MÉMOIRE AU SR DE GAUVILLE
SDR CE QD'Il AURA À DIRE, DE MA PART, À M. LE PREMIER PRESIDENT.
| Bouillon], ->o décembre 1 65 1 .
(extrait.)
Il s'adressera au sieur Bluet, luy dira que je l'ay dcpesché exprez à M. le Premier Président, et luy communicquera ce qu'il a ordre de luy dire, de ma part. Ledict sieur Bluet pourra sçavoir de M. le Premier Président, auprez de qui il a accez, s'il aura agréable que ledict Gauville l'aille voir, de ma part, ous'ilaymera mieux, par quelque considération (ce que je ne croy pourtant pas), sçavoir, par une personne moins cogneue pour estre attachée à mes interests, les choses dont je l'ay chargé.
Si ledict sieur de Gauville voit M. le Premier Président, aprez luy avoir faict mes complimens, il prendra quelque heure commode pour luy faire lire, sans qu'on s'en apperçoive, le présent mémoire, afin de luy faire sçavoir plus exactement tous mes sentimens. M. de Ghamplastreux, qu'il verra d'abord, le pourra servir en cela; illuy fera toutes les mesmes protestations de mon service et de mon affection qu'à M. son père et luy communicquera tout.
Il dira à M. le Premier Président que je me suis abstenu de luy envoyer des gentilshommes exprez pour luy donner de mes nouvelles, craignant que cela ne luy fist préjudice, mais que je n'ay pas manqué pour cela de le servir, comme la Reyne le sçait fort bien, et à le faire asseurer de temps en temps de mon service par des voyes que j'ay creu seures, l'ayant faict encore depuis peu par M. le mareschal du Plcssis,
1 On a vu. dans le t. III, p. £78, des Lettres de Mazarin, que Gauville était un gentilhomme attaché à la personne du Cardinal.
Déceml.. i65i. d'un costé, et parM. Le Tellier, de l'autre; que je l'ay depesché exprez pour luy donner pari de ce que je vays faire, ayant voulu luy faire sçavoir mon entrée en France devant que de l'exécuter, quovque je sçache fort bien qu'il l'aura appris d'une meilleure source; qu'il n'v a qui que ce soit qui sçache mieux que la Revue l'estime que je fais de luy et à quel point je suis et veux estre son serviteur et de toute sa famille ; que je luy en renouvelle les asseurances du meilleur de mon cœur, avec protestation que, si mon malheur veut que je ne réussisse pas dans le dessein que j'entreprends pour me conformer aux volonlez de Leurs Mte\ je ne prétends pas qu'il s'y trouve en aulcune façon enveloppé, et, au contraire, si la révolution de ma fortune est heureuse, il recognoistra, et peut-estre avec utilité, que je suis tout-à-faict son serviteur; que j'escriray avec tout le respect imaginable à Monseigneur le duc d'Orléans pour rechercher ses bonnes grâces et à diverses personnes de qualité pour me les procurer; que je profiteray aussy des sentiinens qu'il tesmoigne au sieur Bluet, quand j'auray rhonneurd'escrire au Roy ; que jele conjure d'avoir la bonté de m'assister de ses conseils, estant persuadé que je n'en sçaurois recevoir de meilleurs, puisque je ne tiens pas qu'il y ayt personne qui ayt plus de passion que luy pour l'Estat, pour le service du Roy, pour l'interest particulier de la Reyne, ny une plus véritable amitié pour moy que celle qu'il m'a faict la faveur de me tesmoigner tousjours si obligeamment.
Que j'ay fort advancé l'accommodement de M. de Lorraine, et empesché jusqu'à présent qu'il ne s'engageast, par de nouveaux traitez, avec les Espagnols; qu'il n'acceptast de leurs troupes pour fortifier son armée et entrer en France, et qu'il n'entrast en aucune liaison avec les princes, de la part desquels il est extraordinairement sollicité ; mais que , si on ne reçoit promptement response de la Cour, où j'ay depesché sur ce sujet, il y a vingt-trois jours, il est à craindre que ce prince ne cède aux pressantes sollicitations qu'on luy faict de tous costez, et particulièrement de Paris, .pour l'intéresser dans les divisions du royaume; que, sans ce que M. le Prince a exigé du roy d'Espagne, dans le traité avec
ni c vnniNAL m \z\rin. 553
luy, qu'on ne feroit point de paix avec le Roy que oonjoinctenient, j'avois Déeemb. i65i.
si bien mesnagé les choses. que j'estois sur le point de me voir avec le
comte de Fuensaldagne el avec grande apparence de conclure quelque
chose de bon, parce que ledict comte en avoit le pouvoir et la volonté;
que, désespéré de la paix ', je me suis applicqué avec nies amys à former
un corps capable de rendre quelque service considérable au Roy, dans
ce rencontre, el qu'il eust esté sans doute de plus de huict mille
hommes, si je n'eusse jugé que le service de Sa M1" requeroit qu'on
en laissast prez de trois mille pour fortifier les frontières, qu'on a toutes
desgarnies, par les ordres, qui sont venus de la Cour, de faire marcher
tous les vieux corps et tout ce qu'il y avoit de bon; qu'il est absolument
nécessaire de faire tous les efforts possibles pour réduire M. le Prince,
parce que, cela estant, la paix est infaillible avec l'Espagne.
Quej'ay esté au desespoir d'apprendre l'insulte qu'on luy a faict faire par des mutins 2; qu'encore que sa fermeté ayt tout dissipé, je crains fort que ceux qui ont eu part à cette première sédition ne travaillent continuellement à en former d'autres, et que cela me donne de grandes appréhensions; quejeserois assez hardy, s'il le trouvoitbon, de conseiller au Roy d'appeler le Conseil auprez de luy, afin qu'il y pust exercer sa charge3 et fortifier ledict Conseil d'en haut d'une personne de sou poids; car quoyque les affaires de Sa M'c puissent soulfrir beaucoup à Paris par son absence, ce n'est pas neantnioins une raison assez forte pour bazarder une personne de sa qualité et dont les services sont si utiles àl'Eslat, ny pour contrepeserl'advantagc que le Roy tireroit, d'ailleurs, de l'avoir auprez de soy, puisque, par ses advis, il ne pourroit pas seulement pourvoir à Paris, mais à d'autres endroits.
Qu'ayant tousjours servy M. Talon4, comme M. Le Tellier et M. Tu-
1 N'espérant plus conclure la paix. 5 Mathieu Mole était, comme on l'a vu,
1 Les mémoires de l'avocat général Orner garde des sceaux en même temps que Pre-
Talon prouvent que ce fut sur l'indication micr Président. Il fut, conformément à l'avis
du duc d'Orléans que les séditieux allèrent de Mazarin, appelé à Poitiers et s'y rendit
attaquer l'hôtel du Premier Président. (Voy. vers la fin de décembre i65i.
sur l'insulte dont parle Mazarin, ci-dessus, * Il s'agit ici de l'avocat général Omer
p. 545. note 3.) Talon. Il est souvent question, dans les
i *î FAIM CRU K ATIO
Dfocmb. 1 6 r> i . boui' en sont très-bien informez, j'ay esté surpris de l'emportement qu'il a tesmoigné contre moyen ce dernier rencontre1; mais que je ne m'en estonne point, si , comme diverses personnes Inscrivent de Paris, le principe et le prix de cette action a esté la promesse positive de S. A. R. de luy faire tomber, à quelque prix que ce fust, dans les accommodemens qu'on seroit obligé de faire, la charge de Premier Président2.