À M. D'ESTRADES
La Père, 18 juillet i656.
(extrait.)
Lorsque nous avions desja faict nostre descente dans le fossé de Valenciennes et que nous estions près d'attacher le mineur au coi|i>
DU CARDINAL MAZAK1Y
ïi i
de la place1, les ennemis, faisant semblant de vouloir donner [gênera- Jn n^i i656. lement]2 aux lignes, ont passé en diligence l'Escaut sur neuf ou dix ponts qu'ils y avoienl faict construire, ne laissant que trois ou quatre escadrons pour donner l'alarme où estoit3 M. de Turenne et les Lorrains, et ont attaqué, avec toutes leurs forces, eu quatre endroits les lignes du costé de M. le mareschal de La Ferté, lequel, aurez une bonne résistance et avoir repoussé cinq à six fois les ennemis, se mettant à la teste des troupes qu'il avoit plus ;i la main et principalement de mes compagnies de gens d'armes et de chevaux-legers, | les ennemis] 1rs ont forcez et secouru la place par-la. sans (pu- \i. de Turenne leur ayt pu envoyer aucun autre secours que deux regimens de cavalerie qu'il lit passer sur la digue, nonobstant la difficulté qu'il \ avoit d \ faire passer des chevaux, et à cause que le pont qui estoil au- dessous de Valenciennes estoit tellement embarrassé par le bagage «le l'armée de M. de La Ferté, qui commença à se retirer d'abord, qu'il luj fus! impossible d'v faire passer un homme4.
En fan on a levé le siège, et le corps de M. de La Ferté .1 été battu. et le plus grand eschec est tombé Bur mes deux regimens d'infanterie et de cavalerie et sur mes deux régiments de gens d'armes el de ché-
ri attacher !'■ mineur- , c'était . pour les assiégeants, !;i dernière période, H pour
les assiégés, le moment des ellorls dés
espérés. Le mineur, logé dans l'épa ssom même de la muraille, à l'abri du feu de l'intérieur, grâce à l;i brèche que le canon de l'assiégeant avait Bute aux remparts, travaillai! dans cette excavation jusqu'à ce que s,-i mine lui prête à jouer, et il ne se
relirai) qu'après y avoir mis le l'en. Son travail, d'ailleurs, n'était rien moins que paisible ; on vil des sièges, comme relui d'Arras, où les Espagnols tuèreul tant démineurs qu'il n'en resta plus dans l'armée, et qu'on ilui en envoyer chercher en France. Les assiégés descendaient la nuit, dans des paniers, des hommes armés qui surprenaient
le mineur-* dans son ti 1 I" poiguai
daienl. D'autres lois, ils allachaienl des bombes à une corde ci les faisaient crevei en lare de ce trou, afin que les éclats j pénétrassent
Le mol esi douteux M ■/. irin \<ni peut être dire que l'ennemi semblait vouloir attaquer toute l'étendue des lignes.
Suivant l'usage du temps, I" verbe est .m singulier, quoique se rapportant .1
Twcnne et aux Lorrains.
' Ce lui dans la nuit du |5 au 16 juillet
que les lignes lurent forcées. Compares Puységur, 1. 11. p. 993 et suiv. , de l'édit. citée; Bussy-Rabutin ( Mém., t. 11. p. isel
Buiv. . de l'édit. (lire i. f| le- 1/, M (■• .. ,!■
Turenne, p. 878, de l'édit. citée.
•2 7 ,s LETTRES
u n i656. vaux-legers, sur dix compagnies dos gardes, les dragons de La Ferfcé, son régiment d'infanterie, ceux de Belsunce*, Bellefons, Arboville el Lorraine, et les regimens de cavalerie de la Reyne, de Des Fourneaux, Broglio, (jonlery et Marolles. Le mareschaJ de La Ferté est prisonnier
à Valenciennes, blessé légèrement à la cuisse. Il a faict des merveilles; c'est un miracle qu'il n'ayt [pas] esté tué, ayant eu trois coups sur ses armes. Le comte d'Estrée1, Riberpré2, le comte de Moret, la Cardonniere et Grandpré3, griefvement blessez, sont aussy prisonniers avec luy.
H v a nouvelle que prez de quatre mille hommes se sont retirez à Condé et dans l'armée de M. de Turenne, lequel a faict sa retraite au petit pas hors des lignes avec douze pièces de canon et tout son bagage. 11 s'est mis après en bataille4, croyant que les ennemis le suy voient et résolu de les attendre et de les combattre avec soixante et dix huit escadrons de cavalerie et dix-sept bataillons d'infanterie. Approchant du Quesnoy, il a rencontré le convoy que j'avois faict partir d'icy, il y a cinq ou six jours, que M. de Bridieu luy menoit; et outre qu'il y avoit plus de deux mille septiers de farine, trente milliers de poudre, autant de mesche [et] de plomb, quantité de grenades5 et beaucoup d'autres choses concernant l'artillerie, M. de Turenne aura encore reçu un
' Jeun, coinle d'Estrées, avait été nommé maréchal de camp en 16/19, lieutenant général en 1 6 5 5 ; il fut promu maréchal de France en 1681 et mourut en 1707.
2 Charles de Moy, marquis de Riberpré, maréchal de camp en 16/19, lieutenant général en 1 656 , mort en 1678.
Sur Moret, La Cardonniere et Grandpré, voy. les tomes III, p. ^72, note 5 ; IV, p. 487, note 1, et VI, p. '262, des Lettres de Mazarin.
