‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 44 sur 285 · À M. LE MARQUIS DE CASTELNAU · texte numérisé non relu

À M. LE MARQUIS DE CASTELNAU

Saint-Germain-en-Laye, h mars i()56.

Je vous envoie la copie de la lettre que j'esciïvis hyer à M. Talon, par laquelle vous verrez l'advis que j'ay receu que les ennemis ont dessein d'attaquer Gondé le i5 ou 16 de ce mois. Il faut donc que vous preniez vos mesures là-dessus, et que, dans cet intervalle, vous taschiez d'y jeter tout ce qui peut estre nécessaire de munitions de guerre et de bouche. On a advisé toutes choses avec Jacquier1, qui a promis d'employer tous ses soins et son crédit pour fournir et faire voiturer au plus tost dans les places advancées les bleds qu'on luv demande. Son frère, qui se porte bien, partira demain pour y aller travailler, et je vous depesche le frère du s* Talon pour s'en aller à Coudé, ainsy que l'aisné2 a tesmoigné désirer à cause de la chute et de la maladie de l'abbé3, ou pour demeurer à la frontière ou ailleurs, comme vous le jugerez à propos.

Je renvoyé aussy le s1* de Seyron pour faire les choses qui dépendront de luy. Il m'a promis de donner vingt-trois charrettes du gouvernement de la Fere, outre ce que l'on pourra tirer des autres chevaux que j'y ay, et qui vous ont servy dans ces derniers convoys. J'escris encore à M. de Bridieu4 de vous assister en cette rencontre: et comme il y a de bons chevaux et de bonnes charrettes à Guise, je croy qu'il le pourra faire utilement, de façon qu'avec cela les char-

1 Munitionnaire de l'arasée. de Saint-Gervais nommé Charles-François

J Philippe Talon , frère aîné. Talon , mais il était mort en 1 65 1 ; d'ailleurs .

Je n'ai trouvé aucun renseignement rien ne prouve qu'il fùl parent de Philippe. sur cet abbé Talon. Il y avait eu un curé ' Gouverneur de Guise.

DU CAIiDLNAL MAZARIN. L95

rettes des vivres, que Jacquier m'assure qui seront an nombre de M^r quatre-vingt-dix, si vous les advertissez assez à temps pour aller «-nsemble à Guise, j'espère que vous pourrez faire un fort bon convo\. capable de faire subsister les garnisons de Comté e< de Saint-fiuilliain (sic) au moins tout le mois de may ', d'autant plue que, comme les commis de Jacquier ne manqueront pas d'argent pour acheter tous les bleds qu'ils pourront [se procurer] dans le pays, je croia qu'il- auront facilité [avec ces voitures]2 de mettre a Condé non seulement ce qui manque des vingt milliers de poudre qui estoienl destines, mais encore vingt autres milliers, afin que cet le quantité -mi partagée 'également entre Condé et Saint-Guillain , et je vous prie de n'oublier pas d'envoyer à Condé du aalpeatre et un bomme capable pour raccommoder la poudre qu'on m'a mandé B'estre un peu gastée dan- la rivière

Dana le reste de la dépèrlio, Ma/arin insiste sur 1rs mesures s prendre pour mettre Condé o( Saint-Gnilhain en étal de défense.

iff. étr. , France, i. q 7 .'i . f" 61 — Copie «In temps \ M. DE LIONNE,

\ 110 mi:.

Pari*. 1 0 m. h- 1 656.

( HTBA1T. \

Mazarin se plaint du Pape, qui refuse d'accorder à Ondedei les bulles | ■

l'évêché de Fréjus. Il terminait cette lettre italienne par un poff-tertpftisN autographe écrit en français :

Soyez asseuré de mon amitié el de mon estime, et que je sera\ assez beurcux pour voua le tesmoigner. Voua pouvez concerter tout avec monseigneur le cardinal Bichi; mais vous n'adjousterez aucune l'oy au bruit qui s'esl répandu que je suis sur le point de remettre le

1 Le sens est : jusqu'à la fin de mai. cette voiture, qui doivent être accompagnes

5 La copie porte aptes facilité le» mois d'une préposition.

Mars »656. chapeau pour me marier1 avec Mlle de Guise2, le Roy m'ayant honoré

du baslon de connestable3; car je vous asseure que c'est une pure chimère f'aicte à plaisir.

