‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 49 sur 285 · I DT1AIT · texte numérisé non relu

I DT1AIT

Je vous escril ce billet, qui vous sera commun avec M. le mareschal de La Ferlé, pour vous donner ad vis que j "a\ faid tout ce que vous me marquez par vostre lettre d'byer, e1 je me remets du surplus à la vive voix du sr Talon.

Pay pourveu à toul ce qui regarde l'hospital et abondamment.

Je ne sçav pas sy tout ce dont on a faict estât, tant d'icj que de Guise et de Landrecy, se trouvera dans le convoy lorsqu'il arrivera à l'armée; mais j'ay faict tout ce qui regardoit les cliariots. el. s'il \ manque' quelque chose, vous pourrez, s'il vous plaist. \ remédier sur les lieux; car, autrement, il y auroit à craindre (pion ne se trouvas! court.

Juin i656. Ayant veu, par l'estat'des munitions duQuesnoy, [qu'il J1 v manquoit beaucoup de choses, j'ay pris des chariots de la Cour, sur lesquels j'ay l;iicl charger seize milliers de poudre, onze milliers de mesche et cinq milliers de plomb pour porter au (Juesnoy, et j'ay mandé aussy à M. de Roncherolles d'y envoyer encore huit milliers de plomb.

Après d'autres détails sur les munitions envoye'es, Mazarin termine en ces termes :

Je vous conjure de faire avoir grand soin de tous les chariots, afin qu'après avoir laissé à l'armée ou au lieu où l'armée ira ce qui est chargé, ils puissent revenir promptement et avec une bonne escorte, qui pourra estre celle des gendarmes et chevaux-legers du Roy, et des gardes de Sa Mté et des miens, et des quatre escadrons que vous avez résolu de faire demeurer au Quesnoy, outre le régiment Despense.

Je vous prie de vous souvenir qu'il n'y a rien de si important que de destacher un grand corps de cavalerie, lorsque la circonvallation sera laicte; car, par ce moyen, les vivres dureront davantage dans le camp, et l'on pourra empescher les ennemis de rien entreprendre, et cela encore mieux s'ils prenoient la resolution, comme quelques-uns disent , de vouloir entrer en France.

CUII.

BibL nat, , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i. f° 99. — Minute.

\ MM. DE TURENNE ET DE LA FERTÉ

La Fore, 1 a juin 1 656-

Je ne sçay si tout ce dont on a faict estât, tant d'icy que de Guy se et de Landrecy, se trouvera dans le convoy lorsqu'il arrivera alarmée,

1 La copie porte : s'il.

mais j'ay iaict tout ce qui re{{ardoit les charrois, et, s'il \ manque fain «65C quelque chose, vous pourrez, s'il vous plaisl, y remédier sur les lieux: car autrement il y auroit à craindre qu'on ne se trouvast court, avant veu par lestât des munitions du Quesnoy [que] il \ manquoît beaucoup de choses, j'ay pris des chariots de la Cour sur lesquels j'a\ faict charger seize milliers de poudre, onze milliers de mesche el cinq milliers de plomb pour porter au Quesnoy, el j'a\ mandé aussj a M. de Roncherollcs d'y envoyer encore Imii milliers de plomb. Par la mesme voye, je vous envoyé encore dix milliers de poudre, outre les soixante milliers que l'on a desja fournis; ear je crois «pie. plus vous aurez, de cette marchandise à l'armée, ce sera le meilleur.

Prenez seulement garde, s'il vous plaist, aux boulets de canon; car, à mon advis, on m; se doit pas contenter de moins que ce qui lut arresté icy. On a envoyé trente charrette* de ce gouvernement haut le pied pour charger de ces boulets à Guyse el les quatorze charrettes, qui portent les deux nulle outils et les deux nulle grenades a Landrecy, en pourront auss] charger au mesme heu en grande quantité, puisqu'il y a, outre cela, trente charrettes que M. de Roncherolles lient

prestes pour cel eflecl. Les charrettes de la Cour, «pu portent la

poudre, la mesche d h- plomb, pourroient auss\ charger des boulets

en cette place-là, s'il y en avoit.