4 Voy., sur la retraite de Turenne, les Mémoires de Navailles qui commandait un corps sous ses ordres.
5 Les grenades , dont il est souvent ques-
tion dans les Lettres de Mazarin, sont de deux sortes, suivant qu'elles sont lancées par les assiégeants ou par les assiégés; ces derniers, ayant l'avantage de la position, pouvaient lancer des grenades beaucoup plus lourdes, el dont le poids atteignait jusqu'à 100 kilogrammes. En plaine, on employait des grenades du poids de 3o kilogrammes el des pétards accompagnés de fourchettes et de tire-fonds pesant environ 20 kilogrammes. Il existait aussi des grenades légères, que l'on lançait enfilées dans les flèches. On projetait encore, avec les mousquets, des <r fusées à crocs-" qui mettaient le feu aux lieux où elles s'attachaient.
renfort de dix-huit cens hommes de pied et cinq cens chevaux, et Joill i i656. j'espère, d'icy à maidy, de luy en envoyer un autre plus considérable. Voila nostre aventure de laquelle je vous informe naïfvement. Il faut songer à remonster sur nostre beste et espérer qu'avant que la campagne se passe, le Roy mettra son armée en i sstat de donner encore de L'appréhension aux ennemis, el , pourveu que noua Bauvioos Gondé, qu'il y a grande apparence qui sera attaqué, tout ira Lien; mais il faut que vous y contribuiez par toute sorte de moyens, non- envoyant les troupes que M. Le Tellier vous demande de l;i part du Roy, bien entendu que vous demeuriez avec celles qui vous resteront en estât d'empescher que les ennemis ne liassent aucun progrès. \ ons ne sçaoriez rendre un service plus considérable que de conserver ce que non- avons en Catalogne et nous assister de ces trois ou quatre regimens d'infanterie qui doivent venir de Guyenne. Si vous nous pouviez auss\ envoyei quatre ou cinq regimens de cavalerie el ceux où il \ a des démontes nous aurions soin de les remonter el de les mettre en bon estai auparavant que d'arriver icy. Knlin je vous conjure par l'amitié que vous avez pour moy de faire ions vos efforts pour nous assister dans cette rencontre, pourveu que vous le puissiez sans donner lieu à Mortare1 de remporter quelque advantage considérable. Ce de quo] je puis vous asseurer est que, quelque chose qu'il fasse, il ne sçauroil mettre
«■ii campagne plus de deux mille hommes de pied el qu'il n'en doit pas attendre un de Flandres, d'Allemagne n\ d'Italie.
Si vous croyez que, pour remplacer l'infanterie que nous souhaitons de faire venir icy, on petit lever deux ou trois nulle hommes en Languedoc, vous le pourrez faire el prendre une partie de l'argent, pour la commencer2, sur la somme que l'on vous envoyé, vous promettant qu'en ayant advis, j'envoyeraj ce qu'il faudra pour la remplacer p un courrier expiez.
Les cent cinquante nulle livres que von- recevrez estoieul des-
1 Le marquis «le Mortare, qui comman- Il commandait, en ii»."><i. les troupes espadiiii un corps de troupes espagnoles, avait gnôles '!<■ Catalogne, pris Fie» en i65o, |>ms Girone en 1 65g ' Puni f<i— nrnrn u Ile Inm'aili Imnpi i
illei i656. tinées pour l'armée de Flandres, et quov qu'elle ;i\t plus affaire de ce secours qu'elle n'eu avoil auparavant le malheur qui nous est arrivé, je n'ay pas hésité de les faire partir en diligence, et je vous asseure que vous serez assisté de sorte que les troupes que vous commandez amont sujet d'estre contentes, et, estant bien entretenues, vous les pourrez obliger de vivre avec discipline; ce qui apportera grande joye au pays.
Souvenez-vous que ce que vous aurez à faire pour nous envoyer ie secours qu'on vous demande doit estre exécuté avec une diligence extraordinaire pour nous donner lieu d'en profiter, c'est-à-dire qu'il faut que nous l'ayons icy à la fin du mois prochain, et il faudra fort recommander aux officiers de le fortifier en chemin.
Bibl. nat. , iris. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i, f° 176; minute. — Passages à chiffrer soulignés.
La Fère, 18 juillet 1 656.
(extrait.)
S'-Martin1 et La Lande m'ont entretenu sur le malheur qui nous est arrivé; il n'en faut plus parler, mais songer seulement à retirer les prisonniers, s'il est possible, et à mettre l'armée en estât de la faire encore appréhender aux ennemis avant que la campagne se passe. J'y travailleray de la bonne manière, et vous me cognoissez assez pour croire aisément que je ne laisseray aucune pierre à remuer en ce rencontre.
Leurs Maj estez sont satisfaites de vous au point que vous pouvez souhaiter, et, en mon particulier, je vous diray sincèrement que si l'on pouvoit adjouster quelque chose à l'amitié que j'ay pour vous, je
1 Voy. ci-dessus, p. 'j38, note 1.
Dl CARDIN IL MAZARIN. 281
le ferois en cette occasion, vous asseurant que j'auray plus de chaleur faiflei i65€ que jamais j>our tout ce qui regardera rostre advantage et vostre contentement.
On a sceu que le prince de Coudé a tes m oigne une grande fierté en cette action et qu'il ;» faillj à s'égosiller de crier qu'on ue donnas! j)oint de quartier. Nous le verrons fort enorgueilly, mais asseuremenl il n'est pas ou il pense, el peul «>i i <* il B'en apercevra plus tost qu'il ne voudroit. Il faut que vous vous attendiez, de sa manière d'agir1, qu il n'oubliera rien pour insinuer à M. I»- mareschal de La Ferté que vous l'avez abandonné; mais ledid Mareschal sçail trop bien ce que vous pouviez faire pour se laisser amuser* a ses artifices.
