‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 27 sur 285 · I.WVIII · texte numérisé non relu

I.WVIII

\iï. <;(r. , France, i. 371, f* 386 v°. — Copie du temps.

À M. DE LION NK,

À lie M

I (HiiiMiii'liU'.-iii . a.'i octobre i655.

(UTBAll

Mazarin lui envoie un imprimé qui atteste la continuation des efforts du car-

1 Mot écrit en abrégé el douteux. maréchal de camp depuis t G38. Il mourut

2 Louis II, marquis de Nettancourt, était en îtiy.'î.

MAZABIN. fil. 1 5

IHPriHl.it IATJOH.AU.

Octobre j655. dinal de Retz pour troubler le royaume. I! se plaint vivement de la conduite du Pape dans cette affaire :

1 Madama di Ghcvrosa viene d'assicurarmi in questo punto che il Papa non hà i'atta alcuna diligenza per persuadere il cardinal di Hetz à lasciare l' arcivescovato; anzi il detto cardinale scrive à Commartin2 che farà tulto quello S. Sta li commandarà, e finalmente posso dire à V. E. di certo che il Papa non caminà bene in questo negotio, e che vuole a bello studio allungarlo e farne rappresentare una comedia in cotesto theatro per servirsene in diminutione dell' autorila del Re 3.

AIT. étr. , Pays-bas, t. 37 (sans indicalion de page ni de folio). — Copie du temps.

Fontainebleau, 26 octobre i655.

(exthait.)

On me mande que les ministres d'Espagne ont tesmoigné estre faschez du voyage que j'ay faict dans les places que nous avons en Haynaut4, croyant que je n'auray rien oublié pour les pourvoir de toutes les munitions de guerre et de bouche qui peuvent estre nécessaires pour leur seureté. En un mot, ils me font faire beaucoup plus de choses que je n'en ay faict effectivement, et je ne dois pas leur estre peu reconnoissant d'avoir sy bonne opinion de moy.

Us croyent que j'ay mené avec moy cinq ou six mille hommes de

1 L'extrait qui est cilé se trouve au folio 389 verso.

2 Louis Le Fèvre de Caumartin, conseiller au Parlement, puis maître des requêtes et enfin conseiller d'Etat, mourut le 3 mars 1687. On dit que ce fut pour Mme de Caumartin que le cardinal de Retz écrivit ses spirituels et peu ve'ridiques Mémoires.

3 Le cardinal de Retz avait quitté Rome

en septembre i655 et s'était re»du aux eaux de Saint-Cassien , où il resta jusqu'à la fin de l'année. Ce fui là qu'il continua de négocier avec le Pape pour la nomination d'administrateurs du diocèse de Paris, dont il sera question dans la suite de la correspondance de Mazarin.

4 Particulièrement à Condé et à Saint- Guillain.

renfort pour l'armée et que mu présence a empesché la défection de la Octobre i656. plus grande partie des troupes. Ils sont persuadez que vous [vous] estes opiniastré1 de tenir la campagne le plus long temps qu'il se [tonna. de sorte que, ne se trouvant pas en estai, avec tontes lei milices qu'ils lèvent, d'attaquer aucune de nos places pendant que vous en serez si proche, et voyant ce pendant que la saison B'advance el que les fortifications desdictes places se mettent en bon estât, ils apprehendenf que, les peuples venanl à se destromper de l'espérance donl ils les ont flattez qu'ils pourraient nous chasser, ensemble . des postes que dous avons occupez, el cognoissanl que tous les efforts qu'ils auront faicts pour cela seront inutiles, cela les jette dans un desespoir qui pourroil produire quelque grande et dangereuse révolution.

Us ne doutent pas qu'ils ne puissent assembler une assez grande quantité de milices par les ordres qu'ils ont envoyez dans les provint i comme elles3 ne fournissent point d'argent n\ pour les vivres n\ pour les munitions de guerre, ils cognoissenl bien qu'ils ne peuvent pas tirer grand advantage de ce secours. Ce qui les estonne fort, <-e»t de savoir le bon estât où sont desja nos fortifications et qu'on va faire un fort

entre Condé el ( hiienv rain (ne) '.

