À M. DE SCHOMBERG
Paris, 18 février iCôG.
(cxtiuit.)
Le sieur Talon porte les ordres pour le département2 des villages (jui doivent dépendre du gouvernement de Saint-Guillain et de celuy du Quesnoy. M. de Castelnau s'en est aussy retourné pour faire passer un grand convoy de bledz, de farines, de poudres et autres choses, et on envoyé aussy de l'argent suffisamment pour toutes les dépenses qu'il pourra y avoir à faire dans les places advancées3 jusques à la campagne.
Je suis bien bien lasché de l'accident qui vous est arrivé par la trahison de vostre garde-magazin. C'est neantmoins une consolation qu'elle n'ayt pas produit un plus meschant ellect; mais vous voulez bien que je vous dise qu'il faut y veiller un peu plus soigneusement à l'advenir et que, pour la seureté d'une place, on doit partager la poudre entre trois ou quatre magazins, ne donnant en garde que la clef du moindre, (jui sera [pour] la distribution que Ion faict du jour à la journée. Le gouvernement doibt avoir la clef des autres, et quand il y veut em-
1 Le comte de Schomborg était gouver- mis aux gouvernements de Saint-Guilhain neur de Saint-Guilhain. et du Quesnoy.
2 Ce mol est pris ici dans le sens de ré- 3 Ces mots désignaient surtout les plapartition des villages qui doivent être sou- ces de Condé et de Saint-Guilhain.
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voyer ledict garde-magazin, il faut tousjoura qu'il l'accompagne luy- Février i656.
mesme, ou lofasse accompagner par le lieutenant do roy el le major;
car autrement, si on luy en laissoit la direction entière, non seulement
il seroitinaistre de la place, mais de la personne do gouverneur et de
tonte la garnison. Cette expérience servira pour une autre fois. Cepen-»
dant, si vous avez eu besoin de poudre, vous en aurez pu prendre de
(ïondi", M. du Passage1 m'ayanl mandé* qu'il voué en a voit offert, et
on en envoyé encore vingt milliers, afin que voua n'en manquiez point.
On donnera ordre auss\ pour la réparation de ce que cet accident peut
avoir rogné dan corps de la place el dans les maisons particulières.
Quelques advis que j'aj se conforment à ceux que vous me donnez que les ennemis pourroient bien avoir eneore dessein de mois attaquer, vous croyant depourveus de beaucoup de choses. C'est pourquoi vous devez vous tenir sur vos gardes et faire travailler diligemment à vos fortifications.
Mazarin termine par dos renseignements sur les mesures prises pool la garnison de Saint-Guilhain.
MF. étr.. Suède, t. -j i . f li etiuiv.; original signé et en partie chiffré. — Ibiii, t. in, f" iq; minute en partie autographe.
\ M. D'AVAl GOl R.
I'ji is, a5 févrii i 1 1
( i KTBAIT.)
Masarin m- plaint de la défiance que le roi de Suède témoigne à l'égard de la France el contre lui on particulier. Il continue ainsi :
La nouvelle, dites-vous, d'une ligue que le Pape taschoil de former de tous les princes catholiques contre les, princes protestants a, en partie, causé celle grande esmotion que le roy de Suéde vous a faict
1 Gouverneur de Coudé.
Février 1 656. paroistre contre la France. Il est vray que le Pape, au commencement de son pontificat, a monstre le désir de faire la paix entre les princes catholiques, qui sont en guerre, et que, pour cela, il a faict quelques advances, qui n'ont point eu le succez qu'il s'estoit proposé. En cela, •il n'a l'aict que ce à quoy son devoir et la qualité de père commun l'obligent.
Il se peut l'aire encore que, dans le bruit qui a couru au sujet de la brouillerie des Vaudois \ <jue tout le corps des Protestants se vouloit unir comme en une- commune querelle contre les Catholiques, et que l'interest, que tout ce corps a paru prendre en celle des Vaudois, en a donné quelque crainte à plusieurs, on auroit aussy parlé, à Rome et ailleurs, de former une ligue de tout le corps catholique pour l'opposer à l'autre [ligue]; mais, comme la chose examinée solidement et de prez est impossible dans la diversité et répugnance des interest humains, qui sont et seront tousjours les dominants, ce fantosme de ligue a disparu et s'est esvanouy dez que l'affaire des Vaudois a esté accommodée.
€ecy ne se peut nier, que le Pape, voyant l'entrée et les progrez heureux et rapides du roy de Suéde dans la Pologne, et croyant qui! estoit impossible que la religion n'y souffrist, il eust désiré et mesme a l'aict des instances (en quoy il n'est pas à blasmer) [pour] que les autres princes accourussent au secours du roy de Pologne, ou l'assistassent en la manière qui leur seroit possible. En quoy il a esté secondé, en France, par les sentiments du clergé poussé du mesme zèle et par les parents et amis de la reyne de Pologne'2, dont le nombre n'est pas petit. Mais c'est icy où la fermeté du Roy, qui a résisté aux attaques qui luy ont esté faictes sur ce sujet, et la conduite que ses ministres luy ont conseillé de tenir en cette occurrence, doivent estre non pas une matière d'aigreur dans l'esprit du roy de Suéde, mais une matière d'obligation et de reconnoissanec. Sa M1'- donc, voyant former
1 Voy. i. VI, p. 190. Mazarin.) Le Cardinil nnntiv qu'il faut se
2 Surtout Anne de Gouzag-ne, princesse deTier d'elle. Elle passa , à la Cour, pour avoir palatine. (Voy. t. VI, p. /17 /1 , des Lettres de eu les premières amours du duc d'Anjou.
