‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 61 sur 285 · CLXXXVII · texte numérisé non relu

CLXXXVII

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert , t. 5i, f° 209 v°; minute, et t. 23,102 , f" 209.

À L'ABBÉ FOUQUET

La Fère, a août 1606.

(extrait.)

Je suis bien aise de ce que vous me mandez des chevaux, que je vous ay prié de faire achepter. Plus il y en aura, ce sera le mieux1.

On a bien faict de faire arrester les imprimeurs et le gazetier de ces petites gazettes que les escrivains débitent à Paris. M. Le Tellier escrira , de la part du Roy, à M. le Chancelier que l'intention de Sa Mté est qu'on punisse avec la dernière sévérité ceux qui en feront doresnavant, et sur ce sujet je vous envoyé l'extraict d'une lettre qu'on m'a escrite de Paris, afin que M. le Procureur gênerai en parle à M. le lieutenant civil2 et fasse faire au moins une rude réprimande au commissaire qui a laissé aller pour de l'argent l'escrivain et sa femme qu'il avoit arrestez.

Quand je vous verray, vous pourrez me dire ce que vouloit proposer pour ses amys la dame qui est à Paris3. Cependant, à l'esgard

1 Voy. ci-dessus, p. 284. Les lettres ana- ' Dreux-Daubray fut lieutenant civil de

lysées de la 611 de juillet et du commence- i643 à 1666. C'est le père de la marquise

ment d'août i656 prouvent que Mazarin de Brinvilliers. Il fut empoisonné par sa

donnait partout des ordres pour l'achat de fille.

chevaux destinés à remonter la cavalerie 3 Probablement M"" de Châtillon. (Voy.

après l'échec de Valenciennes. t. V, p. t38 , note h , des Lettres de Mazarin.)

DU CARDLNAL MAZAKLY 307

de M. le mareschal de La Ferté, vous voulez que je vous dise qu'il Août ifi&fc ne faut pas me faire acheter une chose desja vendue. Dez le premier jour que ledict sr Mareschal fut prisonnier, le prince de Gondé luy promit qu'il le laisserait revenir sur sa parole avant la my-aoust, et un trompette du Koy1, qui revint byer de Mons, m'a apporte ane lettre, de sa paît, qui confirme encore l;i mesme chose, de sorte que, si cette dame luy veut rendre quelque iffice, il lu\ en aura obligation et audict sieur prince, qui en a usé généreusement; mais je ne dois pas mettre sur mou compte une faveur qu'on a accordée à un autre.

Je ne sçay si cette lettre vous trouvera encore à Paris; en tous ca on la rendra à M. le Procureur gênerai, parce qu'il sera bon qu'il voye l'article des gazetiers. J'escris à MM. les Surintendans qu'il est très-important qu'ils viennent icy, ou Ums deux ensemble, ou l'un aprez l'autre. Si M. le Procureur gênerai ne vienl pas avec M. Servien, il est absolument nécessaire qu'il vienne aprez, quoyque, quand je vous verray, j'aye beaucoup de choses à vous dire, que vous ln\ i aj<porterez.

CIAWVIII.

Air. elr. , Pays-ltiis , I. 38 ( ^;uis indication de page ai de Folio). — Minuit' <lc la main de Rose.

(iXTBAIT.)

J'ay receu vostre billet Au 3 de ce mois, avec les copies des lettres de M. du Passage et de M. le chevalier de Crequ) du '!mi de juillet. Je n'ay rien à répliquer à \os raisonnemens. Je recognois bien (jue les desseins que vous proposez sont grands9; mais je suis tres-persuadé

' On peut consulter sur ct's buts les ' Je peoBe qu'il faut entendre ici la mot

Mémoires de Puységur, qui était lui-même grands d&as le sens <1< : difficiles à exécuter. prisonnier. (Voy, t. II. p. a33, de l'édition C'est ce qui explique le mot nui», qui \ient citée.) ensuite.

Aoùi «656. que vous ferez tout ce qui se pourra, et que, si vous ne tentez pien pour secourir Condé, c'est qu'il n'y aura pas de moyen de le l'aire.

