‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 108 sur 285 · AMBASSADEUR EN POLOGNE · texte numérisé non relu

AMBASSADEUR EN POLOGNE

La Fèie, 29 juin 1 (J ."> 7 .

Je suis marry d'estre obligé de dire une chose contraire à ce que la reyne de Pologne vous a asseuré; car je sçay de science certaine, comme si j'avois veu le traité, que non seulement la succession du roy de Pologne est asseurée au frère du roy de Hongrie2, mais que Sa Majesté mesme a fait tesmoigner à Vienne qu'elle ne souhaitoit rien avec tant de passion que de pouvoir avoir auprès d'elle ledict prince, duquel elle pretendoit prendre un tel soin quelle ne doutoit point de l'obliger à luy donner son amitié toute entière, en sorte que, s'il venoit faute du roy de Pologne, elle eu pust faire estât comme d'une chose qui ne luy pouvoit manquer. Et, sur ce propos, je vous diray que, m'ayant esté envoyé de Vienne une copie de la lettre que cette reyne a escrite à l'ambassadeur, qui y avoit esté depuis peu, et par luy communiquée aux ministres de l'Empereur et à 1 ambassadeur d'Espagne, je vous l'envoyé3, et vous diray que Leurs Majestez ont esté un peu surprises des termes avec lesquelles elle est conceue et des plaintes continuelles que ladicte reyne faict de la France, puisque nous sçavons fort bien qu'elle en a esté servie en tout ce qui a esté possible; et, sans parler des soins qu'on a tousjours pris pour cela, il vous sera bien aisé de faire cognoislre à cette Majesté qu'on

1 Une addition placée à la page 7 G indique ~ Voy. ci-dessus, p. hk 1.

que le Roi ne marchera pas, comme Mazarin 3 Cette copie est, en effet, jointe à la

l'avait d'ahord annoncé. dépêche de Mazarin.

ne pou voit rien ajouster à la douleur sensible qu'on a eue icy lorsque Juin i65^ le roy de Suéde fit la rupture avec la Pologne, qu'on n'oublia aucun moyen imaginable pour l'en divertir, tesmoignant audict roy que la France en estoit touebée du dernier point; qu'elle ne pourrait jamais y prendre aucune part et continuerait incessamment d'interposer ses offices pour terminer au plus tost cette guerre. En eflect, je me souviens d'avoir l'aict, par ordre du Roy, des despesches m pressantes à M. d'Avaugour à ce sujet1, que le roy de Suéde s'est plus d'une lois emporté contre luv, ainsy que vous en pouvez estre informé; et la passion que l'on a icy pour cet accommodement a esté à un tri point. que j'ay l'aict offrir au roy de Suéde le payement de quatre cent mille risdales en argent comptant pour l'obliger a Be rendre plus facile aux conditions qui auraient pu estre de satisfaction pour le roj de Pologne; et, quelque chose qu'on ayt voulu dire, il ne Be trouvera pas que le Roy ayt jamais l'aict espérer l;i moindre assistance au roy de Suéde, quelque instance qu'il en ayt faicl faire. Iu\ ayant esté tousjours déclaré que Sa M1, ne se départirait jamais de la neutralité et continuerait à s'interposer pour la paix.

Il est vray que, lorsqu'il nous a faicl entendre que la maison d lustriche luy suscitoit [des] ennemis1 de i<>us costex; que le n>\ de Danemark estoit prest à luy faire la guerre, à sa sollicitation, et qu'on

estoit sur le point d'envoyer contre ln\ l'armée qui estoit en Silésie, Sa M1, l'a l'aict asseurer que, la maison d1 \ii-iriclie venant .1 se déclarer contre luy, on luv enverrait toutes les assistances possibles; et en effect, depuis que l'on a sceu que non seulement le traité a esté ratifié à Vienne, mais qu'en suite de cela l'armée de Silesie marchoit contre le roy de Suéde, Sa M1' a donné des ordres pour lux envoyer promptement quelque assistance d'argent et continuera à le faire autant que Testai présent de ses finances et les grandes dépenses qu'Elle est oblig de soustenir la 3 pourra permettre, sans que personne puisse trouver

1 On a donné ci-dessus , p. 619, A-jo, 4^» <) of 'i.'i.'i, plusieurs de ces dépêches de Maiarin. D'autres, en plus grand nombre, sont résumées dans les Analyses. — J Le déchiffrement porte d'ennemis, au lieu des ennemis. — ' La se rapporte à assistance d'argent.

MAZtRIN. — VII.

