‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 38 sur 285 · À M. LE MARQUIS DE CASTELNAU · texte numérisé non relu

À M. LE MARQUIS DE CASTELNAU

Paris, 26 décembre i655.

(extrait.)

Après lui avoir parlé des mesures prises pour fortifier et approvisionner Condé, Mazarin annonce l'envoi d'argent pour la solde des troupes. Dans une addition, qui a été copiée sur l'autographe, il s'exprime en ces termes :

Je haste le sr Talon, lequel j'espère qui portera l'argent à peu prez qui sera nécessaire pour le payement de toutes choses dans Condé et Saint-Guillain durant l'hyver; je vous prie de prendre grand soin pour obliger les officiers des corps tant de cavalerie que d'infanterie, qui sont dans ces deux places, à les bien fortifier et que cela se fasse de bonne heure, car vous pouvez tenir pour tout asseuré d'estre attaqué dans le mois de mars, et rien ne peut empescher les ennemis que d'y voir des garnisons aussi fortes qu'elles estoient dernièrement.

De mon costé, je n'oublieray rien pour vous envoyer des renforts et particulièrement d'infanterie, afin que les regimens que vous avez

Non en cachette.

et les gardes françoises soient dans le meilleur estât qu'il se pourra. Décembre »655. On fera encore diligence pour tirer de Bretagne mille Irlandois pour fortifier les regimens de cette nation et particulièrement ^orck1. Ce pendant donnez-leur de l'argent, et le sieur Talon, en arrivant, adjoustera tout à leur satisfaction.

Je vous conjure d'assister Saint-Guillain de tout ce qui pourra dépendre de vous pour sa conservation, et particulièrement d'hommes, en attendant que la recreue que j'envoie à mon régiment de la Fere y soit arrivée.

Continuez les fortifications, autant que la saison le pourra permettre, avec diligence. Conservez les fourrages avec grand Boing; car ce vous seroit un très-grand malheur si vous estiez obligé de renvoyer l;i cavalerie dans le mois de mars, lorsque vous devez estre asseuremenl attaqué.

Ail', étr., Suède, t. 19, I " is3-&*6. — Déchiûremeat

\ M. D'AVAI GOI i:

[Pan*], Si décembre 1 655

(eithait. 1

J'ay veu, par les voslres du -jG du passé et /1"" du courant, vostre arrivée auprez du roy de Suéde, la favorable réception qu'il vous a l'aicte, la teneur de l'entretien que vous avez eu avec lu\ sur le miIiject de M. l'électeur de Brandebourg, l'espérance que vousavei qu'il se pourra enfin faire un adjustemenl entre ces deux princes; \)\-eï. les grands armements et les grands progrès du roy de Suéde.

Sur ce (pie dessus j'ay à vous dire que vous ne pouviez traiter plus judicieusement ny plus adroictement une matière sy jalouse et sv délicate que le ressentiment qu'avoit le roy de Suéde contre M. l'electeui

' l,e régiment d'York.

Décembre 1 655. (Je Brandebourg. Bien qu'à l'heure que je vous escris icy, Injustement entre ces deux princes est (sic) conclu, comme il y a de l'apparence par le contenu de vos lettres, ou la rupture est intervenue entre eux. on les choses se balanceront encore entre la rupture et l'accommodement, auquel cas continuez toujours à presser le dernier par les considérations que vous sçavez et surtout par les révolutions si soudaines et si imprévues qui arrivent à la guerre, où il vaut mieux prendre le présent et le certain, quoy que moindre, que l'abandonner pour de plus grands advantages qu'on se propose, mais qui sont futurs et incertains. Je vous désigne simplement ce point et ne le touche que légèrement. Ce sera à vous à l'employer et à l'eslendre quand et comme vous le jugerez à propos.

Pour ce qui est du dessein de nouer une alliance plus estroicte entre les deux couronnes, et le roy de Suéde vous ayant insinué d'escrire à la Cour pour avoir des ordres sur ce qu'il vous a demandé, la chose estant d'importance, elle mérite qu'on prenne un peu de temps pour y délibérer. Vous aviez neantmoins dans vostre instruction 1 deux motifs qui nous ont obligez à désirer cette liaison et qui y doivent obliger le roy de Suéde, est assavoir (sic) l'observation du traité de Munster et d'Osnabriïck violé si souvent par l'Empereur, l'autre d'empescher, s'il se peut, la nomination du roy des Romains en la personne du fils de l'Empereur2, et par conséquent la perpétuité de l'Empire dans la maison d'Austriche.