Pour vous dire ma pensée en peu de mots, me remettant tousjours à ce que vous jugerez à propos, il me semble que la principale chose que nous avons à faire est de sauver Condé , si nous pouvons, et, encore qu'on ne le puisse, il faut, à quelque prix que ce soit, sauver la garnison1.

Aff. étr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). — Minute de la main de Roussereau.

( EXTRAIT

La Fère, i3 août 1 656.

On vient présentement de recevoir des nouvelles de Bethuiie, qui m'apprennent que le chevalier de Grequy est à Tournay, gardé exactement et de sorte qu'il n'a pas eu la liberté d'escrire ; et tout ce qu'il a pu faire sçavoir a esté qu'il a eu un passeport des ennemis, à condition qu'il subiroit les mesmes (conditions) que l'on feroit à la garnison de Condé. Il en est sorty le î o , et il est aysé d'inférer de la conduite que les ennemis ont tenue à l'esgard dudict chevalier, qu'ils prétendent ne faire une capitulation à Condé que celle de recevoir tout ce qui y est prisonnier de guerre2.

1 Cette dernière pensée, sur laquelle Mazarin revient dans plusieurs lettres, fut réalisée. Le gouverneur de Condé, du Passage, obtint une capitulation qui lui permit de sortir de la place avec sa garnison et de se joindre à l'armée française.

s L'adoucissement des moeurs, en matière de capitulation et de prisonniers de guerre , est caractéristique sous Mazarin. La rançon d'un soldat d'infanterie était d'en-

viron 35 francs; peu d'hommes pouvaient la payer; et s'ils n'avaient pas la chance d'être enrôlés par le vainqueur, ils risquaient fort, après avoir été dépouillés de fond en comble, d'être envoyés en masse aux galères. S'ils sont riches, ils doivent redouter le sort du marquis de Senecey, pris à la lête du régiment de Piémont et tué de sangfroid par ceux qui disputaient à qui l'aurait pour en tirer une forte somme.

1)1 CARDINAL M IZARIN. 309

Il faut donc songer à pratiquer tous les moyens imaginables pour lodi i65i lempescher; car ce seroit une chose bien dure, aprez le malheur qui est arrivé à Valenciennes et la perte de Coudé, que nous perdissions en outre plus de quatre mille bons hommes, lesquels, estant joints avec voslre armée, vous metlroicnl sans doute en estât de chercher l'ennemy partout.

Je suis asseuré (pie vous songerez à prendre la résolution la plus propre pour contraindre l«'s ennemis à accorder une bonne capitulation à M. du Passage. Neantmoins, pour voua dire ma pensée avec toute la liberté dont j'ay accoustumé d'user avec \<>ns. jecro] que rien ne pourroit plus contribuer à cette fin que de vous en aller du coslé de la Lya pour attaquer Saint- Venanl on Irmentieres, et mesme, «'-tant arrivé de ce costé-là, de destaclier deux ou trois nulle hommes de pied «•I douze ou quinze cens clicv;ui\, c lande/, par M. de Castelnau ou

Le] autre que vous jugerez à propos, <'t tenter la surpi ise de Courtrav où il n'y a personne; et cette alarme obligeroil asseuremenl les ennemis, pour se délivrer de l'engagement où ils sont à Coudé, d'accorder une bonne capitulation à la garnison, ou, ne le faisant pas, il- vous donneroient infailliblement lieu de l'aire de- progrès de ce eosté-là, assisté,

comme VOUS le série/, d \rras, de la BaSSée e| de Betliiiiic lesquels

progrès répareraient la perte de Coudé et de la garnison.

Il seroit pourtant bon, en ce cas, qu'auparavanl que von- approchiez de la Lys, vous destachiez quelque corps de cavalerie pour investir la place (pie vous voudriez attaquer, adressant le tout a M. de Mondejeux, lequel y joindrait celle qu'il ;i , et . estant pratique du paya . | il ] pourroit mieux prendre ses mesures qu'aucun autre, et je m'asseure que, luy en escrivanl dans le sens que vous pourrez faire, il mettrait le tout pour le tout pour faire réussir l'entreprise que vous résoudrez. Je ne manqiiera\ pas demj escrireà l'instant que je sçauray que vous aurez pris le part y que je vous propose.

Mazarin termine en annonçant à Turenne l'envoi de Saint-Martin avec l'équi- 1 Connaissant parfaitement le pays.

