AU ROI
Bouillon, 9-3 décembre i65i.
Sire, comme les bienfaits et les grâces, dont je suis redevable à la bonté du feu Roy de glorieuse mémoire, et à celle de V. Mtë, ont infiniment excédé le prix du peu de rescompense qui pouvoit estre deue aux services que j'ay tasché de rendre à l'Estat, aussy m'estimay-je plus obligé qu'aucune autre des créatures et des sujets de V. Mlé de le luy tesmoigniT jusqu'au dernier soupir de ma vie; et ces considérations d'bonneiir et de recognoissance se rencontrant, d'ailleurs, avec mon inclination, ma passion et mon devoir, je m'estimerois tout-à-faict indigne non seulement du rang que- je tiens dans l'Eglise, et, ce qui ne m'est pas moins précieux, de l'affection et de l'estime dont \. Mlé m'honore, mais de paroistre mesme parmy les hommes, si, dans un temps où Elle se trouve sur les bras deux grandes guerres à soustenir, l'une estrangere contre un ennemy tousjours redoutable, et l'autre intestine, et par conséquent encore plus dangereuse, et voyant vos fidèles sujets exposer tous les jours avec joye leurs biens et leurs vies pour le maintien de l'authorité et de la puissance de V. Mli, je me laissois devancer par aucun clans un zèle si juste, et me contentois de regarder honteusement, ou de déplorer, dans l'oyseveté dune retraite, le feu dont le royaume brusle aujourd'huy au dedans et au dehors, sans me mettre en devoir, comme les autres, de contribuer ce qui peut dépendre de
Déwmb. i65i. moy et de mes amis pour donner plus de moyen à V. Mté de l'esteindi < ou de faire, au moins, cesser l'un de ces embrasemens, avant que sa durée luy ayt laissé prendre plus de force.
V. Mté, Sire, peut se souvenir que non seulement j'executay avec une résignation aveugle l'ordre qu'Elle jugea à propos de menvoyer de sortir du royaume, quoyque Testât des affaires d'alors me donnast juste sujet de croire qu'il avoit plustost esté extorqué d'Elle, que ce n'estoit sa véritable intention; mais que je m'esloignay mesme jusqu'au Rhin pour recognoistre si, en effect, comme plusieurs en paroissoient persuadez, aprez la liberté de M. le Prince obtenue, il ne restoit plus à désirer que mon esloignement pour voir le royaume dans le plus haut comble de bonheur et de prosperitez (sic) qui se pouvoient souhaiter, et pour faire que les peuples goustassent les douceurs d'un siècle d'or; que le commerce refleuiist; que les tinances de V. Mu eussent l'abondance qu'il faut pour mettre les ennemis à la raison; que vostre authorité se restablist; que la maison royale fust parfaitement unie et qu'on pust, en fort peu de temps, conclure la paix générale si nécessaire et désirée.
Et certes, comme je ne me suis jamais proposé d'autre but en toutes mes actions que ces mesmes si précieux advantages, et que, d'ailleurs, j'ay tousjours estably ma principale satisfaction à sacrifier tous mes interests particuliers au bien de l'Estat, rien ne me pouvoit flatter plus agréablement que de si grandes espérances, ny me faire passer le reste de mes jours avec plus de douceur et de tranquillité dame, quand mesme jaurois esté proscrit en l'endroit de la terre le plus sauvage et le plus esloigné de toute communication, que de sçavoir que ma relegation contribuoit à la grandeur de V. Mte et faisoit la félicité de ses peuples. Je diray mesme avec vérité que le zèle, dontjebrusle pour la gloire de la France, m'auroit faict préférer cette condition et cette forme de vie à tout l'esclat qui accompagne ordinairement celle que je venois de quitter, pourveu que j'eusse pu avoir, par mes malheurs, la principale part au bonheur de cette couronne, et plus je me sentois innocent, plus je me serois alors estimé glorieux de servir ainsy de victime
à l'Estat et de calmer, par mon Bacrifice, toutes les tempesles dont il Dëcemb. i-65i pouvoit eslrc battu.
C'est par cette seule raison. Sire que j ay souffert avec constance, pendant pins tle dix mois, de voir deschirer en tontes laçons ma reputation, d'estre privé de tous les biens qui m "appartiennent par la libéralité de \ os M'" et que j'avois destinez au payement des grandies debles que j'ay contractées pour le soustien de vos affaires et de vostre service en des occasions pressantes, que l'espuisement des finances et les longueurs des formalités eussent laissé ou faict dépérir; que dis-je? .la\ souffert d'estre appelé voleur et pirate, perturbateur du repos public, ennemy de l'Estat, le Beau de la Gbreslienté pour avoir traversé l'establissement de son repos1; de me voir errant dans le monde sans retraite ny asile asseuré, avec une famille, à qui l'aage n'a pas permis encore de pouvoir estre autre que innocente, et enfin de voir ma vie continuellement exposée à divers périls sans que j'en aye seulement murmuré, l'amour que j'ay pour la France ayant dez longtemps jeté de si profondes racines qu'aucun mauvais traittement n'est capable de l'esbranler. C'est cette mesme raison, Sire, qui m'a empesebé de publier des manifestes, où il m'eust esté facile de faire voir évidemment que, par justice, je meritois peut-eslre quelques louanges dans les chefs mesmes2, qu'on a tournez en accusation et en crimes, et particulièrement sur celuy de la paix, où je m asseure que, par un escrit qui paroislra bientost au jour3, je feray toucher au doigt à ceux mesmes qui sont le plus prévenus de passion et d'animosité contre moy. qu'il n'a rien esté obmisdema part, en tout temps, de possible, ou d'imaginable, pour parvenir à la conclusion de ce grand ouvrage. Enfin j'ay mesme retenu mes plaintes sur tous les arresls et les decla-
' Mazaiïn résume, clans ce passage, les '" Mazarin a déjà répondu à ceux qui l'ac-
principaux griefs énoncés dans la déclaration rusaient de n'avoir pas voulu conclure la
royale du 5 septembre i65i. paix avec l'Espagne, en même temps qu'a-
" Le manuscrit porte bien chefs et non vec l'Empire, dans sa lettre du ik mars
choses, qu'on serait tenté de lire. Du reste, 1601, adressée à Brienne. (Voy. ci-dessus,
le mot chefs s'entend parfaitement; il signilie p. 4 9 et suiv. ) ici les choses principales (capita).
