‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 68 sur 285 · À M. LE DUC DE W\ VILLES · texte numérisé non relu

À M. LE DUC DE W\ VILLES

Compiègne, i septembre i 656.

I i.MiniT. )

Je viens de recevoir vostre billet escril d hyer à trois beures aprèsmidy, et, ainsy que vous ave/. \eu par mes lettres, je oe doute poinl

du deslac.lie.menl ([lie les eiineiuis ont laiel de quatre mille Iihiii s

pour aller à Saint-Guillain ; mais je ne suis pas de vostre advia -m la construction des forts auxquels \<ms croyes que ce corps travaillera,

' L' ir ingénieur « . doûl il esl ici question . correspond h ce que noue appelons aujourd'hui mi officier du génie, et . d'après sa solde, on peut l'assimiler, comme rang, à un mestre de camp ou colonel. Il u'existail

alors, ou le sail . aucun corps semblable à ci'

que nous nommons le génie militaire. Tous les officiera étaient censés connaître l'art d'attaquer ci de défendre les places, qu'ils apprenaient à l' académie. L'Etal oe dédaigne

pas pour cela l'avis des particuliers com-

pétents. Tonte une pléiade de savants s i virent ainsi, soil avec des titres inférieurs — architecte des forti6calions, conducteur .les travaux es année-, capitaine el directeur des redoutes, — Boil même -ans aucun titre. Un peu plus lard, le l!"i les récom pensa par le brevel de maréchal de camp ou du moins d'tf^éniettr ordinaire. Ce corps illustre fut ainsi constitué insensiblement,

à celle époque, SUS loi ni institution aucune.

Sepi. i656. assislé de paysans, car je suis certain que le travail se fera à la circon- \allation et que les ennemis attaqueront ladicte place par force.

J'ay proposé à M. de Turennc divers desseins en cas que les ennemis s'engagent audict siège, comme je tiens pour constant qu'ils feront. Je ne sçay pas la résolution qu'il prendra, mais je m'asseure qu'il ne perdra pas un moment de temps à exécuter ce qu'il aura résolu.

J'attends de ses nouvelles afin d'agir conformément à la resolution qu'il aura prise l. Si les ennemis estoient postez en sorte qu'on les pust combattre , je crois que M. de Turenne en prendroit la résolution , s'il re- ■ cognoit qu'ils ne sont pas seulement affoiblis de quatre mille hommes que D. Fernando de Solis a derrière la Lys, des deux régimens espagnols et d'un wallon qu'ils ont laissez à Gondé, de ce qu'ils ont laissé à Mous, mais aussy par le destachement de quatre mille [hommes] dont vous me donnez advis, et d'autant plus que M. de Turenne pourroit estre renforcé d'un bon nombre de troupes de cavalerie et infanterie des garnisons d'Arras, Bethune et la Bassée et Hesdin, et mesme de ce que nous avons à la frontière; mais je ne crois pas que cela pust arriver à temps.

Si les ennemis s'arrestent longtemps à l'endroit où ils sont à présent, on pourroit envoyer en diligence un bon corps de cavalerie du costé du Quesnoy, lequel auroit peut-estre occasion de rendre quelque grand service, non seulement favorisant ce que nous voudrions jeter dans Saint-Guillain, mais attaquant un quartier des ennemis, fortifiés de sept ou huit cens mousquetaires qu'ils pourroient tirer des garnisons de Landrecy et du Quesnoy.

Je vous prie donc de faire la proposition à M. de Turenne et [de] luy dire que, s'il le jugeoit ainsi à propos, vous prendriez le soin de commander ce corps, lequel seroit considérable si M. de Turenne destachoit seulement de l'armée ce qu'il y a des régimens de la Revue, des deux [de] Revel, de Mancini, de Marolles, de Gontery et de Brinon,

1 La copie porte : afin d'agir en sorte trouvent reproduits textuellement dans la qu'on les pust combattre , conformément, etc. phrase suivante et doivent être retranchés Les mots en sorte qu'on les pust combattre se de la phrase qui précède.

dont les cavaliers démontez seront tous demain entre Peroime et Han ', Sept i656. en joignant à ce que dessus les gendarmes et chevaux-legers du Roy qui sont à Roye et à Mondidier, le régiment de Thorigny qui est de deux cent cinquante maistres, les deux compagnies de chevaux-legers de la Reyne et de Monsieur qui sont de deux cent vingt [maistres], la compagnie de Guyse qui est de cinquante vedettes-, le régiment de la Guillotiere qui est de cent et celui d'Espense qui est de cent quarante, on formera un corps de deux mille chevaux et fort bons3.

