‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 5 sur 285 · AU COMTE CARLO RROGLIÀ · texte numérisé non relu

AU COMTE CARLO RROGLIÀ

[(luise], 3o juillet 1 655.

J'ay receu vos deux lettres du 27 juin et du 1 1 de ce mois et veu les nouvelles que vous m'avez escrites, dont je vous remercie. Vous avez bien faict de vous modérer1 dans l'occasion du chagrin que vous avoit donné la course du party d'Arras- au-delà de la rivière [de la Lys]2, et il ne faut rien faire qui puisse altérer la bonne intelligence si nécessaire entre ceux qui commandent dans les places voisines les unes des autres. Vous continuerez donc, s'il vous plaist, à en uzer ainsy, et l'on verra d'accommoder la chose pour l'advenir, en sorte que la justice sôit conservée à chacun3. Vous sçavez que j'ayme assez M. le comte Broglio (sicy pour ne pas souffrir qu'il luy soit faict tort, et je sçay aussy qu'il n'aura pas de peine à se contenter de la raison.

Je me resjouis avec vous de la gloire que vostre frère a acquise au passage du Thesin (sic). J'espère que nous aurons tousjours de meilleures nouvelles de ce costé-là, et pour ce qui est d'icy, je vous res-

1 On voit, par un billet de Mazarin a Lavogadre, date du même jour et indiqué aux Analyses, que c'était Lavogadre qui avait, par ses conseils, empêché le comte Carlo Broglia de s'emporter.

2 La copie porte du Lise.

3 Les gouverneurs des places frontières avaient le droit de lever des contributions sur le pays ennemi dans certaines limites. Comme il paraît que l'étendue de ces limites n'était pas bien déterminée, il en résultait des querelles entre les gouverneurs et les

partis qu'ils envoyaient pour rançonner l'ennemi. C'est ainsi que Carlo Broglia, ou le comte Carie de Broglie, se trouvait en lutte avec le corps que M. de Mondejeux, gouverneur d'Arras, avait envoyé au delà de la Lys pour lever des contributions de guerre. 4 Victor-Marie de Brogbe, gouverneur de la Baisée, servait alors à l'armée d'Italie. Il était frère aîné du comte Carie, qui le remplaçait provisoirement dans le gouvernement de la Bassée. (Voy. sur ces deux frères le t. III , p. 1 1 4a, des Lett. dcMazarin.)

ponds de la conservation de la Bassée, non pas seulement parce que. Juiii.-t i65î vous y estant avec de si braves, ofliciers, les ennemis y recevroient un affront s'ils osoient l'attaquer, mais parce que malaysement y songeront-ils, le Koy entrant en personne avec une armée de trente quatre mille hommes dans leur pays.

Ayinez-moy tousjours et croyez que le meilleur amv que vous ayes, c'est, etc.

AU', étr., France, t. 896, I i5o> — Copte du tempe, \ LA REINE.

'.III.M', ,'i| jlllll. I |'

Vous trouverez bon qu'auparavant de monter achevai pour accompagner le Confident an voyage donl j'aj eu l'honneur de \<>u-. informel . je vous renouvelle les assurances de mes tres-humbles respects, <'t vous dise (pic jamais on n'a veu unejoye pareille à celle que le Confident tesmoigue. .le crois seulement qu'elle se pourrait augmenter -1 les ennemis nous vouloient venir au rencontre. •!<■ vous rends grâces des essences; mais, à vous dire vray, je soupçonne qu'elles ne vous ayent pas contenté. Je le sera) ! au dernier point, toute ma vie, si je puis vous servir une lois comme VOUS méritez H [comme] je Buis obli

Ml. i:ir. , France, t. «7s, l 18, el 1. 896, 1 i5a; copie du lampe. — BibL u.u.

mis. f. IV., MiUmgt» <lc Colbert, t. .:>i. I -'<; minute.

À LA REINE

Du camp de UaroUea', If Si juillet 1 6 5 5 . Le Confident est infatigable; il a marché toute la journée avec

1 Je- serai content au dernier point. — ' Voy. ci-dessus, p. 11, note

■ÀZAnm. — vu. lt

Juillet i655. l'armée, et en arrivant icy pour se reposer, il est allé voir toutes les gardes avancées du corps que M. le mareschal de La Ferlé commande, c'est-à-dire bien prez d'Avesnes. Il vient de retourner, et ce que j'admire, c'est qu'il n'est pas las après estre resté quinze heures à cheval; mais s'il continue de la sorte, il est impossible que ceux qui le suivent puissent fournir1. Toute nostre espérance est qu'il se lassera à la fin.