Dcceml. i65i. rations qu'on a données contre moy, et j'ay, en toutes choses, gardé une modération [telle] que le reste de l'Europe a trouvé à dire1, parce quelle en ignoroit la cause, attendant tousjours que le bonheur public fust reslably, afin qu'on ne pust avoir le moindre prétexte de m'imputer d'y avoir apporté obstacle et me contentant d'adresser incessamment mes vœux au ciel pour obtenir qu'il luy plust de soulager mes peines parla satisfaction de les voir utiles, en quelque façon, au service de V. Mté et au repos de ses sujets.
Je ne me serois point encore, Sire, departy de la mesme conduite et aurois plustost songé à m'esloigner davantage qu'à m'approcher, si j'avois veu vostre Estât tranquille et tous vos sujets bien unis ne conspirer, comme ils y sont obligez, que le bien de vostre service2, ou si seulement les esprits eussent paru tant soit peu disposez à une reunion si juste et si nécessaire; et, bien loin de songer à mon retour, je n'aurois pas mesme souhaité la cessation de mes maux, si j'avois veu qu'il eust pu causer le moindre trouble au bonheur public, ou fournir un prétexte de le troubler à ceux qui en auroient eu le dessein. Mais voyant, avec toute l'Europe, qu'au lieu de ces grands effects qu'on avoit publié que mon esloignement devoit infailliblement produire, les affaires ont visiblement et notablement empiré; que la confusion et le desordre sont infiniment augmentez; que l'on a faict des liaisons estroictes avec les Espagnols; que les traitez en sont signez et ratifiez de part et d'autre; que le feu de la discorde civile est tout-à-faict allumé; que les soins que V. Ma a pris pour l'esteindre ont esté aussy inutiles (pie les condescendances qu'Elle avoit eues pour le prévenir; que la bonté que V. Mié a eue de donner à S. A. R. si belle matière d'employer le zèle qu'Elle a pour l'Estat, en luy envoyant un pouvoir sans limitation pour l'accommodement, n'a rien produit; que, quelques diligences que S. A. R. ayt faictes par l'envoy de plusieurs gentilshommes et courriers, il n'a pu obtenir les responses qu'il estoit à souhaiter pour
1 A blâmé mon silence. a dit dans le même sens : Le ciel et la terre
1 Le verbe conspirer a ici le sens de pro- semblent avoir conspiré sa ruine (Dictionjeter et s'emploie avec un régime direct. On notre de Furclière).
DU CARDINAL MAZVRIN. 560
faire cesser les desordres et la mise?e, où ils plongent tant d'innoccns; Décemb. i65i que l'on a mesme refusé la conférence qui avoit esté proposée (ce qui no se praticque pas mesme entre les ennemis les plus fiers et les plus aigris), en sorte que V M" a esté forcée de laisser à la fin agir la justice et déclarer criminels de leze-majcsté ' ceux qui ont pris les armes contre ses ordres et son service; que la tempestc s'est desja rend ne ties-violente, et enfin que la qualité et le nombre des forces de ses ennemis peuvent rendre fort douteux le succez de ses desseins et de ses travaux, si tout ce qu'Elle a de zelez et fidèles serviteurs ne concourent à la servir de tout leur pouvoir, de leur crédit et de leurs amys, la passion que j'ay pour le bien de l'Estat, pour la gloire de \ . Mle, outre la justice de sa cause, qui est celle de Dieu mesme, ne m'a pu permettre de voir ces agitations et ces incertitudes, auxquelles les affaires de V. M1* sont exposées, et de demeurer dans un repos honteux, que je me serois reproché à moy-mesme comme un crime. J'ay encore esté fortifié, Sire, dans cette resolution, lorsque, sur la liberté que j'ay prise de faire offrir à V. M"\ dans ces conjonctures pressantes, mes foibles services et ceux de mes amys, avec ce que je pourrois assembler de forces par mon crédit et par le leur, j'ay appris que V. M,e avoit eu la bonté d'agréer ce petit effect de mon zèle, et [avoit] tesmoigné qu'Elle seroit bien ayse que je luy menasse ce renfort de troupes pour luy ayder à remettre dans le devoir et dans l'obéissance, qui luy est deue, ses sujets qui s'en sont escartez.
Aprez ce glorieux adveu de mon dessein, il n'y avoit qu'une seule considération qui eusl pu m'arrester davantage en ces quartiers-cy, qui estoit l'advancement de la paix générale, que j'avois, il y a quelque temps, grand sujet d'espérer; mais pour m'expliquer mieux là-dessus à V. M16, Elle agréera, s'il luy plaist, que je luy dise que je ne suis pas demeuré entièrement oysif dans ma retraite, et qu'ayant trouvé que tout ce qui se passoit, en France, contre moy n'empeschoit pas que les Espagnols mesmes, à qui j'avois tasché de faire le plus de mal en
1 La déclaration royale contre Condé, rendue dès le commencement d'octobre i65i, n'avait été enregistrée au Parlement que le 8 décembre.
HAZARIS. — iv. 7a
lUPniUKRIt NATIOK4LI.
Déc&rob; iiifu. servant V. M1*5, ne me traitassent avec beaucoup de civilité et uV marques d'une estime particulière, rendant mesme justice à V. W de ne douter pas qu'Elle ne continuast à m'honorer de sa bienveillance, nonobstant les mauvais traitemens que je recevois, je creus devoir profiter de cette opinion qu'ils avoient pour essayer d'obliger les ministres du roy Catholique, qui sont en Flandres, à renouer avec nioy quelque négociation de paix entre les deux couronnes. Ma pensée avoit fort heureusement reussy et j'avois advancé l'affaire en sorte que j'avois conceu, avec beaucoup de fondement, l'espérance d'en pouvoir envoyer bientost de fort bonnes nouvelles à V. Mlv ; mais lorsque les choses estoient disposées au point que [je] pouvois souhaiter, je reconnus, avec une douleur extrême, que l'on avoit pris d'autres mesures par la signature d'un traité qu'on avoit envoyé à Bruxelles et par les fortes sollicitations qu'on avoit faictes en mesme temps en Espagne, qui, donnant de nouvelles espérances aux ennemis, leur avoient donné aussy de nouvelles pensées.