Je m'asseure que vous n'oublierez rien pour la conservation de Condé ei de S'-Guillain; mais je vous conjure de mettre le tout pour le tout pour cela, car, outre que ces postes -ont d importance, ce sera un coup de haute réputation de les conserver, el il semble que si, pour cet effect, il faut \ envoyer quelque infanterie de l'armée, vous ne devez pas hésiter à le faire. On devroil avoir sauvé les chevaux île yostre équipage; mai- s il en est autrement, je vous prie de me mander ce qu'il faudroil faire pour remplacer ce qu'il \ auroil de perdu, el vous pouvez cependant prendre les deux cens chevaux des vivres.
.le croy qu avec la larme que vous a menée le dernier convoj el celle <pu est à l.audrecN ou au Quesnoy, vous aurez de quo) laue subsister
I année tant «pie VOUS \ ou (Irez à I endroit où VOUS estes, et, pour VOUS
ouvrir mon cœur, j'aimerois bien mieux «pie \mis vous advançassiez
une lieue ou deux, en cas que Cela se pusl taire -an- risque, que (le reculer un pas.
S'il \ a, dans vostre armée, quelques capitaine- aux gardes1 dont
1 D'après sa manière d'agir.
J II s'iijjii ici «les capitaines au régiment- «les gardes, le premier régiment de France a cette époque. Il se composai! réglementairement de 3o compagnies de 900 bommes chacune; soit un effectif de 6,000 bommes 1 une petite armée), el même davantage. En
effet, la jeune noblesse venait alors \ débuter comme dans la meilleure <■! lu moins coûteuse des académies. Le mestre-de-camp du régimenl des gardes avait payé sa charge 200.000 livres. I ne compagnie b\ vendait 3o,ooo livres, une lieutenance ■• '1.000 . nne enseigne de 19,000 ;i -jo.ooo. Un mémoire
IUI-MUlt)IE «il
Jinfl«i i(if>ii. les compagnies aient été deflaites, je croy que le mieux sera que vous les îenvoyiez icy pour travailler à les remettre; on leur en donnera le moyen.
J'escrivis hyer au sr Talon du Ouesnoy ' ; il vous dira que j'estimerais à propos que vous retirassiez de Gondé ce qui s'y est sauvé pour \ envoyer d'autres troupes, et par ce moyen l'on pourvoieroit d'autant mieux à la seureté de la place, et l'on pourroit donner moyen à ces troupes-là de se remettre en bon estât. Je réplique la mesme chose, me remettant neantmoins à ce que vous jugerez plus à propos.
Après d'autres détails sur le moyeu de fortifier l'armée , Mazarin continue ainsi :
Quoy qu'il soit inutile de parler du passé, je ne veux pas finir cette lettre sans vous dire que j'ay un sensible déplaisir de n'avoir pas ozé vous mander une pensée que j'avois communiquée icy diverses lois à MM. les mareschaux du Plessis et de Villeroy et à M. Le Tellier, lorsqu'il me chagrinoit de la crue des eaux qui rendoit si difficile la communication des deux années, et qui, comme tout le monde vous dira, m'a tousjours faict douter du bon succès de l'entreprise : c'estoit d'assembler toutes nos forces une belle nuit, sortir par le quartier des Lorrains pour couper la retraite aux ennemis du costé de Bouchaiii et les combattre, car il y avoit beaucoup d'apparence qu'on leur auroit donné un grand eschec; mais il n'y faut plus penser que pour trouver moyen de reparer la chose; et présentement, je vous conjure d'avoir l'esprit en repos, et pourveu que nous conservions Gondé, je vous responds que vous serez en estât de finir la campagne avec advantage.
Je vous prie de faire vostre possible pour avoir moyen de faire visiter M. le mareschal de La Ferté pour luy dire la satisfaction que
(iu temps de Louis X lit proposait de rendre qui commande à celte troupe se regarde
obligatoire, pour les gentilshommes, un non seulement comme égal, mais même
service de six mois aux gardes avant de comme supérieur au mestre-de-camp d'un
pouvoir obtenir aucun grade. De fait, sur rrpelit régiment* qui. recruté Iner. dispa-
200 hommes, telle compagnie des gardes raitra deimiin.
compte alors ^ quatre-vingt cadets de honne ' Commissaire des guerres au Ouesnoy.
maison, en bel équipage*; et le capitaine (Voy. ci-dessus, p. 196 et a3-2.)
Leurs M1* ont de luy, l'asseurer que l'on aura soin de sa libellé et luy J"iii. faire aussy mes complimens en la meilleure forme qu'il se pourra, ainsv qu'à tous les ofliciers, au comte d'Entrées, comte de Morel, chevalier de Riberpré, Gadagne1 et La Cardonniere.
CLXW11.
Bibl. nat. , ms. I. IV.. Mélanges de C.olbert, t. f> i , f l84; minute,
el t. 23,ao-i, f" aoo. — Autographe.
\ L'ABBÉ FOI Ql ET
La Père, i g juillet 1 1
Après l'avoir remereié de l'affection qu'il lui témoigne, Mazarin lui parie «le reflet <|ue l'échec de Valenciennea a produit à Paris :
Vous ne sçaurie/ |»a< tMiipt'scliei- que la canaille cl des partisans «lu prince de Gondé el du cardinal <le Reta ne parlent mal à propos; mais ils recognoistront bientosl qu'ils se trompent dans leur calcul el que l'on a autant de douceur dans les prospérités que de fierté dans les malheurs qui nous arrivent, el vous nouvel croire hardiment que l<m en usera ainsy. Cependant, si Ton peut arrester quelqu'un , à Pans, de ceux qui paroiatronl plus mal intentionnel, il scia bien utile.