Je vous conjure de faire avoir grand soin des chamois, alin qu'après avoir laissé à l'armée, ou au heu ou l'armée ira. ce «pu est chargé dessus, ils puissent revenir promptemenl el avec une bonne escorte, qui pourra estre celle des gens d'armes et des chevaux-legers du, Roy et des gardes de Sa M" et des miens, et «les quatre escadrons

que vous avez résolu de faire demeurer au Quesnoy, «mire le re«rj ment d'Espenses '.

Je vous prie d<> vous souvenir qu'il n'\ a rien de si important que de lascher un grand corps de cavallerie lorsque la circonvallation sera laicie; car. par ce moyen, les vivres dureront davantage dans le camp

1 Louis de Beauvau d'Espense avait élë nomme1 maréchal «le camp en i65a. (Chronologie militaire. )

UAZAIIIIV. - ni.

mr. LU

Juin i656. et l'on pourra empcscher les ennemis de rien entreprendre, et cela encore mieux s'ils prenoienl la resolution, comme quelques-uns disent, d'entrer en France.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbeii, t. 5i, f° 100 v°; minute. — Aff. étr., Pays-Bas, t. 3j (sans indication de page ni de folio); copie du temps.

La Fère, 16 juin iG56.

Je vous escris sans sçavoir encore la resolution que vous avez prise l. Je ne croy pas qu'il se soit jamais faict une diligence pareille à la vostre , et si Dieu a permis que l'investissement de Douay ayt obligé don François de Solis de quitter Tournay pour accourir à Douay, l'on aura commencé une des plus hardies et des plus grandes entreprises qu'on ayt formez depuis le commencement de la guerre avec apparence d'un bon succez. 11 se pourroit faire aussy que le corps que ledict Solis commande fut si foible que, nonobstant cela, vous eussiez résolu d'exécuter vostre dessein; et, de faict, M. de Mondejeu2 m'envoya un homme exprez, il y a quatre ou cinq jours, pour me donner advis que don Fernando de Solis avoit jeté encore deux regimens d'infanterie dans Douay et deux dans Bouchain, et qu'il marchoit avec le reste entre la Scarpe et l'Escaut; ce qui me faict croire qu'il auroit reçu ordre de jeter ses troupes dans ces places-là et de s'en aller aprez à Tournay, où le sr Talon m'a mandé qu'il estoit. Enfin j'ay l'esprit tout-à-faict en repos; car je suis asseuré que vous prendrez le meilleur party, et que, s'il n'est pas possible d'attaquer Tournay, vous attaquerez l'autre

' On voit par les Mémoires de Turenne, nonça à cette entreprise et assiégea Valen-

p. 176 (édition Michaud et Poujoulat), ciennes.

que ce général avait d'abord songé à 2 Gouverneur d'Arras. (Voy. t. IV, p. iii ,

assiéger Tournay, mais qu'ensuite il re- note 2, des Lettres de Mazarin.)

DU CARDI.WL MAZARIN. 227

place dont nous sommes convenus1, sanz y perdre un moment de Juin 16M temps.

Quelque chagrin que vous ayez pu a\oir <jue Ton a\ t manque à donner ordre aux gardes, qui estoienl à Saint- Quentin et à [Peronne]-. de se trouver à Guise, au rendez-voua qui avoit esté concerté, le mien a esté encore plus grand; car je ne scaurois comprendre comment l'on peut oublier des choses de celte nature-là. H est arrivé aussj que, par mesgarde, l'on a faict aller te régiment de Perigord joindre le corps qui estoit sur la rivière d'Autliie \ et que. estant arrivé le jour auparavant que le chevalier de Crequ] ' liisi parti de Gercamp, lediet chevalier a marché sans avoir ce régiment, parce qu'il n'a pat voulu exécuter les ordres que M. de Ghaulnes6 lu\ donnoil de marcher, 1 as* semant qu'il pouvoit arriver à temps. L'officier sera chastié; mais ce pendant vous n'avez p;is lediet régiment, qui esl assez bon dans la faiblesse où sont les autres, piiisqu il \ a plllS de trois cents bons bommes sous les armes, à ce que le sieur Gar;;am m'a dicl. L'on a depesehé

pour le faire revenir en diligence a Guyse, d'où on l'envoyera au Quesnoy.