C'est une vérité qui ne peut recevoir de contradiction et que je remets à faire sçavoir plus particulièrement à V. Mlé par quelque autre voye. Je suis mesme obligé, en luy en rendant compte, d'advouer que les ministres d'Espagne ne paroissoient pas souhaiter la paix moins passionnément que moy; mais, Sire, auroit-on pu facilement renoncer, à Madrid, à tant de grandes espérances qu'on y a faict concevoir, et comment ne pas céder aux asseurances que des François mesmes, considérables par leur naissance, par leurs richesses, par leurs establissemens, par leurs amys, par la réputation qu'ils ont acquise dans la guerre et par leur crédit parmy les troupes, comment, dis-je, ne pas céder aux asseurances positives qu'ils y ont faict donner, que bientost. ou ils contraindroient V. Mu à offrir la carte blanche aux Espagnols, ou qu'en moins de six mois ils pourroient conjoinctement faire des progrez au double de ce qui estoit nécessaire pour forcer V. M1<; à subir telles conditions qu'ils luy voudroient prescrire pour la paix et à s'estimer mesme bien heureuse de l'obtenir, à quelque grand prix que ce pust estre? Je confesse, Sire, à V. Mlë que je ne suis pas consolable de
Dl CAI1IMN \L M \X\IU\. 571
voir que ce grand ouvrage, si nécessaire au repos el au bonheur de Dec i>.*6i
tous les peuples, se soit, par un semblable malheur, eschoué, lorsque, par toutes le> apparences, il esloil si proche de sa perfection; el cependant que je ne doute nullement que ceux qui en sont la seule cause ne continuent à publier que c'est le cardinal Mazarin qui ne veut pas la paix et qui l'empoM-he.
\. M' . Sire, dont la sagesse et la capacité ont devancé l'aage et l'ont laid appliquer de si bonne heure à la cognoissance de ses amures. pourra se souvenir qu'après la réduction qu'Elle fit sous son obéissance de toutes les places de Normandie et de Bourgongne1, et aprez la Guyenne calmée-, à quo\ on joignit bientost l'expulsion des Espagnols de la Champagne . où inesine leur principal corps d'armée fut desjait, il ne restoif plus de pari y dans le royaume qui portast le nom des princes. Leurs parens. am\s et serviteurs ne prenaient que la bonne voye pour les servir et n avoient de recours que la clémence seule de \ . Mle , et alors la paix, que la subsistance de ce party avoit retardée, se pouvoit dire ou tenir pour infaillible, ne restant plus d'espérance aux ennemis de voir les grandes forces de V. Mte occupées à autre chose qu'à les combattre avec la vigueur et le succez qu'elles avoient tousjours faict, quand 1 Estât avoil esté sans troubles. Aussy fut-ce en ce tempslà que don Estevan de Gamarra me proposa une conférence avec le comte de Fuensaldagne et m'en sollicita mesme ensuite par deux de ses lettres, pour traiter et conclure la paix entre les deux couronnes; mais toutes ces proposi lions s'esvanouirent par ma retraite. On crut neantmoins que cette paix el le calme du royaume seroientplus asseurez par l'eslargissement de M. le Prince et ma proscription, résolus l'un et l'autre tumultuairemenl. et il en est arrivé ce que le monde voit aujourd'huy, et que je ne doute pas que les bons François ne le déplorent avec des larmes de sang, regardant leur patrie plongée dans les malheurs et
Voy., dans le tome 111 des Lettres de 2 Voyez, dans le même volume, les lettres
Mazarin, les lettres relatives aux voyages du relatives à l'expédition de Guyenne, p. 58i Roi en Normandie et en Bourgogne pen- et suiv. danl l'année i65o. 3 Ibidem, p. 929 et suiv.
Déoemb. i,65i. les désordres où elle se trouve, dont la suite peut estre encore plus funeste et tres-prejudiciable à l'autorité royale.
Celte forte considération, Sire, qui pouvoit me retenir encore en ces quartiers-cy, estant cessée, à mon grand regret, j'ay, sous l'adveu de la sacrée parole de V. Mlc', faict un effort, avec l'assistance de mes amys, pour entrer dans le royaume en estât de n'eslre pas tout-à-faict inutile à son service dans un temps où l'on voit un party, tres-considerable par ses forces, se départir de l'obéissance qui est deue à V. Mle et s'unir avec les anciens ennemis de l'Estat, et qu'à moins, comme j'ay dict, que tous les véritables serviteurs et tous les fidèles sujets de V. Ml<! redoublent leur zèle et leur ardeur pour contribuer1 ce qui peut dépendre d'eux aux bons succez de ses armes, cette liaison peut faire courir grand risque à la France, qui, par ses prosperitez et ses advantages, avoit excité pendant si longtemps l'admiration et l'envie de toute l'Europe, de devenir elle-mesme un objet de compassion et un horrible théâtre de calamitez et de desordres. J'ay encore eu pour principale veue en cela la conclusion de la paix générale, cognoissant qu'il n'y a point de moyen plus seur pour y parvenir que d'abattre les partys, qui se sont eslevez contre l'authorité de V. M"5, et d'esteindre le feu dont son royaume est à présent embrasé.
Et à la vérité, Sire, quand les princes ont esté,pressez par la nécessité de leurs affaires, les prisons ont esté souvent ouvertes aux plus coupables, et les bannis les plus criminels ont esté rappelez pour estre employez contre leurs ennemis. Je veux espérer que la resolution que je prends, dans une conjoncture qui rend indispensable les devoirs de tous les serviteurs de V. MlL\ sera receue de tous les bons François avec d'autant plus d'approbation que mon innocence est assez cogneue , et que je n'iray pas mesme si mal accompagné que je ne puisse espérer avec raison de rendre à V. Mtë et à l'Estat quelques bons services.
11 est vray, Sire, que je ne peux pas nier que tous mes amys et ceux
1 On a déjà vu qu'au \vne siècle, le verbe en cite des exemples tirés de Descartes, de contribuer s'employait souvent avec un ré- M"" de Sévigné et de Bossuet. •finie direct. Littré (Dict. au mol contribuer)
qui m'accompagnent ne soient Mazarins et ne portent avec plaisir un Déœmb. i65t. nom qu'on a travaillé à rendre si odieux; aussi ne sçay-je pas si les services qu'as pourront rendre à \ . M1' seront autant agréez de tout le monde que je me veux promettre qu'ils seront d'EHe. Je puis pourtant dire que \ . M1' n'a point de sujets qui bruslent d'un zèle plus ardent de donner tout leur sang, s'il est nécessaire, pour la servir; qu'on n'en a point veu jusqu'iey de ce nom manquer de fidélité à V. Mlé et prendre le partv des Espagnols et. des autres ennemis de vostre couronne, et qu'il n'en est aucun qui ne soitprestde sacrifier tout son bien et d'exposer mille lois sa vie pour l'exécution des moindres ordres, dont V. Mu les honorera. C'est de ces mesmes amys, Sire, de qui je refusay l'assistance qu'ils m'ollroient généreusement, lorsque je sortis du royaume1, parce que je crus que. si elle estoit utile à mes interests, elle pouvoit prejudicicr à ceux de V. M10, qui m'ont tousjours esté les premiers et les seuls en veue; mais je l'ay acceptée à présent que j'ay cogneu que l'Estat n'en peut recevoir que beaucoup d'advantages.