Demain, on partira de bonne heure. Nostre armée campera entre Emery 2 et Maubeuge et le Roy logera à l'abbaye d'Aumont3, et je crois que, lundy, on prendra absolument la resolution de ce qu'il y aura à faire. L'espouvante est tousjours grande dans le pays. On n'oubliera rien pour en profiter, et vous serez informée de tout ce qui se fera.

Je vous supplie d'assister de vostre authorité Seyron pour ce que je luy escris, estant de la dernière importance qu'il le fasse sans perte de temps, pourveu qu'il y ayt escorte pour faire [conduire] le convoy en seureté à Guyse.

Je viens tout présentement de recevoir la lettre qu'il vous a pieu me faire l'honneur de m'escrire4. Le Confident l'a veue et vous est extrêmement obligé du soin que vous prenez pour tout ce qui le regarde. 11 vous escrit luy-mesme. Je ne vous en diray pas davantage et je finiray en vous disant que les charrettes5 ne sont pas encore arrivées à dix heures du soir. Je vous laisse à penser si nous ferons un bon souper. Le Confident n'en faict que rire; mais ce pendant nous mourons de faim et l'affaire ira tousjours en empirant, car les officiers et valets de la maison du Roy et les miens ne s'accoustu nieront pas sy tost à ce

1 Tel est bien le texte des deux manuscrits. Le sens est '.puissent soutenir de "pareilles fatigues.

2 Tel est le nom donné par les manuscrits. Il faut lire probablement Emmerin, aujourd'hui village du royaume de Belgique.

3 La petite ville d'Aumont est maintenant comprise dans la Belgique et située au sud de Charlerov.

4 On trouve à la Bibl. nat. . nus. fr. f. Clairembaut, t. \ihk, trois lettres autographes d'Anne d'Autriche à Mazarin.

date'es de la Fère. Je les ai publiées dans le tome II, p. 399 et suiv. de l'Histoire de France sous le ministère de Mazarin. Elles sont datées du 12 et du i3 août iG55. Quant h celle dont parle ici Mazarin . je n'en ai découvert aucune trace.

5 Qui portaient les provisions de l'armée.

DU CARDINAL \I.\X\Iil\. il

tracas. L'équipage de M. de Yilleroy est encore derrière, et l'on a ta* iG§l nouvelles qu'une charrette a esté pillée. Je vous laisse .1 penser le reste et à quel point je suis, etc.

Je vous supplie de me permettre que j Meeure .Monsieur de m ircs-humhles respects1.

Wll.

Aff. étr., Fronce, 1. 372, I 19; copie du temps. — Bibl. naL, ma. 1. h. Mélange* de Cofaert, t. 5 1 . I' -'., \ ; minuit.

\ LA REINE

De I abbaye ûV lumonl

Je n'a] pas beaucoup de aouvelles à vous donner, oe B'estanl rien passé digne de vous estre mandé; mais tousjours vous recevrez avec plaisir celle du bon estât de la santé <lu Confident, qui esl ravi de joye <lr se voir dans [armée el si avant dans le pays ennemy. Je voua escrivis de Marolles el j'adressaj ma lettre au gouverneur de Guise pour vous la faire tenir. J'en lais de mesme de ceHe-cy, maisj'aj grand subjel de douter qu'elle oe Boit prise, > ayant quantité de partis ennenus derrière nous. \u moins je vous escrira) tous les jours, el je prendra} toutes les précautions que vous recevrai mes lettres : mais je ne puis pas respondre qu'il ae B'en perde quelqu'une, et que vous les receviez sj tosl comme le Confident cl mo> le voudrions bien; cai nous sommes assez loin de la Fere, et il n \ ■ pas de poste. Lorsque j'auray à vous mander quelque chose hien secrète, je ne servira] du chiffre que ja\ avec l'abbé Ondedei.

A présent je vous dira) qu'on séjournera in demain, OÙ les troupes

1 11 y a toujours dans Lee pbraMB de \ "\ . ri dessus, p. a ti , onto 3.

