‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 53 sur 285 · CIA · texte numérisé non relu

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Bihl. ii;i(. . ins. f. fr. . Mélangea de Colbert, l. Si, I i 16 v*. — AIT. «;lr. . France, l. 0711, f° 80. et 1. 991, f 198; copie du tempe.

\ M. SERVIEN

La Père . i3 juin 1 6

11 est question, au commencement de celle dépêche, de la somme que l'on doit payer à l'électeur palatin pour des Levées à faire dans se- Etats. Servien négociait avec le résident de l'Électeur el ae pouvait s'entendre sur le chiffre du Bubside. Mazarin lui écrit :

' Puységur critique dans ses Mémoires change sur lc> instances du pnucc do

la manière donl les lignes de circonvallalion Coudé : l'archiduc Léopold avait été rem-

rurenl tracées. i^Voy. t. Il, p. ao'i el suiv.) j>lac<< pardon Juan d'Autriche, el Fuensal-

? Ou a vu, ci-dessus, que le gouver- dagne par le marquis de Caracène, ancien

nement des Pays-Bas espagnols avail été gouverneur du duché de Milan.

MJLZARIN. — TU. 3l

Juin iG56. Il semble à Sa Majesté, avec beaucoup de raison, que, ne restant que six mois de l'année courante, Elle en use généreusement à ne prétendre aucune diminution à la somme de cinquante mille escus que l'on avoit offerte pour toute l'année. Enfin, si ce résident se tient Terme, il faudra se donner patience et remercier Mme la Princesse palatine1 des peines qu'elle a prises à la poursuite de cette affaire, et la supplier de ne retarder, pour rien du monde, son voyage aux eaux puisqu'elle n'a pas un serviteur qui s'intéresse plus que moy dans le recouvrement de sa santé.

J'avois oublié de vous dire que, tant s'en faut que trois cens hommes de pied et cinquante chevaux coustent huit mille risdalles2, comme le résident de M. l'Electeur palatin dict, que je m'oblige de luy fournir ce nombre pour cinq ou six mille (risdalles) toutes les fois qu'il voudra.

Je fais response à M. le Chancelier sur ce qui s'est passé à l'assemblée du clergé et sur la revocation que le cardinal de Retz a faicte de son grand vicaire3. Je luy envoyé des memoyres sur lesquels il me semble qu'il pourroit former une lettre du Roy pour l'assemblée, remplissant un blanc-signé que l'on luy envoyé pour cet effect, et je le prie de conférer le tout, avec vous.

J'ay peine à croire l'advis que M. l'Ambassadeur de Savoye vous a donné touchant les cent mille livres que M. le Protecteur d'Angleterre veut envoyer pour faire remuer les huguenots des vallées de Perouse et de Luzerne4, et bien moins que le secrétaire de M. de Piennes5 en

1 Anne de Gonzague, belle-soeur de l'électeur palatin.

2 II a déjà été question de la valeur des risdales. Le reichsthaler ou rixdale pouvait valoir, en i656, 2 livres tournois environ, soit intrinsèquement 3 fr. 5o. Huit mille risdales ou rixdales représentent donc, au poids du métal. 28,000 de nos francs actuels; et, leur puissance d'achat étant double, ils correspondent à 56, 000 francs de 1892.

3 On a déjà vu que M. du Saussay, offi-

ciai du diocèse de Paris, évêque nommé de Toul. avait été choisi comme administrateur du diocèse de Paris, à la fin de l'année i655.

' Les noms de ces vallées de Savoie sont ainsi écrits dans la minute. (Voy. t. VI, p. 489-40.1, des Lettres de Mazarin.)

1 Antoine de Brouilli, nommé maréchal de camp en 16/16 et lieutenant général en i65i, était, en i656, gouverneur de Pignerol. H mourut le 1" novembre 1671.

sera le dépositaire. Neantmoins, comme la prudence veut qu'on exa- Juin mine les clioses de conséquence, quand mesme elles seroient difficiles à croire, je fais estât d'en escrire audict sr marquis, et, si vous me mandez d'estimer aussy à propos qu'on escrive au secrétaire de venir à la Cour, je le feray. C'est pourquoy je vous prie de me faire response là-dessus, après avoir bien examiné s'il y peut avoir fondement.

Je ne puis pas me remettre encore de l'attaque que la goutte m'a donnée, car, à la vérité, elle a esté furieuse.