Les six compagnies des gardes, qui estoienl a Saint-Quentin, vous amont desja joint avec le régiment de La Meilleraye, qui, estant composé de trente compagnies, est arrivé [gaillard]8 avec diï capitaines et deux cens cinquante lu» es. Ils soutiennent (pie le reste des officiers suivoit avec six cens hommes; mais cfst [difficile]1 a sçavoir.

Vitermon8 ne sçauroit [arriver] «pie demain a Guyse, avec les six compagnies des gardes qui estoienl à Peronne9; elles -mil de neuf cens

('.clic autre place était Vatencii unes. Moi douteux Je n'ai pu interprétei

(le mol est 1res douteux. I'al>re\ iiilion du manuscrit

J Voy. sur cette rivière, p. 217, aote i. Mexandre du Bobc de Vittermont avait

1 Voy. sur ce personnage, t. VI. 0.909, ';',: nommé maréchal <lo camp en 16&9; il

des Lettres de Mnzuriii. lui tue, le 7 juillet 1 666 . au siège de Valen-

5 Voy. sur le duc de Chauines, 1. V, riennes.

p. 5 a 4, note 9, des Lettres de Maxarin, ' Ici le nom de Pêromu esl bien (;crit

' (le mol esl couvert par une tache el confirme la lecture indiquée à-dessus, d'encre: je ne puis lire que gaillard. noie ■> . comme douteuse.

Juin i656. hommes, mais [huit]1 dans les rangs, à ce qu'on m'asseure. J'ay faict arrcster à Riblemont2 les douze compagnies qui sont venues d'Amiens, où il y a quatorze cens hommes sous les armes, et il y manque six recrues. Elles partiront demain pour se rendre à Guyse en mesme temps que celles de Peronne, et M. de Lislebonne9 marchera dimanche matin, à la pointe du jour, avec les dix-huit compagnies, quantité d'officiers et peut-estre quelques recrues qui se seront rendues à Guyse; mais il n'y aura aucune cavalerie que [deux] i compagnies de gendarmes et chevaux-legers et quatre-vingt-dix maistres 5 de mon régiment allemand, si ce n'est que M. le mareschal de La Ferté fust en estât de partir6, comme il espère; car, en ce cas, il y auroit encore le régiment de cavalerie de [Cœuvres]7 et cent dragons qu'il avoit retenus auprez de luy.

Nous attendons à tous momens l'arrivée du régiment de Montauzier et celuy de Douglas, lesquels je feray advancer sans delay, avec le régiment de la Fere et celuy de [Pengoist]8, droit au Quesnoy. Comme M. de Lislebonne vous tiendra ponctuellement adverti de toutes les troupes qui le suivront, ce sera à vous de luy donner ordre de vous envoyer de temps en temps des corps pour vous fortifier. Ce pendant il retiendra au Quesnoy les douze compagnies d'Amiens pour y attendre leurs recrues et les officiers qui y seront sans faute dans quatre ou cinq jours; et pour ce qui est des autres six compagnies avec la cavalerie, il a ordre de les envoyer droit à Condé, prenant ses précautions pour les y faire arriver en seureté.

