‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 25 sur 285 · AUX GÉNÉRAUX (TURENNE ET LA PERTE · texte numérisé non relu

AUX GÉNÉRAUX (TURENNE ET LA PERTE

'iui-i', ■?. octobre i 'î.">j.

Je fais partir M. de Lislebonne avec un convoy de plus 'le trois 1 ens charrettes toutes chargées de bled el de Earine, hors cinquante qui le sont d'avoine et cinq de diverses choses appartenant a l'artillerie que M. de Ca8telnau m'avoit demandées. J'a\ envoyé le b* Gargaa ' à Samt- Quentin avec argent et tontes les choses nécessaires poor obliger au moins [es charretiers qni auront leurs chevaux «m lion estai .1 faire un second convoy. .le ne m;:\ ,•,. qui en icii --|| ,, ; mais je sçaj bien que le|>ain, le fourrage, L'avoyne et l'argent \\\ seronl point espargnez, et ma pensée serait de le faire partir demain avec crut charrettes, que je crois pouvoirfaire assembler aujourd'hui en cette ville.

Je lais estât de partir avec ce convoy pour VOUS aller voir. Talon vous aura dictquej'a} resoin (jn'on donne an\ soldats qui resteront à

Condé et à Saint- Guillain quatre sols par jour, commençant de celuy d hyer, et le pain, et qu'on advance deux mois aux officiera alin qu'ils puissent travailler à leurs petites provisions. Le payement sera réglé, et je n'oublieray rien alin que lesdicts postes ne manquent de rien, ayant desja pourveu à tontes les choses qu'on m'a demandi espérant que, si le convoy de demain réussis! connue je l'espère, d ne manquera que deux mille Beptiers de bled pour la subsistance pour

On peut lire Gargant. C'était un linan- Jacob Chevalier, i65a 1. Cf. la BibKogrupkie

cier souvent cite dans les lettres de Masa- de» Maxarmade» publiée par M. Moreau pour

l'in. Il était intendant des finances el avaH \& Société de Phùtoire de France, LU, p. t&.

payé à Mazarin vingt mille livres pour cette ' Philippe Talon était, comme on l'a déjà

charge, si l'on en croit une ina/arinade inli- dit, intendant de l'armée commandée par luire : Grippemenaud (le) d<< la Cour (Paris. Turenne et La Perte*.

Octobre i(i55. tout le mois de may1, donnant six mille sept cens rations par jour; mais je suis bien marry de vous dire que j'apprens de tous costez que Saint-Guillam est en très-mauvais estât et que les grands soings qu'on a pris pour mettre Gondé en bon estât ont faict négliger l'autre place, dont vous sçavez mieux qu'aucun autre l'importance, et il y faut remédier à quelque prix que se soit, et pour moy, j'y assisteray2 en la manière qu'on pourra souhaiter.

Je fera y porter de l'argent pour asseurer, au moins pour deux mois, le payement aux troupes qui devront tenir garnison dans lesdicts postes, et ce pendant j'escris au sr Talon d'advancer, dez demain, de l'argent pour quelques jours aux soldats, afin de ne perdre pas un moment de temps à leur faire cognoistre qu'on les veut bien traiter.

Vous aurez veu3que le destachement de charrettes des vivandiers et des officiers de l'armée n'est pas reussy (sic), et le comte de Moret et Talon vous en auront dict les raisons; mais il ne faut pas perdre courage et [il faut] surmonter les difficultez; les ennemys en ont bien autant que nous.

Aff. étr. , France, t. 896, f° 281 . — Copie du temps.

Guise, 2 octobre i655.

J'ay receu avec beaucoup de joye la lettre du 28 [septembre], voyant le Confident satisfaict de 22 4, avec de si bons sentimens pour la Mer*. Je vous conjure de faire en sorte que cela continue longtemps, vous asseurant que 16 6 y contribuera tous ses soings et de la bonne

1 Jusques et y compris le mois de mai tend. Cependant sceu semblerait plus conde l'an prochain. venable.

2 C'est-à-dire , j'y donnerai l'assistance né- 4 De la Reine. cessaire. ' Pour Mazarin.

3 Le manuscrit porte bien veu, qui s'en- 6 Mazarin.

manière. Pour ce qui est de mon retour, je vous supplie de croire qu'il Octobre .•,;,:.. ne sera pas retardé d'une lieure plus qu'il ne faudra , et, au compte que je fais, je crois qu'il pourra estre encore le 1 o ou 1 9 du courant.

