A M. BLUET
[Bouillon], aa décembre i65i.
(extrait.)
Je vous suis tousjours de plus en plus obligé du soin que vous prenez de m'advertir si ponctuellement de toutes choses. La personne, qui vous rendra cette lettre2, vous entretiendra au long, de ma part, et vous dira le sujet de son voyage, de façon qu'il faudra qu'entre vous, M. Fouquet3 et luy, vous résolviez la manière avec laquelle il se faudra conduire pour entretenir M. le Premier Président, de ma part, des choses marquées dans l'instruction que je luy ay donnée4, le contenu de laquelle doit estre tenu fort secret.
Dans le doubte où le sr Golbert a beaucoup d'argent, je luy escris de vous donner seulement à présent mille francs, et davantage, s'il en a et si vous le luy demandez. Je vous responds que je ne vous laisseray pas manquer de fonds pour les despenses que vous sçavez. Je vous prie de communicquer, sur cette matière, avec le sr Naudé, mon bibliothe-
1 Marie Gigault de Bellefonds, mariée, Iretenir Bluet et le Premier Président, de
en janvier 1 65 1, à Pierre de Villars, père du la part de Mazarin, était un gentilhomme
maréchal de Villars. Elle vécut jusqu'en nommé de Gauville. 1706. ' L'abbé Fouquet.
! On a vu que la personne chargée d'en- " Voy. ci-dessus, p. 55 1.
DU CAIUMVU, MAZARIN.
caire, qui esl fort entendu, et j'espère que je vous pourray envoyer, Décemb. ni;... dans quelques jours, une lettre quej'escris au Roy et quelques autres qu il faudra l'aire imprimer.
On nie mande que M. le Premier Président et. M. le Surintendant1 ne sont pas bien ensemble. Je croy qu'il esl. du service du Roy qu'ils soient en bonne intelligence, et. s'il y a moyen de les accommoder, ce seroit un grand ouvrage et j'y prendrais grande part.
Je ne puis pas m'empescher de vous dire que j'ay esté extrêmement surpris du discours que M. Talon a tenu au Parlement et de ses conclusions-1, qui ont formé l'arrest; car je vous jure que je le considerois comme un de mes bons amis, ayant tousjours laid une estime particulière de sa personne et recherché avec soin les occasions de luy en donner des marques, quoyque je n'aye pas esté assez beureux pour le faire, ainsy que j'aurois bien voulu. Je m'estois persuadé que, se présentant quelque belle occasion pour m'obligeret contribuer en mesme temps au service du Roy, il l'auroit faict avec plaisir. Je souhaiterois fort qu il vous pust réussir de pénétrer ce qui le peut avoir obligé à en user de la sorte3. Si M. Talon eust pu avoir cognoissance de ce que j'avois dans l'esprit à son esgard et avec quelle passion je nie fusse employé pour l'exécution, retournant en France en estât de cela, je vous asseure qu il auroit regret de ne m'avoir pas tesmoigné de la bonne volonté. C'est une chose estrange que, nonobstant tout ce qu'il a faict, je ne puis pas luy vouloir du mal, et j'ay tousjours grande considération pour son talent et pour son mérite. MM. Le Tellier et Tubeuf sçavent bien à cjuel point cela est et que j'ay tousjours désiré faire des advances
1 Depuis la majorité du Roi, le surintendant des finances était, comme on l'a dit, le duc de la Yieuville.
2 II faut comparer, dans les Mémoires d'Orner Talon, le passage de sa harangue qui commence ainsi : n J ai dit que nous avions épuisé noire esprit, à la huitaine précédente, pour trouver les voies que nous estimions les plus assurées pour s'opposer
vz vl iv — IT.
nu retour du Cardinal, etc.» (p. 650, édit. Michaud et Poujoulat).
3 L'avocat Bluet, dont il a été souvent question . attribuait à des vues ambitieuses la conduite de l'avocat général Orner Talon; il aspirait, selon lui , à devenir Premier Président. (Voy. un extrait d'une lettre de Bluet, cité dans le tome III des Lettres de Mazarin, p. 699, note 3.)
ri 1 ni mi mi. MTIOKAKB,
Décemli. ifioi. pour acquérir un amy connue ccluy-là; mais il estoit mal aysé que, ayant esté malheureux depuis quelque temps en toutes choses, je M le fusse pas encore en celle-cy.
GCXXXII.
Bibl. nat. , mss. f. fr. , t. 28, 202, f 17; original signé, en partie chiffré. — AIT. élr. , France, t. 268, f" 4i3; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A L'ABBÉ FOUQUET
Bouillon, 92 décembre 1 05 1 .
(EXTRAIT
J'ay receu toutes vos depesches, dont la dernière est du 16 de ce mois. Je vous suis obligé au dernier poinct de tant de marques que vous me donnez de vostre amitié, et je voy qu'il est mal aysé de broncher devant vous en ce qui me regarde. Vous ne pouviez mieux parler ny vous conduire plus judicieusement à mon gré que vous avez faict. La Palatine m'escrit les mesmes choses que vous à l'esgard des personnes que vous sçavez. Mais, à mon ad vis, il faut tascher, au moins, de n'avoir pas contraires ceux qu'on ne sçauroit faire déclarer tout-àfaict favorables.
Les advis que vous me donnez sont les meilleurs que j'aye, et j'en profitte, autant qu'il m'est possible. Mes resolutions sont prises, et je ne puis plus tourner (sic) en arrière. Je fais ce que je dois à l'esgard de Leurs Majestez, de l'Estat, de mon honneur et de mes amys, et, au l'esté, il en arrivera ce qu'il plaira à Dieu.
