‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 75 sur 285 · L'ARCHEVÊQUE DE TOURS · texte numérisé non relu

L'ARCHEVÊQUE DE TOURS

Compiègne), aa septembre i 6

Von* auriez fort mauvaise opinion de moi, si vous croyiez que je confonde assez les choses pour De faire pas une différence essentielle entre vous et le sieur abbé de Ranee3, el quejc fasse moins d'estime de ce qui vient, de vous, parce que sa conduite me donne Bojel d'en avoir fort peu pour luy.

Il est viiiv que j'a} creii les rapports que l'on m'en i faicte; mais il

1 \ ictor Le Bouthillier, né en 1 590 avail été chanoine de Notre-Dame de Paria el évoque de Boulogne en 1 6a6. Il fui ensuite coadjuteur de Tours en i63o el iiin-

laiiv de cet archevêché en îii'i 1 : il 1 mil le

10 novembre 1 670. Il avail été aussi premier aumônier de Gaston, duc d'Oiiéaaa !-i ;iIiIk; d'Eauvive. Il étail frère de Claude de Bouthillier, secrétaire d'Etal des affaires étrangères el Burintendanl des Gnances soua Louis Mil el pendant la minorité de Louis \IV, mort disgracié en i6B5. L'archevêque de Tours, dil Tallemant, signai) toujours if Le Bouteiller» el pi'étendail venir des comtes de Senlis. Il pareil que leur auteur réel étail un paysan de Touraine, qui se transporta à ingonlême, où son Mis enl quelque charge. I>«' père de l'archevéqne el du surintendant avail été avocat, puis conseiller ou Parlement, et leur mère étail une Bregelogne, famille de robe, nombreuse el puissante alors.

• Cette lettre ne porte aucune indication de lieu m la date précise du mois dans le manuscrit des Ulaires étrangères; m dans le tome 5 1 des \ièlanget <>•

elle est dal lu 99 septembn 1 656.

JLrmand-Jean Le BouthiHii r, i* 1 »l ►* - d< Rancé, étail fils de Denis Le Bouthillier secrétaire des commandements de la reine Marie de Médias, et neveu de \ icta Bouthillier, archevêque de Tours. La lettre de Masarin se rapporte a une époque où la vie de l'abbé de Rancé étail peu édifiante.

Né an 1696 . ordonné prêtre en 1 65 1 ■ il mena jusqu'en 1667 une existence très mondaine.

Ce fut seulement après la moi 1 de M di Moniha/oii qu'il commença une \ ie de pénitence; il s'enferma en i665 dans son ah baye de la Trappe, qu'il réforma et ou il mourul en 1700. dans sa soixante-quatorzième année.

Sept. i656. auroit fallu que j'eusse dementy le tesmoigoage de tout ce qu'il y a de plus honnestes gens dans l'assemblée [du clergé] pour n'y adjouster pas foy, et luy-mesme a faict assez de parade de sa manière d'agir pour vouloir bien la rendre publicque. C'est un jeune homme remply de vanité et qui n'ayant pas encore la prudence nécessaire pour se mesler des affaires importantes, s'esgare aysement et ne se soucie pas de prendre un chemin esloigné de son interest et de son debvoir, pourveu qu'il fasse parler de luy. Il y a si peu de fondement à faire sur de semblables personnes que je vousadvoue que je ne [marquera y]1 point de générosité pour l'obliger, et que je ne luy donneray aucune matière de gratitude; mais comme je croy que vous n'avez aucune part à sa conduite, et que. si vous en aviez eu la direction, et qu'il eust suivy vos conseils, il en auroit tenu une toute différente, je vous puis aussy asseurer que la mauvaise satisfaction que le Roy en a ne rejaillist en aucune façon sur vous et ne m'empesche pas, en mon particulier, d'estre tousjours parfaictement, etc.

Aff. étr. , Angleterre, t. 66, f° 279. — Minute.

À M. DE BORDEAUX

Compiègne, 22 septembre i656.

(extrait. )

Après l'avoir entretenu de la leve'e de troupes d'infanterie et de cavalerie, Mazarin ajoute :

La reyne de Suéde part demain d'icy pour s'en retourner en Italie, ayant appris que les affaires qui lobligeoient d'aller en Suéde estoient adjustées à sa satisfaction. Elle tesmoigne d'en avoir une toute entière de la réception qu'on luy a faicte en ce royaume et particulièrement à

1 La copie, qui est très défectueuse, porte : Je ne manquerai/ point de générosité; mais le sens qui résulterait de ce membre de phrase serait entièrement opposé à la pensée de Mazarin.

DU CARDINAL MAZAR1N. 377

la Cour; et, à la vérité, l'on n'a rien oublié de ce que la briefveté du Sepi temps pouvoit permettre pour la Lien recevoir.

Nous eusmes hyer confirmation de l'heureux succez du siège de \ alence et que la place avoit capitule, que nous estions maistres d une porte el de deux bastions et que les armes du Roj dévoient entrer au matin samedy. La conqueste est de l'importance et delà réputation que tout le monde peut juger, et nous est (raillant plus glorieuse qu'elle s'est l'aide en présence d'une année ennemie el que la garnison n estoil pas si foible qu'il n'y reste encore sis cens hommes de pied et plus de trois cens chevaux.