Après avoir parlé de la bonne Banté «lu Uni et des munition* envoyées dans <lilférentes places, puis de la marche du prince île Condé <|ui B'étail avancé jusqu'à

Arlcux. Ma/arin ajoute :

Je viens de voir des 'nouvelles d'Arras cl de Bapaume. qui portent le départ du prince de Condé d' krleux, avec quatre ou cinq mille hommi pour aller, à ce que disent les prisonniers qu'on a laids, a Condé ou Quievrain, à dessein d'j faire un fort; mais comme eette résolution aura esté prise aupara\anl que les ennemis eussent counoissance de la résolution qu'on avoil prise9 de taire le l'oit entre ledict Quievrain

Le sens est : que rou.s vies résolu opi- La forme ordinaire de ce nom est Qttte-

niitrêment, rie. vrain, comme od l'a vu plu- haut

Etant tous réunis. r' Le sens est : que le* Français avaient

Ces provinces. prise.

Ociobie 1 65.1. et Condé, il se peut faire f]uc ledict prince n'exécute pas sou dessein lorsqu'il apprendra que nostre fort soit (sic) en fort bon estât, comme je croy qu'il sera, puisqu'on aura eu cinq ou six jours de temps pour cela. Neantmoins j'attends avec impatience ce qu'il en sera arrivé.

Aff. étr., Suède, t. 19, f" 388-390. — Original signé et chiffré. Le déchiffrement se trouve aux folios 091-892.

À M. D'AVAUGOUR

Paris, 99 octobre iG55.

Il y avoit desja quelques ordinaires que nous n'avions point de vos nouvelles, lorsque la vostre du k de ce mois m'a esté rendue. Elle accuse réception de trois dernières des miennes, que vous avez trouvées à Stetlin. Vous y avez aussi trouvé de l'argent que j-'ay advancé du mien, et vous en recevrez encore par cet ordinaire, que j'advance aussy. C'est afin que vous puissiez vous rendre au plus tost auprez du roy de Suéde1 et y subsister avec splendeur. Vous sçavez les fins pour lesquelles je vous y envoyé, et ma dernière depesche vous en informe assez.

Sur toutes choses (et que ce soit un préalable sans exception), [il faut] que vous travailliez pour les interesls de la religion et la conservation des choses saintes. Le roy de Suéde a desja promis au Roy qu'il y tiendroit soigneusement la main; sommez-le tousjours de tenir sa promesse. C'est le plus sensible endroit par où il le pourroil obliger et attirer sa reconnoissance. 11 y a mille raisons d'Estat qui veulent que cette Majesté en use ainsy; vous les cognoissez, et elles vous ont esté escrites; et, de vostre coslé, appliquez-vous à cela plus qu'à nulle autre chose. Employez le crédit que vous avez auprez des principaux ofiieiers de l'armée suédoise; transporlez-vous mesme en personne où il sera besoin pour deslouruer les desordres qui se pourroient commettre

1 Charles-Gustave a v ; . i t envahi la Pologne, et d'Avaugour avait reçu ordre de le suivre dans cetle campagne.

contre les églises, monastères, etc. Ces! pour cela principalement que Octobre le Hoy vous donne et vous donnera de quoy suivre commodemenl le roy de Suéde.

Il y a deux antres chefs dont vous estiez chargé : l'un, de travailler de toutes vos forces et d'employer l'authorité du Roy pour l'adjustemenl des deux roys, dont l'un est victorieux et triomphant, à ce qu'on nous mande, et l'autre est malheureux1. Il Faudra que vous voyiez s'il se peut rien l'aire pour le soulagemenl du dernier et pour adoucir la rigueur de sa condition. Estant sur les lieux, le temps, les occasions, l'humeur du vainqueur, la qualité de la victoire \<>u> conseilieroni ce qu'il faudra faire, mieux que |e ne vous le sçaurois dur: tanl j a - vous voyez l'intention du Roj .

Quant à celuj de Suéde, ne laissez pas de luj tesmoigner que le l!(>\ prend toute la pari a ses glorieux buccoz qu'il doil attendre d'un lion allié et parfaicl amy; qu'il ln\ en souhaite la seureté et l'affermisgement; mais que S;i M croit que celle seureté ri cet affermissement se trouveront bien mieux dans certaines bornes où il pourra Be restreindre que dans le cours estendu des entreprises fort vastes, qui excitent des jalousies ri font uaislre des traverses qui les interrompent quelquefois; qu'en i\n mol, rien n'asseure tant les victoires el le- conquestes que la paix et les accommodemens doux et raisonnables; «pie. dans la guerre, toul est plein d incertitudes non seulement inespérées, mais contraires aux apparences; qu'il ne faudroit pas avoir vescu longtemps ni avoir aucune teinture de l'histoire pour ignorer ces veritez;

(pie ce (pie VOUS eu dictes, c'est p.ir un /.(de que VOUS avez pour s.i

prospérité et pour sa gloire; ce qui n'est pas en \oiis une nouvelle passion, etc. Je vous marque ces choses, afin que mois vous eu serviez cm n me vous le jugerez et quand vous le jugerez à propos. Vous en estes l'arbitre et l'œconome.

