlastreux dans le mesme sens, luy faisant cognoistre que tout ce qui se faict à Paris est de concert avec de certaines gens qui sont à la Cour, lesquels7 seroient bien ayses de se prévaloir du crédit de S. A. R. pour pousser à bout M. le Premier Président et affermir davantage, par ce moyen, leur establissement, et qu'ainsyil a besoin de véritables amis qui le servent avec affection auprez de la Reyne, comme le père et le fils8 doivent estre asseurez que je feray tousjours sincèrement et avec chaleur, non seulement par l'inclinaison [sic) que j'ay eue de tout temps à les servir, et par l'estime particulière que je fais de leur mérite, mais pour la croyance que j'ay que personne ne sçauroit servir le Roy et l'Estat plus utilement que mondict sieur le Premier Président, lequel doitestre asseuré que ceux, par la suggestion desquels S. A. R. agit contre luy, ne cesseront pas, et que, si on n'y apporte un prompt remède, ils auront le moyen de mettre les choses en estât que malaysement aprez on y en pourra apporter aucun. Enfin il faut que M. de Villayer agisse en sorte que le père et le fils, estant persuadez que rien ne leur sçauroit

1 Dans la copie : d'un costé et d'autre. membre de l'Académie française en 1 658 ,

2 Dans la copie : en la manière qu'elle ju- mourut le 5 mars 1 69 1 (Journal deDangeau , géra plus à propos. t. III, p. 295, et note de Saint-Simon sur

3 La copie porte : pour avoir advantage. ce passage). On peut aussi consulter sur Vil—

4 Dans la copie : Je suis bien ayse de ce layer les Historiettes de Tallemant des Réaux, que vous me mandez. t. VII, p. hhi (édit. Techener, in-8).

5 Jean-Jacques Renouard, comte de Vil- 6 Dans la copie: tous les jours. layer, d'abord conseiller au parlement de ' Dans la copie : qui.

Paris, reçu maître des requêtes en i636, * Mathieu Mole et Cliamplàtraux.

estre si utile que mou retour, travaillent de façon que lorsqu'on me Décemi>. i65i. verra en France, sans aucun esprit de vengeance, avec des intentions les meilleures qu'on puisse avoir pour le repos el le bonheur des François, le Parlement, à la suscilalion des mesclians, ne se porte [pas] à quelque chose d'extraordinaire contre moy.

Il est bon mesme que M. de \ illayer sçache que j'ay esté touché au dernier poinct d une parole que M. le Premier Président a dicte à mon esgard, la plus obligeante que je pusse jamais souhaiter, (et il me semble mesme vous en avoir dict quelque chose icy, car je l'ay sceu de Talon"), qui est que le Premier Président parlant de moy à quelqu'un de mes amis lu\ dict : Le Cardinal croit-il que je le veuille abandonner? Qu'il s'asseure que je seray le dernier à quitter sa livrée. Je vous responds que, quelque chose qui arrive, je n'oublieray jamais cela2.

Je vous prie aussy d'asseurer M. le Procureur General de la continuation de mon service et de mon amitié et de luy dire que je me promets de recevoir toutes les marques qu'il me pourra donner de la sienne, dans la conjoncture présente. En quoy, outre le service qu'il rendra au Roy, il obligera une personne qui ne manquera jamais de recognoissance.

Si vous jugez à propos de dire quelque chose à M. Bluet pour ce qui regarde l'entremise de M. de Villaycr auprez du Premier Président, je croy que cela ne pourra faire qu'un tres-bon effect; car, comme je vous ay dict, c'est un des meilleurs amis que ledict sieur de Villayer ayt, outre que M. le Premier Président escoute volontiers ledict Bluet, qui luy parle avec assez de liberté.

1 J'ai déjà l'ait remarquer que ce Talon, populace qui menaça, le G décembre 1691,

intendant d'armée, ne doit pas être confondu d'envahir l'hôtel de ce magistrat et de le poi-

a\ec les avocats généraux du parlement de gnarder {Mém. d'Orner Talon, p. 652, éd.