Mazariu, qui s'adroaiCart au frère du Roi, Toi esl bian te teste, des deux manu-

uiii' ironie <|ui se déguise sous des formes acrite. La bbdb Bal : peajr i/nc vous receviez respectueuses. mi lettres.

Aoùi it55r>. seront fort bien, estant le meilleur et le plus fertile pays que j'aye veu , et l'on s'assemblera pour prendre la resolution de ce que nous aurons à faire dans le temps qu'on aura des nouvelles de tous costez des ennemis. Celles que nous avons .desja appris sont qu'ils marchent vers Mons, tousjours l'Escaut entre deux1. Il ne lient qu'au Roy d'aller à Bruxelles; mais comme cela ne serviroit qu'à donner lieu au duc Danville et au chevalier de Gramont2 d'aller voir leurs maistresses3, je crois qu'on ne fera pas ce voyage.

Les soldats, qui d'ordinaire prennent l'avant-garde pour essayer de prendre quelque chose, estant arrivez dans cette abbaye, avoient pillé ce qu'ils avoient pu, à l'exception de l'église; mais les moines n'en ressentiront aucun préjudice, le Roy ayant ordonné qu'on leur paye le double de ce qu'ils peuvent avoir perdu, et M. de Turenne est allé en personne à Maubeuge4 pour garantir le collège des jésuites et des monastères de filles qui y sont.

J'envoye à Seyron le duplicata de ce que je luy escrivis hyer, et je vous supplie de luy ordonner qu'il ne perde pas un moment de temps pour envoyer à Guyse les choses qu'on a demandées, et d'avoir mesme la bonté de l'assister de vostre authorité pour la prompte exécution de cela.

.le suis en peine de n'avoir pas nouvelles que l'argent soit arrivé à la Fere. Cependant j'adresse à Seyron l'ordre de M. Le Tcllier au commis de l'extraordinaire 5 de ce qu'il aura à faire.

1 C'est-à-dire, entre nous et eux.

2 11 a été souvent question dans les Lettres de Mazarin du duc de Damville.

(Voy. entre autres, t. IV, p. 585, note 3.) Quant au chevalier de Gramont , il se nommait Philibert de Gramont et était frère d'Antoine III, duc de Gramont. C'est au beaufrère de Philibert de Gramont, le comte d'Hamilton, que l'on attribue le spirituel ouvrage intitulé : Les Mémoires de Gramont.

2 Ce passage renferme une allusion aux intrigues tle la Cour, qu'il n'est pas facile d'élucider. M"' de Menneville, une des filles

d'honneur de la Reine, passait pour la maitresse du duc Damville, qui lui avait fait une promesse formelle de mariage. Quant à la maîtresse du chevalier de Gramont, c'était, si l'on en croit Tallemant des Réaux, Gillonne d'Harcourt, marquise de Piennes.

Comment M"' de Menneville et Gillonne d'Harcourt se trouvaient-elles à Rruxelles? C'est le point obscur.

4 Maubeuge faisait partie , à cette époque , des Pays-Ras espagnols.

5 Des dépenses extraordinaires de la guerre.

Le Confident m'a commandé de vous asseurer de son amitié et de la* i665 vous dire que sa joye seroit complète s'il avoit l'honneur d'estre auprès de vous, icy1. 11 faict aussy se9 recommandations à Monsieur, de qui je seray tousjours le plus passionné et le [dus partial de set serviteuw, et à vostre esgard le mesme *.

Bibl. n.'it.. nis. f. li.. MUangu de Caibert, i. Si, I 76. — Minute.

\ LA REINE

h.- l'abbaye d'Aumont, :i aoùl 1 6 r> ."> , i <li\ benrei du -oir.

