‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 57 sur 285 · M. D'ESTRADES · texte numérisé non relu

M. D'ESTRADES

La Fi re |, 1 '1 juillel i 6!

J'aj esté un peu surpris de la première lettre que \<>u- m'avez escrite arrivant à Perpignan8, vous voyant toul desgousté d<> l'emploj que l«' llo\ vous ;i donné, el qu'estant à peine arrivé H ne pouvant commencer à agir que dans le mois de juillet, vous me pressez d<' vous retirer | de c<v poste] dans celuj de septembre. \ ous Bçavez mieux que nul autre que c'est souvent dans les choses difficiles que l'on acquiert beaucoup de mérite; qu'on choisisl d'ordinaire les meilleurs anus qu'on ayt el les personnes de qui ont laid une particulière estime

Je n'ai |>n liiv le mot qui se trouve de l'édition citée), que la digue ne -uli-

dans l.i mi au te; in;iis le sent n'est pas dou- BÏsteroil pu par la rai-nu qu'en

teux. ouvrant l'écluse, l'eau, qui était retenue,

Lis inquiétudes de Mazatin n'étaient auroil un grand cours el romproil la digue que trop fondées. La digue, qui devait éta- en plusieurs endroits; ce qui arriva.* Itlir communication entre les deux parties ' D'Estrades avait été chargé de M rende l'armée française, lui submergée. Puy- dre à l'année de Catalogne avec mission ségur l'avait prévu : «Je dis à MM. I<>s jm:- de rét ibti ■ la discipline compromise p r la néraux, écrit-il dans ses Mi-moires (p. uaa faiblesse des généraux

Mici i656. pour les employer en des affaires qui touchent et qui sont de la dernière importance.

S'il n'y eust eu rien à faire en Catalogne et que cet emplov se fust pu exercer sans peine et sans obstacles, assez de personnes y eussent esté propres; mais y ayant beaucoup à travailler et [y] estant nécessaire d'une prudence et dune application toute particulière, non pas pour faire des progrez, mais pour empescher ceux des ennemis, j'av creu que personne ne s'en pouvoit mieux acquitter que vous, et je vous ay pressé d'y aller, croyant que, outre le service du Roy, ma considération personnelle seroit assez forte auprès de vous pour vous charger d'un emplov pénible, quand ce n'auroit esté que pour l'amour de moy.

Si vous fussiez arrivé plus tost, on auroit desja remédié à tous les inconveniens dont vous me parlez, pour y donner l'ordre nécessaire, et vous devez croire que je feray en cela tout ce qui sera humainement possible, non seulement parce que le service du Roy m'y oblige, mais parce que vous estes chargé de ces affaires-là et que je vous considère comme un de mes meilleurs amis.

Je suis fort estonné de la foiblesse des troupes et ne puis comprendre comme de soixante et dix cor-nettes de cavalerie ou environ il n'y a que deux mille cinq cens chevaux; car ce ne seroit que quinze maistres par compagnie, l'une portant l'autre1, et vous sçavez que celles

1 Le calcul que fait ici Mazarin ne peut se comprendre qu'à la condition de bien distinguer les mots « chevaux » el rr maîtres». Puisque les 70 cornettes comptaient a,5oo chevaux, cela faisait environ 3G chevaux par cornette ; si Mazarin ne calcule que 1 5 maîtres , c'est qu'il suppose une moyenne de deux chevaux par «■ maître » et de six, quatre et trois chevaux pour les officiers : capitaine, lieutenant, cornette el maréchal des logis. H est vrai que, dans la cavalerie, les cr petits officiers », fourriers et autres, étaient inférieurs aux simples «• maîtres» cloîil ils exécutaient en quelque sorte les

ordres, et qu'ils ne comptaient que pour un seul cheval. Le rapport du nombre des chevaux au nombre des maîtres est d'ailleurs très variable, sous le ministère de Mazarin, selon qu'il s'agit de gendarmes, de chevaule'gers ou de carabins. Le gendarme, issu du moyen âge, représente encore trois personnes : maître , écuyer, valet, les deux derniers légèrement armés et montés sur des bêtes moins vigoureuses. Le chevau-léger. d'institution plus moderne, servait avec deux chevaux et un valet. Le mousquetaire ou le carabin servaient seuls , du moins ; leurs valets ne comptaient pas dans les effectifs.

