‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 8 sur 125 · A M. BERINGHEN · texte numérisé non relu

A M. BERINGHEN

Rethel, lt mars i65i.

J apprends que l'envoy que j'avois faict, sans me cacher, de Mes tayer et de Lespellette à Paris, y a fort donné l'alarme. Je suis bien

1 Et cependant. Premier (litre donné au premier écu ver de

2 Ce dernier paragraphe est autographe. la petite écurie du Roi). Voy. sur Henri de : Ce nom est écrit dans la copie : lielin- Beringheii , le tome I . p. f| 1 2 . des Lettres de

guen. Mazarin a ajouté en marge : c'est M. le Mazarin.

malheureux; car vous seavez que je ne l'ay laid, que pour envoyer Mara 1 85 1. prendre mes bardes, que je croyois faire sortir avec toute liberté, après ee que vous m'aviez dicl île la part de Leurs M'"'2; mais, puisque cela n'es! pas, je vous prie «le me renvoyer lesdicts valets, et, si on ne veut pas permettre <|u'ils fassent sortir un carrosse, [de m'envoyer] des licîs de campagne pour mo\ (>t pour mes niepces, et quelque tapisserie, et de faire en sorte qu'ils m'apportent, au moins, un habit et du linge; et. s'il y a encore de la difficulté en cela, je m'en passeray, et quelque harassé que je puisse estre pour avoir faict cent cinquante lieues à cheval, j'en fera\ encore cent de la mesme façon, puisque voicy le temps de souffrir et non pas d'avoir ses aises. Vous n'aurez pas cependant grande peine à croire que ce traitement me semble un peu rude, puisqu'on ne refuseroit pas aux ennemis de l'Ëstat de semblables bagatelles, et d'ailleurs que vous sçavez que mon naturel est fort esloigné d'en user de la sorte. Je voys bien aussy que je ne me dois pas attendre que les personnes que j'avois demandées pour adjuster mes comptes me puissent venir trouver, et que, ainsy, je seray tourmenté par mes créanciers, qui, à bien parler, le sont du Roy, puisque je n'ay rien emprunté qu'en des conjonctures importantes pour le service de Sa M'6, et que ceux qui me doivent se mettront à couvert à la faveur de mon esloignement. Il faut avoir patience et remercier Dieu de ce que, me faisant une visite assez extraordinaire, il me donne la fermeté et la force pour la recevoir.

J'avois résolu, ainsy que je vous avois dict, de m'en aller à Sedan pour passer de là dans le pays de Liège et après à Cologne, où j'avois escrit et envoyé en diligence à M. l'Electeur1 pour le supplier de trouver bon que je pusse aller en ses Estais; à quoy le baron de Vanques [sic)'2 m'a fait sçavoir avec beaucoup de civilité que la response seroit telle que je pouvois souhaiter; mais, comme je ne la puis recevoir de huict jours, qu'il faudroit nécessairement que j'eusse un passe-port de l'Ar-

1 L'archevêque-électeur de Cologne était, en i65i, Maximilien de Bavière; il avait été élu en ibSo et mourut en 1688. — s La forme ordinaire decenom est Wangen.

Page 1