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l'orage qui est tombé sur la Pologne, a faict travailler, autant qu'elle a Féwiei i»)5C. pu, par ses ministres pour divertir et pour destourner la rupture qui s'est faicte entre ces deux princes1; et cela non seulement par un sentiment d'honnesteté , qui veut qu'on maintienne tousjours, s'il est possible, la paix et la concorde entre des amis communs (qubyque les roys de Suéde et de Pologne le soyenl de la France en un degré différent), mais encore par la veue des incertains Buccez de la guerre, qui faisoil que Sa j\l,,; eust désiré qu'il se fust trouvé quelque moyen de satisfaction pour le roy de Suéde, suis qu'il fusl exposé à l'incertitude d<' ses suceez.
S;i dicte M1 a aussy tenu son ambassadeur el employé son crédit auprez de ce prince pour la conservation des choses saintes et la protection des personnes destinées au service de la religion1. Enquoy, satisfaisanl aux véritables mouvements de -.1 conscience el de sa piété (ce que nul qu'on sçache des autres princes catholiques n'a faict), KUe a encore tasché de faire cognoistre au roy de Suéde que, par maxime de politique, il en devoil user ainsy el ne loucher poinl .1 ce qui est de la religion pour rendre son procédé plus plausible el pour s'oster le plus grand obstacle qu'il pourrait rencontrer dans le chemin de ses entreprises. Eu quoy, à mon advis, il n'a pas desservj celuy de Suéde, ny travaillé que comme son bon am\ et allié.
Car, au reste, il ne se trouvera point que Sa dicte M1 avt favorisé ny directement ny indirectement le roj de Pologne au préjudice de celn\ de Suéde, quelque instance qui lu\ en a\l este faicte et de quelque endroit, sans exception. qu'Klle en a\l este sollicitée; Elle, dis-je.
n'a, en rien, concouru en faveur du ro\ de Pologne qu'en qualité de médiateur, comme elle continue encore de vouloir employer sa médiation el procurer quelque adjustement, s'il est possible, entre les deux roys, par le mesme motif qu'elle a tasché d'en destourner la rupture. (jui es! afin que la continuation de la guerre n'ouvris! quelque chemin
' Voy. les lettres de Mazarin àd'Avau- tâcher de nouer une bonne alliance antre la gour, 1. VI, notamment p. Zia'i el 6s5, les Suède el la Pologne, i5 el ->7 janvier i655, où il l'engage b i Voy. t. VI, |>. S73.
Février i656. à la Fortune pour traverser le roy de Suéde, el qu'il pusl asseurer el affermir, par un bon accommodement, une bonne partie de ce que sa valeur et sa prudence luy ont produit.
Quant à l'électeur de Brandebourg, bien loin que le Roy luy ayt donné ou promis quelque assistance contre celuy [le roy] de Suéde, comme on luy a voulu faire accroire, il ne se peut voir un procédé plus net ny plus d'amy et de bon allié pour ledict roy que celuy qu'il a observé en cette occurence : y ayant, avant la guerre de Pologne, quelque traicté sur le tapis entre le Roy et le susdict Electeur, Sa \I l'a faict suspendre et n'a point voulu qu'on le poussast, que celuy qui estoit meu entre celte Altesse et le roy de Suéde ne fust terminé. Sa Ml(i consideroit assez que, si Elle venoit à rien nouer avec ledict Electeur et beaucoup plus à luy faire la subvention d'argent qu'il a lousjours poursuivie et qu'il n'a pas obtenue, la protection effective de la France le rendoit plus difficile à s'accomoder avec le roy de Suéde et donneroit cœur aux Hollandois et à ses autres alliés pour faire des efforts qu'ils n'ont pas faicts et qui auroient faict de la peine au roy de Suéde.
D'ailleurs, la peur que le roy avoit que cet Electeur ne se jetast entre les bras de l'Empereur (ce qu'il a plusieurs fois tenté de faire), luy a faict donner des ordres continuels à l'envoyé, qu'il tenoit auprès de luy, de travailler incessamment à le divertir de ce dessein, qui, pouvant extrêmement nuire aux desseins du roy de Suéde, auroit esté finalement fatal et à sa liberté et à celle de tous les autres princes et Estats d'Allemagne. Ça donc esté le sujet de la négociation du sieur de Lumbres auprès de l'Electeur; ce qui luy ayant reussy selon l'intention de Sa Mld, et ce pas si périlleux estant esquivé, il a laissé prendre au traicté qui se tramoit [sic) entre le roy de Suéde et le susdict Electeur le cours qu'il a pris et la face que ces deux princes luy ont voulu donner par eux-mesmes1. Je laisse à juger au roy de Suéde si ce procédé.