Le Confident vous escrit la lettre cy-jointe, el voua devez estre aascurée que l'absence ne diminue en rien la parfaicte amitié qu'il a pour voua. Il vous donne dea nouvelles; mais |e ne laissera} pas de vous dire que l'armée marchera demain pour camper à trois lieues d'ic\ bien prea de Thuim*, qui est on lieu appartenant à l'électeur de Cologne, comme eveaqne de liège8, (m a depesché* le marquis de Caste! nau ' avec cinq mille hommes environ el deux pièces de batterie pour s'approcher de Namur et prendre quelque poste sur la Meuse, et, (•oinine il est impossible que cela n'oblige les ennemis à faire quelque mouvement, je ne doute boint qu'ils ne non- donnent lieu d'en profiter d'une façon ou d'autre; mais au momenl que je [me resjouis]5 de cette résolution, espérant qu'elle produira quelque advantage considérable, je suis en peine de voir que le Confident s'es-

1 Le srns est : s'il pouvait vous avoir />/ ' Jacques, uuirqnis de Castelnau, m -

aiijtrrs île lui . rvclial de camp eu llj'i.'t. lieutenant gé-

1 Tluiiiii ou Tlmin est aujourd'hui une aérai en 1 <>."><>, fut nommé maréchal de

petite vilie du royaume de Belgique, sur la France en i658, au Bàoment oè il venait

Sambre, an and-oueet de Gharieroy. d'être atteinl d'une blessure, à laquelle il

3 L'archevêque de Cologne était, comme succomba.

on l'a df;j;i dit, Maxiinilicn-llciui de lia- s Ces <li>u\ mois sou! difficiles à décbjf-

vière, élu en i65o, mort en 1 088. frer et la lecture est douteuse.

Août i6i5, Joigne de plus en pius du lieu où vous estes. Vous devez .pourtant avoir l'esprit eu repos, prenant à son esgard tous les soins que je dois, et voyant avec grand plaisir que, quoiqu'il s'esloigne, il est tousjours près de vous.

En achevant ce billet, je reçois le vostre daté du premier aoust. Demain j'y feray response, et ce pendant je demeure * et trcs-humble serviteur de Monsieur.

Aff. étr. , France, t. 272, f° 20, et t. 896, f° 1 55 ; copie du temps. — Bibl. nal. . ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, f° 76; minute.

À LA REINE

Du camp de Jumont1, en Humant, le 3 août 1 655 , à dix heures du soir5.

Il n'y a rien au monde de si tendre que ce qu'il vous a pieu de m'escrire à l'esgard du Confident, lequel, ayant îeu vostre lettre, m'a tesmoigné estre ravy de toutes les marques que vous luy donnez de vostre amitié, et estant présent lorsque je vous escris, il m'a commandé de vous asseurer que la sienne ne vous manquera jamais. Pour moy, je suis bien persuadé que, vostre Confident estant esloigné, vous ne prenez pas grand plaisir à tout ce que l'on peut faire de plus divertissant au lieu où vous estes, et le Confident le croit de la bonne manière. Il se porte fort bien, il se promené continuellement, mais M. de Turenne l'accompagne tousjours; et je prends le soin que je dois, afin que vous ayez l'esprit en repos. Ce matin M. de La Ferté lui a donné à disner dans un fort beau jardin qui s'est trouvé sur le chemin.

Demain nous séjournerons icy, estant nécessaire d'avoir nouvelles de M. de Gastelnau et de l'effect que sa marche aura faict à l'esgard des ennemis, qui sont tous assemblez aux environs de nous, derrière

' Jumont ou Jeumont, aujourd'hui ville trouvent que dans la minute; il en est de du royaume de Belgique. même pour l'indication de l'heure dans les

2 Les mots à dix heures du soir ne se deux lettres précédentes.

la rivière d'Ayne1. A l'instant que l'on prendra la dernière resolution Août 1666 du dessein auquel on s'attachera, vous eu serez informée. Kn cas que M. le duc de Mantoue arrive sy tost que l'on dict a Paris, je cro\ qu'il sera à propos que M. de Brienne escrive de la pari du Roj à M. de Mortemarl- de lu visiter de la paît de Sa \l el lu\ dire qn il seaura au premier jour le lieu ou Sa AI' le pourra reeevoû : mais il Bera i>«'ii que ledict marquis concerte auparavant avec M1" la Princesse palatine ce qu'il aura à dire au surplus. Je ne eroil pas mieux voua asseurer oV un- respecte qu'en \ous disant*.