Je n'ay pas faict plus tost response à vos lettres, parce que je croyois qu'on vous prieroit de me venir voir en diligence; mais comme vous parlez, dans vostre dernière, de me depescher un courrier, j'ay creu que je pouvois bazarder celle-cy.
Vous ne devez pas douter que je ne receusse une grande consolation de vous avoir auprez de moy; mais aussy, si vous croyez estre utile à la
DU CARDIH il MAZARIN. 563
Gouret d'y mander M. de \ îHayer pour y agir conformément à ce que Wcamb. l«5i. vous m'escrivez, je le remets à vostre prudence, et je suis Tort persuadé que, quand vous serez auprez de la Reyne, nies affaires n'en iront pas plus mal et que vous ne manquerez pas d'inspirer la vigueur âvet laquelle il faut que le Roy se comporte dans le rencontre de cette deputation, où il s'agit de tout |)our son aulhorilé.
Si nous ne prenez pas le pari > d'y aller, vous apprendrez de ce porteur et du sr Bluel ce que je fais pour donner lieu à M. de Villayer de faire le voyage1 et le sujet de la mission dudict porteur qui regarde principalement le Premier Président et son fils; et comme vous aurez la communication de tout, vous pourrez bien concerter ce qu'il y aura à faire pour s'asseurer de plus en plus de la bonne volonté du Premier Président.
La Cardonniere2 vous aura escrit la response que la Reyne luy a faicte à vostre esgard.et la Reyne me mande positivement qu'Elle me donnoit sa parole et que je pouvois donner la mienne à l'abbé Fouquet, qu'il aura le bénéfice en question. Et me disant les raisons pour lesquelles Elle ne croyoit pas de pouvoir présentement en l'aire faire les expéditions avec secret, la Reyne conclud à la fin qu'Elle se rendroit pourtant à ce que je voudrois quand j'auf ois l'honneur d'estre auprez d'Elle, de façon que, à mon arrivée à la Cour, je tiens cette affaire faicte. Je conjure pourtant l'abbé Fouquet de n'en rien dire à personne; car il y a des raisons de conséquence qui obligent à cela.
Pour ce qui est du Prévost des Marchands, [la Reyne] n'a jamais songé à rien promettre et desadvoue quiconque a advancé le contraire; mais, comme Elle me faict l'honneur de se remettre à moy sur cette affaire, s'il vous peut réussir de bien engager le père et le fils3 d'estre bons serviteurs de Leurs Majestez et de nies amis envers tous et contre tous, vous pourrez leur donner parole, de ma part, de la continuation
1 Voy. ci-dessus , p. 5 'l 't et 545. en i65i, Antoine Lefebvre de la Barre,
\oy. sur Balthazard de la Cardonniere, conseiller au Parlement; son fils, désigné
ci-dessus, p. 387, note 1. ordinairement sous lenomdeM. de laBarre,
Le prévôt des marchands de Paris était, devint maître des requêtes et intendanl.
5ï>'i LETTRES
Décemb. i65i. dans leurs charges, ou que lou fera pour eux quelque autre chose qui leur sera encore plus agréable.
Je finiray cette lettre en vous priant de recognoistre bien, et dans le dernier secret, si je puis faire un estât asseuré de M. de Bouillon et [de] son frère1. Je ne sçay si vous aurez à présent rendu ma lettre à M. de Noirmonstier2.; niais ce seroit un grand mal si, ne pouvant rien faire de l'autre costé, luy et Mme de Chevreuse croyoient encore avoir sujet de se plaindre de M. de Turenne. 11 faudroil au moins esviter ces inconvehiens.
GCXXXIIL
AIT. étr. , France, t. -268, P 5i5 v°; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A D'ESTRADES
Bouillon, 2 3 décembre 1 65 1 .
( EXTRAIT
Mon retour donne l'alarme à bien des gens, et presque tout le monde est bandé contre moy; mais il ne faut pas laisser de s'exposer à tout ce qui pourra en arriver, qui n'est" qu'un mal incertain, au lieu que ma perte seroit inesvitable si je n'executois cette resolution, en laquelle je me confirme d'autant plus qu'elle est agréable à Leurs Majestez; et n'ayant autre but que leur service et la réparation de mon honneur, je seray plus heureux, quand je perirois en exécutant ce dessein, que.de continuer à mener une vie aussy fascheuse que celle que j'ay laicte depuis onze mois, errant de costé et d'autre, et voyant de plus en plus deschirer ma réputation.
J'espère de pouvoir conduire, avec moy, trois mille hommes et trois mille chevaux, ayant jugé à propos de laisser dans ces frontières les
1 Le frère du duc de Bouillon était Henri 2 Louis de la Trémoille, ou de la Tre-
de la Tour, vicomte de Turenne. (Voy. t. I, mouille, duc de Noirmoutiers. (Voy. t. 111 , p. 963, des Lettres de Mazarin. ) p. 267, note 3, des Lettres de Mazarin. \
levées que je fais faire en Allemagne et quelques autres, qui font le Décemb. i65i.
nombre de prei de trois mille hommes. Il faut que, de vostre costé,
vous fassiez les derniers efforts pour bien soustenir Dunkerque quelque
peu de temps; car j "ose-rois respondre que vous serez puissamment
assisté.
CCAWIV.
Aff. étr. , France, l. aG8, f° 4o6 v"; t. "ag du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.