1 Le traité de Kœnigsberg fut signé debourg reconnaissait tenir son duché de entre la Suède et le Brandebourg le 1 7 jan- Prusse comme lief de la couronne de vier 1 056. Par ce trailé, l'électeur de Bran- Suède.
auquel il peut croire que j'ay quelque pari, peut estre plus sincère nv ténia i$56 plus dans les règles de la véritable amitié et de la bonne correspondance.
Je sçay qu'il y a encore sur pied, dont vous lui donnerez part, quelque négociation entre divers princes d'Allemagne, tant catholiques que protestants, laquelle a pour but de se joindre pour l'observation du traieté de Munster et d'Osnabruck, violé si souvent par l'Empereur, mais donl on a lieu d'apprebender de plus grandes et plus dangereuses infractions par la veuc de ce grand armement qu'il Eaicl et qu'il ne peut qu'il n'ayt d'autre fin que la jalousie que lu\ donnent les armes et les prosperilez du roy de Suéde. La France donne sou— main chaleur a celle union el la regarde connue un préservatif, .si elle se forme, non seulement de ses interests, qui pourront estre blesses par L'Empereur, mais encore de ceux du roy de Suéde, qui pourraient estre exposes aux iiiesmes inconvénients, et j'estime qu'il ne seroil pas mal à propos, h ••.■lie union s'achemine, que le ion de Suéde \ entrai! ei taschasi d'engager le plus de princes qu'il pourroil à la garantie el manutention du traieté de Munster*, auquel l'Empereur donne desjà tant d'atteintes, H qu'il ne laid point difficulté de \ ioler en toutes les choses qui sont à sa bienséance età celle des Espagnols, à qui il ne permel pas seulement de grandes levées, mais en faveur desquels il envoyé quatre mille îionimes en Flandre de ses vieilles troupes, el trois nulle en Italie. Que
s'il laid cela lorsqu'il voil le rOJ de Suéde victorieux et a\ec (i
grandes forces, et la France tranquille an-dedans et faisant des progrès au dehors, que ne l'eroil-il point s'il arrivoit du changemenl et quelque révolution au bon estai des affaires des deux couronne-.'
Vous m oublierez, pas enfin que dans |a guerre que la France soutient contre l'Espagne, elle laid une incroyable diversion de toutes [es forces d'Espagne qui certainement seroienl destournées à pousser et advancer des desseins que l'Empereur a dans l'Empire, dont peut-estre
Cette pensée d'une ligue entre les prin- deux iras plus tard par la ligue ou alliance ros catholiques et protestants pour le main- du Rhin, comme on le verra dans la suite tien de la paix de Wespbolie fui réalisée de la correspondance de Mazarin.
Février i&56. il se feroit de fascheuscs réflexions1 aussy bien sur le roy de Suedeque sur les autres. Je remets au prince à tirer de tous les faicts posez cydessus, qui sont certains et indubitables, les conséquences qu'il jugera à mon advantage ou à mon desadvantage.
Je ne puis finir celle-cy sans retourner sur mes pas et sans vous dire que c'est une chose bien bizarre que j'aye souffert tant d'attaques qu'on m'a faictes du costé de Rome sur ce que j'ay conseillé le Roy de n'entrer point dans les interests du roy de Pologne au préjudice du roy de Suéde, comme quantité de personnes l'eussent désiré en France; de ce qu'on m'a tousjours ouy parler très advantageusement des grandes qualitez de ce prince; en quoy je ne faisois que lui rendre ce qui luy estoit deub, comme, au reste, d'agir selon les véritables interests de cet Estât; qu'enfin on ayt dict, dans Rome, qu'en cette occurence j'abandonnois les devoirs d'un cardinal et m'esloignois fort de ma profession pour favoriser un prince protestant, et qu'au mesme temps on m'ayt faict jouer un personnage tout contraire auprès du mesme prince, et qu'on luy ayt figuré une conduite tout opposée de ma part et qu'il |T]ayt creu, et qu'il ayt2 fait paroistre au dehors un ressentiment mal fondé avec plus de chaleur qu'il ne voudra sans doute avoir faict, quand il sera esclaircy de la vérité; mais je sçay, en ma conscience, de n'avoir pas manqué ny au caractère que j'ay et à ce à quoy je suis obligé envers l'Eglise, ny à la qualité de premier ministre du Rov Tres-Chrestien, bon amy et allié du roy de Suéde. Et quiconque prendra la peine d'examiner ma conduite sera contrainct d'avouer cette vérité.
1 Les mots fâcheuses réflexions ont ici le i'erreur est évidente, puisque le verbe ayt sens de fâcheux contre-temps. a un complément direct dans un ressen-
2 Le déchiffrement porte : l'ayt; mais liment.
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Aff. etc., France, t. ay.'i. f ôy. — Copie du l«-mps.