Je vous envoyé les lettres du cardinal de Retz, imprimées, à ce que l'on m'assure, à Rome; elles ont esté débitées partout; niais le cardinal se trompe bien s'il croit que cela produise rien à son advantage, ny tout ce qui se faict par ses partisans sur les instructions qu'il envoyé avec grand soin toutes les semaines. Une personne inconnue a porté une de ses lettres à M. le Vicaire général 4 avec la procuration pour prester le serment de fidélité5; mais il en a usé comme il de voit, et Sa Mlé en a esté fort satisfaite.

AIT. élr. , Allemagne, Supplément, t. 16 (sans pagination).

en partie chiffré.

À M. DE LUMBRES6.

(extrait.)

Original signe',

Fomentez tant que vous pourrez le désir que l'on faict paroistre à la

1 Si Mazaiïn eût été prêtre comme on l'a prétendu, un pareil bruit n'aurait pu se répandre; nous avons d'ailleurs cité dans le tome IV, p. 200, 257 et 258, des Lettres de Mazarin, des textes qui prouvent qu'il n'avait jamais reçu les ordres majeurs.

2 Marie de Lorraine , duchesse de Guise , mourut sans alliance le 3 mars 1688, à l'âge de 73 ans. (Voy. Journal de Dangeau, t. II , p. 1 1 5 , et la note de Saint-Simon , ibid. , p. 116.)

J Guy Patin , qui recueillait tous les bruits défavorables à Mazarin, écrivait dès le 8 juin 1 655 : «On dit que si le Pape chicane le cardinal Mazarin, il lui renverra son bonnet rouge, et qu'il se fera connétable

de France. J'entends qu'il prendra la qualité de généralissime des conseils et des armées de France , et qu'ainsi il demeurera assuré contre les foudres de Rome dans le bon poste qu'il tient. n (Edition Reveiilé-Parise. t. III, p. 5o.)

4 M. duSaussoy. (\ oy. pius haut , p. 1 70 , note 3, des Lettres de Mazarin.)

5 Relz demandait à prêter au roi le serment de fidélité, sans lequel il ne pouvait être reconnu en France coin me archevêque de Paris.

6 La suscription de celle dépêche porte : .1 Monsieur de Lumbres, conseiller du roy en ses conseils, estant pour les affaires de Sa Majesté en Allemagne, à Konisberg.

DU CARDINAL \J A/AHIN. 197

cour de l'Electeur [de Brandebourg] d'un accommodemenl entre les M roys de Suéde et de Pologne. C'est la passion de la France pour le bien mesme de l'un etdel'autre de ces deux princes. .!<• <uU bien ayse d'avoir appris que le chancelier Oxenstiern1 se soil laissé entendre d'estre dans le mesme sentiment.

Pour ce qui est, [de l'intention de l'Empereur]2, on croit, et avec vraysemblance, qu'elle regarde l'archiduc son frère ', qui a esté rappelé ;i Vienne pour ce sujet. C'esl pour n'avoir pas ,i disputer 'pour la dispense d'aage4, <jui seroil difficile a obtenir dans la conjoncture présente, et pour faire cesser encore la jalousie que toute l'Allemagne concevroit si l'Empire tomboil en la personne du fils de l'Empereur, qu'il va envoyer en Espagne pour le marier avec l'Infante '.

Tout cela0 pourtanl ne seroil que jouer la mesme pièce sous un changement de scène ei rendre un roj d'Espagne possesseur de tant desiais en Allemagne el de deux royaumes, Bohême el Hongrie I seroit jeter les semences de sa servitude . qui ne manqueroienl pas da fructifier avec le temps el dans certaines occasions. Paictes adroitement comprendre cela a M. l'Electeur.

Le chancelier Ixel Oxenstiern élail morl en i65i. Il s'agil ici de Benotl Oxenstiern, né en 1 6a3, que Charles Gustave avait nommé gouverneur de Varsovie. Benoit i Ixenstiern mourul en i 703,

J'ai uns ces mots entre | |. parce que le passage est surchargé et peu lisible. Je (•mis que Mazarin veut parler des projets de Ferdinand III pour es succession a l'empire.