Addition'' du & OOUit l655 , à di.r htVMt du unir,

Il y a tant de partis des ennemis derrière l'armée, qu'estant nécessaire d'en destacher un bien fort pour envoyer ce billel à Landrecy pour le faire passer à Guyse, il a esté impossible de le faire parti] sy tost que j'aurois souhaité. Jo naj rien à adjousterà ce que je vous escrivis byer au soir, si ce n'esl que le régiment du marquis de Renei a esté battu aui barrières de la porte <\*' Thuyn, après .non- rendu un Itou combat; mais parce qu'il estait chargé par <iu«| cent chevaux, il luy a esté impossible de résister. Les ennemis pourtant n'ont en* que trois officiers prisonniers; »-t Talon et Jacquier . qui estoienl allez pour faire travailler ai pain dans lediot lieu, '•ont en leonei

Tel eal te texte de» deux manuscrit*.

Il faul lire la rivière de Haime. Les ennemis s'étaient, comme on la vu ci-dessus, rapproches de l'Escaut, dont ta Haisne est on affluent.

Gabriel de Baohechouart, marqua de Mortemart, étail premier gentilhomme de la chambre du Roi depuis i63o; il fui reçu dnM el pair en I&6J cl mourut H -li d. cembre 1G75, a soi\anlc-cinq aoa.

Celle addition fuHK nue bttfe »-|>.uve

(liins te tome ftgfôt, M. i55, des A Maires

étrangères. Fiance. Li lin de \uddilvm manque dans la uiinule.

mois (1 dix kcitr>:\ du matin le

i|ii'' dans la minute.

Gleriadus de Clennom d'Amboisi marquis de Renél, nommé maréchal d<

camp en 1 li.» ■ . lui M en \\\'><\ au -

de Valenciflun

" Le -en- .^1 : n'ont fui prùeuman '/"trou offic ■

Philippe T. Ion, inlcnd ni de l'armée.

1 J;ic(|nier el.ul chargé de la (btiriittun

des viyres.

\ o\ , sur ce combat les \bin»nvs di

iïifixil-lùdnitin ledit. Lud. I.il.mne. t. [.

Aoùi i65.r). Nous n'avons pas de nouvelles de Castelnau, et l'on a destuché ce matin le marquis dTiuxelles1, avec quatre mille hommes effectifs, pour se donner la main avec Castelnau et prendre garde à tous les passages de la Sambre.

Le Conjidenl a voulu coucher à sa tente; mais l'orage de la nuit passée l'a obligé, au grand contentement de tout le monde, à changer de dessein pour ce soir, m'ayant promis de coucher au chasteau. Il se porte fort bien, et m'a commandé encore de vous faire compliment. Pour les miens (mes compliments), ils ne seront autres que les accoustumez de*.

Aff. étr. , France, t. 272, f° 22. — Copie du temps.

Du camp de la Bussière2, le 6 août i655.

Mazarin, après avoir constaté qu'aucune lettre de sa correspondance avec la Reine ne s'est égarée, lui parle du Roi et de la joie qu'il aurait de la revoir. H termine ainsi :

M. de Castelnau a pris Bouvines par force; il mande que ce n'est pas un poste qui se puisse accommoder en sorte qu'il soit aysé de le conserver. Les ennemis ont destaché un corps pour la seureté de Namur et ont marché pour s'approcher de la Sambre, et j'ay tousjours cieu qu'ils en useroient ainsy; mais quoyqu'ils nous approchent, je vous responds que ce n'est pas pour nous combattre et qu'ils ne se mettront pas en estât qu'on le puisse faire; car la partie ne seroit pas

1 Louis Châlon du Blé, marquis d'Hu- la Sambre à la Bussière au mois d'août, xelles ou Uxelles, maréchal de camp en d'après les Mémoires de Dussy-Rabulin (t. I, i643 , lieutenant général en i65o, mort p. 432, édit. L. Lalanne). Bussy servait, le i3 août i658. comme on l'a dit, dans l'armée royale, et

2 Aujourd'hui, localité du royaume de il raconte en détail dans ses Mémoires les Belgique. Une partie de l'armée avait passé événements principaux de celte campagne.

escale. Vous serez informée, à point nommé, de la resolution que l'on Août 1655. prendra, et je ne manqueray pas de vous escrire tous les jours, espérant que je pourray envoyer jusques a nostre retour de très-bonnes nouvelles de la santé du Confident. Il me mande de vous dire de sa paît que l'amitié qu'il a pour vous est au dernier point, et qu'il en a beaucoup pour le présomptif1, et en mon particulier je suis sans réserve entièrement à vous #.

wvt.