\ i ,i if>56. paye d'artillerie et beaucoup d'oulils. Du côté d'Arras, de la Baesée e\ de Béthunc Turenne trouvera de gros canons et des boulets. Prière de faire connaître le plus tôt possible la résolution qu'il prendra.

Aff. étr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio J; minute de la main de Roussereau. — Passages soulignés pour être chiffrés.

(extrait.)

La Fère, 17 août 1 656.

Le bruit court que les ennemis sommèrent dimanche passé le sr du Passage, luy déclarant que, s'il n'avoit trois sepmaines de vivres, ou quinze jours au moins, il n'auroit nulle capitulation1. Si cela estoit, il y a apparence qu'il aura une capitulation, et que la marche que vous avez faicte2 aura beaucoup servy à luy faire accorder les conditions qu'il aura demandées.

Je vous despesche ce gentilhomme, afin que, par luy, vous me puissiez mander promptement la resolution que vous aurez prise.

Le sieur de Vandy 3 vous aura dict qu'il n'y avoit personne à Saint- Venant et à Armentieres. Le premier [Saint-Venant] est un poste de grande

1 D'après les lois de la guerre en vigueur à cette époque, le droit moral d'un gouverneur de place forte de résister à l'ennemi était en proportion des moyens de défense dont il disposait. S'il excédait ce droit, il n'avait pas de quartier à attendre. Malheur au commandant d'une petite forteresse qui ne se rendait pas à la « sommation » officielle, faite par un héraut d'armes. S'il se laisse efforcer", et qu'il soit pris, il sera pendu ou fusillé "pour avoir été assez fou d'endurer le canon». Aussi se contenlet-il parfois d'une résistance fictive. Dans le cas actuel, le fait d'avoir des vivres pour

quinze jours impliquait, aux yeux de l'adversaire, pour le gouverneur de Coudé, une raison suffisante de tenir bon. Ces pratiques, en un temps où la guerre se composait surtout de sièges, prenaient leur source dans le désir réciproque des belligérants d'éviter les défenses désespérées.

2 On a vu. dans la lettre précédente, que Mazarin conseillait à Turenne de marcher vers la Lys.

3 11 est question de lui et de sa sœur. Mademoiselle de Vandi, dans les Mémoires de Bussy-Habulin. (Edition Lalanne. t. II. p. i35.)

DU CARDINAL MAZARhN. 311

conséquence; mais il est si bien fortifié, qu'à moins de le trouver sans ***■ garnison, on ne le peut pas attaquer. Armentieres estant une place qui feroil le mesrne effect pour nous, et [qui] peut estre insultée par fesboulement des fortifications, je crois que vous ne sçauriez mieux l'aire que de vous arrester à cette entreprise, d'autant plus que, l'armée estant postée en ce lieu-là, vous serez plus à portée de faire tenter la surprise de Gourtray; mais tout est remis à vous qui, estant sur les lieux et vous devant régler selon les advis que vous recevrez de Coudé, pourrez prendre les resolutions que vous estimerez les meilleures pour le service du Roy. Je vous advoue pourtant que je souhaiterois fort que nous fissions au plus lost quelque chose qui nous fist remonte) sur nostre beste.

Le Roy est tousjours dans la mesme passion d'approcher l'armée1. C'est pourquoy je vous prie de me faire sçavoir sans aucun delà) s'il y auroit inconvénient que Sa M1 allast à Ai ras par Peronne, menant avec elle toute la cavalerie qu'où pourra rassembler aui environs, qui formera tousjours un corps de plus de mille chevaux; et comme il faudra que, dans dix jours au plus tard, Sa M' iv\ieuneà Compiegne pour recevoir la reyne de Suéde, son voyage à Anas el à l'armée De pourra pas estre de longue haleine.

AIT. (ftr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). —

Minute autographe.

La Père, i i mal i656.