L'archiduc Léopold, antérieurement gouverneur des Pays-Bas espagnols.

Le fils de l'empereur Ferdinand III .

«j ni se nommait comme son onde Léopold

ii avait pas encore

Btitutions de I empire il \ll> magne poui

nommé Roi des Romain».

' in croyait . a cette •■[>•►< pu- . que Ip Mille I Empereur devait se marier fante Marie-Thérèse. Il n'épousa qu'en Marguerite -Thérèse d' lutricl i \l ii ie rherè»

C est-à-dire, ce changement dam V choix «In roi des Rom

' !i b di n\ royaumes étaient déji pouvoir du fils de Ferdinand III.

De la servitude de i'AUemagni .

Mars 1 fi.Vi.

AIT. etc., Pays-Bas (sans indication de page ni de folio).

À M. DE CASTELNAU

Paris, 17 mais 1 <> (extrait.)

Après lui avoir parlé des troupes et munitions de toute nature concentrées dans la place de Condé, Mazarin promet d'en envoyer de nom elles. Des ordres ont été donnés aux gouverneurs pour secourir cette place dans le cas où elle serait attaquée. Le Cardinal ajoute :

H faut bien prendre garde aux Irlandois; car encore-que les officiers en ayent bien usé dans la dernière occasion l, nous avons pourtant advis que les ennemis prétendent en desbaucher une bonne partie, et que l'arrivée du roy d'Angleterre2, qui doit estre bientost, quoyquen cachette, à Bruxelles, leur en facilitera encore beaucoup le moyen. Je vous prie de donner le mesme advis à M. de Schomberg3, afin qu'il prenne garde aussy à ceux qui sont dans Saint-Guilhain. On me mande qu'il en est desja passé, de ces deux places à Bruxelles, près de trois cens, dont la plus grande partie est du régiment de Musery4 (sic).

Je m'estonne de voir qu'on tire si peu de contributions de Gondé et Saint-Guilhain 5 et qu'elles s'establissent avec tant de lenteur. Je veux croire que vous y apporterez grand soing aussy bien qu'au mesnage des fonds qu'on envoyé. Neantmoins, comme je vois que l'argent ne laisse pas d'aller bien viste et qu'il est impossible que le Roy puisse

' Mazarin veut parler probablement d'une la France après le traite signe' par celte puismutinerie de la garnison de Gondé à l'occa- sauce avec Cromweil. sion du payement de la solde. U a été ques- 3 Gouverneur de Saint-Guilhain. tion de cette mutinerie dans des lettres du * Ailleurs , le nom de ce colonel irlandais 10 mars 1 656 , qu'on trouvera aux Ana- est écrit Musery.

lyses, et surtout dans la lettre portant cette C'est-à-dire, que les garnisons de Gondé

date, adressée à Talon. et de Saint-Guilhain tirent si peu de contri-

' Charles II , roi d'Angleterre , avait quitté butions du pays ennemi.

DU CARDINAL MAZAHIN. 199

continuer à fournir une subsistance réglée aux troupes tous les mois et Man ce qu'il faut pour les appointerions des officiers et pour les travaux qu'on pretendoit prendre sur lesdictes contributions, je vous prie de travailler avec application non seulement à les esteudre le plus <ju il se pourra, afin qu'on [en tire] quelque secours considérable, mai- .1 retrancher toutes les despenses <|ui m- sont point absolument oeccfl saircs, |)arce qu'autrement non- succomberons bout d'un coup.

(AWVII.

Al), étr., Suède t. ai 1 Kg -Ordinal aiguë «t en partie chiffre* qaelqnea lignea autographes

À M. D'A\ M GOl H.

I HTRilT. |

Le porteur de celte lettre est le sieur Utakias, rostre secrétaire. Je I ;iy entretenu avec la confiance que vous nous avei asseuré qa on pou-

voil prendre en su lideliié et en -a discrétion. Il vous fen rapporl des

choses (pie je lii} ay dictes, et il VOUS porte deux mémoire- que \|. .|.

Brienne luy a remis et auxquels j'aj travaillé, <|in vans donneront mu plein.' lumière de ce que vous aurai ;i (aire dans la aegociatioD qui vous est commise arec le sieur de Luaabres. Me rapportant donc an

deux mémoires et à ce que ledicl sieur Utdtias VOUS dira de vive \<>i\.

