‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 4)Chapitre 9 sur 125 · AUBIN. — 1Y · texte numérisé non relu

AUBIN. — 1Y

IrtrriMLUIL XATlOtf&LK.

Mars 1601. chïdttC1, eslant oblige de traverser une partie des Estais sujets au rov d'Espagne (ce que je n'ay pas voulu l'aire, ne sçachant pas si on le trouveroit bon à la Cour), et que je ne vois pas lieu d'espérer nies bardes ny les personnes que j'ay demandées pour l'adjustement de mes comptes, j'ay pris la résolution de partir, dez demain, [tour m'en aller en quelque lieu sur le Rhin ou en Suisse, ayant impatience de faire cesser par une prompte retraite, et bien esloignée, les bruicts quon me mande qui dureront jusques à ce que cela soit, et pour mettre en repos l'esprit de ceux qui croyent que je n'ay autre passion que de demeurer en France, ou d'y revenir au plus tost. Je voudrois bien pouvoir aller à Rome et y demeurer en seureté, et avec les assistances nécessaires pour le pouvoir faire honorablement; mais je voys bien que, tant que le Pape d'aujourd'huy vivra, il n'y a pas lieu d'espérer que je puisse establir mon séjour en cette ville-là.

Vous sçavez ce que vous m"avez promis de la part de Leurs Mlcz et ce que vous m'avez dict que c'estoient des choses résolues dans le Conseil en la présence et du consentement de S. A. R. et de M. le Prince. J'attends, ainsy que je vous en ay prié instamment, que vous me mandiez avec franchise si je dois faire estât asseuré du payement ponctuel de mes pensions; ce qui seroit d'autant plus facile que M. le Surintendant avoit desjà songé à un fonds pour nie payer ce qui nfestoit deub de l'année passée. Je vous seray tres-obligé si vous me mandez naïvement ce que vous en croyez, sans me flatter. Car si je ne m'y dois pas attendre, tous mes bénéfices estant d'ailleurs, comme je vous ay dict^ ruynez à un poinct de n'en pouvoir guieres tirer de longtemps, et outre cela le revenu en estant saisy de mes créanciers, il faut que je me résolve de bonne heure à me retirer avec trois ou quatre valets et faire tout autre personnage que ccluy de cardinal, qui a occupé la place que j'ay tenue. J'avois quelque peu d'argent que je croyois [qui] -, dans mon malheur, me pourroit faire traisner sept ou huict mois, sans incommoder personne, quand je serois abandonné de tout le monde:

' L'archiduc Léopold, gouverneur des Pays-Bas espagnols. — " La copie porte que, niais te sens exige qui.

du c.vnwxAL m \z\m.\. 51

mais je vous jure qu'il s'en est presque Unit allé, ayant despensé, depuis Mars i65i le premier febvrier, pour pies de six vhigi mille livres, la plus grandie partie pour acquitter de petites dehtes, lesquelles il estoit impossible de s'empescher de payer. Je vous prie de prendre la peine de parler de ce que dessus à qui il sera nécessaire, de me faire une prompte response, I adressant à M. le niarcschal de La Ferté-Senneterre,qui me la fera tenir, et d'excuser les impur limitez d'un absent persécuté et nécessiteux, qui sera lousjours, etc.

AtT. otr. . France, t. 267, f" 3oA v"; t. 28 du recueil des Lettres <k Mazarin, —

A M. DE LIONNE

De Rethel, 5 mars 1 65 1 .

(extrait.)

Je suis persuadé plus que jamais que le but du Goadjuteur est de perdre l'Estat l, et qu'il enchérit sur toutes les pensées de Cromweil2. . . Ayant examiné meurement ce que peut produire la rage du Goadjuteur, voyaoi sans aucun effect les poursuites qu'il faict pour voir la Revue, nonobstant ce que je vous ay escrit et à la Reyne là-dessus, je suis d'advis que, dans la constitution où sont présentement les affaires à Paris, la Reyne peut voirie Coadjuteur, et chacun croira, dans Testât où est Sa Mte, qu'Elle n'aura pas approché d'Elle ledict Goadjuteur avec moins de regret et de répugnance que celle qu'Elle a eue à m'en esloigner. Je ne croy pas cependant que la Reyne le deust faire, si Elle voyoit jour à une division de M. le Prince avec S. A. R. Gar si le premier vouloit s'attacher sincèrement à Sa Mt(!, comme j'apprends

' Dans la pensée de Mazarin, l'Etat et la était préoccupé de la Révolution d'Angle-

monarchie se confondaient : en ruinant la mo- terre: j'en ai cité des preuves dans mon

narchie. le Coadjuteur devait perdre l'État. Histoire de France pétulant la minorité de

2 Les carnets de Mazarin attestent qu'il Louis XIV, tome III, p. i35, 100-191 , etc.

Mars i65i. que M. de Bouillon et quantité de ses serviteurs le luy conseillent, je serois d'advis, en ce cas, que la première action qu'on feVoit devroit estre la perte du Coadjuteur, et vous devez croire pour chose asseurée, quelque mine qu'ils lassent, qu'il est impossible que M. le Prince et le Coadjuteur s'ayment dans le cœur et qu'ils aycnt bonne opinion l'un de l'autre. Il est encore infaillible que la plus grande partie des serviteurs de M. le Prince sont incapables de pouvoir avoir liaison ny amitié avec le Coadjuteur.