Paris, Orner et Denis Talon. (Voy. la table Michaud et Poujoulat). Mathieu Mole fit

du t. III, au mot Talon.) ouvrir toutes les portes et se présenta aux

1 Les partisans des princes cherchèrent à factieux. L'aspect et les paroles de ce grand

effrayer le Premier Président en excitant la magistrat suffirent pour apaiser la sédition.

KAZARM. — IV.

tiipniMtnic xirin-ï \L£.

Dtkemb. i65i.

CGXXVI.

Aff. étr. , France, t. 268, f° 4oo; t. 29 du recueil des Lettres de Mauirin. —

Copie du temps.

A M. DE MERCOEUR

[Bouillon], 20 décembre i65i.

( EXTRAIT

11 faut refuser nettement à S. A. R. les quartiers l qu'Elle a demandez pour ses troupes, estant aysé de voir les intentions qu'Elle a en cela, qui sont tout-à-faict contraires à l'interest du Roy.

Il faudroit aussy, à mon advis, mander le Parlement à Poitiers ou à Amboise, où S. Mte dira se vouloir trouver pour cet effect, ses affaires ne luy permettant pas d'aller à Paris et requérant absolument que le procez de M. le Prince soit au plus tost terminé.

Si le Parlement a desja envoyé des députez au Roy pour demander une nouvelle déclaration contre mon retour, il faudra leur dire à peu prez les mesmes choses que l'on auroit escrites à la compagnie, et je croirois absolument nécessaire que le Roy prist la peine de leur parler luy-mesme, et, pour cet effect, j'envoye à part quatre mots, qu'il me semble que Sa Mlé pourroit dire2. Surtout il faut bien prendre garde que la Reyne ne soit surprise3 par les artifices dont on a usé, [comme] Elle l'a esté autresfois que, par des raisons spécieuses, on l'a portée à faire dire ce qui m'a faict tant de mal et qui a si notablement prejudicié à l'authorité royale ; car, s'il arrivoit qu'en ce rencontre on ne soustint pas vigoureusement cette authorité, la perte du Cardinal seroit peu de chose, mais celle de ladicte authorité seroit sans ressource; car le Parlement, assisté de M. le duc d'Orléans, seroit venu à bout, dans la

1 Le duc d'Orléans demandait des quar- 2 Voy. ci-dessous, p. 548.

tiers pour ses troupes vers Montargis et 3 La copie porte ici le mot comme, qui

Orléans. Elles auraient pu ainsi se joindre doit être placé un peu plus loin, ainsi que

plus facilement aux troupes de Condé. nous l'avons indiqué dans le texte imprimé.

Majorité, de plus que tout ce qu'il a entrepris dans le bas aage de Dëcemb. i65 Sa "\l .

Je croy qu'on aura faicl reflexion sur ce qu'ont requis les gens du Roy1 et sur l'arrest, qui a este donné en suite, et qu'ils ne pouvoient pas aller [tins avant que de résoudre d'eux-mesmes de faire une lettre circulaire pour prier les autres Parleiueus de donner le mesine arrest et pour faire que le Roy escrivist à tous les princes estrangers d'avoir chassé le Cardinal. J'avois ouy dire que le Parlement pretendoit d'estre tuteur des Roys dans leur minorité, mais je n'avois pas encore sceu ([u il vouiust l'estre encore quand ils seroient majeurs. Le Roy l'en peut empescher fort aysement, et il me semble que Dieu luy envoyé celte occasion, lorsqu'il prend le timon de ses affaires, pour reparer en quelque façon ce que son authorité a souffert, dans son bas aage, et faire eognoistre qu'il n'est ny en estât ny en volonté de souffrir de pareilles atteintes à l'advenir. Il est hors de Paris; on voit clairement que Dieu favorise sa cause. En me protégeant contre des factieux, qui sont ennemis de l'Estat, il faict justice et soustient son authorité. Tous les gens de guerre et presque tous les gouverneurs des places du rouanne sont pour SaMléet s'intéressent publiquement avec chaleur aux resolutions qu'il prend de me faire justice. Les peuples ont amour pour luy, et presque tous cognoissent que le but de mes persécuteurs a esté d'abattre son authorité, en me faisant servir de prétexte à leurs mauvais desseins. Tout ce qui s'est passé, depuis mon esloignement, a esclaircy un chacun de cette vérité, et la resolution de M. le Prince, la conduite de S. A. R. 2 et la guerre civile allumée ne permettent pas aux plus opiniastres de douter plus longtemps que ce ne soit une conspiration formée contre l'aulhorité royale.