Je proteste à V. Mle de ne vouloir former de plaintes contre qui que ce soit; car il se peut faire que j'aye donné sujet innocemment à l'aversion que beaucoup de personnes ont tesmoigné avoir contre moy. Et si \ . M1 a encore la bonté de donner quelque accez à mes supplications tres-humbles. je les employeray bien plus instamment pour leur faire départir les grâces, qu'ils auront, d'ailleurs, méritées par leurs services, que pour m'y opposer-.
Tout mon but, Sire, n'est que d'aller exposer ma vie pour le bien et pour le restablissement du repos de la France. Aussy puis-je dire que cette vie est aujourd'huy la seule chose qui me reste, ayant employé le peu que j'avois, et [ce] que j'ay pu trouver, à former le corps
1 Mazarin a rappelé plusieurs lois, et à désonner plusieurs des ministres du (loi entre autres, p. /i G i , que la plupart des et des principaux seigneurs de la Cour, engouverneurs des places fortes du nord de tre autres, Cliâleauneuf , Villeroy, Brienne. la France s'étaient déclarés en sa faveur et lioringhen, le commandeur de Souvré, qui lui avaient offert leurs services. s'étaient opposés au retour de Mazarin et
' Cette partie du manifeste était destinée pouvaient craindre son ressentiment.
57/j LETTRES
Décètab, 1661; de troupes que j'ay mis ensemble; et comme la part que jav eue autresfois par le choix et la bonté du l'eu Koy, et depuis par celle de la Reyne alors régente, à l'administration des affaires, pourroit l'aire soupçonner à quelques-uns que ma resolution, qui n'a pour principe qu'une tres-pure passion pour son service, et pour visée que de la signaler par quelques nouveaux effects, procedast de quelque désir de rentrer dans le ministère, je supplie tres-humblement V. Mu, et cela pour toute rescompensedes services qu'Elle me faictla grâce de croire que j'ay rendus à Elle et à l'Estat avec autant de fidélité que de zèle, de ne vouloir pas que je m'ingère à l'advenif en aucune façon dans le maniement des affaires, ce poinct, en cas que V. Mle eust assez bonne opinion de moy pour me l'ordonner, estant le seul qui me pourroit rendre coupable d'une désobéissance envers V. Mté l, au moindre ordre de laquelle, en toute autre chose, je sacrifierois ma vie avec joye. V. Mte ne manque pas de nombre de ministres fort habiles et dont l'application et les soins seront plus heureux que les miens n'ont esté à gaigner l'approbation publicque, et s'ils désirent de moy les lumières et les cognoissances que la direction des affaires, que j'ay eue pendant un assez long Lemps, m'a pu fournir, je proteste à V. Mtc de les leur donner fort sincèrement, et de bien meilleur cœur que je ne rentrerois dans la place qu'ils occuperont.
La seule supplication que je fais à V. Mle, c'est qu'ayant esté noircy de tant de crimes et condamné sans estre ouy, Elle ayt la bonté de vouloir qu'on exerce envers moy, dans les formes, la justice qu'on ne desnieroit pas au dernier du royaume. Je la demande tres-severe, Sire, et que V. Mlé veuille suspendre les mouvemens et les effects de la bienveillance, dont il lui plaist mlionorer, en sorte qu'elle2 ne paroisse ny agisse en aucune façon dans ce rencontre, offrant mesme, pour cet
1 II est inutile d'insister sur ie peu de de sortir du Conseil, et le Cardinal reprit
sincérité de cette protestation de ne vou- la direction suprême des affaires, qu'il con-
ioir plus se mêler du gouvernement. Dès que serva jusqu'à sa mort.
Ylazarin eut rejoint la Cour à Poitiers, à la 2 Elle se rapporte, dans ce passage, au
lin de janvier i65a, Châleauneuf fut forcé mol bienveillance . et non à Majesté.
elïoct. de me rendre seul en tel lion qu'il luy plaira me prescrire, afin Décemb. i6Sj que, mon innocence venant par ce moyen à ostro évidemment PfiCQgneiie, ma réputation, qu'on a voulu tanl desehirer, soit entièrement réparée, cl «pie je puisse avec plus de bienséance et de satisfaction aller servir \ . M1 .avec mesamys, en tel endroit dedans on dehors le royaume, et eo telle manière qu'il lu\ plaira, ne souhaitant rien que de pouvoir contribuer ce <pii peut dépendre de moy à apaiser l'orage qu'on a excité dans vostre Estât, et de rendre nies peines et mes soins utiles au repos et à la fidélité de [vos] ' sujets. Si Dieu donne à Y. Mlé la protection que l'on doit espérer de la sainteté do ses intentions et de la justice de sa cause, et que, chacun rentrant dans son devoir, les mou- \eiiions dont vostre royaume est agité se terminent avec le bonheur et la gloire que méritent la bonté et l'application avec laquelle V. Mu! y travaille infatigablement, je la supplie tres-humblement, dez à présent, de trouver bon de me prescrire quelque endroit où je puisse passer le reste de mes jours en repos, et les employer à prier Dieu qu'il comble V. Mu! d'autant de prosperitez et de bénédictions qu'EIJe en mérite. C'est le plus ardent souhait de, etc.2.
Ail". étr.. France, t. 2G8, f* 436; t. 29 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
A D'ESTRADES
Sedan, 96 décembre i65i.
Je m'asseure que vous aurez autant de joye de voir celle-cy, datée
1 La copie porte : de mes sujets. C'est une glelerre , au milord Jermyn , à la duchesse f-rreur évidente. d'Orléans, à Mademoiselle, au premier pré- Colle lettre est suivie de plusieurs autres sidenl du parlement de Paris, au comte de adressées à la Reine, au duc d'Orléans, à liiïenne, au maréchal de l'Hôpital, au pré- Coulas. secrétaire du duc, à la reine d'An- vôt des marchands de Paris, aux premiers
Décemb. ifi.^i. de Sedan, que j'ay du desplaisir du mauvais estât où vous me mandez que vous estes réduit1. Je vous confirme là-dessus ce que je vous av desja mandé , qu'il faut que vous fassiez tous vos efforts , pendant quelque temps, pour vous conserver, et qu'aussytost que je seray à la Cour, je vous feray assister puissamment.