Je ne doute pas aussy que la bauteur et l'impétuosité avec laquelle se conduit M. le Prince ne luy fasse perdre beaucoup de serviteurs et ne le fasse hayr plus qu'il n'estoit devant qu'il fust arresté. Je suis trespersuadé qu'à l'heure que j'escris, M. de Longueville n'en peut plus; que, s'il voyoit jour à le pouvoir faire, il ne souhaiteroit rien si passionnément que d'entrer en un party qui le mist hors des pattes de M. le Prince, et vous verrez que Mme de Longueville, la Palatine, le prince de Conty et La Rochefoucauld, qui n'ayment pas M. le Prince, n'appréhenderont rien tant que de le voir absolu.

Pour bien servir la Reyne il faut estre bien alerte pour estre informé de tout ce qui se passe et profiter des conjonctures; car si une fois le chapelet commence à se défiler l et que la Reyne s'en prevaille, tout changera à souhait pour Sa Mté ; mais il faut agir et avoir, par diverses voyes inconnues, des négociations partout. Si la Palatine est mesnagée avec de bonnes paroles de la part de la Reyne, elle est capable de rendre un grand service et s'y engagera avec facilité. L'on peut aussi aysement engager MM. de Bouillon et de Longueville par divers ressorts. Enfin il faut mettre toutes pièces en œuvre; car il se peut asseurer qu'on tirera tout du lieu dont on n'a pas sujet de rien espérer2. Si le mariage du prince de Conty3 est rompu, ou tire de longue, en sorte que Mrae de

1 Si la rupture commence entre les deux battre l'autre Fronde. — 3 La promesse Frondes, celle du Coadjuteur et celle des du mariage du prince de Conti avec MIIe de princes. Ghevreuse avait été une des conditions

2 C'est-à-dire d'une des deux Frondes, stipulées dans le traité d'alliance des deux qui se ralliera à l'autorité royale pour com- Frondes.

Ghevreuse n'en espère plus rien, on oe doit point douter quelle ne Marei65i. soit outrée contre \L le Prince, et qu'en ce cas, unie avec le Coadjuteur, elle ne lisl tous ses efforts pour s'en venger, et, si elle laid, pour cet elfect, quelque proposition à la Revue, il la faudrait recevoir, coinme aussv si, par d'autres raisons, le Coadjuteur tout seul, degousté de M. le Prince, en faisoit quelqu'une contre luy, bien entendu qu'il pust disposer de l'esprit de M. le duc d'Orléans; et, en des cas semblables, la Reyne ne doit pas estre chiche a accorder des grâces d'un costé ou d'autre; car. pourveu qu'EHe ayt un party de son costé, non pas pour y estre soumise, mais pour en estre la maistresse et agir comme auparavant, Elle n'aura plus rien à craindre et pourra donner bon ordre à tout.

Mazarin indique ensuite à quelles conditions on pourrait traiter avec le Coadjuteur.

AIT. étr., France, t. 267, f 307 v°; t. 28 du recueil des Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE LIONNE

Bethcl, 5 mars 1 65 j .

(extrait.)

Si la Reyne croit qu'il y ait quelque chose à faire avec M. de Chavigny, les personnes les plus accréditées pour traiter avec luy pourroient estre Fabert et Lestrade1; Vautier2 aussy et M. le Premier (Beringhen) s'en acquittement bien, comme je croy.

Outre ce que je vous ay dit, dans l'autre chiffre 3, du mariage du prince de Conty, je croy que, quand mesme il s'effectuera (sic), on verra beaucoup de monde se lier pour l'élévation dudict prince contre celle de son frère, et que Mme de Ghevreuse sera la première à tra-

1 Godefroy d'Estrades. Voy. le tome I des Lettres de Mazarin, p. 9 2 k. — a Premier médecin du Roi. — 3 Dans l'autre lettre chiffrée.

Ma» i65i. vailler là-dessus. Enfin il faut représenter bien souvent à la Reyne que les princes les plus sages et qui ont eu une meilleure conduite dans leurs affaires n'ont jamais fait paroistre aucune passion ny esprit de vengeance et ont l'ait seulement ce qu'ils dévoient contre les personnes qui les avoient offensez, quand le temps estoit propre et quand l'interest de l'Estat l'a ainsy demandé. Les plus prudents des roys ont dissimulé et se sont mesme raccommodez avec leurs plus fiers ennemis pour profiter des conjonctures et les mettre, après, en estât de n'en plus pouvoir recevoir aucun mal.

Je croy que la Reyne est persuadée que M. le Prince et le Coadjuteur ne s'ayment pas plus que de raison, et que deux personnes ne pouvoient estre plus irritées et avoir plus de fierté et d'animosité l'une contre l'autre qu'en avoient ces deux personnes-là. L'interest les a remis [reunis] 1, et le mesme interest les fera bientost desunir.

Aff. etr. , France, L 267, f° 3i 1 ; t. 28 du recueil ries Lettres de Mazarin. —

Copie du temps.

A M. DE LIONNE

D'Espanse ou Espense près de Bnr 2, 7 mars 1 65 1 .

(extrait.)

Je croy que vous aurez considéré que la reconciliation et l'union des princes avec la Reyne estoit ma perte infaillible et l'anéantissement de l'autborité de Sa M'"; car la véritable condition de cette reunion sera qu'ils seront les maistres en eflect, c'est-à-dire que M. le Prince disposera de tout, et quand vous me voulez flatter de mon retour auprès de Sa Mte, je suis asseuré que, dans vostre ame, vous n'en croyez rien,

1 II y a remis dans la copie, mais pour niiscrit. Je pense que la localité ainsi désignée l'antithèse avec le verbe désunir il faudrait est Epense, village du département de la réunis. Maine, arrondissement de Sainte-Mene-

2 Telle est l'indication donnée parle ma- hould.

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