Vous le pourrez donc mander, de ma part, à M. de Turenne, afin que, s'il approuve cette pensée, il puisse, sans perdre un moment de temps, envoyer les corps des regimens nommez ey-dessus, dont le destachement n'aflbiblira pas nostre année, et l'ordre de ce que \<>n> auriez à faire, et en ce cas vous pourriez partir a l'instant, et peut-estre j'auray quelque moyen de vous fortifier encore: car j'espère que , dans cinq ou six jours, la cavalerie, qui est sortie de Coudé, pourra estre à Guyse.

J'attendray avec impatience les nouvelles de la response que M. de Turenne nous fera là-dessus, et je nous prie de nous donner à tous momens celles que vous apprendre/ des ennemis.

1 Ham.

' On a vu que ce mot (!tail synonyme de cavaliers.

1 Comme on le \oil par cette ^numération, l'effectif des régiments de cavalerie

«'•lait aussi variable que celui de l'infanterie. Mazarin en cite ici un de cent maîtres et un autre de -25o. Dans la cavalerie étrangère, que nous entretenions à notre solde. il y avait jusqu'à mille chevaux par régiment, et dans la nôtre, le chiffre de cent cavaliers n'était pas toujours atteint. C'était d'ailleurs depuis peu de temps seulement que les compagnies de cavalerie étaient réunies et SOUS corps de régiment ». Jusqu'à

l'avènement de Louis \[V , elles avaient vécu isolées, indépendantes les unes des ;,,,■ n'obéissant qu'a leurs capitaines nui a'obeusaienl eux-mêmes qu'au général en ehef.

Si t l'ancienne coutume du royaume wmlaii que le doyen des capitaines de chevau-tégers ait le commandement -ur les lutres», ce n'avait pas été, jusqu'à Maxarin, une obligation étroite et absolue. Quant au rôle du mestre de camp général de la cavalerie légère, il se bornait encore à transmettre les ordres et à t donner l'attache ■ aux capitaines nouvellement promus. Ou le voit par les Mémoires de Buss>. qui exerçait alors cette charge.

Sept. it>56. —

CGII.

Bibl. nut., ms. f. fir., Mélanges de Colbert, t. 5i, f° 291; minute. — Passages à chillïer soulignés. — Aff. étr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio); copie du temps.

Compiègne, 8 septembre 1 656.

(extrait.)

J'ay si bonne opinion de vous que, quelque nouvelle qu'on nous ayt donnée à tous momens de la marche des ennemis et de la nécessité dans laquelle ils vous mettroient de combattre1, je vous puis jurer de n'en avoir eu la moindre inquiétude et, au contraire, j'étois fort persuadé que, si les ennemis vous lorçoient à combattre, nous pouvions espérer un grand succez, parce qu'ils seroient obligez de vous attaquer desadvantageusement.

Il me semble que vous leur avez joué un beau tour dans le décampement que vous avez faict de nuict, bruslant le camp pour venir vous poster à Houdin2; car, ayant creu que vous vous retiriez en France, ils se sont résolus de vous suivre et se sont advancez plus qu'ils ne dévoient.

Je suis pourtant obligé de dire que le prince de Gondé n'est nullement satisfaict de vostre conduite, et je sçay de fort bon lieu qu'il la descrie jusqu'à vous appeler le capitaine hollandois, vous couvrant toujours de rivières et de marais, et, à la vérité, vous avez grand tort de ne faire la guerre à sa mode, quoy qu'on pourroit [sic) dire pour vostre excuse que vous avez appris de luy et des Espagnols à en user de la sorte, n'ayant faict aucun mestier depuis longtemps que de mettre bien souvent deux rivières entre leur armée et celle du Roy.

1 Comparez oi-dessus, p. 3i5, la lettre Pas-de-Calais, air. de Be'thune; 2° dép. du du 2 à août adressée à Turenne. Nord, arr. d'Avesnes. D'après les Mém. de

2 On trouve deux bourgs ou villages du Turenne (p. 48o, édii. Micbaud et Poujounom de Houdin, ou Houdain : 1° dép. du lai), il s'agit de Houdain. près de Béthune.

