‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 63 sur 285 · CXC1V · texte numérisé non relu

CXC1V

AU'. étr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio); minute de la main il<' Rose

— Passages a chiffrer soulignés.

A M. DK TURENNE.

■ on . |»i«-j ; m • • . 'i aoûl

(g\TKMl.

M. de Navailles me donna hyer au soir ad vis, par le moyen du mar-

1 Deux cents cavaliers démontés 5 Mongiat (Mémoires, p. 3i5, édil. Michaud et Poiij'oulat) dit que du Passage sortit de Coudé ^tambour battant . enseignée déployées, avec cimj mille hommes «,

1 Ce nom est indique par une lettre pus teneurs. (Voy. la lettre à M. «le BordeaNJ du a8 août.) La lettre porte Durequevilliers qui ne se trouve pas dans le Dictionnaire des communes. Turonne. dit dans ses Mémoires

(p. 68e de l'édition Miehau I et Poujoulal | que la garnison de Condé l'ut rameoée eu France par le pays de Luxembourg. Dam-

villiers est comprit maintenant dans le département de la Meuse rroadksemenl de Monlmédv .

' Solde nominale d'un mois, el effectivement de àS jours, pavée d'ailleurs a des dates indéterminées. ( Vov. plus haut . sur ce sujet, la note df la page -186.)

io .

Août icr>6 quis Hocquincourt1, que les ennemis passoient le pont d'Aipre (sic)entre Cambray et Bonchain et qu'ils dévoient venir camper à Marquioir : que M. de Navailles envoyoit tout sur l'heure un parti pour estre asseuré de leur marche; qu'il croyoit que, prenant ce chemin, ils se vouloient aller poster dans le Vermandois'1 pour obliger l'armée du Hov à se retirer du lieu où elle est; qu'il vous donnoit le mesme advis, adjoustant enfin que, si les ennemis n'alloient pas dans le Vermandois. ils pourroient bien prendre le poste d'Arleun 5, qui leur est très commode.

Je considère que, prenant ce chemin-là, qui est le mesme que vous avez pris pour aller au lieu où vous estes, ils pourroient bien avoir la pensée de s'approcher de vous pour voir s'ils auroient occasion de vous combattre advantageusement, puisqu'ils ne prôsnent autre chose dans leur armée que de vouloir combattre la nostre à quelque prix que ce soit. Mais6 comme par les advis que j'ay, qui sont confirmez par la conduite que les ennemis tiennent, je vois que c'est le prince de Gondé qui est le maistre de toutes les resolutions, et que les Espagnols, oubliant leurs vieilles maximes, se laissent persuader à faire beaucoup de choses qu'eu d'autres temps ils n'eussent pas seulement escoutées, je croy, en premier lieu, que ledict prince les aura faict consentir à faire une irruption en France, leur faisant accroire, parles advis mesmes qu'il leur aura communiquez de ses correspondans de Paris, que, cela s'executant, l'on verra de grands desordres dans le royaume et quelque soulèvement dans la ville capitale, et que M. de Turenne venant pour l'empescher seroit forcé de le combattre et donner lieu aux armes d'Espagne de remporter une plus grande victoire et plus décisive que celle qu'ils ont eue à Valenciennes.

' Fils du maréchal d'Hoequincourt. (Voy. ' Cette partie de la Picardie avait pour

t. V, p. 52 3 , note h , des Lettres de Maiarin. ) capitale Sainl-Quentin.

5 Ce pont, dont la position est nettement 5 Arleux-en-Gohelle, aujourd'hui village

marquée, n'est pas indiqué dans les Die- du Pas-de-Calais, arrondissement d'Arras.

tionnaires géographiques. 6 La minute porte bien mou, quoiqu'il

1 Marquion est maintenant un village n'y ait pas opposition de pensées, et seule-

dii dép. du Pas-de-Calais, arr. d'Arras. ment une suite de la même idée.