' Jean-Casimir, roi de Pologne, avait élé* était, à cette époque, une province ■nlri-

vaincu par le roi de Suède , Charles-Gustave . chienne.

H avait perdu une partie de Bes États. !l fui as est : du moàu pomi commimi .

contrainl do so réfugier dans la Silôsie, qui pmn l'intention il" Roy.

Octobre i655. L'autre poinl est que vous voyiez tousjours ce qui se pourra faire pour ies iuteresls de M. l'électeur de Brandebourg sans chocquer ni vous rendre suspect au roy de Suéde. Le sieur de Lumbres se devoit rendre auprez dudict Electeur. Vous agirez de concert avec luy à l'accoustumée.

Depuis vous avoir escrit ce que dessus, nous avons receu quelques depesches du sr de Lumbres, par lesquelles il nous donne advis que, dans une conférence qu'il avoit eue avec le résident de Suéde, l'aulre luy avoit tesrnoigné deux soupçons que son maistre avoit ou qu'on luy avoit voulu donner : le premier, que nous briguions auprez de l'électeur de Brandebourg, et devions faire le mesme auprez de l'électeur de Saxe, leurs suffrages pour faire le Boy1 roy des Romains; que, pour cela, on avoit accordé au prince électoral de Saxe2 une pension considérable, dont il avoit touché la première année. Vous pouvez asseurér cette Majesté que le Roy n'a aucune visée qui tende là, et que, s'il avoit cette pensée, ce seroit à elle preferablement à tout autre qu'il s'adresseroit comme ayant plus de confiance en son amitié, et estant joinct et désirant se joindre avec elle d'une liaison plus estroicte qu'avec aucun autre; que les offices qu'il faisoit faire auprez de l'électeur de Brandebourg et ailleurs dans l'Empire n estoient que pour destourner les atlacbeinens que l'on pourroit prendre avec la maison d'Austriche, et que cela regardoit autant les interests de la Suéde que ceux de la France; que, si le Roy avoit à accorder quelque pension, comme il n'en a point accordé à personne, que ce seroit pour la fin susdicte, et non autrement.

L'autre point est que le Pape pressoit la paix entre les deux couronnes 3 pour former une union de tous les catholiques en faveur du

1 On accusait, dès 1 655 , Mazarin de le projet qu'on lui prêtait pour lVleclion de

vouloir faire nommer Louis XIV empereur Louis XIV.

d'Allemagne. 11 paraît y avoir songé en 2 Jean-Georges II, prince électoral de

1G57, comme on le verra dans la suite de sa Saxe, né en 161 3 , devint électeur de Saxe

correspondance; mais ce ne fut jamais l'ob- en i656 et mourut en 1680. jet principal de sa politique, et il recom- 3 De France et d'Espagne, comme Ma-

manda toujours aux ambassadeurs de nier zarin le dit plus loin.

roy de Pologne et contre luy, roy de Suéde; qu'on ne devoit pas Novembre ■ 655.

trouver estrangc que le Pape pressast celte paix, puisqu'il faisoit en

cela les fonctions de sa charge, c'est-à-dire de père qui doit procurer

la paix entre ses enfans; mais qu'au reste cette paix entre la France et

l'Espagne estoit bien loin d'estre meure ny preste à se l'aire, bien que

la France ne s'en soit jamais csloignée; que, quand mesme cela airi-

veroit, à quoy il ne paroist point de disposition, elle n'amoif garde

de se séparer de l'amitié et des interesta de la Suéde Au contraire,

elle s'y uniroitplus estroictement pour faire le contrepoids de la maison

d'Austriche, et d'autant plus que ce n'est point i<-\ affaire de religion,

mais d'Estat, et qu'elle est asseuréo que le roj de Suéde ae bc portera

à rien qui soit contraire à ladicte religion: qu'au reste nous taisons

toute sorte de diligences pour osier à l'Empereur, de qui H a beaucoup

à craindre, la commodité de faire subsister des Lroupes du eosté d< -

cercles du Rhin, de Souabc et de Westphalie, bref partout on Pautho-

rité du Roy est considérée. Je suis, etc.

P.-S. Vous recevrez, par le premier ordinaire, une lettre de change de 2,000 risdales, qu'on n'a peu vous envoyer par celuy-cy.

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