Je vous prie de vous consoler du peu de satisfaction que ledict Sept. if>"><<. prince tesmoigne de vostre manière d'agir, et ayez la bonté de le compatir si, dans Testât où sont à présent ses affaires, il voudroit qu'à toul moment on hazardast le pacquet. Il a esté assez heureux pour le persuader à D. Juan et à Caracène, puisqu'ils ont donné les mains à tout ce qu'il a voulu sur le poinct l de vous combattre, leur ayant promis une victoire infaillible, dont la moindre suite seroit le renversement de tout le royaume; et je sçay, à n'en pouvoir pas douter, que lesdicls chefs croycnl leur armée plus forte de quatre ou cinq mille hommes que celle du Roy, nonobstant qu'ils tombent d'accord de n'avoir que dix-sept à dix-huit mille hommes, cavalerie et infanterie, BUT qno\ je vous prie de prendre vos mesures; car il n'y a rien de plus certain que ce que je vous dis.

Il est pourtant vra\ qu'ils ne comptent pas le corp- qui es! sort) de Coudé, duquel ils font beaucoup de cas. l'estimant fort de quatre mille hommes, avec lequel ils advonent que roua serez presque auss) fort qu'eux. Vous sçavez auss\ cju'ils continuent dans le mesme dessein de Saint-Guillain et qu'ils songent seulement aux moyens d'emporter cette place sans la changer avec une autre qu'ils appréhendent que vous n'emportiez au mesme temps.

En cet instant, je reçois nouvelles de Bapaume, par lesquelles j'apprends que les ennemis avoient décampé, prenant la route de Lena. Après quoy vous aviez marché pour vivre à \ubign\ \ el j a\ grand plaisir de voir qu'ils se retirent, au lieu de vous contraindre, comme ils avoient résolu, de rentrer dans le royaume. Le chemin qu'ils prennent n'est pas contraire au dessein d attaquer Saint -(i uillain . C'esl pourquoy je vous prie de revoir toutes 1rs lettres que je vous a\ escrites sur ce sujet, afin de nous mander, en cas qu ils \ aillent, la resolution que vous prendrez et ce que devra faire le corps qu'amené M. du Passage, et quelle assistance on vous pourra donner de ce coslé-cv pour contribuer au bon succez de ce que vous entreprendrez.

Project semblerait préférable. — ' Auj. dep. de l'Aisne bit. de Laon.

Sept. i656. Je vous prie aussi de me faire response sur divers articles, desquels il est important que je sois esclaircy; et si vous prenez la peine de dire vos sentimens au sieur Talon , il aura le soin de me les faire sçavoir en diligence. Cependant il est bon que vous sçachiez que les ennemis ne trouveront pas la facilité qu'ils se sont proposée à l'attaque de Saint- Guillain; car j'y ay faict entrer depuis quatre jours deux cents hommes de pied, cent dix cavaliers commandez par la Guillotiere1 et près de quatre-vingts olïiciers ou gentilshommes et trente de mes gardes, et dans ce nombre sont compris les ingénieurs. J'ai envoyé en outre Blondot avec prez de trente milliers de poudre, quatre milliers de mesche, deux mille grenades, deux cens mousquets, deux cens picques, des médicamens, du vin, de l'eau- de-vie et beaucoup d'autres commoditez que M. de Schomberg m'avoit demandées, desquelles ledict Blondot a faict charger cinq charrettes à Guise.

Je vous dois aussy dire que les fortifications y sont en bon estât et que, dimanche passé, fut achevé un travail à corne;'2 que M. de Schomberg faict à présent couvrir l'écluse. 11 a faict aussy oster beaucoup de terres des digues et particulièrement de celle qui vient de Bossu3, afin de pouvoir mettre de l'eau partout. Auparavant qu'il y fust rien entré de ce que je vous marque cy-dessus, il envoya l'extrait au vray de la force de sa garnison , laquelle consistoit en sept cens trente six hommes de pied, sans y comprendre les officiers, cent vingt-cinq dragons' dont

' Michel d'Ails de La Guillotiere, maréchal de camp depuis i646, mourut en

! Les cornes, les ravelins , les redoutes, les plates-formes et les cavaliers, tous ouvrages en terre revêtus de brique, remplaçaient, depuis le seizième siècle, les bons gros murs flanqués de tours rondes ou carrées qui suffisaient jadis rtà garantir les hommes de l'impétuosité du canon ». Mais la transformation se faisait lentement, surtout pour les petites, places, souvent délabrées.