DU CARDINAL MAZAÏUV 317

Cela est confirma par lettre de Bouteville1 qui a esté veue depuis peu. toat 1666. par laquelle il mande qu'asseurement ils entreront en France. 11 v a de plus des medisans qui soutiennent qu'une belle dame2 presse ledîct prince à y faire un voyage, croyant que ce seroit une bonne occasion pour se confirmer de vive voix ce qu'ils sescriverit tous les jours t.'l donner matière à de beaux romain.

Je croy donc que la première pensée du prince de Coudé sera d engager les Espagnols à entrer dans le royaume; sinon, je ne doute pas qu'il ne les porte à s'approcher de vous pour tascher de vous combattre; car quelque chose oui puisse arriver, ledicl prince ue peut rien perdre et peut beaucoup gaigner, et mesme il espérera avec fondement d eetre plus considérable qu'il n'est à présent aux Espagnols, s'ils perdoienl une bataille. C'est pourquoy il faul tenir pour constant qu il h \ aura artifice dont ledict prince ne se serve pour tout hasarder et porter les choses à l'extrémité, adjoustanl aux adyis qu'il peut recevoir de Paris tout ce qu'il croira le plus capable de leur persuader qu il u v a rien de si facile et de si seur que de remporter de grands advantages, -oit en entrant en France, ou en vous cherchant pour vous combattre; et; de l'aict, je sçay qu'il presche continuellement que vous n'avei (pudouze ou treize mille hommes, el que tant les officiers que les soldats sont dans une extrême espouvante .

Cela présupposé, il faul , à mon advis. se conduire avec la dernière >;igesse, et ne parlant dans l'armée généralement , sans en excepter aucun . que de combattre, prendre en vous-mesme la resolution de ne le faire pas, à moins que l'envie que le prince en a l'oblige à voua venir rliercber en des lieux où il vous fusl advantageux d'estre attaqué. Car. par celte conduite , il y a grande apparence que nous profiterons de quelque

' Voy. ci-dessus, j>. G(>, noie i. ' Les conseils de Coudé ne forent cepen- 1 Très probablement M"" de Ch&tillon, dant pas suivis, comme on le terra par lu sœur de Bouteville. qui, parmi ses nom- correspondance du mois suivant. e| il en breux amants, avait compte le prince de résulta de \i\es altercations entre lui el Gondé. (Voy. t. \. p. i38, note 4, des les généraux espagnols don Juan et Gara- Lettres de Mazarin. ) cène.

Voûi iô56. bonne occasion, dans laquelle peut-estre les ennemis se [mettront] ' au hazard de perdre la Flandre, ne doutant point que, s'ils se laissent aller, comme ils font, aux persuasions dudict prince, il ne les fasse tomber dans des fautes capables de leur causer ce malheur-là; et quoyque le prince de Coudé, estant un grand capitaine, cognoisse bien ce qu'il faut faire et ce qui convient aux Espagitols, neanlmoins, son interest l'obligeant à tout faire bazarder, quand mesme il y auroit quelque chose contre les règles de la guerre, il ne se souciera pas de porter les choses aux extremitez par toutes les voyes qui luy seront possibles. Et, dans la conjoncture présente, il redoublera ses efforts pour entrer en France, ou pour [avoir lieu]2 de combattre, afin de donner chaleur aux négociations que l'on a mises, de tous costez, sur le tapis pour son accommodement, sans parler de ce qui se traite en Espagne avec M. de Lionne3.

Vous voyez de quelle conséquence il est de tenir tout cela secret, et principalement le point est de ne faire pas ce que voudroit le prince de Coudé qui, par son interest, s'attache autant à tout risquer que vous" à ne le faire pas, vous souvenant pourtant de ne rien obmettre pour bien imprimer dans l'armée, à commencer par vos plus confidens. que vous ne songez qu'à combattre et que vous en avez receu ordre de la part de Sa Majesté5.

Mazarin parte ensuite des mesures qu'il a prises pour mettre les places à l'abri d'une attaque et rassembler des troupes.