Mazarin insiste sur la nécessité de profiter de l'occasion favorable cl d'avertir tous les Parlements par lettres du Roi que c'est par son ordre que le Cardinal rentre en Fiance. Il compte sur l'affection du prince Thomas, du duc de Mercceur et du maréchal du Plessis-Praslin. A la fin delà dépêche, on trouve l'addition dont Ma-

1 Voy. Mémoires d'Orner Talon, p. 453 (édit. Michaud et Poujoulat). — 2 Mazaiïn a dit ci-dessus (p. 533) que ses ennemis dominaient le duc d'Orléans.

Décemb. i65i. zarin a parlé contenant les quatre mots que le Roi doit répondre aux députés. En voici le texte : «La nécessité du temps a contraint la Reyne, Madame ma mère, à fermer les yeux à tout ce qui a esté faict contre mon cousin, le cardinal Mazarin, mesme à sa condamnation, sans qu'il ayt esté ouy. C'est pourquoy, lorsque je l'ay pu, je luy ay donné la permission de se venir justifier, et, si je dois cette justice au dernier de mon royaume, à plus forte raison mon honneur et ma conscience m'obligent de l'exercer envers un Cardinal, qui est mon parrain, à qui le feu Roy, mon seigneur et père, avait confié la principale direction de ses affaires, aprez en avoir receu de signalez services, et esprouvéen plusieurs rencontres sa suffisance et sa fidélité; et vous sçavez combien expressément il chargea, à l'article de sa mort, la Reyne, Madame ma mère, de continuer à s'en servir pendant ma minorité. Jay accepté l'offre qu'il m'a faicle d'un corps considérable pour me servir, dans un temps que mes ennemis domestiques et estrangers, unis ensemble, n'oublient rien pomme destrosneru.

CCXXV1I.

Biblioth. nat., ms. 6887, f* 167, original; ibidem, ms. &209, f° 288 v°. —

Copie du temps.

[Bouillon], 20 décembre i65i.

Vous direz à M. Le Teilier, à condition du dernier secret , que Leurs Majestez me pressent d'aller à la Cour, et que la Reyne me marque précisément, ainsy que font deux ou trois de mes amis, que, si je ne prends promptement cette resolution , tout sera perdu et la Reyne hors d"estat d'y pouvoir remédier. On ne s'explique point du destail; mais je vois bien que ceux qui craignent mon retour et ont interest à l'empescher mettent toutes pièces en œuvre pour cet efi'ect, sans se soucier des préjudices qui peuvent arriver au Roy et à l'Estat.

J'ay refusé de faire ce voyage par beaucoup de raisons, dont la principale est que m'en allant, les mains vuides, et devant que la déclaration

1 D'après une lettre que l'on trouvera plus loin , p. 558 , il est probable que cette de'pêcbe était adressée à J.-B. Colbert, qui devait la communiquer à Le Teilier.

contre M. le Prince fusl vérifiée, le Roy n'en recevrait aucun advantage. Décemb. i65i. Ma resolution pourtant est d'entrer dans le royaume, lorsque ce que je prépare, pour le faire en bonne compagnie, sera prest, et [si] les François | ne] souhaitlent [ [>as j les progrez de ceux qui font la guerre an Roy, il va apparence que la manière avec laquelle j'entreray sera approuvée «les plus critiques, pourveu qu'ils ne soient pas ennemis de la France. Mais, quoy < jn'il en puisse arriver, aprez dix mois de persécutions que j a\ souffertes avec grande patience et sans dire un seul mot, parci1 que le service de Leurs Majesté/, le requeroit ainsy, je ne doibs pas différer davantage a profiter de l'occasion que la conduicte que M. le Prince me donne, et des offres de tous ceux qui, me tesmoignant plus de chaleur qu'ils n'ont jamais faict, pourroient attribuer à foiblesse ce que j'ay faict jusques à présent, si je continuois à souffrir, [et] qui, en usant autrement1, seront persuadez que je puis servir utilement Leurs Majestez et l'Estat.