8 Ville du Hainaut (roy. d<> Belgique).

4 Le nom de dragon était apparu pour la première fois , dans notre armée . depuis vingt et un ans seulement, en i63o, où Hichelieu avait été fait colonel d'un régiment français r'd'infanterie à cheval", c'està-dire de dragons.

C'était alors une grande nouveauté de voir, montés sur des bidets , des hommes armés de fusils, qui, pour combattre, mettaient pied à terre en jetant la bride de leurs chevaux sur le cou de celui de leur»

voisins.

il y en avoit quatre-vingts montez, soixante cavaliers commandez et les Sept. ■ •.:.•.. gendarmes escossois et volontaires, qui servent dans la compagnie.

Apres tout ce détail que j'ai creu nécessaire de vous faire Beavoir, il est bon que vous soyez informé, afin de pouvoir bien prendre \<>mesures sur toutes choses, que M. du Passage doit estre ce soir a Retel ' et mercredy ou jeudy au plus tard à Saint-Quentin, et que la force du corps qu'il amené, pourveu qu'il n'v ayt point eu de soldats qui se soient desbandez, consiste eu cenl trente neuf capitaines d infanterie, cent soixante quatre lieutenans, quatre-vingt-dix-neuf enseignes, deux cens quatre-vingt-seize sergens, deux mille deux cens soixante-huit soldats, dix-neuf capitaines de cavalerie, seize lieutenans. \ingt-trois cornettes, vingt-deux mareschaux des logii et cinq cena trois cavaliers tant à pied qu'à cheval. On leur a laut donner des souliers; ils ont les estappes à raison de près de deux mille livret par jour. Je leur envoyé cenl vingt chevaux pour remonter la pins grande partie des cavaliers qui sont à pied, et ils seront payes, en arrivant à la frontière, à la mesme proportion (pie Ton a pave les troupes des deux armées.

cent.

Bibl. liai., ms. f. Ir. , Mélanges de (lolbert, t. 5 1 , f° sg3 v"; minute. — Aff. étf. . I'ay*-Bav t. 38 (sans indication de page ni de folio |; copie da temps.

À M. DK Tl RENNE.

Compiene, 8 seplcmbiv icif>6.

(eitiuit.)

Vostre garde vient d'arriver qui m'a rendu vos lettres du o" et du 7. Je n'ay rien à adjouster sur ce qui est de la marche des ennemis à Lens et à Douay et de tout ce que vous avez faict; je vous diray seu-

1 Le manuscrit porte bien Ilelel, niais il y également du H septembre, Marie est niena probablement erreur, d'après la route que bonne comme le lieu où se trouvent le^ suit l'armée. Dans la lettre suivante, datée troupes conduites par M. du Paisage.

Sept. i656. lerneiil que Leurs Mtez sont très satisfaictes de la manière dont vous vous estes conduit en ce rencontre. Mais, parce que je voy que vous estes persuadé que les ennemis n'entreprendront pas le siège de Saint- Guillain par force, je suis obligé de vous confirmer ce que je vous ay desja mandé, que leur intention est tout-à-faict différente. Il est certain que celle (la resolution) qu'ils ont prise est de l'attaquer par force, et cela estant, ils peuvent bien dcstaclier un corps pour investir ladicte place et commencer à travailler à la circonvallation; mais ils ne manqueront pas d'y aller, aprez, avec toute l'armée.

Je croy donc qu'on pourroit attendre pour voir s'ils s'y engageront; mais, en ce cas, on croit que vous pourrez fort aisément entreprendre sur une place de la Lys, sans appréhender qu'estant une fois avec toute l'armée engagez au siège de Saint-Guillain par force, ils puissent deslacher un assez grand corps pour vous empescher le bon succez du dessein que vous auriez entrepris sur la Lys.