Gourvilie a este icv de la pari de M. le prince de Conlv el .1 tasché de m'engager à me déclarer pour luy8; ce quoj'av évité, et Ta) escrit au prince que j'esperoie <le le voir bientost et que je remettais alors de m'expliquer avec luy de toutes choses. Je Eais estai de luv parier de la manière que son service requiert, el je suis persuadé qu"il se eonloi-
1 Charies Féhi de Galéan, comte de Ga- nac (Mémoires, 1. 1, p. 310 et ■urr.)in-
dagne, maréchaJ de eamp en 1 ti T> 1 . haute- 1 lî« | n*- lea cabalaa qui divisaient la dmîsoi
nnni général en 1 655. du prince de Guuli, mais ares me confo
1 Gourvilie parle de son voyage à la Fère sion qui résulte surtout de ce que les é\éne-
dnns ses Mémoires (p. 519, édit. Mirbaud menti ne sont paa datés. Las Litres <i< Ma
el l'oujoulat). niais il ne dit pas un mot du tarin permettent de rétablir la chronologie
véritable motif de ce voyage. Dauiel de Cos- et de rectifier les erreurs des Mémoires.
Juillet i<;5(i. niera à mes conseils, puisque je n'ay d'autre but que son advantage et le sou s tien de sa réputation.
Je vous remercie de ce que vous avez faict pour M. le comte de Bristol1..
Ayant escritjusqu'icy, arrive M. de Navailles- qui me faict cognoistre la nécessité qu'il y auroit d'avoir un bon nombre de clievaux pour remonter des cavaliers. C'est pourquoy je vous prie de faire marché, si c'est possible , avec des maquignons pour en avoir cinq cens harnachez , à condition qu'il les amèneront par la route qu'on envoyera sans qu'ils soient obligez de faire aucune despence dans ce voyage et à condition aussy que l'on pourra rebuter ceux qui auroient quelque deflaut. Je croy qu'on ne devroit pas les payer plus de cent cinquante livres la pièce3, mais en cela je me remets [à vous], et à mesure qu'il y en aura de prests quatre vingt ou cent, il les faudroit envoyer; car si la chose ne peut estre exécutée promptement, elle ne nous apportera pas grande utilité.
Je vous prie aussy de dire, de ma part, au sieur Colbert d'acheter
' Probablement Georges Digby de Bristol, un des nobles anglais que l'article secret du traité de Westminster bannissait du royaume, et auquel le roi avait fait remettre 2,000 e'cus.
; Navailles parle dans ses Mémoires de sou voyage à la Cour (p. 177 de l'éd. citée).
1 L'offre de i5o livres (intrinsèquement a 45 francs) par cheval harnaché était fort raisonnable. Aux environs de Paris, un cheval avec harnais se vendait alors environ 180 francs (de i65i à 1660). Durant les dix années précédentes, il ne coûtait que i5o francs. C'était là le prix de bons chevaux de selle d'espèce commune. Les chevaux de ferme ou de labour ne valaient guère plus de ia5 francs et descendaient jusqu à 70 francs (/i3 livres) pour des bêtes de sept à huit ans, c'est-à-dire dans la force
de l'âge. A Paris, un bon cheval de carrosse se vendait 3oo francs. L'obligation de fournir l'animal tout équipé, avec selle, bride, etc., ne constituait pas, pour le rr maquignon», un supplément de frais bien considérable, attendu l'extrême bon marché des cuirs, autrefois. Une selle de paysan coûtait alors ô fr. 5o ; une selle simple était cotée 9 francs dans les tarifs de douane; une selle avec équipage montait à 18 francs en Normandie comme en Alsace. La paire d'élriers communs, dans l'Est, valait alors 1 fr. 5o à 2 francs ; une bride , -a à 3 francs ; le mors . 1 franc; la gourmette, ô à G francs; la housse de selle en mouton, h fr. ao. On pouvait, dans les villages, conclure des abonnements avec les bourreliers, pour la fourniture et l'entretien de harnais, à raison de 0 fr. ôo par cheval et par an.
cinq cens paires de pistolets avec les fourreaux et cinq cens paires de Juille bottes avec autant d'esperons de la qualité qu'il m'en acheta l'année passée1. 11 aura tout cela à bon prix et il aura le soin de m'envoyer le tout en diligence. Je vous prie d'avoir recours à M. le Procureur gênerai pour la despense qu'il faudra faire de tout cela, et je m'asseure qu'il trouvera moyen de fournir ce qui sera nécessaire, la chose n'allant pas bien loin.
Je croy que la Maiaon-de-Ville donnera quelque assistance an Roi en ce rencontre, ayant accouslmné de le faire en d'autres, et d'autanl plus que l'on ne sauroil estre plus selé pour le service du Roj que le sont M. le mareschal de L'Hospital <-t le Prevosl des marchands2. Il seroit bon que M. le prince de Conty, M. le Chancelier el MM. les Surintendans leur en parlassent, et je croy (pion leur pourrai) demander trois ou quatre cens chevaux pour remonter des cavaliers; ce que l'on convertirait en soixante mille livres an moins; el si I > > 1 1 juge que le Roy doive escrire ;i la Maison-de-\ ille, on pourra se Ben ir des blancs de ceux qu'a le commis de M. de Guenegaud, qui a ordre d'en donner, et les remplir connue on jugera à propos.
Il n'y a rien de si obligeant «pie la lettre que M. le Procureur g neral m'escrit, et je ne doute pas qu'il ne mette le tout pour le tout pour vous assister en ce rencontre; mais com la nécessité presse el
Les éperons de luxe creusés à la lime, avec agrafes, se vendaient alors h IV. (ir> la pain1; les éperons plats, a IV. fio. et les éperons communs, i IV. 96. C'était évidemment de cette dernière catégorie que Masarin de mandait une provision de 5oo paires. — Lea bottes de cavaliers, (rois fois plus chères une les souliers, coûtaient de 7 à g francs la paire, suivant la nature el In qualité du cuir. — Quant aux pistolets, il y en avait à
lout prix. Le l'eu roi avait pave g36 francs OU pistolet dans la crosse duquel était en-
chassée une montre el qui . sans doute, était
un objet d'art. En 1 tif> 1 . des pistolets d'e-
bène, garnis el lit 'tés d'argent . se vendaient ii Samies. rvec leurs fourreaux, I9 francs In pièce. Des pistolets oeufs, pins -impie-. ne coûtaient «pie i3 francs en Lngonmon; on les payait iS à 17 francs en \l-."