Vous avez bien faict de ne respondre qu'en gênerai à la demande qui vous a esté faicte, si la guerre s'ouvroit entre l'Empereur et le roy de Suéde, sy le Roy assisteroy celuy-cy. Vous devez tousjours dire de mesme en pareilles occasions, que le Roy ne manqueroit jamais aux sentiments d'affection qu'il devoit avoir pour ses amis et confederez. sans venir à aucun particulier; de quoy vous n'aviez point d'ordre. Vous pourrez bien insinuer adroictement, sans affectation et dans les rencontres, que le Roy, parla guerre avec les Espagnols3, empeschant que

: Cette instruction a élé publiée par M. Geffroy, membre de l'Institut. — 2 Voy. cidessus, p. 78. — ' Par la guerre du Roi contre les Espagnols.

ceux-cy ne secourent, comme ils feroient, de leurs forces et de leur Weembre»655. argent, l'Empereur, nous faisons, par ce moyeu, une grande diversion en laveur du roy de Suéde en cette conjoncture, où l'Empereur pourront le traverser et luy faire de la peine, oultre les Alleinands que nous attirons à nostre service et que les Espagnols attirent au leur, qui sans cela auroient pu prendre part) avec l'Empereur. Opposez-vous tousjours fortement, comme vous avez faict, à la fausseté de ce bruit, que nous formions une ligue avec le roy de Pologne et L'électeur de Brandebourg contre le roy de Suéde; oultre que ce bruict est faux, il est ridicule et 1res contraire aux ordres que vous axez de nouer une liaison plus estroicte entre les deux couronnes.

11 y en a encore un autre de la mesme fausseté, que \<nis détruirez de mesme : que le Pape a proposé une union de toOfl les princes catholiques contre les protestants, fondée sur le mariage de I infante

d'Espagne avec le Roy. On busse à juger si , la rei L'Espagne1 estanl

accouchée d'une fille, les Espagnols consentiroienl jamais que Le Roj devint Leurmaistre par son mariage avec cette fille < veu la naturelle aversion qui est entre les deux Dations. Il est bien plus à craindre poulie bon parly d'Allemagne que le roy de Hongrie o'espouse celte infante, qui réunirait les deux maisons d'Austricbe en une seule capable de faire de la peine à tous ses voisins, qui ne seroienl point Espagnols ny de ses dépendants. C'est OC que j'avois maintenant a \<>uescrire. Croyez que je suis tres-veritahleineiil. etc.

' Le mi d'Espagne, Philippe IV, avait d'abord épousé une fille de Henri l\, Elisabelh de France, morte en i038, cl il ne restai I de ce mariage qu'une fille, Marie* Thérèse. Philippe IV contracta une seconde alliance* en 16/iy avec Marie-Anne d'Autriche, (ille de l'empereur Ferdinand III. De ce second mariage naquirent plusieurs cillants et entre autres Marguerite-Thérèse en i6.r)i et. en 1661, Charles II qui succéda à

Philippe I\ et tut le dernier roi d'Espagne delà maison d'Autriche. La tille du premier lit, Marie-Thérèse, lut mariée, en 10G1, à Louis \l\ . ei la fille du second lit, Margue rite-Thérèse, à Léopold, second tils de Ferdinand III. el son Buceesseur comme empereur d'Allemagne.

J Léopold, roi de Hongrie depuis i655. Il l'ut nommé, l'année suivante, roi des Romain». (Voy. |)lu> loin, ■>. 197.)

LKTTRES

Janvier if>.r><>

GXXIII.

AH'. étr. . vSuèfle. t. 31. f° 8; original signé el en partie chiffré. — Ibid. , I. 22. f° 1 minute do la main de Silhon.

À M. D'AVAUGOUR1

(extrait.)

Paris, 7 janvier 1 656 -.

Vous n'avez pas besoin que je vous exhorte de ne vous lasser point. de vostre costé, comme M. de Lumbres ne fera point3, du sien, de travailler à l'ajustement entre le roy de Suéde et M. l'électeur de Brandebourg. Je dis d'y travailler incessamment, mesme après qu'il y seroit intervenu quelque rupture, et de mettre la paix où l'on n'aura pu destourner la guerre. Vous estes garny abondamment des considérations et des lumières nécessaires pour cela. Il est seulement à désirer qu'elles opèrent comme on le désire.