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Bibl. nat., ms. f. fr., Mélange* de Colberl , t. 5l, f is8; minute. Le» partiel a chiffrai soulignées dans le manuscrit. — Une copie <l<- eeUe dépêche >e trouve au \H. étr. {Correspondance des Paye-Bot, (' 34 l; elle \ porte le date du 95 juin t66â, ra lien de t656.

\ M. DE II RENNE

Ii Père, -jÏ) juin i 6!

Vous ne devez pas vous mettre »mi peine du voyage du lio\. Sa M lanl rendue aux raisons que je lu\ a\ dictes pour luv faire cognoistre qu'il n'estoil pas de sa dignité u\ de son service de B'engager dan- une place advancée ou dans le camp. Elle s'esl seulement restrainte à m'ordonner de vous escrire «pie si l'on a le bonheur de réduire la place aux abois sans qu'il reste aucun sujet d'appréhender que les ennemis puissent tenter le secours, el que um- voyiez que les raisons qui vous obligent à dissuader son voyage n'existent plus, en ce cas VOUS ne manquiez pas de le mander, car. cela estant, Sa M' pourroil avoir la salisfaction de se trouver à la prise de la place, el il \ aura tousjours ic) près de deux mille hommes de pied el quinze cens chevaux qui pourraient composer une partie de l'escorte nécessaire pour la seureté de son passage.

J'ay entretenu au long le sr de Madaillan ' sur toutes choses, el

1 Louis de Madeillan de Lesparre, naar- <le Ls<l\ Carmond de MadaiHan de Lee- (juis de Montntène ou Montataire, mort en paire, qui a tusse" un recueil d'aueedotes

1708, à 79 ans. C'est le père du marquis sous le titre île : Recueil de différentes ckoses.

St.

Uà LETTRES

Juin iG56. quoyque je puisse me remettre à sa vive voix, je ne laisseray pas de vous dire que je suis en grande inquiétude de la resolution que pourroient prendre les ennemis de vous attaquer auparavant que la nouvelle ligne et la digue fussent achevées; car il me semble qu'ils au r oient un grand advautage s'ils profitoient d'une conjoncture si favorable pour eux; mais je veux espérer que la grande diligence avec laquelle vous faictes travailler à l'une et à l'autre préviendra tous leurs desseins et mettra toutes choses en estât de ne craindre pas les ennemis et de pouvoir peut-estre, dez ce soir, ouvrir la tranchée1.

Madaillan m'a dict qu'il avoit rencontré entre le Quesnoy et le camp le convoy de munitions de guerre que j'avois faict partir d'icy. Il y avoit douze milliers de poudre, deux mortiers, quarante bombes (y en ayant une plus grande quantité à Landrecy, dont vous vous pourrez servir), un bon nombre de boulets de trente-trois, qui dévoient estre chargez à Guyse, vingt-un milliers de mesche et quatre cent trente trois pelles de bois ferrées. Et comme, en cas de besoin, vous pouvez bien prendre quinze ou vingt milliers de poudre à Landrecy, autant au Quesnoy et trente milliers à Gondé, et que, sans compter les douze milliers susdicts, vous en devez avoir dans le camp soixante et cinq milliers, je ne voy pas que, quelque chose qu'il arrive, vous en puissiez manquer, ny surtout de mesche ny de plomb.

S'il eust esté possible de renvoyer de Landrecy les chariots à bœufs et les esquipages de la Cour qui avoient chargé'2 ledict convoy, j'en eusse desja faict partir un autre bien grand, car, quelque diligence qu'on fasse, il est impossible de trouver la quantité de voitures qui seroit nécessaire. J'ay redoublé neantmoins mes diligences à tel point qu'il m'est réussi d'assembler les chevaux qu'il faut pour faire partir ce matin mesm'e trois belles pièces de canon de batterie et un avanttrain pour prendre la quatrième qui est à Landrecy, de façon que

1 La tranchée fut ouverte dans ta nuit du 26 au 27 juin, d'après les Mémoires de Bttssy- Rabutin (t. II, p. 9, édition L. Lntanne). — ! Le sens est : qui avoient transporté ledict convoy.

vous aurez par ce moyen les quatre pièces que vous avez demandées. J"'" '656. si on les peut conduire au camp sans mauvaises rencontres.

