MAZARIN. VII
Août i65r>. n'est autre que pour vous tenir ma parole de vous escrire tous les jours et de vous dire que le Confident est arrivé icy en bonne santé; qu'il est mieux logé icy qu'à Saint-Germain, et qu'il semble que le chasteau [de Bossu] est faictpour voir ce siège; car on en est fort prez et on ne tire pas un coup de mousquet qu'on ne le voye mieux que si on estoil à la tranchée. Elle a esté ouverte, la nuit passée, fort heureusement, puisqu'il n'y a pas eu six soldats blessez.
M. de Castelnau fera la nuit prochaine une troisième attaque. Les eaux sont fort diminuées par le moyen des escluses, desquelles on s'est servy fort à propos, et, à ce que je puis juger, je croy que le Roy sera vendredy, au plus tard, maistre de la place; elle est fort bien située, et il est vray que son assiette ressemble tout-à-fait à la Fere.
Il n'y a, à Mons, que Boutteville l, avec dix-huit regimens (cavalerie et infanterie). Pour l'Archiduc, M. le Prince et les Lorrains, on dict qu'ils sont à Tournay, à Àth et plus avant vers Bruxelles, où tous les moines et prestres travaillent aux fortifications. M. de Turenne est venu, ce matin, jusques auprez du Quesnoy avec trois mille chevaux, de manière que le Confident s'est advancé icy avec plus de quatre mille [hommes] ; car il en avoit une partie avec luy au Quesnoy.
AIT. étr. , France, t. 896, f° 227. — Copie du temps.
À LA REINE
Du camp devant Saint-Guillain, s 6 août i65o.
Vostre lettre du 22 m'a donné beaucoup de peine, voyant les inquiétudes dans lesquelles vous estiez du Confident, et que vous m'annonciez que vous n'estiez pas de trop bonne humeur, et je vous laisse à penser comme on le peut estre icy avec une telle nouvelle. Je
1 François-Henri de Montmorency-Boutteville, qui devint duc de Luxembourg, lieutenant ge'néral en 1668, maréchal de France en 1679, mort en 1695.
vous supplie d'avoir l'esprit en repos pour tout ce qui regarde le Con- Aoùi i655. filleul; car jeieray mon debvoir comme je vous ay promis et au delà, et je seray bien trompé si cette sepmaine se passe sans que nous soumis en chemin pour retourner à la Ferc, nonobstant que, la nuiYt passée, il soit entré dans la place un secours de deui cens hommes chargez de poudre, du costé de M. le mareschaj de La Ferto, par un marais que l'on croyoit impraticable.
Le camp où nous sommes n'a pas nue cii conciliation régulière, mais il est l'oit bien; car on s'est servi des rmeres, des ruisseaux el des deflilez. On a faicl quantité de pouls pour bien asseurer la communication des deux armées et on travaille à quatre forts BUr les hauteurs, par lesquelles les ennemis pourraient venir plus aysement; mais je ne crois pas qu'ils y songent , car il n \ aurait rien à gaigner pour eux, et, d'ailleurs, ils ne lesmoignent pas en avoir la pensée, puisque, par «les prisonniers que Ion vient de (aire, - apprenons que
les ennemis onl envoyé deux regimens de cavalerie et trois d'infanterie a Valenciennes ; ce qu'ils n'auroienl pas faict, B'ils avoienl envye de nous visiter, et que M. l'Archiduc estoil allé vers Courtraj et Gand, parce que les esprits des Flamands n'estoient pas en trop bonne assiette de ce costé-là; et ainsy je vous conjure de ne VOUS inquiéter pari de unis mocqùer de tous les horoscopes et |dej croire seulement <pie Dieu besnira les armes du Roy, sçachanl ses bonnes intentions et celles delà Reyne, et que tous les advantages qu'elles fleurs arm remporteront ne serviront <|uà conclure ]>1 us promptemenl la paix et à leur donner lieu d'entreprendre de grandes choses pour s, m service.
M. de Schomherg ' a este hlessi-, la iiuicl passée; niais il ne lu\ en cousleia qu'un doigt, ayant esté assez heureux pour se garantir d'un coup de mousquet dans le cœur par une cuirasse qu'à toute force lu\
avoit faict prendre M. de (laslelnau.
Le pauvre Rouanet9 a receu un grand coup de mousquet qui luy a
Prédëiic-Armand, comte de Schomberg, quitta la France en 168g aprèe ta revacamarechal de camp en 1 1> r» a , lieutenant gé tiondel'édil de Nantes et mourul en 1690. aeral en 1 655, maréchal deFrancaen 1675, ' Prebableaaent, Gaspard de Michel de
Août i655. fracassé la jambe. J'y ai envoyé tout aussytost M. Félix1, et l'on craint'2 qu'on sera (sic) obligé de [la] luy couper. Tout le monde regrette fort ce malheur, et M. le mareschal du Plessis en sera bien fasché. Jel'ay faict assister et luy ay envoyé dire, de la part du Roy, qu'il ne songeast qu'à se guérir, et que Sa Ml<i luy donneroit de [quoy] vivre à son ayse, toute sa vie, et, à la vérité, il le mérite bien.