Cependant je suis fort d'advis de tascher de surprendre la Capelle avec le corps fortiftié de cavalerie que vous envoyeriez pour cet eff'ect, mais il faudroit que, sans perdre un moment de temps, vous fissiez un projet de quelle manière l'on executeroit la chose; que vous escrivissiez les personnes qui doivent agir, que vous envoyassiez quelqu'un devant à Guyse ou à Vervins pour préparer ce qui seroit nécessaire, et enfin donnassiez tous les ordres pour l'exécution, me faisant sçavoir en diligence s'il ne seroit pas mieux d'envoyer à Guyse ou à Vervins le corps que M. du Passage amené à Saint-Quentin, ou de le faire demeurer à Marie. Voilà tout ce que jay à vous respondre, me remettant neantmoins à tout ce que vous résoudrez et vous asseurant que le Roy l'approuve dez à présent1.

1 Ce projet fut exécuté, et la Capelle, Picardie. Loret. dans sa Muse historique

assiégée par Turenne, capitula le 26 sep- (lettre du 3o septembre), vantait son ini-

tembre, comme on le verra plus loin. Cette portance :

ville, qui n'est plus aujourd'hui qu'un chef- . . , , ,

' * J ' Petite, mais fort régulière.

lieu de canton du département de l'Aisne, Et qui vant (cc mVt 0D mandé)

passait alors pour un des boulevards de la On peu trois fois mieux que Conde.

Il me semble qu'il est à propos aussy que je vous réplique ce qui 9cpt >-■:,.. est contenu dans mon autre lettre1, afin de vous destromper de la croyance que vous avez que les ennemis ayent cent bataillons d'infanterie et cent escadrons2 de cavalerie; car vous devez faire fondement sur ma parole qu'ils n'ont pas plus de dix-sept à dix-huit mille hommes et La Cardonniere3 me vient de dire que, hors vingt escadrons et trois à quatre mille hommes de pied, tout le reste de leur armée est composé de meschantes troupes.

Bibl. nat. , nis. I. IV. , Mélanges de Colbert, l. 5 1 , f * 'J96 \\ — Mmul<\

\ M. DE TURENNE

« onipiègfir, i| •M-pleinlirv 16S6.

(iXTIUIT. |

Je vous escrivis hyer au long par le garde que vous m'aviei depeaché; mais à présent je suis obligé de vous donner un advis que | a\ receu ce matin, afin que, recognoissanf de plus en plus I intention des ennemis, vous puissiez mieux prendre vos mesures. Vous sceurei donc qu'ils ont prétendu vous contraindre à rentrer en France, «>u au moins a vous approcher de la frontière, afin île vous esloigner des places de la Lys, desquelles je ne sçeurois asseï voua exagérer la jalousie4 qu'ils ont, et de pouvoir entreprendre sur quelque place, ayant tousjours plus dans la pensée celle de Saint-Guillain qu'aucune autre. Ils se flattent aussy d'un grand ailoiblisseineiit à l'année et qu'elle seroit obligée d'approcher la frontière.

Je sçay en outre que, le sixième de ce mois, ils n'estoienf pas encore

' Voy. ci-dessus, p. .'{38. h relie époque que pour figurer no ordre

' Les mois d'escadrons et de hnlaillons passager de roinbal. n'étaient usités que depms très peu d'années ' Voy. sur La Cordonnière. 1. IV. p. 'iH-,

pour désigner On effectif de cavalerie ou des l.rtircs tic \ln:ariti.

d'infanterie. On ne s'en servaii guère encore v L'inquiétude.

,Wi LETTRES

Sept. i(ï.")f>. résolus daller à S'-Guillain, craignant tousjours que, s'engageant à ce siege-Ià, ils vous donneraient lieu d'en faire quelque autre plus important sur la Lys, et d'autant plus qu'ils voyent que vous vous portez tousjours avec l'armée en des lieux qui n'en sont pas esloignez. 11 me paroist aussy qu'ils voudraient que vous attaquassiez le Castelet ou la Gapelle, faisant grande différence de ces places aux leurs et crovant qu'en ce cas ils pourraient, sans aucune appréhension, attaquer el prendre Saint-Guillain.

Ils tesmoignent tousjours d'appréhender le renfort que vous aurez, M. du Passage se joignant à l'armée.

11 a commencé desja à y avoir de la jalousie entre le prince de Condé et D. Juan, et celuy-cy et Caracene, se déclarant assez que l'humeur dudict prince est incompatible' et que malaisément on pourra vivre avec luy en grande union, quoyqu'ils soient résolus de n'oublier rien pour la conserver, au moins en apparence2.