WI. élr. , France, l. 97a, I 97. — Copie du temps.

\ LA REINE

Du camp il'- Maubi ugc .

I 1 ITEtlI. 1

Tout présentement quatre cavaliers de Guyse ne viennent de rendre vostre lettre. Le Confident el moy l'avons leue ensemble, <'t il m'a advoué qu'il n'y a rien d'esgai à la complaisance qu'il vous plais! d'avoir pour luv. Il vous esl sensiblement obligé el tombe fort d accord (pi il faut s'approcher afin de vous pouvoir rendre Bouvenl des visites et demeurer encore quelque temps à l'armée, particulièrement si elle entreprend quelque chose, comme on est résolu qu'elle fasse. Gourville3, que je pretendois faire partir demain . ne partira que de Bava\ . où l'armée campera demain, el vous sçaurez par lu\ la dernière resolution qui aura été prise, cela dépendant beaucoup du mouvement

L'héritier présomptif, Philippe tir mort en iyo.'>. Il ,1 laissé de curieiu mé-

France, frère du Roi. moires qui Font partie de toutes les cotlec-

Lb Reine était, comme on l'a dit, à la lions de tfémoirw rtlatift à l'histoire <{>

Fère; elle envoyait ses Lettres à (luise, el Fronce.

Bridieu, gouverneur de cette ville, les foi- aujourd'hui, ville «In déportemenl do

sdii transmettre à Masorin par des cavaliers Nord, dans l'arrondissement il Lvesnes. Cette

de s.i garnison. ville faisait alors partie des Pays-Bas espa-

Jeau Hérault de Gourville, né en 1698, gnols.

uiiAiin. — vu. 5

vi-rivrru .tue»

Wii i655. que les ennemis feront demain que nous approcherons d'eux, et j'ose vous dire à l'advance que, d'une façon ou d'autre, je crois que le Confident vous pourra voir dans cinq ou six jours. Ce pendant je suis en grande contestation avec luy; car il vou droit faire quelque chose à laquelle je ne puis en aucune manière consentir1 estant contraire à sa dignité, à son service et à sa seureté, et j'espère qu'à la fin il se laissera persuader à la raison.

Aff. étr. , France, t. 896, f° 169. ■ — Copie du temps.

À LA REINE

Du camp de Bavay, le 1 1 août 1 655 , à dix heures du soir.

Il n'y a rien de si obligeant que ce que vous m'avez faict l'honneur de m'escrire dans vostre lettre du 9 ; ce que je vous puis dire avec la dernière sincérité [est] que, si ma teste peut produire quelque chose qui vous soit advantageuse et qu'elle satisfasse en partie à tant d'obligations que je vous ay, je seray le plus content homme du monde. Je ne suis pas encore guery; mais je me porte beaucoup mieux, et M. Yalot2 me faict espérer que, dans deux jours, je seray tout-à-faict délivré de ce mal qui m'a donné de la joye, puisqu'il me faict ressentir si advantageusement pour moy les effects de vostre bienveillance.

Le Confident vous remercie de tout ce qui est contenu en vostre lettre, qui le regarde, et il m'a permis de vous asseurer que, d'une façon ou d'autre, il aura le bien de vous voir bientost et de vous dire luy-mesme les sentimens de tendresse et d'amitié qu'il a pour moy 3, et avec beaucoup de raison ; car asseurement vous n'avez pas oublié

1 On voit, par la suite de la correspon- ' Tel est le texte de la copie; mais, dance de Mazarin avec la Reine, que le Roi d'après la suite de la phrase, il semhle qu'il voulait accompagner l'armée au passage de faudrait pour vous, puisque Mazarin y dit l'Escaut et que Mazarin s'y opposait. que la Reine n'a rien oublié pour obliger

2 Premier médecin du Roi. son fils à l'aimer de tout son cœur.

jusques aux moindres petites choses pour l'obliger à vous aymer de Août 1 655. tout son cœur et plus que toutes choses du monde.

Demain partira Gourville \ et2 vous portera les nouvelles. La Mat (Mazarin) auroit souhaité de faire ce voyage, mais je luv av dict ipi'il falloit qu'elle se conlenlast d'attendre encore un peu.

WVIII.

Ail'. (;ir. , France, I. 37a, f01 a8 el 39. — Copie du temps.

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