On m'a mandé que les Anglois voudroient bien traicter de Dunkerque; mais je vous crois trop bon François, quelque advantage que vous y trouvassiez, pour recevoir une semblable proposition 2.
Les troupes que j'ay fait assembler en Picardie marchent vers [Rethel]3, où je les joindray dans trois ou quatre jours, et j'iray ensuite mon grand chemin.
Pour celles que j'avois faict lever en Allemagne, Gravel me mande que, ne pouvant faire passer l'infanterie en Alsace, comme je le luv avois ordonné, tant à cause de la marche des Lorrains, qui sont sur le . chemin, que des eaux, qui sont fort débordées, il avoit résolu de les ' embarquer à Vesel 5, et la conduire de là à Dunkerque. Si cela est, je vous conjure de tout mon cœur d'en vouloir prendre soin, de la faire un peu reposer et de trouver moyen de la faire passer ensuite dans le Boulonnois6, d'où, par l'assistance de M. le mareschal d'Aumont7, à qui j'en escris, elle se pourra rendre en ces quartiers-cy.
présidents des parlements de province , aux archevêques et évêques, etc. On trouvera, aux analyses, le résumé de ces dépêches, qui ne font que reproduire les idées développées dans la lettre au Roi.
1 On se rappelle que d'Estrades était gouverneur de Dunkerque; il avait signalé la situation périlleuse de cette place.
2 Voy. les négociations relatives à Dunkerque, t. II, p. 65 et suiv. , de notre Histoire de Fiwice sous le ministère de Mazarin.
3 II y a Rheims dans la copie; mais il faut lire Relhel , comme le prouve l'itinéraire suivi par Mazarin et indiqué par ses lettres :
De Sedan il alla à Relhel, comme l'atteste une lettre commencée à Sedan et terminée à Relhel. (Voy. plus loin, p. 587.)
' La copie porte bien les et ensuite la. Mazarin a fait accorder le premier article avec troupes , et le second avec infanterie. Le sens ne peut être douteux.
5 La ville de Vesel , ou Wesel, située sur le Rhin, au confluent de la Lippe avec ce fleuve, faisait alors partie du duché de Clèves; elle est maintenant comprise dans la Prusse rhénane.
6 Pays de Roulogne-sur-Mer.
7 Le maréchal d'Aumont était gouveri! ur du Boulonnais.
Décemb, i65i.
GGXXXVI.
lîilil. nat., mss. fr. , t. -a3, soa. P" 2(3; original si<;n<:, en partie chiffre. — \lï. étr. , France, t. 068. f" 'i37 v°; t. ag du recueil des Lettres de Vautrin. — Copie du temps.
À L'ABBÉ FOUQUET
Sedan, n6 décembre 1 65 1 .
(extrait.)
J'ay esté bien ayse de voir tout ce que vous me mandez par ia lettre que vostre valet de chambre m'a rendue de vostre part. Je commenceray à \ respondre en vous disant que je vous suis obligé de ce qu'encore que la Revue n'ayt pas l'aict vostre affaire1, vous ne laissez pas de tesmoigner estre satisfaict de moy. Mais c est une chose que vous devez absolument tenir pour l'aide aprez la parole que Sa Majesté m'en a donnée et sur laquelle Elle m'a permis de vous engager la mienne.
J'ay peine à croire qu'il soit si difïicile de faire expliquer nettement M. de Bouillon, ayant autant de passion que j'en ay de lier une estroicte amitié avec luy et avec M. de Turenne. Je ne prétends pas neantmoins que cette amitié leur prejudicie en rien et je souscris moy-mesme aux raisons qu'ils ont de ne se déclarer pas présentement, puisque l'affaire de M. de Bouillon'2 devant estre sytost terminée dans le Parlement, cette déclaration y pourroil peut-estre apporter des obstacles ou des delays. Ce n'est pas qu'il ne doive estre asseuré que le Boy, de façon ou d'autre, achèvera cette affaire, et j'engage ma parole qu'il n'y a rien qu'il puisse souhaiter de Sa Majesté, en cela, que je ne le fasse, et je ne voy pas que faisant, de la part du Roy, tout ce que M. de Bouillon souhaitera, le Parlement puisse trouver des prétextes pour différer la chose. Outre ce que j'en ay escrit,j'ay chargé Seyron3 de faire des instances
1 On a vu ci-dessus, p. 563, qu'il était comme on disait alors, de la récompense .
question d'un bénéfice ecclésiastique, que pour ia principauté de Sedan. (Voy. t. III.
sollicitait l'abbé Fouquct. p. 858, note 3, des Lettres de Mazarin.)
* Il s'agissait de la compensation, ou, 3 Voy. ci-dessus, p. 1/47, note 1.
tfl'ftlHEMC 'UirilLI.
Décemi). i65i. Ires-pressantes pour conimcncer à lny faire accorder ce qu'il désire pour la craye l, et si j'eusse esté à la Cour, j'eusse faict cela sans le faire passer pour une affaire. Enfin je m'employeray avec chaleur, et en cela et en toute autre chose , à ce qui pourra estre à leur advantage et donner plus de lustre à leur maison; niais il est juste aussy que je recognoisse en mesme temps qu'ils ont une véritable intention d'estre de mes amis jusqu'au bout, ayant eu grande peine de la proposition que vous me faictes de Sedan, de laquelle je n'ay jamais entendu parler, et M. de Bouillon sçait fort bien s'il y a apparence que j'osasse entreprendre une chose semblable2.
Pour M. de Turenne, il sçait l'estime et la tendresse que j'ay eues pour luy, et il a appris de beaucoup d'endroits et de gens qui, encore qu'ils soient de mes amys, ne le voudroient pas tromper, que je suis tousjours le mesme, nonobstant tout ce qui s'est passé, l'affection que j'avois pour luy ayant jeté de trop profondes racines pour pouvoir estre arrachée par de semblables accidens. J'ay escrit desja fortement à la Cour, afin qu'on trouve moyen de ne laisser pas inutile un homme de sa considération, et j'espère qu'il sera salisfaict sur ce point-là, sur lequel je vous dois dire que l'on m'a mandé, et je ne sçay pas si on m'en a voulu faire accroire, que l'on avoit proposé à M. de Ruvigny des cominandemens pour M. de Bouillon et M. de Turenne, qu'ils avoienl refusez. Il est vray que je ne responds pas que mes lettres fassent le mesme effect que je me promettrois si je pouvois faire cette offre de vive voix. Il est injuste de se plaindre de ce que j'ay préféré d'autres à luy pour la levée et le commandement des troupes qui m'accompagnent3. Il peut bien croire que j'aurois tenu à beaucoup d'honneur et d'advantage qu'il eust voulu venir avec moy, et que je l'en aurois
1 C'était nue distinction honorifique très 2 II semble, d'après ce passage, que
recherchée à la Cour d'avoir son logement l'abbé Fouquet avait demandé à Mazarin
marqué à la craie par le maréchal des logis qu'on rendit la principauté de Sedan au duc
du lîoi, avec cette indication : Pour M. Un de Bouillon.