1 () franc- ii Paris, vers la même '(expie, l-i
fourniture d'éqnipemenl demandée par le Cardinal ne montait donc, en totalité, qu'à une quinzaine de mille francs.
1 Alexandre de Sè\e. Beigneur de Ghâlignonvilie , avait remplacé en l654 Antoine Le Fèvre de La Barre connue Prévôl des marchands,
I^es blancs-seings.
►656. que M. de Navaillee me vient dédire que la cavalerie vouloit députer pour demander le reste de l'argent qui luy est deub pour le quartier d'iiyver; que M. de Turenne m'a despesclié desja deux fois pour me dire qu'il faut donner une demye monstre à l'armée1; que je ne croy pas de pouvoir faire fondement sur l'affaire du clergé ny sur celuy (celle) de [l'Orée]'2, car ils ne peuvent pas produire l'argent aussy promptement qu'il sera nécessaire, c'est pourquoy je vous conjure de luy dire qu'il rendroit un service signalé au Roy, et je luy en serois obligé au dernier point, si, par quelque expédient, il peut trouver sans delay une somme considérable et la faire partir en diligence. Vous sçavez que j'avois prié M. Hervart de me trouver deux cent mille escus sur mes pierreries et ma vaisselle d'argent. J'offre la mesme chose et les tapisseries avec très bon cœur.
L'abbé de Roquespine3 m'a dict ce matin, de la part de Mannevillette\ mais en grande confiance (confidence), que, si on avoit affaire d'argent, il advanceroit une bonne somme et en traiteroit en secret avec M. le Procureur gênerai, lequel pourra profiter de cette occasion comme il croira pour le mieux.
1 On appelait montre le jour de la paye, parce que le capitaine devait faire voir ses hommes au commissaire charge d'en vérifier le nombre. Par extension , la paye ellemême se nomma montre. En principe, la montre avait lieu tous les mois. Plus tard, pour diminuer ses charges, le gouvernement espaça de plus en plus les montres; il donna pour 36 jours, puis pour A5, la somme qu'il donnait d'abord pour 3o jours. Cette solde même était, comme on le voit, payée irrégulièrement, à la dernière extrémité, par acompte, quand l'Etat avait de l'argent.
Heureusement pour nous, il en était de même à l'étranger. L'Empereur devait, un moment, à ses troupes près de quinze mois de solde arriérée.
2 Je ne puis lire que le mot Y Orée, qui signifiait bords des bois ou bord de la mer.
3 Cet abbé était probablement un frère de Louis Gilles du Bouzet, marquis de Roquépine, maréchal de camp en i65i, mort en 1679.
4 Adrien de Hangvel, comte de Mannevillette, était receveur général du clergé; il mourut à Paris, le 3 novembre i684.
DU CAHDINAL MAZARIN. 287
luillel
CLXXVin.
AU". e"tr., l'ays-Bas, l. .'{7 (sans indication de page ni de folio): minute de la main de R — Une grande partie de la minute esl soulignée ; ce qui indique les passages qui devaient être cliilTre's.
À M. DE TL HENNE
La Père, ao juillet 1 656.
(nnun.J
J'ay entretenu au lori{» M. de Mavailles et veu la lettre que \ou> avez pris la peine de ufescrire par lu y el une autre que j a\ receui malin, du 19. M. le Tellier changera tous les chiffres et vous en envoyera un autre, puisque ceux (ju'avoit M. rie La Kerlé oui esté pr et pour celle fois je me servira^ de celuj de Talon.
J'ay esté tres-ayse de la nouvelle que voua m»' donnes de la iiian Indes ennemis, car, s'esloignant de Gondé comme ils fonl , Us U smoignent de n'avoir pas la pensée de l'attaquer; mais comme voua sçavei le peu de vivres qui sont dans la place, eu esgard à la quantité de momie qui v esl entré, il faut pratiquer toutes sortes d'expédiens imaginables pour y eu jeter par le chemin de S' Guillain, au mesme temps que voua en eu envoyerez en ladicte place de S1 Guillain, comme \nn» aves résolu de faire, et peul-estre qu'il ne seroil pas mal de tascher d'i en introduire dans des sacs portes par la cavalerie; laquelle pourroit au mesme temps servir pour vous ramener les troupes qui, n'estant plus nécessaires pour la deffense de Gondé, \ consomment inutilemenl les
\ ivres.
Je suis asseuré que vous songes incessammenl à sauver Gondé, ou, en toute extrémité, le corps de troupea qui \ est, lequel, dans la conjoncture présente, est assez considérable pour mettre toutes pièces en œuvre afin de ne le pas perdit;, (ionien, qui est là-dedans avec cinq ou
six cens chevaux, à ce que londicl, exécutera fort bien les ordres que vous luy donnerez, et au pis-aller je croirois que, les ennemis ayanl toutes leurs forces de ce oosté-cy, il ne seroit pas impossible de taire La
2b8 LETTRES
luilk'i i656. retraite du costé de lu Bassée ou d'Arras, et si vous le jugez ;i propos, on pourroit escrire à M. de Mondejeux de sortir avec une partie de s;i garnison pour favoriser cette retraite. Je ne doute pas que vous n'ayez desjà songé aux ordres que vous avez eu à donner à Coudé là-dessus. et que vous ne les ayez desja envoyez par divers endroits, estant facile d'y faire passer des paysans ou de la cavalerie.