Mazarin parle ensuiic de l'envoi de pelles de boia ferre, de mortiers, de

bombes et de l'escorte de ces convois. Il espère pouvoir expédier deux mille grenades, elc. Il ajoute :

Gomme les ennemis n'ont pas d'équipage, de vivres m d'artillerie, je ne croy pas qu'ils se puissenl esloigner de leurs places pour en attaquer aucune do nostres n\ entrer en France, H je voy'bien que leur

resolution est de se poster à Bouchain pour voir -i. en attaquant lelignes, ou par quelque autre moyen, ils pourraient jeter un secours dans Yalenciennes, lorsque, sa tranchée estanl ouverte, ils croiront que vous aurez engagé une partie «le nos forces contre la place.

J'ay jugé que. dans l'appréhension que le- ennemis ont <pie l'on entreprenne quelque chose vers la mer. le Ro} feroit une grande diversion s'il alloil de ce COS té-là avec les troupes que QOUS avons au\ environs d'icy-; niais on ne résoudra rien sans vostre advis. .le vous prie (le me le faire scavoir ou si vous croy/. que ce seroit assez d'aller

à Arras, considérant tousjours qu'en ce cas, ce costé-c) demeuroit -ans troupes et que vous ne série/ pas peut-estre h bien assisté que vous l'estes présentement.

M. de Roncherolles me mande que, -i les ennemis prennent leur poste a Bouchain, M. de Lislebonue seroil mieux à Landrec^ qu'au Quesnoy, estant plus prez des places frontière- en cas qu'ils Fussent en

estai, d'en attaquer quelqu'une, et seroil encore niaislre de le- empesclier de pouvoir tomber sur Landrecy, car, pour Gondé et le Ques- DOy, le camp y louche, et lou feroit aussv facilement les couvovs. Je luy fais response que je vous en donnera) part et que vous prendrez là-dessus les résolutions que VOUS jugerez meilleur.

uin 1 656.

CLXÏI.

Bibl. nat, ms. f. fr., Mélanges de Colbert, 1. 5i, f" i32 v°. — Aff. étr. , France, t. ag, f° 198, et t. 272, f° 81 ; copie du temps.

À M. SERV1EN

La Fère, 28 juin 1606.

(estiuit.)

Mazarin ne parle, dans le commencement de celte lettre, que des sommes d'argent que demandent l'électeur palatin et l'électeur de Mayence pour des levées qu'on veut faire dans leurs États. Il insiste sur la nécessité de payer ponctuellement l'électeur de Mayence. Il écrit à ce sujet :

Quand je devrois engager ma vaisselle, je les ferois payer1 à l'instant, si les finances n'estoient pas en estât d'acquitter cette partie avec la ponctualité qui est nécessaire en ce rencontre, estant de l'imporlance que vous sçavez de l'aire encore des efforts beaucoup plus considérables pour conserver l'amitié dudit Electeur2, qui est disposé à contribuer aux advantages de cette couronne en Allemagne et qui en a le pouvoir au point qu'il3 vous est connu.

Vous croirez aisément que ce n'est pas de mon adveu que l'on me qualifie prince du Saint-Empire4, ny d'autre façon, dans les actes publics; je sens, Dieu rnercy, en ma conscience, que je n'av pas grande tentation pour toutes ces vanitez.

Pour ce qui est de la revocation des grands vicaires et des autres choses que le cardinal de Retz a faictes, je me remets à ce que l'on en escrit à M. le Chancelier. Je vous diray seulement, en passant, que le Roy est persuadé que sa dignité ne luy permet pas de souffrir de

' Je ferais payer les sommes dues. connut. Le pronom il était employé sou-

1 L'archevêque - électeur de Mayence vent au neutre par les écrivains de cette

était Philippe de Schœnborn, élu électeur époque.

en ifi'47, mort en 1678. 4 Mazarin avait droit à ce litre comme

1 Le sens doit être : que «cela vous est évêque de Metz.

DU CARDINAL MAZARI.X. 247

semblables attentats, d'autant plus qu'en dissimulant, au lieu d'ein- Juin i656. pescher le trouble et le desordre dans Paris, il y contribuèrent, puisque les gens que le cardinal de Retz a nommez1, quand ils n'agiroient pas, par son esprit et par ses instructions, sont d'eux-mesmes tout portez à la sédition et au tumulte.