Je vous demande en grâce encore une fois de ne [point] vous inquiéter du Confident et de me croire le plus attaché et dépendant de vos volontez que personne du monde.
Aff. étr. , France, t. 272, f° 43. — Copie du temps.
À LA REINE
Du camp devant Saint-Guillain, 26 août 1 655. (extrait.)
Le Confident a esté voir sortir la garnison de Saint-Guillain3, composée de sept cens hommes de pied et de quatre vingt chevaux. Le gouverneur, qui est Espagnol, et tous les mestres de camp luy sont venus faire la révérence, et cela s'est si bien4 passé et avec esclat, toute la cour et les principaux officiers de l'armée ayant paru couverts d'or. Aprez cela, le Confident s'est allé promener à la veiie de Mons, mais bien accompagné, et en sorte qu'il n'y avoit aucun risque. Nous y avons veu quantité de troupes campées sous la contrescarpe de la- Rouan nette, nommé maréchal de camp en s'accorderait mieux avec le reste de la 16Z16. phrase, au moins pour la construction
' François-Félix de Tassy, premier chi- grammaticale. rurgien du Roi depuis 1 053 , vécut jus- 3 Cette place avait donné des otages, le
qu'en 1678. Son fils lui succéda dans cette 25 août; elle ouvrit ses portes le lendemain fonction. à l'armée française . et la garnison en sortit.
2 H y a bien craint dans la copie. Croit 4 Dans le sens de très bien.
dicte ville; c'est le prince de Ligne1 qui les y a amenées au nombre Août i655. de quatre mille hommes, dans la crainte que les ennemis ont eue qu'on ne songeast à entreprendre ce dessein-. Le nostre estoit de les faire attacquer, cette nuict, soubs les murailles de la ville, si l'on u avoit esté einpesché par un bras de la rivière de Haisne que les quatre mille hommes ont devant eux.
Les Lorrains sont à Ath3 et les Espagnols à Auguyen \ hors quelques huit ou dix regimens (|ui sont ;i Valenciennes. MM. les généraux n'oublieront rien de ce qui se pourra faire le reste de la campagne, el moy, je travailleray incessammenl pour mettre les postes qu'on a j»iis en estât d'estre conservez; ce que je feray malaisemenl Bans beaucoup depeyne5. Je croy (jue le Passage8 el Schomberg y demeureront, el Caslelnau7, avec un commandement supérieur.
Aiï. c:lr. , France, I. 97a, f SA. — Copie du temps. V LV REINE.
QuiéVrain \ •; iodl 1
Le Roy a esté entendre la messe dans Saint-Guillain, à l'église de l'abbaye, qui est fort belle. Il a disné après chez M. de La Ferté, et, nonobstant la grande chaleur, il a continué son voyage .1 Gondé tousjours à cheval. Le peuple l'a receu avec grand applaudissement. Il est descendu a l'église, où le Te Deum a esté chanté. H a visité M. de M.n-
Voy. sur le prinoe de Ligne l<' tome \ . C'est-à-dire, ce qu'il ««■ serti m*Utùi </<■
p. 337, noie 3, des Lettres de Wazarin. faire tans beaucoup de peine.
s Le siège de Mons. " M. du l'a-saj;.' .ut le gouvernement de
\ ille ilu lliiinani , comprise aujourd'hui Coudé et Schomberg ceini de Saint-Goillain.
dans le royaume de Belgique, Castelnau avait le commandement en
* Anguien ou Enghièn, petite ville du chef des troupes françaises dans le Hainaut.
Hainaut.au nord do Mons, Biie bit main- ' Petite ville du royaume de Belgique,
tenant partie du royaume de Belgique. au sud-ouest de Mons.
Août i&55. sillac1, qui sortira de sa blessure, et a faict visiter tous les autres blessez. On a résolu les travaux qu'il faut faire à Coudé, estant fort mal fortifié. Enfin on a donné ordre à tout, cl nous nous sommée arrestez icy (à Quievrain) aprez une journée fort pénible.
Demain, je croy qu'au lieu de Landrecy, on ira au Quesnoy, et de là à Guyse, pour aller disner lundy à la Fere, quoyque le Confident soustient (sic) qu'on pourroit y aller en un jour, mais il entend de Landrecy. On fera toute la diligence possible; mais les gendarmes et chevaux-legers, qu'on ne peut laisser, auront de la peine à faire une si grande traite, et il faudroit abandonner le bagage. Le Confident a grande impatience de vous embrasser, et je suis le plus asseuré de tous vos serviteurs.