qui ont esté en Guyenne reçoivent l'argent qui est m Narbonne; elles JmiM i6&6« ont esté mieux traitées que celles qui servent en Flandres, qui en ont Ircnle1. Le Hoy veut tenir la parole qu'il a donnée; mais il ne seroil pas juste que Sa Mt,;, ayant promis un traitement aux troupes, à condition qu'elles auroient tant d'hommes, Elle fust obligée de l'exécuter, [n'y] en ayant pas la moitié, (l'est sur ee fondement que le sieur Gon> baud2 doit agir, et M. d'Orange3 de son costé, el vous les approuverez fortement; car, cela estant, je responds que les troupes auront ;;eneralemenl. satisfaction. L'on fera partir dans deui jours la somme d'argent la plus considérable que l'on pourra. L'on roua envoyera aues) une quantité de bas, de souliers, de ehemises, de jastaueorps, pour donner à l'infanterie, et vous pourrai vous prévaloir de l'offre, que M. de Saint-Aunes' vous a faicte, de voua bailler des armes en payanl . pour la bien armer, el comme cela, donnant des habita, dea Bouliers, des armes et de l'argent, on pourra guérir le chagrin que l<^ officiers et soldats monsirent et les mettre en lionne humeur, ci particulièrement si vous les asseurez, c me voua le pourrez faire, qu'elles

(ces troupes) auront toutes, s;ius distinction, un fort bon quartier d'hyver.

Quoyque l'argent qui est à Narbonne regarde la cavalerie, qui a liyverné en Guyenne, le Roy n'entend point que les compagnies qui n'ont point laid leur devoir en tirent aucun advantage, et la seule raison qui a obligé Sa M'1' à retenir ledict argent a este pour avoir le moyen de le distribuer ainsy qu'il seroitjugé raisonnable; maia, sur cela et sur toutes les autres choses, je me remets au mémoire de M. Le Tellier, lequel, s'il ne l'envoyé pas aujourd huy, ne manquera pas de le faire dans deux jours par un courrier exprès.

' Qui ont frotte inaiues par compagnie. s L'évêtpie d'Orange. (Voy. I. VI, p. 65

Il était probablement intendant de l'ar- note 3, «les Lettres de Mazarin.) mée de Catalogne. (Voy. , aux Analyses, une ' Henri de Bourcier de Barry, marquis

lettre du i/j juillet iof>(>, adressée à ce de Saint-Aune/, ou Saiut-Aunais, était gou-

même Gombaud.) Mazarin lui recommande \erneur de Leucate. (Voy. t. II, p. io5q,

de veiller a la fourniture du pain. des Lettres de Maiarin.)

m U m;in. — vu. 35

Juiii.i i656. Je vous prie d'entretenir bonne correspondance avec M. de Saint- Aunez, de l'asseurer de mon amitié et luy faire cognoistre que je ne perdray aucune occasion de faire valoir auprès du Roy les semées qu'il rendra *.

Je vous conjure d'empescher, autant qu'il vous sera possible, la dissipation qui se faict en la fourniture du pain, car elle nous couste plus de cent cinquante mille livres par mois. Je ne puis comprendre comment on prétend de distribuer quinze mille rations de pain à six mille personnes. Il y a au siège de Valenciennes ou aux environs trente deux mille hommes effectifs, sans comprendre les officiers, et la fourniture de pain ne va à présent qu'à quarante mille rations. C'est un point de grande importance et qui mérite bien vostre application.

Au surplus, je vous conseille de servir avec gayeté et de considérer qu'en le faisant, vous obligerez une personne qui vous ayme beaucoup, et d'estre asseuré que vous ne manquerez d'aucune chose qui pourra dépendre de mon crédit et de mes soins, et que vous acquerrez plus de réputation au lieu où vous estes, ne faisant autre chose que soustenir les affaires, que ceux qui servent ailleurs en faisant des con- .questes.

Vous serez aysement persuadé de ma douleur pour la perte du pauvre comte Broglio2; car vous sçavez son mérite et l'amitié qu'il avoit pour moy. Aussy je ressens ce malheur dans le fond de mon cœur, et je tasche de donner à son frère3 et à ses enfans4 des marques de l'amour que j'avois pour luy.

1 On a vu que Mazarin n'avait pas, en 1 653 , une opinion aussi favorable de Saint-Aunais. ( Voy . t. V, p. 5 1 o , des Lettres de Mazarin.)

' Voy. ci-dessus, p. 266.

i Le frère de François-Marie de Broglie se nommait Charles et était désigné par les contemporains sous le nom de comte Carie. Il vécut jusqu'en 1702. (Voy. le tome VIII, p. Ai 4. du Journal île Diin/fenu.)

4 De son mariage avec Catherine-Olympe de Vassal, François Marie de Broglie avail eu quatre fils et trois filles : i° Victor- Maurice, né en 16/J7, mort en 1727; 20 Charles-Amédée de Broglie, comte de Hevel, mort en 1707; 3° François-Raymond-Félix de Broglie, d'abord chevalier de Malte, puis comte de Revel, après la mort de son frère sans enfants; li" Josepb- Hiacynthe de Broglie, abbé de Notre-Dame

DU L.AI'.MNAL MAZAKIY

Juillet

A(f. étr., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio-). —

Copie «lit temps.

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