Vous pouvez faire fondement sur tous ces advis, car ils sont tresveritables et me donnent lieu de vous proposer s'il serait à propos que, pour oster aux ennemis la jalousie qu'ils ont que, s'engageant à Saint- Guillain, vous n'attaquiez quelque place sur la Lys, vous vous esloignassiez, venant prendre quelque poste vers le Castelet et Cambray. puisqu'on m'asseure qu'on y trouvera encore beaucoup de fourrages et de bleds. En faisant cela, vous pourriez laisser des troupes à M. de Mondejeu, afin qu'il en pust secourir Bethune ou la Bassée en cas de besoin, y adjoustant ce qu'il pourrait tirer de sa place pour cet effect, ainsy qu'il m'avoit promis de faire dernièrement, lorsque vous estiez sur la Sambre, si l'occasion se fust présentée.

' Le mot incompatible a le sens d'inso- dagne, le précédent gouverneur des Pays-

eiable. Bas, qui. un jour que l'armée d'Espagnp.

* Cette mésintelligence s'accrut beaucoup entrant en Picardie, avait été obligée de faire

durant les deux semaines qui suivirent, à balte parce qu'elle ne connaissait pas les

cause de la retraite des Espagnols, dont le chemins, avait dit malignement : *Quoi I

prince de Condé se montra fort irrité. Il le prince de Condé vient pour révolter la

avait eu les mêmes querelles avec Fuensal- France . et il n'a pas un guide pour y entrer. »

Sepl. i656.

Afi'. étr. , France, t. 374, i° 5i; autographe. — BiH. nat, ma. I. fr., Mélange* de Crtbert, t. 5i, f° 228; minute — M. 1*. Clément a publié un extrait de cette lettre, comme

on le \erra par les notes.

\ J.-B. COLBERT

(bitbiit. I

1 lompiègne , g septembre 1

J'ay receu toutes vos lettres. Voua me ferez plaisir de venir icj au plus tost; niais je ne croy pas (|ue vous le puissiez faire qu'avec La reyne <le Suéde1 ou aprez. Il ae faul pas souffrir que ladicte reyne aille voir mon logis, car, en ce cas, il faudroil faire beaucoup de choses pour la bien recevoir. H ue faul pas songer à musique n\ à violons . car il n'y a rien d'extraordinaire en cela.

J'ay esté bien ayse «le voir tout ce que voua m avez escril à I esgard du Premier Président3 sur le sujet des évocations4, el je remets à

vous en entretenir de vive voix. Ce pendant soyez asseuré qu'oi

manquera |>as de faire ce «|u i 8e doil pour Bouatenir L'authorité «lu Roy.

J'apprenda de tous costez <|u'il v a une grande cabale formée dana Pans par les émissaires du cardinal «le Retz el du prince de Condé. On commence d'en voir les effecls, el le principal motif «!<• brouiller esl l'appréhension que tous les mal intentionnez on! <l«- la paix.

On m'asseure que le cardinal de Retz est partj avec une seule personne pour venir en France ou s en approcher5, ayanl pris Bes

1 La reine Christine était alors à Paris. Les violons, dont il eat ici question, formaient une troupe de aâ artistes, jouant à la Gourou à la ville, — « les vingt-quatre violons» — <|ni, durant la minorité <lr Louis XIV, suffisaient, à Paris, aux besoins mélodiques de la bonne société. Il en coûtait environ hào francs de nos jours pour lo avoir du'/, soi pendanl une Boirée.

>nz\iu\. - vu.

\,»\. le recueil de M. P. Clément [Lettre*, Instruction* $i Mémoire* dé Coi

biri), i. I. p. s5o et "ô " .

1 \n\. un Mémoire sut les évocations, ibiil. , i. i . p. •.'.)•'.

Vo\. les Mémoires de Guy-Joly ( |>. i3o, édition Michaud el Poujoulat). Guy-Jolj accompagnait le cardinal de Reti (p. i3i même édition |.

i«pr.iKi •

LETTHKS

Sept. i656. mesures, avec ledict prince, d'agir avec ces cabales dans le temps que luy | Coudé] le fera avec les armes; mais, grâces à Dieu, nostre armée est à présent plustôst en estai de donner la loy que de la recevoir. Il est aysé de voir qu'au lieu de se retirer en France, comme les ennemis ont tasché de faire1, ils ont esté contraint eux-mesmes à repasser l'Escarpe2 [sic).