Le régiment d'Alsace se devoit mettre en marche le t 5 de ce mois, mais avec douze cens cinquante soldats seulement. Le [régiment] Royal

' Il y a un mot surchargé dont je ne suis 4 Mot douteux,

pas sûr. Peut-être huit. 5 Ce mot était pris, comme nous l'axons

2 Voy. t. V, p. 646, note a, des Lettres déjà vu, dans le sens do cavaliers, de Mazarin. ° Le maréchal de La Ferté ne put , à cause

1 François-Marie de Lorraine, comte de de l'état de sa santé, assister au commen-

Lislebonne, maréchal de camp en 16/19, cernent du siège de Valenciennes. lieutenant général en i65>2, mort en 7 Mot douteux. Peut-être Cavois.

167a. ' Mot douteux. On peut lire Peiigist.

marche desja; mais je ne croy pas que l'on puisse faire estât de ces Juin i656. doux regimens plus tost que dans trois semaines, dans lequel temps vous aurez aussy les compagnies qu'on a levées de nouveau et les recrues des regimens de la Couronne, de Bourgogne, de Limousin et de Vendosme. On a dit à M. de Lislebonne de prendre garde à Coudé et à Landrecy, de vous donner continuellement advis de tout el de suivre vos ordres.

Quel([ue bruit (jue les ennemis fassent courir qu'il leur esl venu grand nombre de troupes d'Allemagne, il n'y a rien (!<■ si Eaux. Je le sçay de science certaine, et M. de Fabert, qui vient d'arriver tout présentement, m'a dict qu'il n'estoit rien passé du costé de Cologne n\ d'aucun autre endroit. Il est vray pourtant <|u ils en recevront quelques unes dans peu «le temps; mais ceux qui sont accoustumez à me donner de bons advis m'asseurent que les Espagnols n'attendent pas plus de mille à douze cens hommes.

Vous verrez par ce que j'escris an s* Talon qu'il faul que Jaquier n'ayt pas le nombre de chevaux qu'il doit, puisqu'il a dict qu'il n'avoil pu faire voiturer à la suite de l'armée que quinze cents septiers ' de farine, estant certain que les charrettes «les gouvernemens «l<- Guyse.,

de la l'ère et cenl cinq que le sieur (iaijjam av oit fournies el l'aie!

charger par les commis «lu sr Jaquier suffisoienl seules pour en porter [une] |)lus grande quantité; mais, en toul cas. ,t m- prendre que six mille septiers de lamas de farines qu'on avoit laid à Condé, quand mesme vous seriez obligé de faire distribuer quarante nulle râlions de pain par jour (ce qui n'osl pas possible), VOUS auriez avec vous de quoy subsister Irenle-cinq jouis, la cavalerie |en] avant receu pour dix jours, qui commencent au dimanche passé, et l'infanterie pour six. et outre cela y ayant dans les caissons cent soixante mille râlions.

Je croy pourtant qu'à tout événement, si vous faictes le siège de

1 L'ancienne mesure de grains appelée «lait , à Laon, jusqu'à Si 5 litres; mais, Jao-

septier ou setier était, à Paris, de la conte- quier étant munitionnaire des années, il

oance <le i56 litres. A Guise et à la Fère, «loil s'agir ici de setîers parisiens pesant

elle ne dépassait pas too litres et descen- lao kilogrammes.

Juin !<;:>('). Tournay, vous pourriez songera faire un convoy de la Bassée, quand ce ne seroit que de deux mille sacs de farine. Pour cet elfect, M. Le Tellier a donné ordre à un commis de Jaquier d'escrire, afin que l'on tienne preste cette quantité de farines, et il sera bon que le mesme Jaquier en escrive aussy, du lieu où il est, en cette conformité. Lorsque lesdictes charrettes seront de retour, je if oublieray rien pour faire continuellement voiturer, de Guyse au Quesnoy, la plus grande quantité de bled et de farine qu'il se pourra.