Tel. On appelait aussi cette distinction Le ' Ces troupes étaient commandées ,
Pour. (Voy. les Mémoires de Saint-Simon , comme on l'a dit, par le maréchal d'Hoc-
t. II, p. 108, édit. de 1878.) quincourt.
conjure, m j'avois ereu qu'il en eust eu la moindre pensée. Mais j'a) i>.-,-.ini,. i r,;» , . civil que ce seroil trop de hardiesse et mesme imprudence de madres- Ber pour une affairé de celle naître à une personne avec qui je n'avois encore aucune liaison. Du reste, il voit Testai où je suis; si ma fortune devient meilleure, j'ose respondre qu'il s'en ressentira, estant résolu de chercher toutes les occasions de faire quelque chose de solide pour luv et de L'obliger par ce moyen à cstre de mes amys sans aucune réserve.
Si mou retour devoit produire les maux que croid M. le Coadjuteur. je ne songerois jamais à rentrer en France; mais j'espcre qu'il n'en arrivera pas aiusv, et vous luy pouvez mesme insinuer que, s'il estoit vray que ma perle fus! inesvitablo, comme il le pense, apparemment il n'y trouver oit pas son compte. J'allendray de voie, par vostre depesche, ce qu'il vous aura dict, dans la conférence particulière que vous deviez avoir avec luy, et ce pendant je croy qu'il faut tousjours l'entretenir et luy faire cognoistre que j'espère qu'il profitera de quelque bonne occasion de donner des marques de son attachement à la Reyne et de son amitié pour mov.
\ ous verrez, dans les copies des lettres du Roy et de la Reyne1, ce que je mande a Leurs M'". Je vous adresse toutes les autres que j'escris à Paris* Je croy nue vous pourrez faire rendre plus aysemenl et avec plus d'effect que personne celle du Prévost des Marchands, et je remets à vous de choisir les voyes les plus propres pour cela; mais je croy qu'il sera bon que. dans L'intention que j'ay de le servir, vous disposiez l'esprit du iils, en sorte qu'il travaille efficacement auprez de son père pour le faire bien agir en ce rencontre.
J'ay eu quelque scrupule que M. le mareschal de l'Hospital2 ne se fasebast de ce que j'escris au Prévost des Marchands plustost qu'à luy; mais j'ay tasché d'y remédier par la lettre cy-joincle, que je luy escris, et sy vous croyez que celuy qui portera la lettre à M. le mareschal de
' Le sens est : Des lettres adressées au liai et à la Reine. — s Le maréchal de l'Hôpital «itnit gouverneur de Paris.
Décemb. i65i. l'Hospital doive dire quelque chose de plus, de vive voix, vous le luy ferez faire.
J'ay jugé à propos d'adresser à M. Goulas celle de S. A. R. , afin qu'il prenne son temps pour la luy présenter, n'ayant pas osé depescher un gentilhomme exprez pour cela.
Il faudra que vous portiez toutes les lettres à la dame1, afin de conférer ensemble sur le temps et les moyens les plus propres pour les faire rendre, et je me remets à ce que vous résoudrez ensemble de la manière qu'on en devra user avec le Goadjuteur. En mon particulier, je seray tres-ayse qu'on luy communicque tout, m'en rapportant neantmoins à ce que ladicte dame résoudra pour le mieux.
Je vous prie aussy que MM. de Bouillon et de Turenne soient informez de tout cecy, et, comme il faut faire la mesme chose à l'esgard de [Mme de] Chevreuse et de ses meilleurs amis, il faudroit partager la peine et tascher que la dame prist celle d'informer les deux premiers.
Si on recognoissoit que S. A. R. ne fust pas si aigrie contre moy et qu'Elle eust agréable qu'un gentilhomme, de ma part, luy presentast la lettre, on en pourroit charger Artagnan2 ou Dalleville3 qui sont à Paris, qui pourront aussy rendre celles des autres lettres qu'on jugera le devoir estre par des gentilshommes, comme à la reyne d'Angleterre ou autres, disant que je les ay envoyez exprez. Je leur escris de faire en cela tout ce que vous leur direz. Et comme il m'est impossible de pouvoir escrire à tout le inonde, et que je croy qu'il me seroit advantageux de faire un compliment, de ma part, à tous mes amis ou à ceux que l'on croira le devoir bien recevoir, soit des compagnies souveraines, ou autres, il faudroit que vous prissiez la peine d'examiner ce point avec M. Bluet et faire une liste de toutes les personnes qu'il
1 Probablement la princesse palatine s Charles de Baats de Gastelmore. ( Voy.
(Anne de Gonzague). Dans une lettre adres- ci-dessus, p. 116, note 3.) sée à cette daine , en date du 26 décembre 3 Ce gentilhomme, attaché à la personne
1 65 1 , et publiée par M. Kavenel (p. 46o), de Mazarin, avait été nommé maréchal de
Mazarin parle du duc de Bouillon et de sa camp en 1 653 (Chronologie militaire, t. VI,
prétention sur Sedan (p. /i63). p. 3yi).
DU CARDINAL MVXAR1N.
seroit à propos de voir, les partageant aprez entre Dalleviiie, Arta- Décemb. 1651.
gnan e( le chevalier de Terlon1, s'il n'est pas party, ou quelque
autre des miens qui se trouvera a Paris; les instruisant de la manière
qu ils devront parler. Je vous envoyé un billet pour l'abbé Euzenat,
qui, avant amitié avec divers conseillers et autres personnes, pourroit
eslre employé utilement pour moy en cette fonction.
Ce que l'on me mande de la conduite de M. le Premier Président, à l'esgard de la lettre que M. d'Elbeuf a escritte, me met en peine de la depesche dont j'ay chargé Gauville pour luy -. Comme il devoit concerter tout avec vous, je m'asseure que. si vous avez veu la chose dans une telle assiette qu'il ne fust pas à propos de rendre la depesche, vous l'aurez supprimée. Je luy escris la lettre cy-jointe que je veux bien qui soit publicque3. Je [me] remets neantmoins à ce que la dame, vous et M. Bluet, jugerez à propos de la luy rendre ou non". Si vous la luy rendez, il faudrait joindre une copie des lettres que jescris au Roy5 et à la Reyne6, que je vous prie de faire faire secrettement à Paris par quelqu'un , parce que je manque icy de personnes pour [y] travailler. El en cas que vous vissiez que ledict sieur Premier Président fust tousjours bien intentionné pour moy, je croy qu'on luy pourroit aussy donner part de toutes les diligences que je fais à l'esgard de S. A. R.