Sa M"; a jugé à propos d'escrire une lettre à l'evesque de Toul pour le consoler de l'affront que le cardinal de Retz luy a voulu faire. révoquant son grand vicaire en des termes injurieux9, mais, d'ailleurs, un si homme de bien, et d'une vertu '■! probité si générale ni reconnues. Je vous envoyé, pour cet effect, un blanc Bigné, que vous pourrez remplir et le donner, aprez, à M. le Chancelier, afin qu'il mande ledict evesque pour luy rendre cette lettre et raccompagner des termes d'estime el d'affection de la pari du Roy, qu'il jugera convenables.

il me semble qu'on pourroil mettre, dans ladicte lettre, qu'il ne se doit pas affliger de l'injure que le cardinal de Retz luy laid, puisqu'au contraire c'est un tesmoignage public de sa probité, de son aversion aux cabales et aux intrigues, de son application à bien administrer l'église de Paris et de sou attachement au service du Roy, de ce que le cardinal de Retz n'approuve passa conduite et l'a traité si indignement; qu'on n'a jamais douté de sa revocation, paire qu'on a tousjours esté asseuré que, quelque ordre qu'il pus) recevoir de la pari dudicl cardinal, il ne feroil jamais rien contre son devoir. n\ qui pusl altérer le repos de la ville de Paris, et finir en luy disant qu'il dpil estre certain de la protection du Rov e! d'en recevoir des marques en toutes les occasions qui se présenteront.

' Houdencq, cuir de Saiat-Séverin , el à la fin ilc> l'année i655, M. dn Saussay,

Ghaasebros. (Voy. ci-dessus, |>. ifiç,.) administrateur du diocèse de l'aris. Il le ré-

Voy. ci-dessus, p. 171. roqua en i656 el confia de aouveau l'au-

On a vu ci-dessus, |>. 170. «]ii.> liciz, toritë ecclésiastique à ses anciens grands

cédant aux instances du Pape, avait nommé, vicaires : Houdencq el Ghassebras.

Juin i656.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colberl, t. 5i, f° i34 v"; minute. — Les parties à cbifïrer sont soulignées. Le post-scriptum est autographe.

La Fère, 28 juin i656.

(extrait.)

.l'ay veu, par un billet dudict jour (26 juin), le péril que vous avez couru en passant le pont de l'Escaut1, dont je vous advoue qu'en mon particulier je ne suis pas encore bien remis, et, quoyque, dans le inestier que vous faictes, il soit difficile que vous ne soyez presque tousjours exposé, je ne puis que je ne vous conjure de vous conserver autant qu'il se pourra et de donner cela au désir du Roy et à mes instantes prières. D'ailleurs, je voy que vous vous fatiguez tant, qu'il est impossible que vostre santé n'en souffre , si vous ne vous mesnagez mieux2, veu encore que M. le marescbal de La Ferté se trouve réduit en un estât qui ne luy permettra pas de pouvoir aller au siège, et que, par conséquent, vous n'avez aucun soulagement à espérer de ce costé-là3.

Je voudrois bien que celuy que vous recevez de mon voisinage fust plus grand et que vous eussiez sujet de vous en louer encore davantage, mais je puis dire, au moins, avec vérité, que je n'y espargne rien, et ce n'jest pas peu que j'aye esté jusques icy assez heureux pour satisfaire assez abondamment à ce que vous avez souhaité. Je feray partir demain pour aller à Guyse tout ce qu'il y a de cavalerie et d'infanterie aux environs dicy, c'est-à-dire, pour l'infanterie, Montauzier4, La Ferté

1 Ce pont avait été établi pour mellre en toujours, de la plus rare modestie pour ce communication les deux parties de l'armée qui le concerne.

royale séparées par l'Escaut. 3 Le maréchal de La Ferté , qui était souf-

2 Les Mémoires de l 'urémie ne disent rien frant, ne prit part au siège qu'en juillet 1 656. ni du danger qu'il courut le a G juin, ni des ' Les régiments de Montauzier, La Ferlé fatigues dont parle Mazarin. 11 est, comme et Douglas.

et Douglas cl cent Italiens, et sept à huit regimens de cavalerie avec loin des compagnies de gendarmes el de chevaux-legers. Si lesdictes compagnies ne vous sont pas nécessaires, il seroif bon «le les renvoyer, ou, en tout cas, les compagnies du Roy et les miennes, ou bien celles <lu l!o\ seulement, suivant le besoin que vous «-n aurez; car si vous n'avez pas affaire des unes ny des autres, le mieux sera de les renvoyer toutes.