H y a quelques regimens de cavalerie qui, n'ayant pu joindre le chevalier de Crequy, sont restez du costé de l'abbaye de Gercamp ', sous le commandement du duc de Chaulnes. Ce sont ceux de Palaiseau, d'Aumont, Fortilesse, Cimetière et Mestre de camp, auxquels se doit joindre aussy celuy de Villequier; et comme il arrivoit à tous momens des chevaux pour les démontez et des recrues tant d'infanterie que de cavalerie, on a creu qu'il estoit mieux de laisser là ce petit corps que de le faire venir icy. Car peut-estre vous vous en servirez pour une partie de l'escorte du canon que l'on pourra tirer de la Bassée. En tout cas, [le duc de] Chaunes a ordre d'exécuter ceux (les ordres) que vous luy envoyerez, et si luy vient à la Cour, M. de Mondejeu, qui pourra prendre soin du mesme corps, aura aussy un pareil ordre; et peutestre ce sera le plus court que vous me mandiez directement ce que vous jugez plus à propos que l'on fasse de ces troupes-là.

Le régiment de Montauban-Lorraine, composé de huit compagnies assez bonnes, qui est à Châlons et devoit passer en Italie, a ordre de venir en quelque poste auprès de Rocroy pour empescher les courses des ennemis, et l'on y envoyera aussy les cavaliers de Duras. Par cette raison, le régiment des Cœuvres (?)2 estant sans occupation s'en va à l'armée.

Voila, ce me semble, une assez longue lettre pour un homme qui est encore tourmenté de la goutte; mais j'ay creu nécessaire de vous infor-

1 II y axait, à Gercamp ou Cercampes, Gercamps n'est plus qu'un hameau de la une abbaye de l'ordre de Cîteaux, fondée commune de Fréveni (t'as-de-Calais). en 1 1 'io e( dépendant du diocèse d'Amiens; 2 Voy. ci-dessus, p. 228 , note 7.

mer de tout ce détail, afin que vous puissiez prendre une resolution là- Jmn 1666. dessus.

Après avoir escrit cette lettre, nous avons eu nouvelle que, n'ayant pas trouvé lieu d'attaquer Tournay, vous vous estiez résolu d exécuter le second dessein. Je n'ay rien à vous dire là-dessus, sinon que Ion poussera toutes les choses en avant avec le même soin, et au reste je vous prie de considérer qu'il sera bon de ne toucher au magasin de Coudé que le moins qu'il sera possible, obligeant Jaquier de faire venir delà frontière le plus de vivres «ju il se pourra pour le siège.

Bibl. nat. , nu. f. fr. , Mélanges de Colbert, i. 5i, I io5 1 . — Minute.

À M. DE Tl RENNE.

[ La Fère 1,17 juin 1 6

J'ay receu par un de vos gardes et par le commandant du régiment de Beauvau l'original el le duplicata de vostre lettre d'avant-hyer, et j'ay esté ravv de voir que, n'ayant pas trouvé lieu de vous attacher à

Tournay, vous n'ayez pas perdu un momenl de temps à mois rabattre

sur Yalencieiiues ', suivant ce qui avoit esté arresté. Si nous avion- le

bonheur qu'il n'y cntrasl pas plus de vivres que vous me mandes <|uil y a , nous pourrions venir à bout heureusement de celle entreprise, qui seroit de grande réputation et de très-grande importance au service du Roy, d'autant plus que les habitans, <pii sont en grand nombre, sont

assez persuade/ de la foiblesse des ennemis el ont grande envie d avoir du repos et de jouvr de leurs biens, et qu'il y a grande apparence que

les huguenots, qui y sont, ne remueront pas trop pour nous empesclier de faire celle conqueste.

1 On peut consulter, sur le siège de Va- Puységur h il»1 Vieilles. On en trouTera tenciennes, les Mémoires de plusieurs té- des extraits dans la suite de cette oorresmoins oculaires : Turenne, Bussv-Rabutin, pondance.