Je ne puis m'empescher de vous dire que Jaquier a eu grand tort de mettre toutes les farines dans le camp, puisqu'elles estoient aussy asseurées à Coudé, et vous sçavez combien de fois je vous ay escrit et au s' Talon qu'il ne falloit toucher aux magasins de Condé qu'à la dernière extrémité.
Vous me mandez que vous estes espuisé d'artillerie, de munitions de guerre et de vivres. Pour les vivres, outre ce qu'il yavoitau Quesnoy et à Landrecy, les deux derniers convoys y ont porté plus de quatre mille septiers de farines; ce qui servira tousjours pour faire subsister l'armée prez d'un mois, et M. de Navailles m'a dict qu'liyer il devoit partir de Guyse un convoy de farines escorté par les regimens de Mondejeux et d'Esquancour et par les recrues de Clerambaut.
Pour les munitions de guerre, j'ay envoyé en dernier lieu vingt-cinq milliers de poudre, vingt milliers de mesche et vingt milliers de plomb, six mille grenades et cinq cens outils. Je ne parle pas des sacs à terre et des boulets, car cela ne vous sert de rien présentement. En outre, vous sçavez que j'avois envoyé prez de vingt milliers de poudre au Quesnoy et dix milliers à Landrecy et, en cette dernière place, deux mille outils et deux milles grenades.
J'ay faict partir ce matin deux cens mousquets, six cens piques1, quatre
1 L'effectif des piquiers, dans chaque ré- cavalerie. Elle avail k m. Go' de longueur
giment, par rapport à celui des mousque- et était très lourde. Le même fantassin ne
(aires, n'avait rien de fixe. Le plus souvent, pouvait donc porter à la fois un fusil el une
ceux-ci l'emportaient en nombre, mais, par- pique. Le maniement de cette dernière exi-
fois, ils servaient à chiffre égal, et parfois geait une grande habitude , pour en tirer
le piquiers étaient les plus nombreux. La tout le parti qu'elle comportait , pour savoir
pique demeurait indispensable pour la dé- la présenter *<le biais, plate, haute el liai-
fense. principalement contre une attaque de nante*. Achetées en gros par le gouverne-
mille outils et quatre cens boulets du calibre que S1 Martin a dict. et 'ufflei 1666. j'ay donné charge à M. de Bridieu de pourvoir à la seureté du passade; car on n'envoya d'icy que les quartiers des gendarmes et chevauxlégers du Roy et vinjjt de mes gardes qui demeureront à l'armée pour renforcer ma compagnie.
Pour ce qui est de l'artillerie, le trésorier qui rient d'arriver avi les lettres de M. de Cossé1, asseure qu'il y avoit de reste dans l'équipage trois cent vingt chevaux et que Jaquier en avoit donné cent: mais comme, celte année, Ton a augmenté l'équipage des \ i\ res de deux cens chevaux à condition de les donner a l'artillerie toutes fois et quantes
qu'on les leur demanderoil , je crn\ que \011- ne devez pas denier à
obliger Jaquier à le faire, puisqu'il luj restera mille chevaui, qui est le meilleur nombre de l'année passée, el qui ne doit fournir la subsistance qu'à une armée beaucoup inférieure à celle de l'année passée.
Si Ton faicl un peu de diligence au Quesno> el à Landrecy, l'on j trouvera des charrettes qu'on \ laissa l'année passée, et Jaquier, en donnant les deux cens chevaux, en peut donner quelques unes des vivres.
J'ay donne ordre pour avoir, dans I1111I jours, ic] «mi a tiiivse. trente pièces de canon de .'!.'! . K et l» . que je tire d krras, d'Amiens, de liapaume et de Sedan.
Mazario continue, dans cette longue dépêche, à entretenir Turenoe de toutes les mesures prises pour fournir à l'armée les munitions de guerre, les vivres, l<-renforts de troupes ci l'argent nécessaires.
ment, les piques lui revenaient ii '1 nvncs ' Timoléon de Cossé Brisaac comte de
environ; au détail, dans le commerce, elles était maréchal de camp depuis
contaient le double et même davantage. iiilio.
urilUIll IITIOI.II
Juillet i6.r>6. _____
GLXXIX.
AU', étr. , Pays-Bas. t. 38 (sans indication de page ni de folio). — Billet autographe.
À M. DE CASTELNÀU.
La Fère, 2 3 juillet i656.
(extrait.)
H est certain que les ennemis n'ont eu d'autre dessein que de pousser nostre armée et attaquer le Quesnoy; car, le prenant, ils prenoient aussy Gondé et Saint-Guillain, mais s'eslant trompez dans leur calcul et ayant peut-estre eu cognoissance de ce qui manque dans les deux places, ils ont résolu de s'en approcher et empescher qu'on n'y jette les choses qui leur sont nécessaires; car je ne crois pas qu'ils songent à les attaquer par force, n'ayant pas ce qu'il faut pour cela, sçachant qu'il y a beaucoup de monde à Gondé, et nostre armée estant si prez de la leur.
Si M. de Turenne1 avoit affaire de pontons2, on pourroit en faire venir diligemment d'Amiens et d'Arras; vous le luy pourrez dire de ma part, comme aussy de faire venir à Guise, soubs prétexte d'escorter quelque convoy, les regimens d'Esquancourt et de Mondejeu; car j'ay envie de les faire venir à Arras pour m'en servir, en cas de besoin, à tenter quelque chose à l'advantage de Condé de ce costé-là. Je n'escris pas à M. de Turenne, et je vous prie de luy dire ce que dessus.
1 Mazarin écrit : M. de Tnrainc. taient sur une ou deux charrettes, et qui
5 On avait inventé depuis environ vingt- facilitaient le passage des rivières ou des
cinq ans {Gazette du 2 3 avril i632) des fossés. C'est de ces appareils que Mazariu
ponts volants qui, démontés, se transpor- veut parler ici.
Juillet
AIF. étr., Angleterre, t. 66, f* 226. — Minute en grande partie autographe.