J'ay receu une lettre de M. de Fabeit qui m'oblige à vous depescher ce courrier, afin que vous soyez njromptement informé de ce qu'elle contient, d'autant plus que je crois, par d'autres raisons, que i'advie

1 La inimité porte bien : d'approcher l'année.

Aoûi i656. est fort bon; car outre que le prince de Condé, qui n'a rien à perdre. a tout interest d'engager D. Juan et Caracene à tout hazarder, leur faisant croire que nostre armée est (bible et abattue, je sçais qu'il est au desespoir depuis qu'il a appris, parles dernières nouvelles d'Espagne, qu'il ne doit rien attendre dans la conclusion de la paix générale que le restablissement dans son bien et non pas dans les gouvernemens, places et charges qu'il avoit1. [Je scais]2 aussy que, pendant qu'il n'oublie rien pour rompre, par le moyen de Fiesque3 et de Malauze4, la négociation qui se l'ait à Madris , de porter toutes choses à l'extrémité de ce costé-cy, recognoissant bien que ses affaires ne peuvent empirer par un mauvais sûccez et qu'elles pourroieut bien changer de face si les armes d'Espagne en avoient encore un aussy heureux que celuy de Valenciennes.

Il n'est donc pas permis de douter que ledit prince n'ayt employé toute son adresse pour faire prendre à D. Jouan la resolution de vous combattre toutes les fois qu'il le pourra, ainsy que M. de Fabert prétend

1 Durant les conférences qui venaienl d'avoir lieu à Madrid, pendant tout ie mois de juillet, entre H. do Lionne et don Louis de Haro, la question du prince de Gonde' avait été l'objet de contestations sans fin. Lionne avait consenti au rétablissement du prince dans ses biens, environ 600,000 écus de rente, mais avait nettement refusé de lui rendre ses gouvernements et ses places fortes de l'Est. Louis de Haro soutenait, de son côté, que l'honneur de l'Espagne était engagé à faire restituer au prince français tout ce qu'il avait sacrifié pour elle. Il est probable, quoiqu'en dise ici Mazarin, que l'on serait parvenu à s'entendre dès i656. sur le sujet de Condé, si la nouvelle de noire échec devant Valenciennes . arrivant à Madrid le 3i juillet, n'avait refroidi les Espagnols. La preuve c'est que, dans la paix définitive de 1 659 , le prince de Condé obtint la restitution de son gouvernement de Bour-

gogne et la charge de grand-maître de France pour son fils, le duc d'Enghien.

2 Ce mot ajouté sur la marge est douteux.

3 Charles-Léon, comte de Fiesque, qui avait épousé Gilonne d'Harcourt. Condé l'avait envoyé en Espagne.

4 On trouve à cette époque un Louis de Bourbon-Malause ou Malauze , comte de Lavedan, mort en 1667, dans sa soixantième année. Comme ce personnage ne figure pas dans les troubles de la Fronde, je pense que le nom a été altéré et qu'il faudrait lire Mazerolles. Louis du Pas, marquis de Mazerolles . est cité . dans les Mémoires de Pierre Lenet, comme un des personnages que Condé envoyait aux puissances étrangères pour solliciter leurs secoues [Mém. de Lcnet. p. 611., édition Michaud et Poujonlat). Le comte de Fiesque est souvent cité dans les mêmes mémoires comme un des principaux de Condé en Espagne.

DL CAKDIiYAL MAZARIN. 313

sçavoir, et il est fort vraysernblable que D. Jouan y a\t consenti par la Août H>."j<i. grande envie qu'il a d'acquérir de la réputation. La prudence ne lu y permet pas encore de faire reflexion sur les suites malheureuses pour la Flandre que produiroit la perte d'un combat.

J'ay creu qu'il estoit à propos de vous mander tout cecy, quoyque vous soyez en lieu où M. le prince de Coudé ae peut pas vous forcer ;i combattre, si vous ne le voulez1. Si j'adjoustoi^ fo] aux pronostics**, je vous prierois de chercher l'euneiin partout, puisque L'envoyé d'Angleterre est venu icy exprez pour me dire qu'on lu\ avoit mandé de Londres, il y a trois mois, une prédiction qu'on avoit trouvée, laquelle portoit qu'un fils du roy d'Espagne viendrai! eu Flandres; que, a soi: arrivée, il remporteroit une grande victoire, mais que, six semaines un deux mois aprez, il perdroit un combat dans lequel il demeurerait prisonnier, et deux personnes de grande qualité a\ec luy.

Air. étr., l'uvs-Ba*. I. 38 (san-> indication de page m de folio). — Minute de la main de ti'

À M. DE Tl RENNE.

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