Le troisième convoy est parti ce matin, et je pourrais bien aller demain à l'armée avec le quatrième. Je n "a\ rien à adjouster à ce que je vous escrivis hyer et au Confident par Mondevergues, sinon que je ne suis nullement satisfaict des rapports qui m'ont este faicls de ['estât de Saint-Guillain, particulièrement de ce que M. de \a\ailles m'en a dict. Enfin je vois qu'on s'est tellement appliquée Condé, qu'on se contente de laisser à ce pauvre sainct son aigle et son ours1, «■! rien davantage. Je n'oublieray rien pour qu'il n ayt tout ce qu'il lu\ faut; mais je ne sçay pas ce qu'il m'en réussira. Le plus grand inconvénient de tous, c'est que les soldais n aymeni pas lu compagnie de ces besl là, et ceux qui ne désertent | pas] tombent malades. Il faudra pourtanl prendre une résolution là-dessus avec MM. les généraux, car ce poste n'est pas bien.

Je vous aj desja escril messentimens sur l'extravagance de [archevesque de Rouen9. Il m'a escril une lettre toute semblable à la vostre .

Je vous ay escril pour l'accommodement; mais il faut bien prendre garde que les conditions mettent lout-à-laict à couvert la dignité du Ro] et l'honneur de M. de Goutsnces, car autrement il ne vaudrait rien. 11 eust esté bon que vous Iuy eussies faict de grands reproche*

par le mes abbé de Portia ', et je ne doute pas que \<mx ne lu\ ayea

dict ce qu'il falloit, ayant un si beau champ pour cela.

Je suis ra\) de vous voir dans Le plus beau lieu du monde . et en mon particulier je l'ayme au point que vous sçavez, vous ayant tant

1 Allusion aux ormes de Saint-Guillain ' \o\. . 1 .l.--u~ . |>. 96-95., Ii lettre

et à un usage donl paris Monglat (Mémoires, adressée à l'évéquc de Coûtâmes,

p, 3on, édii Miehaud <•( Poujoulat). fil Semblable à celle qu'il voua avait écrite.

y a. dii-il, une chose remarquable dans François <l" Fortin Gaîseul partie, en

Siiint-Gnislain, qui est qu'on \ nourrit i(i.">.">, de l'assemblée du clergé Vém. Sa

toujours mi ours cl un aigle, par une pire linpiu . 1. 111, pu 86); il mourut à Paris.

vieille superstition que ces deux animaux en 1675.

oui, autrefois, sauv<; la ville.» La Cour était alors à Fontainebleau.

10/ï LETTRES

Octobre 1 655. de fois entretenue de ses beautez. J'espère de le faire encore de nouveau.

Je suis entièrement à vous et au Confident, et tres-humble serviteur du présomptif.

Afl'. étr. , France, t. 291, f° 176. — Original signé, en partie autographe.

Guise, 2 octobre iG55.

J'ay receu la lettre que vous m'avez escrite touchant les affaires du Nord. H est vray qu'on m'a rendu des depesches de M. de Lumbres J ; mais, par malheur, je n'ay pas son chiffre pour voir ce qu'elles contiennent. Ce que je vous puis dire, c'est que, luy ayant esté mandé plusieurs fois de ne rien faire que de concert avec M. d'Avaugour, il n'y a pas lieu de craindre que, s'attachant à cet ordre, il puisse arriver aucun inconvénient de sa négociation, veu mesme que M. d'Avaugour n'aura pas manqué de donner part de tout au roy de Suéde, ainsy que je luy avois escrit de faire2. En tout cas, il n'y aura point de mal de réitérer le mesme ordre audict sieur de Lumbres, afin qu'il l'observe d'autant plus exactement et qu'il ne se passe rien qui puisse blesser la bonne intelligence que le Roy désire entretenir avec le roy de Suéde.

M. l'evesque d'Orange 3 me mande qu'on ne doit rien attendre d'Arles ny de Marseille pour leur part de la taxe ordinaire des terres adjacentes \ à moins que de les y contraindre par des exécutions soli-

1 Le président de Lumbres avait été Hyacinthe Serroni. (Voy. sur cet évêque

chargé, comme on l'a dit, de missions di- le tome VI, p. 65, note 3, des Lettres de

plomaliques auprès de l'électeur de Bran- Mazarin.) L'évêque d'Orange avait été en-

debourg et du roi de Pologne. Il fut, en voyé par Mazarin à Toulon pour surveiller

1G60, un des médiateurs de la paix d'O- l'administration de la marine,

liva. ' Cf. sur les terres adjacentes de Pro-

s Voy. ci-dessus, p. 78-79. vence une addition du tome VI, p. 758.

daires. La chose mérite bien qu'on examine dans le Conseil les moyens Octobre i655 d'y pourvoir promptement, et pour moy, j'estime que. puisque la raison et la douceur sont inutiles, l'on doit se servir des autres voyes e( expédier sans autre delay li's ordres qui pourront eslre nécessaires pour cet effect. Il /ne mande aussy que les autres terres adjacentes ' oe payeront pas, si l'on ne révoque les arrests de descharg i qu'ils1 prétendent avoir obtenus. C'est pourquoy mon advis seroil qu'on envoyasl promptement audict sieur evesque d'Orange an arresl du Conseil portant revocation de toutes ces descharges; car. sans cria, les galères souffriront beaucoup3.