J'espère aussy vous envoyer demain dix-huil ou vingt nulle livres, quoyque nous n'ayons pas encore ic) toul l'argenl «pi il seroil à désirer.

Gomme nous vous envoyons geueralemenl toul ce qui nous peste de troupes, tant de cavalerie «pic d'infanterie, sans <'n retenir aucune el >ans qu'il demeure quoy que ce soil aux environs d'icy, j«' \<>us mets eu considération si les ennemis, ne réussissant p;is ;i l'attaque des lignes, ne pourroient point rebrousser chemin el venir en ces quartiers faire une équipée de vingt-quatre heures pour voir B'ils ne pourraient point insulter quelque place, dans laquelle d pourrait arriver qu'il n'y eus! personne. Je vous prie d'examiner la chose el nie mander, s'il

vous plaist, vostre advis là-dessus, coi e aussy, en e.is <pi il suit vraj

ce <pie m'escril M. de Mondejeu, «pie le bruit courait «pie les ennemis se fortifioient à \rleu\ '.

Je croy pouvoir personnellement me rejouyravec vous de l'arriv< «lu coii\o\ que M. <l«' Bridieu conduisoit, el je mus persuade que vous n'aurez pas eu peu de satisfaction de le voir arriver si à propos, estant considérable comme il esl pour les vivres; \ ayanl tout ce «pie vous ave/ souhaité pour l'artillerie, et de [voir] les trois ou quatre cents charrettes «l«' vivandiers et marchands chargés «!«' toutes sortes de denrées.

Je viens d'apprendre par un courrier, qui m'a esié depesché «I Irras, que les ennemis estoient partis du Pont-Arasche et «pie. par quantité

' Chef-lieu de canton <lu dëpartemenl Gouverneur de Guise. (Voy. t. III. du Nord, arrondissement <lc Douay. Cette p. 5a4, note i, des Lettres de Vaztoim.) ville appartenait alors aux Espagnols el ne Ce nom parait altéré. Il faudrait peutdoit p;is être confondue avec Irleui-en- être lire : Pont-a-Mark, aujourd'hui chef- Gohelle. lieu de canton du département du Nord,

HAZAniM. — Vil.

(i. de prisonniers que l'on faict de ce costé-là, on a sçeu que l'on ne parloit plus dans leur armée de donner aux lignes; qu'ils ont plus de ca- \alerie que d'infanterie, ayant la gendarmerie du pays; que l'on avoit compté qua Ire-vingt escadrons et vingt et deux bataillons, entre lesquels il y en a dix ou douze dont le plus fort n'estoit pas de trois cents hommes.

1 J'adjousteray ce mot pour vous dire que le Roy, pour mieux s'asseurer le passage des troupes que S. M{6 vous envoyé, a choisy M. de Navailles- pour conduire et commander ce corps, el, il partira sans faute de Guise après-demain vendredy 3o ; il a ordre d'exécuter ponctuellement lesvostres (vos ordres). C'est pourquoy vous prendrez soin, s'il vous plaist, d'envoyer au-devant de luy pour luy faire sçavoir vos intentions et s'il devra laisser quelque infanterie à Landrechi [sic), M. de Roncherolles m'escrivant que vous aviez faict response à M. de Lislebonne que ledict sieur de Roncherolles en avoit affaire. H se pourrait adresser à nous pour avoir un régiment de ceux qui estoient à ces environs-cy. M. le mareschal de La Ferté envoyera trois cents hommes de pied et cent dragons qu'il avoit retenus auprez de luy.

AIT. étr., Angleterre, t. 66, f1 3oo. — Minute.

\ Al. DE RORDEALX.

[Fin de juin ou commencement île juillet it55(33. | ( extrait. )

Mazarin commence par lui dire que les embarras de la guerre et la goutte l'ont empêche de lui écrire aussi souvent qu'il l'aurait souhaité. Il continue ainsi :

1 Ici commence la partie autographe. a été écrite à l'époque où le colonel Lockharl

a Voy. les Mémoires de Navailles, p. 170 était en France et traitait avec Mazarin.

cl suiv. (Édil. d'Amsterdam, p. 1701.) c'est-à-dire en 1 656; je suppose qu'elle doit

3 H n'y a aucune indication de lieu ni être datée de la (In de juin ou du eoinmen-

de date; le contenu de la lettre prouve qu'elle cernent de juillet 1 656.