Mon intention seroit que les lettres du Roy et de la Reyne, de S. A. R. et du Prévost des Marchands fussent imprimées7, et pour les autres j'approuveray tout ce qui sera faict. Le sieur Naudé sera propre
1 Hugues de Terlon, né à Toulouse vers le commencement du XVIIe siècle, est surtout connu par son rôle diplomatique. On a publié des mémoires sur ses négociations de i656 à 1661 (Paris, 1681, 2 vol. in- 12).
1 Voy. ci-dessus, p. 55 1 et suiv.
3 Celtre lettre se trouve aux analyses; elle n'a pas paru assez importante pour être publiée textuellement.
' Le sens est : pour décider si on doit la lui rendre ou non.
s Voy. ci-dessus, p. 5 G 5 , la lettre adressée au Roi.
6 On trouve , dans le recueil des Lettres de Mazarin publié par M. Ravenel (p. 465), une lettre du cardinal à la Reine , en date du 26 décembre 1 65 1 ; mais cette dépêche n'a pas le caractère oHiciel de la lettre dont parle ici Mazarin.
' On a , en effet, imprimé la lettre de Mazarin au Prévôt des Marchands , 7 pages (s. 1. 11. d.).
Décemb. i65i. pour prendre le soin de cette impression. Je luy en escris un mot, me remettant à ce que vous luy direz, et M. Bluet pourra aussy travailler en cela et en diverses choses que vous luy ferez cognoistre estre de mon service.
Pour la dame qui n'est pas dans le chiffre ', ce sera à vous, s'il vous plaist, de prendre la peine de luy faire les derniers complimens de ma part, et parmy les personnes qu'il faudra voir il faut prendre garde de n'oublier pas la marquise de Yillars2 et M. et Mme des Hameaux.
M. de Becherelles3 a désiré de s'en retourner en Brie, où il a creu qu'il me pouvoit estre utile présentement. Il vous dira les pensées que j'ay pour luy, et c'est véritablement un gentilhomme que j'estime et que jay grande envie d'attacher à moy.
Il faudroit tascher que Mme de Ghevreuse4 prist occasion, sur la lettre que j'ay escrite à S. A. R., de luy parler et de me rendre de bons offices, et je m'asseure, si vous prenez la peine de l'en supplier, de ma part, en cas que cette pensée soit approuvée, qu'elle ne me le refusera pas.
La lettre pour Mme d'Aiguillon, il faudroit que vous prissiez la peine de la rendre, ou que Euzenat le fist, parce que, la priant de s'employer aussy en ma faveur auprez de S. A. R., il faudroit qu'on l'entretinst là-dessus pour la bien disposer, quoy que je sçay (sic) bien que cela ne servira à autre chose qu'à faire paroistre que je n'oublie rien pour rendre mes respects à Sadicte Altesse.
' Quelle est cette dôme qui n'est pas dans 2 Voy. sur Marie Gigauit de Bellefonds.
le chiffre? Ce ne peut être ni la Reine, <[;ii marquise de Villars, ci-dessus, p. 56o,
était alors à Poitiers, ni la duchesse deChe- note 1.
vreuse, dont le nom chiffré se trouve dans 3 Voy. sur Becherelles ou Bescherelle,
cette lettre. Je pense que c'est la princesse lieutenant de roi à Ham, ci-dessus, p. 5 M ,
palatine ( Anne de Gonzague), à laquelle Ma- note 1 .
zarin adressait, à cette époque, des lettres ' J'ai eu tort de supposer (ci-dessus,
confidentielles, publiées par M. Bavenel (Rc- p. 391 , note 2) que M"" de Ghevreuse était
cueïl des Lettres de Mazarin , p. fto('>, désignée par ces mots: lu dame, ou la per-
/160, etc.). sonne , qui n'est pas dans le chijj're.
DU CARDINAL MAZAR1N. 583
_____ Décemb. i6.n.
çcxxxvn.
Bibl. nal.. ms. f. fr. 6887, P 17.'?. autographe; — lbid., ms. /«aoy, (° 9Q-J v". —
Copie du temps.
A M. LE TELLIER
Sedan, 26 décembre i65i.
Je vous escris ce billet au hazard, ne croyant pas que le porteur vous trouve à Poictiers, pour vous prier, en cas que vous soyez auprez de Leurs M1", de m 'assister, en tout ce qui pourra despendre de vous, avec la chaleur que je me promets de vostre aflection et dont je lais un estât tres-asseuré. J'ay affaire, en ce rencontre, de tous mes amis, et je ne doubte point que vous ne soyez des premiers à aller au-devant pour tout ce qui me peut concerner et à confirmer de plus en plus Leurs MUt dans les bons sentimens que vous trouverez, à vostre arrivée, qu'Elles ont pour moy. Jescris à un de vos amis quelque chose qu'il vous montrera1, et ayant donné charge au porteur de vous informer en destail de tout ce que je fais et de ce qui se passe, vous lu v donnerez entière croyance, et me croirez, s'il vous plaist, le plus partial de vos serviteurs.
CCXXXVIH.
AIT. étr. , France, t. 268, f° Mio v"; t. Q9 du recueil des Lettres de Mazarin. —
Copie du temps.
AU DUC DE MERCOEUR
Sedan, 28 décembre i65i.
(extrait.)
La Cardonniere arriva hyer au soir, et j'ay receu la plus grande
Voy. ci-dessus, p. 548, lettre du 20 décembre.
Décémb, i65i. consolation du monde de voir la continuation des" bontez qu'il plaist à Leurs Mtez d'avoir pour moy, et l'inquiétude qu'Elles tesmoignoient de me voir arriver au plus tost; mais je viens d'estre suqiris au dernier point par la nouvelle qu'on me donne de Paris que Héron, qui avoil couru avec la Cardonniere mesme, avoit porté une lettre de cachet au Parlement, par laquelle le Roy mande que les députez1 n'avoient que faire de prendre la peine de l'aller trouver, veu que Sa M* esloit en resolution d'observer les paroles qu'EHe avoit données et les déclarations qu'Elle avoit faictes.