\ M. DE BORDEAUX
La Fère, a'i juillet i
| r.\T FIAIT.)
Vous aurez pu sçavoir d'ailleurs ce qui s'esl passé à Valenctennes : on avoit laicl d'abord le mal fort grand; mais, en Bubstance, il n"\ a pas eu deux cens hommes de tuea sur la place, tant des aostres que des ennemis, et le nombre des prisonniers d esl que de cinq à six cens hommes, lout au plus. La plus grande partie des troupes de M. le marcschal de La Ferté se sauva à Gondé. Il \ en eul aussj beaucoup qui passèrent dans le camp de M. de Turenne, lequel, B'estanl retiré en bon ordre avec toute sa cavalerie, infanterie el bagages el douze pièces de canon, prit son campementà demye lieue en deçà du Quesnoy, dans un poste <>ii il a laid ferme el tenu tousjours teste aux ennemis . sans que, duranl quatre ou cinq jouis qu'ils onl esté en présence, ilaycnt pu l'obliger à faire un pas en arrière II sera bon que vous donniez part à M. le Protecteur de ce petit revers, qui ue laisse pas d'enorgueillir les Espagnols à tel point qu'ils se vantent desja de vouloir detascher un corps de troupe de leur armée pour envoyer3 en Angleterre. Mais ils soni bien loing de leur compte, el j'espère mettre les ch< en estai qu'ils s'en apercevront clairemenl avanl la lin de la campagne.
4 Ce que je crains à présent, c est la perle de Coudé el de Sainlt six cents a (;i<: ajouté en interligne Rabutio, édition L Lalanne, 1. II. p. i5.
de la main de Mazarin. ' Le mol rurni/rr corrige (ill'ic[ est de la
1 Buesy, qui n'eimait pas Turenne, fait main de Maurin dépendant un grand éloge de sa conduite l [ci commence un long paragraphe,
dans cette retraite. (Voy. M émoirea de l>u--\ qui esl tout entier de la main de Mazarin.
Juillet i656. Gliislain (sic), non pas que les ennemis soient en estât d'attaquer ny l'un ny l'autre par force, tant à cause des fortes garnisons qu'il y a (pie pour avoir nostre armée à deux lieues d'eux, mais parce qu'il n'y a pas assez de vivres, en ayant esté tiré de Condé plus qu'on ne devoit pour le siège de Valenciennes, nonobstant loul ce quej'ay escrit plusieurs fois au contraire, car on a perdu dans le camp des vivres pour dix-huit ou vingt jours pour toute l'armée, et si l'on se fust contenté d'y en avoir seulement pour quinze, il y en auroit, à Condé, pour deux mois davantage qu'il n'y en a, et l'on s'en pouvoit servir, en cas de besoin, aussy bien estant à Condé comme dans le camp. Car les ennemis ne pouvoient pas en empescher la communication. On mettra pourtant toutes pièces en œuvre pour les sauver '.
Ma maladie et les grandes occupations que j'ay eues tous ces jours passez m'ont empesché de respondre à vos lettres avec la ponctualité que javois accoustunié de faire. J'en useray autrement à l'advenir. Ce pendant j'ay tousjours dict à M. le comte de Brienne ce qui se passoit dans les conférences que j'ay eues avec M. le colonel Lockhart, afin qu'il prist la peine de vous en informer; mais, en substance, on n'est venu à aucune conclusion, car nous estions convenus de la prendre lorsque le siège de Valenciennes seroit finy d'une façon ou d'autre'2.
On est icy extraordinairement satisfaict dudict colonel3, estant impossible d'agir plus obligeamment qu'il faict, et véritablement la manière dont il en a usé, dans le malheur qui nous arrive4, mérite que vous en fassiez des remerciemens à M. le Protecteur, de la part du Roy5, et que vous lui disiez, de la mienne, que j'ay esté fort touché de toutes les offres qu'il nous a faictes.
Je vous prie de haster les levées d'Escosse le plus qu'il vous sera
1 Les places de Condé et Saint-Guilhain. 4 (les mots dans le malheur qui nous ar-
2 Ici finit le i" paragraphe autographe. rivent sont autographes et corrigent en ce
3 On avait d'abord écrit du colonel Lock- rencontre.
Iiart; Mazarin a rayé ces mois et les a rem- 5 La (in de ce paragraphe, depuis de la
placés par dudict colonel. part du Roy, est autographe.
possible ; car1 on a donné tout l'argent, il y a deux mois, et nous n'en loillei i656. avons aucune nouvelle. 11 faudroit escrire à M. Douglas ou au sr Tompson, en termes bien pressans, leur faisant cojjnoistre qu'ils rendroient un service signalé s'ils arrivoient bientost avec mille bommes.
Je vous prie, en outre, de faire instance le plus fortement cl ;i\ <■«■ le plus d'efficace qu'il vous scia possible3, pour avoir permission de lever quatre3 mille Anglois, offrante M. le Protecteur de le- I u y renvoyer toutes fois et quantes qu'il voudra, et iiiesme ' que vous prendrez les colonels qu'il vous nommera, et que mesme, s'il veul envoyer une personne capable et de qualité pour commander tout le corps, le Koy y consentira. Vous ne manquerez pas de raisons pour lu\ faire cognoislre l'interesl qu'il a de nous donner celle assistance, afin que nous ayons plus de; facilité de rabattre l'orgueil de no- ennemis communs auparavant (pie la campagne se passe. On donnera douze escus par soldat rendu en France, et, pour le surplus, je prendra) grand soir» de les faire bien traiter, et \ous pouvez liardiinenl vous engager à M. le Protecteur ci luy donner toutes le- seuretez qu'il vous demandera, afin qu'il lie puisse pas douter que toutes lois cl «piaules qu'il
aura à foire de ce corps, nous le lu\ rendrons, et il Bera embarqué sans aucun delay sur les vaisseaux qu il enverra pour cet effect a Calais, ou autre lieu qu'il voudra.