Il faut tascher de descouvrir les menées qui se font dans Paris, et je voudrois bien qu'on observast quelque jour les personnes qui vonl voir M. de Pommereuil3, et en particulier la nuict.

M. Talon'1 m'estant venu voir, je luy ay laicl coguoislre que je voulois prendre conliance en luy et le servir; mais je suis obligé de vous dire qu'il chasse de race et qu'il me semble de le voir persuadé que le Parlement ne peut faiblir et que, sur ce point, il est encore [tins inflexible que son pore5. H a porté la parole au Roy, et, au lieu de se contenir dans sa commission de faire des excuses, il est entré dans la matière des évocations pour soustenir ce que le Parlement avoit faict. il a usé du terme de MM. du Parlement, ce qui n'a jamais esté avancé0 par personne; car on dict : ou Vostre Parlement, ou la Compagnie, il a

1 Le sons esl : de forcer notre armée à se retirer en France.

s La Scarpe.

3 On écrivait, ordinairement, Pomereu.

François de Pommereu , seigneur de la Bretescbe, maîlre des requêtes, mort en 1661. Peut-être, d'ailleurs, s'agit-il ici du sieur de Pommereuil, président ai grand Conseil, qui avait épousé en secondes noces la f j lie de l'intendant des linances Bordeaux , quoique celle-ci fût tiancée à Frémonl, l'un des secrétaires des commandement? de Caston d'Orléans. La présidente de Pommereuil avait été la maîtresse du cardinal de Metz.

' Denis Talon, né en 16-28, succéda à son père, Orner Talon, en iG5a, comme avocat général. Ce passage sur l'avocat

Denis Talon a été publié par M. P. Clément, t. I, p. 269, du recueil cité. Denis Talon mourut en 1698. Il était devenu président au mortier en itigo. Sa mère, veuve d'O. Talon, mourut en 1667, et lî. Patin nous apprend qu'elle laissa dans sa maison un grand procès, pour avoir l'ait un insigne avantage par son testament à une de ses tilles , aux dépens des autres enfants.

' Orner Talon. ( Voy. I. IV. p. 79 , note 1 . des Lettres de Mazarin 1.

" Usité semblerait mieux convenir. Ce terme : «MM. du Parlement') était celui qu'employaient le plus généralement lis rois en parlant de ce corps. Quant aux membres de la cour souveraine, quand ils rédigeaient un acte collectif, ils signaient : rr Les gens tenant le parlement du Hoir.

DU CARDIN \L \1\X\KIY

encore dict : L'ordre précipité qu'on a envoyé pour l'aire venir le Par- sept. i656 lement icy. Enfin soyez asseuré que je suis bien trompé, ou M. Talon ne songe qu'à s'acquérir du crédit dans sa compagnie; ce qui ne peul esire laict qu'à nos despens. Pariant des remonstrances, il a dici qu elles ne pouvoient estre verbales, et Ion avoil desia remarqué dans l<' Parlement que le Premier Président avoil lasché ce mol dans son advis; car, disant qu'il lalloil du temps pour préparer les remonstrances ', il adjousta : d'autanl plus quelles ne powoient* estre verbales*.

Je vous conjure de faire travailler à la recherche que vous | » t - < *—

pose/.': elle, sera fort utile, H je VOUA < n M-ra\ obligé. Il esl BStrai

qu'on n'ayt jamais pris !<■ soin de tenir un registre de ce que les roys ont faict pour reprimer les entreprises du Parlement, afin d'avoir de i|uo\ les confondre lorsqu'ils apportent des exemples de ce qu ds oui faict. Il en est de mesme du clergé, qui ne mel dans les proces«verbam qui se lonl dans chaque assemblée, que ce qui leur plaist.

Je vous prie d'aller voir seuveni . d<- ma pari . M. le prince de Contj e1 M"" la princesse. J'a\ parlé à MM. l»-s Surintendans de la bonne manière pour leurs interests5.