1 On peut tire : se mettent.

2 Mots douteux.

\ oy. ci-dessus, p. 3 12. La négociation d'Espagne, à laquelle Mazaiïn fait ici allusion . ne continuait plus alors que pour la forme. L'abbé Vittorio Siri, que Lionne ramena avec lui en France, à la tin de septembre, raconte que cet ambassadeur lui déclara que Mazarin n'avait pas eu l'intention réelle de coaclure ta paix avec l'Espagne. Le fait paraît incontestable, en

ce qui concerne la période postérieure au 3i juillet, parce qu'alors les conditions de l'Espagne étaient devenues inacceptables, en raison de l'échec de Valenciennes.

' Le sens est : que nous avons d'intérêt a ne le faire pas.

5 On peut suivre, dans les Mémoires de Turenne (p. 48o et Z181. édit. Michaud et Poujoulat), le plan qui! adopta et le soin avec lequel il sut éviter de livrer bataille (Voy. aussi une lettre du 8 septembre 1 656 .

DU CAKDINAL MAZARIN.

VoAl

A(ï". <Rr. , France, t. 288, f° 392. — Original signé.

AU OUANOELIBR (PIERRE 9ÉGI IKR).

Compiègne, ati août 1 656.

Ou a trouvé fort estrange L'arresJ *j m* le Parlement ;i donné sur le sujet des évocations1. Le Koy a fait examiner l'affaire ;'i fond, et M. LeTelhera esté chargé de vous faire Bçavoir les sentiments de S;i \l qui sera bien aise de sçavoir encore là-dessus les vostres. C'est pourquoy je ne ni'estendra) |»;is à présenl davantage sur cette matière.

Pour ce qui est de l'evesché de Chartres . eatanl de vos amis autant que j'en suis, vous trouvère/ bon que je vous parle avec liberté et que je vous die <jue l'on est icy l'orl eslnnné que VOUS 11e vous soyez pas adressé directement au Roy pour luy demander une grâce de cette nature8, et que vous attribuiez à M. !<■ due d'Orléans nn droit de préaen-

dans laquelle Mazarin le félicite de sa tac-

liqne hollandaise et de l'habileté avec la* quelle il a déjoué" les projeta de Coudé.)

1 Par les évocations, le Uni chargeait un tribunal spécial de prononcer anr nn pn Le Parlement demandait la suppression de ces évocations. I,cs plus communes étaienl ces lettrée de wmmtttiHu*, donl jouissaient un si bon nombre de pereonnagee , grands et petits, <'i en rertn desquelles presque tous les officiers de finance, de justice, «les eatu et forêts, des gentilshommes, des ordres religieux, et jusqu'à de modestes fonctionnoires comme les archers d'un commissaire desgrnrres', pouvaient transporter fi la barre du Grand Conseil, à Pari*, tous les procès où ils étaient parties principales on inter venantes, el se dérober ainsi aux jnridie-

lions ordinaires. Cette Intervention de l'omnipotence royale se manifestait d'une façon pins brutale encore lorsque des arrêts du Conseil privé venaient suspendre une instruction commencée, on ai radier .1 nn parlement une affaire en instance, son" poni la faire Niger ailleurs . soit pour ne p - 1 juger du tout.

1 Jacques Lescot, évoque de Chartres depuis iti'i.'i, était mort le -j> sont i65fl Il eut pour successeur Ferdinand de \eul-

\ille. Villerm. ne en 1608, d'âhord 08*

adjutcur de Sainl-Maio, transféré s Chartres en 1 007. mort en 1 &90.

1 II est probable, d'après ce pansage

<|ue le chamelier axait demande que SOU

frère, évêque de Meaux, fui bransfifré fi Chartres

loûi i6sa. tation que luy-mesme ne prétend pas et dont ou a tousjours formellement exclu les Reynes et les fils de France1. Vous ne devez pas douter qu'on ne se soit Tort recrié que le chef de la justice, aussy esclairé que vous, paroisse eslre dans d'autres sentiments; et quoyque j'aye rabattu les coups autant que j'ay peu, on n'a pas laissé d'y trouver à redire, et j'ay esté dans l'impuissance de vous servir en cette rencontre, connue je feray avec chaleur en toutes les autres où vous me fournirez les moyens de tesmoigner combien je suis, etc.

Aff. étr. , France, I. 27.3, f° 189 v"; copie du temps. — Addition autographe.

AU CARDINAL BICHI

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