Je voy tant de motifs qui doivent obliger M. le Protecteur à uous accorder celte demande et lanl d'advantages qui lu\ en résultent, que j'en espère une bonne yssue, et, en ce <;i-, il faudra travailler a la levée sans perdre un moment de temps; car. a l'instant que j'en recevray la nouvelle, je vous envoyeray en lettres de change3 et argent
1 Tout ce qui suit, depuis car m n Lee payements en leUres de change
donne, est autographe. étaient alors d'autant plus usités cuir.' la
1 Ces mots, depuis le fhu fortement jus- France ''i l'Angleterre, crue ce pays était
qu'à possible, soni autographes. a peu près le seul en Europe avec qui la
Ou avait d'abord écrit deux; Mazarin place de Paris lui en correspondance aV-
a effacé ce mot et mis au-dessus quatre. reete.
* Depuis et mesmes jusqu'à à proportion Pou* l'Italie et l'Orient, il fallait acheter
du nombre, tout ce passage est autographe. des traites à Lyon ei à Marseille-, pour l'Ai-
Juillet i«50. comj)lnnt ce qu'il faudra pour toute la levée, me confiant que vous l'employerez et prendrez vos précautions de telle sorte que le Roy aura les quatre mille hommes ou qu'il conservera l'argent, qui ne sera donné qu'à proportion du nombre1 d'hommes qui sera levé. Surtout cette levée se doit faire2 avec tant de diligence, qu'elle soit3 passée en France avant la fin du mois prochain. Car, autrement, elle seroit inutile tout-à-fait4.
5 J'avois oublié de vous dire que M. le Protecteur, pour faire la grâce accomplie, pourroit donner quelque nombre d'hommes de l'armée; car il les remplacerait sans peine, et, par ce moyen, on pourroit promptenient avoir en France le corps qu'on désire.
Apres vous avoir escrit la lettre cy-jointe, j'ay veu M. le colonel Lockhart et je luy ay dict que je vous despeschois un courrier en diligence pour vous prier de faire instance à M. le Protecteur de nous permettre [cette levée] et nous assister pour venir promptement à bout de ladicte levée. H a fort approuvé les raisons qui dévoient obliger mondict s1' le Protecteur à le faire et m'a promis d'en escrire de la bonne manière et mesme de proposer l'attaque de quelque place des ennemis du costé de la mer, ainsy que nous en avons discouru. J'ay voulu adjouster cet article à ma lettre afin que vous soyez informé de tout; et je vous diray aussy que sy on ne pouvoit lever quatre mille Anglois, il se faut contenter de trois mille, voire de deux mille0.
lemagne et les Etats du Nord, il fallait pas- '' Ce paragraphe et le suivant sont aulo-
ser par Amsterdam ou Anvers. Au point de graphes.
vue du taux, le change était au pair, ou en- 6 On a pu voir, par la note ci-dessus,
viron, entre Paris et Londres, tandis que, Page âï)3, que Mazarin avait, en fixant le
pour la plupart des autres Etats, il était à chiffre demandé à l'Angleterre, écrit d'abord
notre désavantage. le mot deux qu'il avait remplacé par le mot
1 Ici se termine te morceau autographe quatre. C'était demander le plus pour avoir
qui a commencé aux mots el mesme. le moins. De fait, ce ne fut pas seulement
' Les mots doit faire sont de la main de quatre, mais six mille hommes que Maza-
Mazarin. rin finit par obtenir de Cromwell, dix-huit
3 Le mot soit est autographe. mois plus tard; et ce renfort contribua au
4 Le mot tout-à-fait est autographe. gain de la bataille des Dunes.
^^^ Juillet i65l
Bibl. nat.. ms. f. fr., t. 23,902. f" ao5 et suiv. — Autographe signe.
À L'ABBÉ FOUQUET
Ii Père, ''i juillet i656.
J'ay esté surpris do l'effort que M. le Procureur gênerai a faict. el je recojjnois de plus en plus qu il faicl bon d'avoir des amya si selez et effectifs, comme luy ol vous. Je suis fort touché de la manière don! il en a usé; et qnoyque je luj fasse mes remerciemens, je vous prie de les vouloir faire encore de ma part. Il eusi esté bon de laisser à Paris une partie de la somme qu'il ;i envoyée icy; car il \ faul faire plusieurs dépenses pour les chevaux el pour les autres choses que le sr Colbcrt doit acheter, et quelque chose pour l'artillerie, el je doute qu'on trouve, à point nommé, ce qui peul estre nécessaire pour cela.
J'ay veu el entretenu de Vaux1 que j'a) trouvé un homme bien agissant. Je luy ayt dicl ce que je vous avois escripl pour les deux compagnies.
Rien ne nous est si nécessaire pour remettre le corps de cavalerie de l'armée de M. le mareschal de La Perte, qui esi , pour la plu- grande partie, desmonté, que d'avoir promptemenl un grand nombre de chevaux. C'est pourquoi je nous conjure de redoubler vos Boins, aGn que j'en puisse recevoir promptement, el nous pourrez employer de uns .unis à cela, qui en ayent cognoissance, el les envoyer à mesure <|iùl v en aura cent ensemble. Je \ous réplique de nouveau «le foire tous nos efforts pour cela.
Si vous eu pouvez trouver cinquante ou environ de deux cens livres eljusquesà dvu\ cens cinquante livres-, nous les pouvez foire acheter;
' Probablement Louis-Nicolas Fouquet, comte de \ aux , lits du procureur géoeral Nicolas Fouquet, Il vécul jusqu'en 1705.
Juillet i656. car ils serviront pour donner à des capitaines et autres officiers qui sont à pied1.