Je vois que certaines personnes qui ne m'ayment point, quoyqu elles fassent semblant du contraire, font tous leurs efforts de m'empescher d'entrer en France, et je suis asseuré que, si elles croyoient que cela me dust estre préjudiciable, elles travailleroient pour m'y faire aller. Je vois que S. A. R. en a appréhension et que M. le mareschal d'Estrée et quelques autres, qui ont habitude avec luy, ont dict que, s'il ne tenoit qu'à consentir que j'eusse une place de seureté en France avec la jouissance de mon bien, S. A. R. s'y porteroit volontiers, pourveu qu'il fust asseuré que je n'irois point à la Cour.

Enfin je ne puis estre en pire estât que celuy dans lequel je suis, et quelque chose qui puisse arriver, ma condition ne sçauroit empirer. Si M. Le Tellier a quelque chose à me dire là-dessus, je le conjure de le faire, par vostre moyen, et ce sera assez que vous vous teniez prest pour me venir trouver, quand je vous le demanderay; car je prendray mon temps pour que vous le fassiez. Si vous avez receu ma lettre du o,2,

1 Si j'en use autrement. mais ce ne peut être celle dont parle ici

5 Nous avons donné ci-dessus une lettre. Mazarin. Fabert était à Sedan, et Colbert à en date du <j décembre, adressée à Fabert; Paris.

Décemb. i65i. M. Le Tellier aura esté esclaircy de la vérité de tout ce qui regarde sa charge, et il demeurera ensuite hors de toute inquiétude. Pour les discours qu'on luy faict l'aire à Bartet, je vous prie de luy dire, de ma part, que j'ay receu sa lettre et que je luy confirme les mesmes choses que je vous escrivis par la susdicte du 9, et que j'estime à propos qu'il me laisse entrer en France; car alors j'adjusteray toutes choses avec luy, par vostre moyen, en la manière qu'il faudra, estant asseuré que la Reyne a pour luy de très-bons sentimens; qu'Elle souhaitte, autant que moy, qu'il soit en sa place; que ce pendant je le prie de travailler, avec tous ses amis, soit dans le Parlement, soit ailleurs, pour me les rendre favorables, et surtout il faudroit qu'il vist souvent M. le Premier Président pour luy faire cognoistre qu'il a intereslplus que personne à mon retour, estant son amy et tout prest à me lier estroitement avec luy. Je ne doubte point qu'il ne reçoive fort bien tout ce que M. Le Tellier luy pourra dire là-dessus, parce qu'il a parlé depuis peu à diverses personnes tres-advantageusement pour moy, ayant dict, entre autres choses, la conduicte que je deïtvois tenir pour rentrer en France et concluant avec ces mots : « Et quoy ! Son Em. croit-il que je le veuille abandonner? Je veux qu'il sçache que je seray des derniers à quitter sa livrée l. -n

La manière, avec laquelle M. Le Tellier m'a escrit, me touche au dernier point; car j'y vois la mesme tendresse que j'ay de longtemps esprouvée. Dictes-luy, je vous prie, que la mienne est entière .pour luy et que j'ay esté ravy de tout ce qu'il me mande de M. de Senneterre, estant persuadé qu'il a tous les sentimens pour moy qu'il me marque. Ceux de son fils2 sont au-delà de tout ce que je vous pourrois dire. J'ay escritàM.de Senneterre3 comme il faut, etjel'aypriéd'estre alerte, afin qu'on ne presse [pas] la Reyne à quelque accommodement, dont M. le Prince tire tous les advantages ; car je suis certain qu'il y a des personnes qui ont cette visée, espérant d'y trouver le leur [leur interest] particulier.

1 Ces paroles se retrouvent textuellement s Le maréchal de la Ferlé, fils du marquis

dans une lettre à l'abbé Fouquet, en date du de Senneterre. i5 décembre i65i (Voy. p. 545). 3 Voy. ci-dessus, p. 5a8.

====== =================^=========^= Décemb. i65i.

CCXXVUI.

AlF. «.-tr. , France, t. gG8, P 'io'i v°; t. 29 du recueil des Lettres de Maxarin. —

Copie du temps.

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