Sur cela les députez et autres, qui estoient prests à partir, ont résolu de surseoir, et, à l'instance de M. le duc d'Orléans, le Parlement se doit assembler demain, S. A. R. ne doutant point d'y pouvoir faire résoudre entièrement tout ce qu'il proposera contre moy, faisant remarquer à tous ceux qui estoient persuadez que ma resolution d'entrer dans le royaume estoit fondée sur quelque ordre secret du Roy, que Sa Mle n'a pas cette intention, puisque, parsadicte lettre, qui est un acte fait dans la Majorité, Elle confirme les déclarations et promet de tenir les paroles données. On ne pouvoit fournir de meilleures armes à S. A. R. et à tous les malintentionnez et on ne doute point qu'on ne prenne demain des resolutions fascheuses sur le fondement qu'en le faisant ils se conforment aux intentions du Roy, et on croid que, sous ce prétexte, on pourra plus aysement esmouvoir le peuple et faire prendre les armes aux bourgeois.
Je ne doute point que ceux de Paris, qui appréhendent mon retour et que ceux avec qui ils s'entendent à la Cour, qui ne souhaitent pas aussy de m'y voir, ne fassent sonner cela bien haut; mais la vérité est que, quelque chose qu'on ayt faicte à Paris par les arrests du Parlement et par toutes les autres brigues pour exciter une sédition, on n'avoit pu en venir à bout, et qu'au contraire les personnes, que la Reyne devinera bien, qui d'abord s'opposoient davantage à ma resolution et qui m'en vouloient faire appréhender de plus grands desordres, ont à
1 Les députés que le parlement de Paris envoyait au Roi et à la tête desquels était le président de Bellièvre.
DU CARDINAL M \ZARLY 585
présent changé de style et m'ont faict mander (ju'iis ne craignoienl pas Décemb. i65i. tant qu'ils avoient faict du commencement, et qu'ils esperoient que Loul iroit bien; et quantité de conseillers, <[iii ont le plus frondé jusqu'à cette heure, demeuroient d'accord que, le Roy déclarant que sa volonté esloit que je me rendisse auprez de sa personne, ils ne voyoient pas quel moyen ils pouvoient avoir pour L'empescher, ny de droit, m de faict; niais tous ces gens-là prendront un grand courage, voyant les circonspections avec lesquelles on se conduit à la Cour et qu'il y a des gens qui feront valoir et soutiendront auprez de Leurs Mle/ tout ce que l'on entreprendra contre moy.
La Cardonniere m'avoit parlé de cette lettre, m'asseurant que la Revue 1 avoit veue, et qu'il n'y avoit autre chose si ce n'est qu'il n'estoit pas nécessaire que les députez prissent la peine de faire le voyage, le Roy ne voulant point entendre de reinonstrances et sçacliant bien ce qu'il avoit à faire, de façon que ce qu'on y a adjousté, qui est la ratification de la promesse que le Roy avoit faicte dans la [Minorité]' : que je ne reviendrois pas, et que le Parlement mesme esloit bien esloigné d'espérer que les députez pussent remporter, leur a esté envové par un courrier exprez, et la Revue a esté surprise au point que 1 on void; et si Sa Mlc n'en faict promptement quelque démonstration et n'applique des remèdes solides à des maux de cette nature, je ne voy pas que les afl'aires puissent prendre un bon train, et que les bons serviteurs du Roy esvitent d'estre à la fin accablez par l'artifice de ceux qui ont l'adresse de faire consentir la Reyne à des choses qu'ils luy représentent d'une façon et [qu'ils] exécutent2 d'une autre. Et en tout cas, en escrivant, il s'en falloit tenir à ce que la Reyne, par le conseil de M. de Ghasteauneuf, avoit respondu à M. de Danville3 pour le
' La copie porte majorité; mais c'est une " La copie porte l'exécutent.
faute évidente : le Roi n'était pas majeur à ' François-Christophe de Levis-Venta-
l'époque de la déclaration du 5 septembre dour, appelé d'abord comte de Brion , et
1 05 1. Ce que Mazarin craignait, c'était que ensuite duc d'Aiiville ou de Daniville; il
le Roi majeur ne confirmât les déclarations était gouverneur du Limousin , et mourut
faites pendant sa minorité. le 9 septembre 1661.
HAZARU. 1T, 7"
imniVEnit. SAIIONALE.
5 si; lettres
Dccemb, i<;r>i. ra|>j)orlci* à M. I« duc -d'Orléans, que le Roy, estant altacqué par des sujets qui paroissoient n'avoir autre intention que de luy oster la couronne, dans un besoin si pressant, accepterait le secours non seulement du cardinal Mazarin, niais du Turc rnesme, s'il le luy oll'roit.
pjnlin, c'est une estrange affaire et qui peut avoir de fascheuses suites; niais je n'ay pas tant de peine de scavoir qu'il y aytdes personnes auprez de la Reyne qui ayent mauvaise intention contre moy, comme de voir qu'ils ayent la hardiesse de faire des choses sans l'ordre et mesme contre l'intention de Leurs Mtez, de façon qu'en mon particulier je cours risque d'estre perdu par {artifice de ces gens-là, nonobstant que le Boy et la Beyne avent de bonnes intentions pour moy au delà de ce que je puis jamais mériter. Mais on a beau faire; car tout ce que font quelques personnes à la Cour pour m'enipescher d'y aller et les diligences de S. A. B., qui a envoyé tous les officiers à ses regimens et qui les grossit, y faisant couler des soldats de tous costez et prétendant de se saisir des passages sur la Loire pour s'opposer au mien, n'empescheront pas que je ne vienne à bout de mon dessein, puisqu'il n'a pas seulement l'approbation de Leurs M"*, mais quEHes-mesmes ont la bonté de tesmoigner de l'impatience qu'il soit au plus tost exécuté.
Demain, M. le mareschal d'Hocquhicourt aura passé la Marne à Espernay, et aprez-demain j'y arriveray pour estre en sept jours sur la Loire avec les troupes et le canon, et de là je prendray mes resolutions, et je ne perdray pas un moment de temps pour me rendre à la Cour, où j'espère que Leurs Mlez n'auront pas sujet de changer la bonne opinion qu'Elles me font l'honneur d'avoir pour moy.
Ce pendant je ne feray que prescher le mesme évangile, c'est-àdire que l'on prenne bien garde que la Reyne ne se laisse surprendre; car il ne faut pas douter que ceux qui ont faict faire un pas de la conséquence qu'est d'avoir escrit ladicte lettre, n'oublieront rien pour en faire faire d'autres, qui me mettent tout-à-faict hors d'estat de servir, estant infaillible qu'à mesure que je m'approoheray, les diligences