juin if.5fi. En recevant vostre lettre, j'ay donné ordre qu'on tinst prcsts les deux mortiers qui sont icy et j'ay envoyé à Cliauny et à Saint-Quentin pour des bombes. J'espère que nous en aurons deux cens. L'on ne perdra pas un moment de temps à l'aire partir le tout, en sorte que, la la circonvallalion achevée, vous puissiez vous en servir. J'ay aussy député à Sedan pour faire venir un troisième mortier, qui est celuy qui estoit à Stenay, et deux cens bombes aussy. J'ay faict envoyer les ordres nécessaires aux gouverneurs de S'- Quentin, Guise et Venins pour avoir mille pionniers. Enfin nous avons faict tout ce qui peut dépendre de nous pour cela; mais je n'ose respondre de l'événement. Je cro\ qu'il seroit bien plus utile de mander à M. de RoncheroHes \ à M. de Beauvau 2 et à M. du Passage3, de vous en envoyer encore un plus grand nombre que celuy-cy de leurs gouvernemens, parce qu'ils n'oseroient manquer de marcher, et ils y trouveraient leur compte, puisqu'on les payerait comme les autres. J'en escris à M. de RoncheroHes et à Talon du Quesnoy 4; mais il sera bon que vous les pressiez aussy de vostre costé, et n'oubliez pas M. du Passage.

J'estois en grande peine de voir, par vostre lettre, que vous n'aviez point de nouvelles de la marche de MM. de Crequy5 et d'Espicz 6; M. de Mondejeu m'a depesché icy un officier qui m'en a délivré, m'asseurant qu'ils vous dévoient avoir joint dez hyer, et j'ay bien jugé qu'il n'y doit pas avoir lieu d'en douter, puisque vous me mandez que vous aviez laissé un corps à Mortagne 7 pour favoriser leur passage.

M. de Mondejeu me mande qu'il avoit retenu toutes les charrettes

1 Voy. t. III, p. 296, note 1, des Lettres plus loin, la lettre que Mazarin lui écrit.

de Mazarin. Il était alors gouverneur de p. 275.) Landrecies. 5 Voy. t. VI, p. 209, des Lettres de Ma-

' Voy. ci-dessus, p. 1^5, note h. Il e'tait zarin. gouverneur du Quesnoy. 6 Jean Cossarf , marquis d'Espiez ou d'Es-

3 Voy. t. II, p. 1007, des Lettres de Ma- pies, maréchal de camp en iG5o, lieutenant zarin. Il était gouverneur de Coudé". général en i655, tué au siège de Valen-

4 Commissaire des guerres au Quesnoy. ciennes le 12 juillet 1 656.

C'était, comme on l'a dit, le frère de Phi- 7 Auj.vill. du dép. du Nord, arr.de Valen-

lippe Talon, intendant de l'armée. (Voy.. ciennes, cant. de Saint-Aroand-les-Eaio.

de son gouvernement et celles qui font les convoya d'Amiens à Arras, J»in i656. afin que, si vous attaquiez Tournay, l'on pust mener au camp un grand convoy, quej'àvois faict préparer pour [l'approvisionnement]1 de farines; niais il conclut que, voyant que l'on ne faisoit pas le siège de Tournay et qu'il ne seroit peut-estre pas nécessaire qu'il retinst tout cel attirail, il estoit sur Le point de le licencier, et aeantmoins avoil voulu auparavant m'en donner advis. Je lu\ fais response qu'il le retienne encore; car, n'y ayant pas plus de distance 'I \n.is au camp que de Guyse, vous jugerez peut-estre à propos de faire venir un convoy «lice costé-là, envoyant au-devant un corps de cavalerie suffisant pour l'escorter, d'autant plus que l'on pourroil se servir aussy des regimens de cavalerie qui sont demeurez en ces quartiers-là, parmi lesquels il y a encore. les regimens de Mondejeu el d'Esquancour. Je vous prie de luy envoyer de vos nouvelles tout aussytost, afin qu'il sçache ce qu'il aura à faire, el en casque vous résolviez de l'aire venir un convoy de ce costé-là, il faudra que Jaquier donne auss) en même t « ■ 1 1 1 1 » ordres pour cela. Pour moy, je souhaite que Jaquier lire de t<»u- costez des vivres pour l'armée, afin d'espargner le plus qu'on pourra Le magasin de Gondé; et vous en sçavez la raison.