Au reste, préparez-vous à rendre un service au Roy qui luy sera fort agréable. Taschez d'obtenir de celuy de Suéde un corps d'infanterie de quatre, de trois, ou, au moins, de deux mille hommes. J'estime (jue dans cette prodigieuse quantité de gens de guerre, que vous nous mandez qui luy viennent de toutes parts, la chose luy sera fort facile. et que peut estre il sera bien aise d'obliger un prince, qui en aura un

Voy. sur d'Avaugour, t. V, p. 795, dans tes Additions et corrections.

1 Les Lettres de Mazarin ne parlent pas de plusieurs événements survenus au commencement de l'année i656. Le Garde des sceaux, Mathieu Mole, né en i58&, mourut le 3 janvier i656. Les sceaux furent rendus au Chancelier Séguier. Guy-Patin écrivait à cette occasion à Charles Spon (lettre du 1 1 janvier i656, placée à tort en i655 , comme je l'ai fait remarquer ci-dessus, p. 171) : rr Quand il (Seguier) en a été

remercier le Mazarin, il en a eu ces mots pour réponse : On vous les avoil ostez par nécessité; on vous les rend par justice. Néanmoins la commune opinion n'est point qu'on les lui ait donnés pour rien, etc." Guy- Patin ajoute plus loin dans la même lettre : «Le bonhomme, M. Riolan, m'a dit ce matin que le Mazarin a eu de M. le Chancelier cinquante mille pistoles pour ravoir les sceaux."

3 Le sens est : ne se lassera pas de son côté.

très-particulier ressentiment et cherchera les revanches. Mesme, en Januer i6.">6. semblables cas, s'il estoit besoin, nous en rendrons la levée au prix qu'il sera jujjé. Nous en payerons la subsistance du jour qu'ils passeront à Dotre service. Nous accepterons dos vaisseaux pour les trajeter (sic) ' en France. C'est pourquoy. si \ous trouvez la chose possible, arreslez-là sans perdre de temps. Promettez, engagez-vous pour qu'ils puissent partir des que la mer sera ouverte. Estant homme de guerre, vous sçaurez bien en faire les conditions. Au premier advis pressant que nous en aurons, nous \ous ferons à l'instani H sans dela\ tenir l'argent nécessaire et par les voyes < 1 1 m • vous nous déclarerez. D*' cela ne faictes aucun doute, je le prends sur moy.

AIT. <:tr. , Suède, t. qs, f" 5; minote de la main de Silhon. — Ibid., t. ai, f* o;

(M iginal signé el en partie chiffré.

\ M. I)'\\ \l (,OI II.

Pti i~, 1 '1 janvii 1 1 656.

. (lITBAIT. J

M.izariii insiste sur ['utilité de l'alliance française pour la Suède. Il ajoute, en parlant du mi de ce pays, qu'il connaît trop bieu le- intérêts de bcs Etats :

Pour n'estre point persuadé qu'il no peut poinl faire d'alliance plus

sainte et plus sincère el assise sur de meilleurs fondements qu'a

nous. Celle qui lu\ peut esire proposée, de la pari de l'Empereur, cache tant «h1 pièges et auroit des circonstances h fascheuses pour luymesme el pour ses Estats à l'avenir, qu'il n'es! point vraysemblable que les Suédois y donnent.

En un mot, 1 Empereur no vise maintenant à autre chose qu'à trouver quelque seureté contre l»Ts armes du roy de Suéde, afin d'employer les siennes pour contraindre les Electeurs de nommer son lils ion des

' Les faire passer eu Fiance.

HAZAMJt. — VU. a3

l.MIMIMI HTIOV.tl.

janvier i656. Romains et pour donner sans résistance la loy à toute l'Allemagne. Après quoy, il est aysé à juger sy ses desseins s'arresteroient là. Voilà, sans doute, le sujet de l'envoy de Piccolomini vers le roy de Suéde, bien qu'on le couvre d'un autre prétexte.

Mazarin termine en lui recommandant les levées dont il a e'té question dans la lettre du 7 janvier 1 656.

Aff. étr. , France, t. 898, f° 9. — Copie du temps.

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