I .ijonlera) seulement ic\ qu'encore que vous pu saies oounoÎBtre parla les dernières voiontei du Roj et que rostre pouvoir ayt une estendue réglée, vous devez mesnaçerde telle sorte voetre conduite, traitant aveles Suédois, que \ons tasohiez de l'aller pas -1 loin que vostre pouvoû ei de demeurer au-deça, eu esgard aux advantages qu'on leur offre.

Vous, qui avez esté en Suéde et (pii avez veu l'eu M. le chanceliei Oxestern (stc) '. pouvez avoir appris qu'il se vantoil'de n'avoir jamais

!.<■ chonaelier \\<-l Osenatiera ■ 1 >n morl comi l'a dit en 1661

Mars i656. porté si avant les advantages qu'il accordoit à ceux avec qui il traitoit; qu'il avoit faculté de les porter; qu'il avoit toujours gaigné par là beaucoup au roy son maistre l, ou à la reyne sa maistresse 2, qui lui permetloient de ne faire pas ce gain, s'il eust voulu. C'est un exemple que tous ceux qui négocient pour les princes se doivent proposer d'imiter, et je vous exhorte de le faire.

Un autre point, sur lequel j'insiste encore et qui vous est fort recommandé dans les mémoires sus- mentionnez, est que vous devez absolument emporter raccommodement du roy de Suéde avec [celuy de] Pologne3. A bien prendre la chose, j'estime qu'il sera utile au roy de Suéde niesme, tant pour les grandes difficultez qu'il rencontrera tousjours à conserver la Pologne que pour l'affoiblissement que ses armées reçoivent et pour les dépenses qu'il luy conviendra faire pour l'entretenement des garnisons de ce royaume, qui, n'estant point cultivé, luy pourra fournir de fort petites contributions, au lieu que, les choses se remettant par cet accommodement, le débit des denrées qui y viendront se faisant par la mer Baltique, le roy de Suéde en tirera une grande utilité qui ne luy coustera rien, par le moyen des daces [sic) *, dont une partie luy doit appartenir. Outre que ce qui luy demeurera par le consentement du roy et de la republique de Pologne luy sera asseuré et ne sera point exposé aux accidents qu'une longue guerre peut faire naistre et pourra mesme passer sous la garantie des amys et alliez dudict roy. Vous avouerez que ces considérations sont bien fortes et qu'elles pourront faire impression sur des esprits raisonnables.

En troisième lieu, vous ne devez point précipiter ny trop presser la conclusion du traité. Au contraire, vous devez tascher, pour gaigner temps, de tirer un plan avant que de rien conclure de l'alliance que les Suédois voudront faire avec nous, et nous l'envoyer en diligence, ^ilà

1 Gustave-Adolphe. " Le Dictionnaire de Furelière indique ce

5 Christine de Suède. mot comme synonyme d'impôts. On i'em-

3 La réconciliation de la Suède et de la j > ' t > \ ait pour désigner les contributions indi-

Pologne n'eut lieu qu'en 1660, après la rectes. 11 s'agit ici surtout des droits de douane

mort de Charles-Gustave. * perçus sur les importations et exportations.

un petit esclaircissement que je vous fais icy de ce qui est porté par Han i656\ les mémoires de M. de Brienne.

GXXXVIil.

A(F. étr., Allemagne, Supplément, t. 16 | sans iodieatioii de page ni de folio). — Original sign<'. en partie autographe.

À M. DE U MBRES,

\ KOHIOSBI BO.

Paria, 3 1 mai - i 6

| t\TMir.)

Mazarin lui annonce qu'il répondra à deux pointa essentiels de ses dépêches:

L'un regarde l'ajustement de quatre mille nommes que M. «I»' Brandebourg vous a promis < I <• fournir au Roy. Je ne doute poînl que vous ne les obteniez, à toul rompre '. à quinze risdalles I»- fantassin el «inquante le cavalier. Vous avez poûrtanl bien fait d'avoir restreint vos premières offres au deçà, afin de n'aller poinl jusqu'où il vous esl permis de les porter; vous aurez sans doute mesnagé cette allant' le plus advantageusemenl qu'il vous aura esté possible pour le service du Roy.