Juin 1 057. à redire à la conduite de Sa \1";, laquelle n'a jamais songé à assister le roy de Suéde contre la Pologne, mais bien contre la maison d'Austriche luy faisant la guerre. Vous voyez, par le récit véritable que je vous fais de ce qui se passe, que les avis qu'on a voit donnez à la reyne de Pologne de l'argent qu'on avoit donné au comte Tôt1 pour son inaistre et pour luy sont faux.

L'homme du monde le plus plein d'artifices est Isola2, et il y a longtemps qu'il est brouillé avecque la vérité. C'est pourquoy, dans toutes les choses qu'il avance, il n'a autre but que de persuader ce qui n'est pas, et je ne suis nullement surpris de tout ce qu'il a conté à la reyne de Pologne; car il avoit interest de la porter à s'unir aveuglement avecque la maison d'Austriche.

GCGXI.

BibJ. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i, f" 84; minute. — Aff. étr. , France, t. 29, f" 355; original signé.

À SERVIEN

La Fère, 3o juin HJ.'iy.

(extrait.)

Mazarin entretient Servien d'un projet d'emprunt pour les affaires d'Allemagne :

Si vous jugiez que Sa Mkl en deust escrire à M. le Chancelier et à MM. les Surintendans pour leur représenter le besoin qu'Elle a de cette assistance, vous m'envoyeriez une minute de la lettre que je lerois aussytost expédier; et en un mot, toute cette affaire consiste à voir si, par les moyens dont nous avons parlé ensemble, on peut trouver trois millions de livres, payables dans un an, avec l'interest

1 Ambassadeur de Suède en France. — 2 Le baron de Lisola. (Voy. sur ce diplomate, ci-dessus, p. lihi.)

a dix pour cent1, et que vous adjustiez, avec M. le Procureur gênerai. Jum 1657. quel fonds on peut affecter à ce payement dans ce ternps-là.

Je croy aussy que, pour donner l'exemple, M. le Chancelier, vou-. VI. le Procureur gênerai et moy, pourrions donner cinquante mil 1 » * escus chacun, et mettre après MM. les secrétaires d' Estât, hors M. de Brienne, qui n'est pas en estai de cela, les intendans, les trésoriers de l'Espargne, de l'extraordinaire et des parties casnelles, les secrétaires du Conseil et d'autres personnes dans les finances, qui peuvenl aysenient faire ce presl au Roy, dans l'asseurance d'estre remboursez avec un inlerest considérable. Je cro\ mesme que les trésoriers de l'Espargne pourroient donner auss\ chacun cinquante mille escus, estant, ce me semble, assez bien traictez d ailleurs pour faire celle advance-.

Quand on aura résolu de quelle manière on devra parler ou escrire pour demander ce secours, si l'on juge qu'il soil bon d'envoyer d'icj quelque personne exprès pour cela, on le fera. Je VOUS prie donc, et M. le Procureur gênerai aussy, de conférer promptemenl ef à fond sur

1 Quelque exorbitant que soii ce taui de 10 p. o/o, même pour le milieu du wn' siècle, où la constitution îles renies privées (foncières et mobilières) se faisait sur la base de (> i/u p, 0 0 environ, et où les Étals provinciaux elles villes empruntaient souvent a un moindre taux, il n'était guère possible pour l'Etat, en raison du cours des renies sur lliolel de ville, pen danil année 1657.de se procurer de l'argent à 10 p. 0/0, iiinsi qu'on la vu ci-deasue p. 463, noie 1.

1 De ions les officiers de Bnance, le trésorier de l'épargne — caissier-payeur central du Trésor, dirions-nous aujourd'hui — qui avait brevet et rang de conseiller d'État . était le plus important, Maiarin parie de ces fonctionnaires au pluriel, parce que,

l»ien qu'il n") en eul qu'un en charge à la

fois, iU étaient au nombre de trois . et même de quatre à cette époque, travaillant chacun pendant une année, a tour de rôle. Ces lié soriera faisaient, puni- leur compte et a lent profit, la plupart des opérations que le ministre des linuiees lait aujourd'hui pour le compte de l'Etat. S >us le nom de pronu tu 1 . billets, récépissé* nu reseriptions , ils émettaient des valeurs analogues à nos l">ns du Trésor actuel. Gomme ils n'étaient soumis 1 aucun contrôle, pendant leur tjrstioit . ils ne se faisaient pas faute de pécher en eau trouble.

\ussi. malgré les appointements officiels fort modiques attachés à celte charge, environ 3,ooo livres, on la voit monter a des chiures énormes el se vendre couramment 9 millions de livres, suit 6 a 7 millions de noire monnaie.

5/jO LETTRES

Juin 1657. cette matière et de me mander ce que vous jugerez que l'on doive faire d'icy, qui sera exécuté à l'instant.

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