Pour Caire des remontrances par écril dit. en pareil cas, le Premier Président, ■l'otilic esl te] qu'il Paul nommer <l«'s députés des Chambres, lesquels dressent des mémoires <ju ils communiquent à leurs collègues. Ensuite les susdits députés B'assemblent, rédigenl les mémoires, en corrigeant, diminuant el augmentant ce qui est nécessaire pour les mettre en état d'être prési'nirs nu Hui. Ce fait, étant mises au net, il faut lire les remontrances, imites les Chambres assemblées». < ^rch. nat. V 8387, loi. i(')ii. Registre du Conseil Secret.) Un le voit, dans la préparation de ces re-

montrances, véritables amendements 1 la loi issue de l'initiative du souverain, la Compagnie Buivail une procédure tout à l'ail ir parlementaire 1, dans le sens moderne mot

La minute | > • > ■ te bien : pouvoitnt. Il \ a : peuvent, dans M. P. Clément

l.ii s'arrête le passage cité par M P Clément

' Il a'agisi lit probablement du ménwnx: sur 1rs évocations publié par M. Clément, 1. I. |». '•

' Pour l'intérêt de ce prince el <le la princesse de Conti.

Sept. i656.

CCVf.

Bibl. na'l.. mis. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5i, f" 260; minute. —

Passages à chiffrer soulignés.

À M. DE Tl RENNE.

Compiègne, 10 septembre 1606.

Je vous redepesche à l'instant le gentilhomme que vous m'aviez envoyé, pour vous dire qu'ayant rendu compte au Roy de ce que vous me mandez, Sa M1<; approuve entièrement la résolution que vous prendrez sans doute pour investir la Gapelle et vous advancer [soit] pour taire ce siège, soit de vous arrester à celuy du Castelet. On estime cette place-cy plus forte, et je croy de plus que Cerisy1 se defTendroit mieux que Ghamilly2.

Vous avez veu, par Les lettres que je vous ay escrites hyer3. que nies sentimens n'ont esté diflerens des vostres qu'en ce qu'au lieu de laisser M. de Lislebonne, je vous proposois de charger M. de Mondejeu de ce qu'il y auroit à faire de ce costé-là, croyant que, s'y trouvant engagé en personne, il ne feroit plus difficulté de se servir de la plus grande partie de la garnison d'Arras, et particulièrement si les ennemis nous donnoient lieu d'entreprendre quelque chose sur la Lys. Mais si cela arrive, on peut aisément remédier à tout, et vous avez pu cognoistre que je suis entièrement de votre advis, vous ayant tousjours escrit qu'on ne pouvoit songer à rien entreprendre sur la Lys que lorsque les ennemis seroient engagez avec toutes leurs forces au siège de Saint-Guillain, auquel je vous réplique qu'ils rencontreront beaucoup plus de difficulté qu'ils ne se sont imaginé; car je viens d'avoir nouvelle que tout ce que j'y ay envoyé généralement4 y est entré, et outre cela plus de vingt charrettes chargées de vin.

' Gouverneur du Catelet. '1 Voy. ci-dessus, p. 343.

2 Gouverneur de ta Gapelle. (Voy. t. VI, 4 Le mot généralement est, je crois, em-

page 208, note 5, des Lettres de Mata- ployé* ici dans le sens de : toute espèce de

rin.) munitions.

Je fera y porter d'icy, sur les chariots de la Cour, de la pondre, de Sept i65 la rnesche, du plomb et des grenades; mais ce qui m'embarrasse, c'est que si je sçavois que vous vous arrestiez au Castelet, j'envoyerois tout cela droit à Peronne, Je croy pointant que je ne sçaurois faillir de le l'aire aller à \o\ou.

J'ay desja escrit en diligence à La Fere de faire amancher les outils. J'escris à M. d<: Bridieu de faire raccommoder les affusts de deuz pii de batterie, qu'il m'escrit qu'il a en estât de Bervir, et nous avons .1 Pont-Levesque 3 ou à la Fere toutes les munitions <|ui peuvent estre nécessaires pour faire un grand siège.

Pour des boulets, j'en ay beaucoup à la Fere de toute Borte de calibre; et, à Guy se, il y eu ,1 une grande quantité de trente-trois.

J'attends de sçavoir si on devra donner l'ordre à M. du Passage de s'en aller, de Laon . toul droit à la Gapelle ou à Guise, afin qu'on !«■ Iu\ puisse envoyer conformément à <•<> que \<>us me manderez. Il serait tousj ours bon que ce corps pust faire halle à Marie ou aux environs pour se raccommoder un peu el recevoir l'argent de la montre.

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