Quant à la conférence que vous avez rut- avec M. le comte « 1 « - Val- <li-k - louchant l'employ (le l'armée de -nu maistre, vous ne pouviez parler plus judicieusement que vous avez faicl cette rencontre. Mai- je suis obligé de vous dire qu'il faut que \ous n'ayez pas bien pus garde a ce qui est porté par mes depesclies sur ce sujet. Car je \ous desiguois qu'il n'estoit pas seulement à propos que ledict sieur Electeur u attaquas! point le i\iw de Neubourg ' dans les Estats qu'il possède de

La locution <ra toul rompre* équivalait en Waldeci né en i6ao, mori en 1699.

an pis-aller. (I)ici. de Furetière.) Philippe-Guilkume de Bavière, dur de

1 Ce comte de Waldeck était ministre de Neubourg, de 1 653 ;i i6qo. C'eal lui que

L'électeur de Brandebourg. Ou trouve, à cette M ..nui Bougera ;i opposer, pour le trône

époque, George-Frédéric, comte de Valdek impérial, à la maison d'Autriche.

M\/Ull\. Ul. -l6

Mars ifë& la succession de Cleves, mais aussi dans ceux que les Espagnols occupent de la mesme succession1 ; que les inconvénients que vous luv avez représentez pour les autres en seroient les rnesmes et que cela feroit remuer tous les princes voysins dudict duc et particulièrement les Electeurs catholiques2, qui sont armez et arment tous les jours, et qu'enfin cela pourroit allumer une guerre dans l'Empire, qui ne seroit pas aysée à esteindre et donl les conséquences sont à éviter mesme pour ledict Electeur; qu'en le divertissant de cette pensée, nous n'avons pas moins d'esgard à ses interests qu'à ceux de toute l'Allemagne, dans laquelle les agresseurs seroient toujours blasmez d'avoir renouvelé les troubles, les différends de ces deux princes, qui [en] seroient le fondement, se devant au préalable traiter à l'amiable.

Reste le dessein qu'on pourroit former sur Gueldres3. Vous en avez bien représenté la facilité de l'exécution par la traction4 que nous ferons de deçà de toutes ou de la plupart des forces espagnoles, et par la cessation de la jalousie que les princes de l'Empire n'auroient pas sujet de prendre; mais, puisque la difficulté semble ne tourner qu'en ce point de sçavoir quel avantage nous entendons qu'il en doive venir audict Electeur, a cela vous pouvez l'asseurer en gênerai qu'il ayl à déclarer celuy qu'il pretendroit et que le Roy luy accordera tout celuy qu'il pourroit raisonnablement désirer et au delà. Mais à vous dire vray, je crains crue l'embarras où je vois que sont les choses du Nord ne l'empesche de s'en esloigner et d'en esloigner mesme ses forces, dont il ne voudra pas desgarnir les Estats qu'il a de ce costé-là.

Peut-estre encore [il est à craindre] que la jalousie, qu'il appréhende que les Hollandois ne prennent des entreprises sur les Gueldres, ne l'en divertisse, de sorte qu'au pis aller il se faut se résoudre à avoir

' Les Espagnols étaient maîtres à ce mo- s Province occupée par les Espagnols,

ment de Juliers, que réclamait le duc de " On peut lire : la traction ou t 'attraction.

Neubourg. La pensée est que les Français pourraient

3 Les électeurs-archevêques de Mayence , attirer les forces espagnoles hors du pays

Cologne et Trêves. ♦ de Gueldres.

les quatre mille hommes susmentionnés et que je croy que vous aurez Anil i65i maintenant arrestez.

<A\\I\ Aff. étr. , Snède, l. 22, i" Gf>. — Minute de le main de Silhoo.