Il sera bon aussy de lu\ envoyer un ordre du lîov «ni un arresl du Conseil, si besoin est. pour obliger le séquestre4 d'un certain vaisseau anglois, qui esl au porl de Toulon, à délivrer la quantité de trente milliers de plomb pour envoyer en Catalogne, sauf a le payer si la prise se trouve bonne . el [obliger] tous cii\ qui oui destourné quelques effects ou marchandises dudief vaisseau, de les restituer el

par corps'1.

Je vous prie <\r prendre un temps pour recevoir là-dessus les ordres de Leurs Maj estez el de les exécuter diligemment, el au surplus de me croire tousjours, etc;

Pour ce qui esl d Irles el de Marseille, je me remets à ce que vous jugerez plus à propos. Je lais estai de vous depescher le sieur de Hfontesson \ afin «pu- vous puissiez vous en servir pour depescher en Franche-Comté, ayanl desja faicl ce voyage une antre fois loi t a propos pour le service du Roy. M. le mareschal de Villero) pourra auss\

' On a vu, (huis l'additioo «lu tome VI ' La personne chargée du séquestre.

(p. 758), qu'outre Arles ci Marseille, les ' La phrase incidente, depuis sa*/ \a*

terres adjacentes comprenaient douze autres qu'k bonne, esl autographe. villes et des circonscriptions territoriales, " Et de les] contraindre par corps.

qui sont citées dans celle addition. Le postscript*/* est tout entier auto-

Le pronom ils représente les habitants graphe, des villes comprises dans les terres adjacentes. Jean-BaptiBte, baron de MonteBson,

La dernière phrase, depuis car, est au- avait clé nommé maréchal île camp en

tographe. i65a.

MAZ V 111%. — VII. , h

IMPIUVIRII lATlO^.Lt.

Octobre iC55. y servir utilement par le moyen de monsieur l'archevesque de Lyon1. Je vous prie de luy en parler et de vouloir donner la lettre cy-jointe à la Reyne.

Alt éir. , France, t. 896, f° 290. — Copie du temps.

À LA REINE

Guise, U octobre 1 655.

Je vous ay escrit deux fois depuis trois jours par Mondevergues et par un courrier que M. Servien m'avoit depesché de Paris. A présent, vous et le Con/ident sçaurez que je pars demain pour aller à l'armée et y demeurera y trois jours pour visiter les postes advancez, y establir tout ce qu'on jugera nécessaire pour leur conservation, résoudre les ppstes que l'armée prendra le reste de la campagne, estre de retour sans faute dimanche prochain avec dessein de prendre la route de Fontainebleau un jour aprez, quoyque je voye qu'il manquera encore quelque convoy à faire; mais comme ils ne seront que pour le Quesnoy et Landrecy, je crois de pouvoir laisser si bon ordre pour cela que la chose s'exécutera ponctuellement.

Les ennemis s'assemblent dans le mesme poste que l'armée du Roy a quitté; ils ont faict recognoistre Coudé, et je m'asseure qu'ils n'en auront pas esté trop satisfaicts; mais pour Saint-Guillain, je suis obligé de vous dire qu'il n'en est pas de mesme, et l'on pourroit bien estre contraint à le raser2. J'examineray la chose avec MM. les généraux, et on résoudra ce qu'il sera le plus advantageux au service du Roy. La conduite des ennemis me faict croire qu'ils ont dessein de se retirer bien tard, espérant de pouvoir entreprendre quelque chose à Condé ou au Quesnoy, si nous le faisons plus tost qu'eux3; mais on prati-

1 Camille de Villeroy, frère du Maréchal. 2 A raser les fortifications de cette place.

ïl avait d'abord été désigné sous le nom 3 Le sens est : si nous nous retirons plus

d'abbé d'Aisnay.(Voy. t. IV, p. a 66, note a.) tôt qu'eux.

quera tous les moyens imaginables pour tenir la campagne le temps Octobre i665 qu'il faudra pour conserver lesdicts postes.

Il est certain que je n'ay au monde plus forte passion que celle de vous servir et le Confident, mais je vous advoue que, quand il le faut faire esloigné de vous, il m'est fort sensible, et je me lasse bien test; sur- quoy j'auray l'iionneur d'entretenir l'un et l'autre i mon retour. Ce pendant je vous fais, dez à présent, mes excuses si vous ne recevrez (sic) de mes lettres h souvent durant ce petit voyage, et je vous supplie de me conserver vostre bienveillance et celle du Confident, que je n'oublieray rien pour mériter de plu- en pins avec mes tres-humbles services, desquels je souhaite que Monsieur soil asseuré, estant de la bonne manière et plus que jamais #*.

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