Je ne. sçay pas quel jugement nous devons faire des résolutions que prendront les ennemis; mais il n\ a |»as apparence qu'ils doivent songer à entrer en France ny à attaquer une de nus places, parce que, Bans parler de leurs forces, je suis asseoir qu'ils n'ont pas d'équipage de vivres ny d'artillerie. Je ne crois pas «puis se puissenl flatter de l'espérance de nous pouvoir couper les vivres en se postant entre uostre camp et la frontière, après avoir veu de si grands COUVOVS qui oui marche depuis quelque temps; mais, s'ils prenoienl ce parti . j'ose due qu ils en soufl'riroienl beaucoup plus que nous, ne voyanl pas d'où ils pourroient tirer leur subsistance.

Pour le siège de J„andrecies, du Quesnoy ou de Coude, vous tomberez d'accord sans doute que ce n'est pas une chose à laquelle ils

' Je n'ai pu déchiffrer le mot; mois le sens n'est pns douteux.

MAZUIIN — VII. :if>

luriiutiuK litlOIAlt.

23/i LETTRES

Juin i656. puissent songer, puisque, nostre circonvallation estant faicte, s'ils attaquoient une de ces places, nous pourrions sans peine destacher dix ou douze mille chevaux pour les enipescher de prendre la place, et mesnie leur faire courir encore un plus grand risque. Je ne pense pas aussy qu'ils songent à attaquer Saint-Guillain '; car c'est une place qui leur donneroit beaucoup de peine et ne repareroit pas le descliet de leur réputation pour la perte de Valenciennes; mais [tousjours] 2 je ne 'tiens pas qu'il fust mal à propos d'y jeter davantage d'infanterie et d'y tenir un corps de cavalerie, par le moyen duquel on courroit tout le pays jusqu'aux portes de Bruxelles. Vous en userez ainsy que vous jugerez plus à propos.

Ce qui reste à considérer seulement est si, dans l'impossibilité de recourir Valenciennes, ou faire autre chose de plus grande importance, ils ne prendroient point la resolution d'attaquer Bethune ou la Bassée; ce qu'ils pourroient exécuter d'autant plus aisément, que les grandes •.villes voysines3, pour l'interest qu'elles ont à s'oster ces espines du pied, fourniroient ce qui leur pourroit estre nécessaire pour de semblables sièges. Je vous prie donc d'examiner s'il seroit à propos d'envoyer promptement quelques troupes pour fortifier les garnisons de ces places avec quatre ou cinq cens chevaux, ou y laisser les regimens qui sont du costé d'Arras et envoyer la personne du chevalier de Crequy* pour avoir soin de tout.

Le sieur Talon, intendant de l'armée, a des habitudes dans Valenciennes ; il ne sera pas mal de faire courir des billets dans la ville, par lesquels on fit comprendre aux habitans que leur repos et la retraite de l'armée dépend d'eux, et que, s'ils veulent prendre une bonne resolution, ils pourront non seulement se garantir des extremitez auxquelles est sujette une ville assiégée , mais aussy asseurer leur bonheur en se rendant au Roy, qu'on ne peut pas mettre en doute qui ne soit plus en estât de les protéger que qui que ce soit.

1 Voy. ci-dessus, p. 21 3. — 2 Ce mot est difficile à lire; je crois qu'd a ici le sens de pourtant. — ' H s'agit ici des grandes villes des Pays-Bas espagnols, comme Gand. Bruges, etc. — 4 Yoy. t. VI, p. 209, des Lettres de Mazarin.

DU CARDINAL MAZAIUY 235

Le Roy est tousjours dans le dessein d'aller voir le siège. C'est pour- Juin i656. quoy je vous prie de me mander positivement le temps auquel il pourra partir, où il devra aller, soit de Guysc à Landrecies et de là au Quesnoy tout droit, et quelle escorte il devra avoir pour cela.

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