DU CARDINAL MAZAKJY 251

Je vous dirax que ledict colonel (Lockhart), qui est dans une ci\i- Juin lité <|ui ne peut pas eslre plus grande, et lequel a aussi tout sujet de se louer du traitement qu'on lui rend, me (il eogncàstre, en la pari de M. le Protecteur, dans sa dernière audience, que l'ambassadeur de Hollande ' luy avoil proposé une liaison plus estroite entre celte couronne, l'Angleterre et MM. les Estais, hn tesaaoignant que Sa M

a(Voit desja déclaré qu'elle en seroil très ayse; mais que, nonobstant cela, luy, Protecteur, navoil voulu l'aire aucune rosponse a\anl que d'en donner paît icy, pourseavoir les instructions du Roy.

Pour moy, je luy av dict, après lavoir remercie de ^a sincérité et de la manière obligeante avec laquelle il trailoit. qn il se pouvoit faire que Sa M1' entendis! s cette proposition, mais que l'asabaasadeur de Hollande avoil eu grand tort d'advancer oe qu'il luv avoil dtel . puisque l'ambassadeur de MM. les Estjata3 en cette Cour aen avoil jamais parlé.

Quani à ce qui est d'entreprendre quelque chose contre les Espagnols du costé de la mer, cenjointemeni . et < 1 « • m asseurer que la Botte anjjloise, composée de quarante-cinq vaisseaux, qui esi aux eostes d'Espagne, passeroil dans la mer Méditerranée, qu'elle se joindrai I volontiers avec celle du ft©\ pour entreprendre de concert quelque beau dessein et contribuerai! sinceremeBit tout ce qui pouvoit dépendre délie pour le hou succe/ de l'entreprise, suivant le concert qui en serait faict, il est certain que, pour ce qui est de la mer Méditerranée,

il m'a dict tout ce «pie dessus fort obligeamment, et, pour I autre.

que M. le Protecteur, estanl adverti quinze jours ou trois semaines auparavant, il mettrait une Molle dans la Manche, capable i seulement de battre ce que les Espagnols pourraient assembler de vais-

seaux, mais anss\ qui (pie ce soit qui voulus! prendre leur parti;

qu'il pourroil mesine faire descendre à terre quatre mille lanla>sins

pour prendre un quartier et agir au siège qu'on formerait, et qu'on

pourroil ensuite convenir du dessein et des conditions: mais qu'ayant

esté obligé à Faire d'excessives dépenses [tour mettre à la mer et eulre-

' Il s'ujfil ici do l';niil>assa«leiir de Hollande en \ii<;lt'iei iv. Celte négociation se poursuivra pendant toute l'année suivante. — ' Lee Elais do Provùtceent mes.

Juin i656. tenir la flotte qui est aux costes d'Espagne, pour ce qu'il envoie à la Jamaïque ' et pour la flotte qu'il prépare pour tenir la Manche, il demandoit qu'on lui prestast une somme d'argent pour la levée de ces quatre mille hommes de pied.

J'ay respondu fort civilement sur tout cela, luy faisant cognoistre -que toutes les facilitez qui pourroient estre apportées de la part du Roy pour entreprendre quelque chose contre l'ennemy commun. Sa Mtd les apporterait très volontiers; mais qu'on ne pouvoit pas songer à l'exécution, que l'entreprise à laquelle on est desja attaché2 ne fust finie; que cependant l'on pouvoit bien traiter des conditions. Je vous donne advis de tout; mais il sera hon que vous ne tesmoigniez pas d'estre informé de la proposition d'entreprendre du costé de Dunkerque, si l'on ne vous en parle de delà.

J'avois oublié de vous dire qu'il m'avoit encore offert de la part de M. le Prolecteur que, si nous avions besoin de vivres ou de munitions de guerre, il nous feroit apporter à Calais sur ses vaisseaux toutes les choses que nous désirerions de cette nature-là. Je l'ay prié de m'en faire sçavoir le prix; mais je seray bien ayse que vous vous en informiez aussi pour me le mander, c'est-à-dire ce que couste le septier de grains, moitié froment et moitié seigle3, combien le cent de poudre à