À M. D'AVAUGOUR'

[ Pari- . i v .1 ril il t uiun. )

J'ay veu avec plaisir ce ' que vous m'escrives, par la rostre du -j'i de passé, que vous avez eu avec M. le chancelier Oxenstern («*)' lur le sujet (Je la ligue qui se forme en Allemagne pour la garantie (lu traité (le Munster. Si vous retombez sur le mesme discours, vous pourrai luj représenter que, dans la chaleur qne nom Utsehons «le donner ■> cette ligue, nous ne considérons pas moins la interesta de Is Suéde, pour ce qu'elle possède dans l'Empire9, «pie ceux de la France <i qu'en oels nous agissons en véritables alliez •■! avec l'espoir dune bonne confédération; en quoy nous ne manquerons jamais à la Suéde, pour peu qu'elle y corresponde de sa pari: «pie nous entrons hien dana les sentiments dudicl sieur chancelier, eu esgard aux difficultés qui a opposent si s'opposeront à la formation de celle ligue '. ou à son action et .1 son osiijje, et qu'une des moindres ne sera pas les traverses que l'Empereur y apportera, à cause qu'elle est proprement destinée pour mettre un hein à l'ambition de la maison il ^ us triche et aux infractions qu'elle laid continuellement au traité de Munster, dont la conséquence regarde ions les confédérés, e1 suas) bien la Suéde que la France, comme il ,1

1 U s'ajjii des dtaik de l'entretien que comme on l'a dit, dooaé à la Suèda uns par

d'Avaugour avait pu avec le ohancauar de tiède la Poméranie, le* duchés de Brème al

Suède. Wult'ii ci la principauté de Wismar.

'' On a déjà vu qu'il s'agit ici de Benoit ' Celle ligue. dénguée tout le nom de

Oxensliem. Ligue ou Alliance du Rhin, ue fui formée

Les traités de West|ihalie avaient. qu'en 10T18.

Avril i (;;><;. esté dict; qu'à la vérité, cet ouvrage ne va pas si viste que nous le désirerions et qu'il seroit nécessaire pour la fin que nous avons1; mais neantinoins nous ferons tout ce qu'il nous sera possible pour l'advancer et pour le conduire au port désiré. Vous pousserez ces considérations, faisant semblant de croire que, puisque c'est un interest commun, les Suédois le doivent souhaiter autant que nous.

J'ay à vous advertir, et je suis bien estonné que M. de Lumbres ne l'ayt point faict, que, dans une conférence qu'il a eue avec M. l'électeur de Brandebourg, celuy-cy luy a faict paroistre qu'il n'approuvoit point la politique des Suédois de blesser la religion catholique et maltraiter les ecclésiastiques, comme ils faisoient en plusieurs endroits; que, depuis, ils avoienl faict emprisonner les jesuistes de Mariembourg et menaçoient de ruine le reste des catholiques de la Prusse royale; qu'ils lui avoient conseillé de faire le mesme traitement aux jesuistes de Brunsler 3, dans l'evesché de Varmie4; mais qu'il avoit rejeté ce conseil, comme contraire aux lois de la bonne politique, et que c'estoit là une des causes du soulèvement que les Polonois venoient de faire contre leur domination, qui ne pourroit jamais devenir bien volontaire5, en quelque lieu que ce fust, s'ils ne laissoient aux personnes soumises le libre exercice de leur religion et aux ecclésiastiques la jouissance des biens de l'Eglise. Je vous prie, au nom de Dieu, de faire de pressants et continuels offices pour ce sujet et de faire bien sentir, en la cour de Suéde, que c'est l'endroit où le Roy est le plus sensible.

1 Le sens est : que nous nous proposons.

2 Mariembourg , ou Marienbourg , est aujourd'hui une ville du royaume de Prusse. Elle avait été' d'abord capitale des grandsmaîtres de l'Ordre Teutonique et avait ensuite fait partie de la Pologne.

3 Je n'ai pu lire que ce nom , qui ne se trouve pas dans les dictionnaires géographiques. Il faudrait peut-être lire Bromberg (auj. ville du roy. de Prusse, dans la pro-

vince de Prusse) : Bromberg avait fait partie du royaume de Pologne.

4 La Warmie , qu'on appelait aussi Wermeland ou Ermeland, était une province de la Prusse polonaise, comprise entre le Haffet la Prusse Brandebourgeoise. L'e'vêque était primat du royaume de Pologne.

5 C'est-à-dire, Les peuples conquis ne se soumettront jamais volontairement, si on ne leur laisse pas le libre exercice de leur religion.

Mazarin insiste fortement sur cette considération et sur la nécessité d'en faire Auil i65< «le fondement fixe et immuable de l'alliance r avec la Suède.

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