' Ces détails indiquent que la lettre a dû i65i-i66o, à 19 fr. 3o en France et à

être écrite en 1 656 ; on trouve plus loin une 18 fr. 3o en Angleterre. Mais la moyenne

allusion au siège de Valenciennes. qui dé- française de 1 9 fr. 3o recouvrait de grandes

termine d'une manière plus précise la date inégalités : si l'hectolitre de blé se vendail

de celle lettre. alors jusqu'à 27 francs en Champagne et

' Mazarin veut parler du siège de Valen- jusqu'à h?, francs en Bourgogne, provinces

ciennes. désolées par la guerre, il ne valait qui'

3 H s'agit ici du setier de Paris de 1 56 li- 17 francs dans l'Ile-de-France, i3 francs en

très, dont il a été parlé plus haut. Avant de Picardie, 9 francs en Saintonge et 7 francs

conclure aucun marché, Mazarin tenait na- même en Normandie. Or il était facile au

turellement à comparer les prix du grain en Gouvernement de faire porter à Calais.

Angleterre et en France. Ces prix, estimés par mer, les céréales de ces dernières ré-

en francs actuels de quatre grammes et demi gions. (Voy., sur les prix de la Grande-

d'argent fin et ramenés à nos mesures mo- Bretagne, l'ouvrage de M. Thorold Bogers,

dernes, font ressortir le coût moyen de l'hec- Hislory of agriculture and prives in Eng-

tolitre de blé, pendant la période décennale liuid.)

seize onces la livre1, comme aussy le plomb, la mesclie, les cordages Imn servant pour l'artillerie et les grenades.

Pour ce qui est de la levée de deux mille hommes, partie Anglois, partie Iilandois, dont vous m'avez mandé que vous estiez comme d'accord, je vous escrivis de Paris que nous n'avions pas d'argent (tour cela. J'adjouteray présentement (pie nous avons encore une plus forte raison, qui est le juste soupçon que les Irlaudois que nous lèverions ne fussent pour les Espagnols, lesquels ils vont trouver aussj tosl . voyanl que le rov d'Angleterre2 est avec eu\. el ne doutanl poinl que lrgens qui sont auprez dudicl ro) ne fassent bien des intrigues parm) les troupes de celle nation, qui servent presentemenl en France, poulies obliger à s'aller rendre du costé des Espagnols; neantmoins, si nous pouvions avoir effectivement, pour !«• premier jour d'aousl . mille hommes, dont la moitié fust de toute autre nation que d'Irlandois, je trouverais la somme qu'il faudroil pour cela <■! conseillerois le Hoy à la bazarder, dans la nécessité où nous Bommes de trouver des renforts d'infanterie; mais il faut absolu menl prendre ses mesures en sorte qu'on ne perde pas l'argenl , h se faire donner une caution en France, par laquelle nous soyons asseurez qu il ne nous coustera quaulant <le douze escus ' «pi il viendra d'hommes effectivement.

' Le kilogramme de poudre de guerre coûtait alors a l'Etat, en France, environ 9 IV. 4o , c'est-à-dire a peu près le double de <-e qu'il vaut aujourd'hui, el le quadruple, si l'on tient compte de la valeur de l'argenl en i().r)(i. Au milieu de la guerre de Trente ans, ■«'ii Hiii'i, la valeur marchande de la poudre l'était même élevée jusqu'à 5 francs le kilogramme \ ■>■> sous tournois la livre). Les prix, en i656, n'étaient pas sensiblement différents en Angleterre^ beaucoup de nos munitions de guerre étaient importées de Hollande. Le plomb se vendait dans le commerce, en France, io francs les ioo kilogrammes, à l'état brut; les balles de mous-

quel "'' payaient 7" francs. La mèche valait environ ->'i francs le quintal métrique.

1 On se rappelle que l'Irlande s'était soulevée contre Cromweli et n'avait été domptée qu'après une guerre sangl inte. Les Irlandais reconnaissaient toujours Charles II pour leur roi,

3 Cette indication nous a fait encore penser <|in' cette dépêche s <lù être écrite en juin ou .m 1 "in ncemenl de juillet

4 II B'agit , dans ce passage, de la somme

demandée | ' chaque homme débarqué

en France. — Douze écus, de Unis livres tournois chacun., équivalent, au poids du métal, ii 58 fr. 5o de notre monnaie, C'était

i.iMI.i 1666. Je vous prie de presser en Escosse la levée que nous y faisons et mander «pie, s'ils peuvent lever un plus grand «ombre, ils le fassent, puisque le colonel Lockliart m'a dict que M. le Protecteur en donneroil volontiers la permission, et vous pourrez, en cas de besoin, avoir recours à luy pour l'obtenir.

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