CCXVHI.

\[]; étr. , France, t. i'jà , f -'■'> 1 1 106. — Minute el i

\ M. SERV1EN

Compiègne, s3 Bep

IIINIII I

Mazarin revient but plusieurs affaires antérieures, par exemple sur la nouvelle de la prise de Valence en Italie et sur le peu de succès <!<■ la mission de Lionne en Espagne. Il continue ;• i ns i :

On approuve tout ce que vous avez jugé à propos [d'arrêter] avec

M. le prince de Hombourg pour adoucir les 1er s du liait.' que I "ii

veul faire avec le duc de Neubourg el l'empescher de croire que nous

ayons de la niellianco de sa sincérité1.

Sa VI'" fera payer audicl sieur duc. lorsque l'armée de vingl mille hommes sera sur pied el en estai d'agir, soixante mille risdalles par mois, (pie l'on commencera à payer le jour que l'armée sortira en campagne, el on continuera à le faire jusques a ce qu elle entre danses quartiers d'hyver; el voila toul ce qui se peut faire au plus sur ce

1 La partie de la lettre, extraite ou reproduite d'après In copie (fol. 106 \o- . s'arrête ici. Le reste est tiré d'une minute placée au folio 73, que je suppose être la suite de ht première partie.

Mizmiv. vu.

::7is LETTRES

s ,>i. i656. point, ayant faict response que, quand on ne demeurera que six mois en campagne, la première armée nous coustera , avec le change1, pour le moins un million liuil cent mille livres'2.

Vous prendrez garde que, moyennant ce que dessus, iedict duc prétend se charger des dépenses de l'artillerie et des vivres, et de ce qu'il jugera à propos de donner aux troupes pendant la campagne3, sans que le Roy soit obligé de donner la monstre, ainsy que vous aviez mis dans un article du projet.

Le troisième point, c'est sur les eonquestes, sur lesquelles j'ay dict à M. de Hombourg que, si on pouvoit prendre Namur ou quelque autre place qui pust servir à establir la communication avec les Estats dudict duc4, qu'il seroit juste de convenir qu'elle nous demeureroit, et mesme qu'on travailleroit à cela autant que les conjonctures le pourroient permettre, puisqu'il n'estoit pas moins advantageux pour les interests de ce duc que pour ceux de Sa M"4 d'en user ainsy.

1 Voy. ci-dessus, pour le change, au roi de Danemark étaient, dit un contenttemps de Mazarin, la note 5 de la page 293. porain, « accoutumés à ne point toucher

2 11 y a une erreur évidente dans ce d'argent». Le duc de Lorraine disait aussi chiffre, et il faut lire min million ou huit d'un de nos compatriotes : tr C'est une chose cent mille livres». En effet, 60,000 ris- étrange, je n'ai dans mes troupes que ce dales à payer pendant six mois faisaient un seul Français, et il est sans cesse à me detotal de 36o,ooo risdales, qui correspon- mander de l'argent, comme si j'en donnais daient acsez exactement à y5o ou 800,000 li- à mes soldats. -

vres tournois de 1 656. ' Le duc de Neuhourg avait pour capi-

3 Cette belle indifférence pour la solde laie Diisseldorf et possédait Clèves. Il avait était chose assez ordinaire en Allemagne. des prétentions sur Juliers qu'occupaient le* Les hommes du duc de Weimar et ceux du Espagnols.

Bibl. uni. . mis. ('. IV.. Mélangea de Coîbert, l. 5t, f 3aa \": mi iule. — Ali. étr., Frane

i. 372, C' M: copie du temps*

\ LA REINE

La Fère, ■■•"> eplernbre 1 1

I EXTRAIT

Après lui aveir annoncé la levée du siège àe Sainl-Guilhain par tes eanemis, Mazarin ajouic qu'ils se sonJ approchés de l'armée française qui assiegeail la ' .1 pelle, el continue en ces termes :

Il ne faut pas douter qu ils ne soient venus eu resolution de tentei le secours de la Capelle et que, si don Juan el Caracene eroyenl le prince de Coudé, an bazardera Loul pour cela; mais aostre arm ie 1,'ini retranchée, plus forte que oelie «1rs ennemis, au moins de quatre

a ciii(| inillc hommes, el 1res liien postée, |inisi|ii ils Beronl ronli ami-

de passer par un grand défilé en nostre présence, nous devons perer que, si Dieu laisse agir les causes secondes '. lions aurons un bon succez, el toujours il seroil tres-glorieux aux armes du Roj si mi pi end

la Capelle en présence des ennemis, après leur avoir laid lever le siège de Saint-Guillain. Toul es! en ire les mains de Dieu, qui, sçachanl bien les intentions du l»o\ el de la Reyne pour le repos de la chrestienté <■[ pour entreprendre toul ce qui sera de son service, nous devons attendre <|iul despartira ses grâces à ce royaume aussj abondamment que nous pouvons souhaiter.

Pour ce qui esl du siège |de la Capelle], la nuicl que M. de Turenne a laid ouvrir la tranchée9, on a donne par quatre endroits, el on a

' On ;i \u plusieurs fois cette loniiion ville se rendit la 96 el la garnison en sortit qui signifie : Si Dieu n'intervient p d\tne le "7 Elle se composai! de ceui hommes manière miraculeuse. en won, commandés par Boulon, s' deCha-

- La tranchée n'avait été ouverte que milly, gentilhomme du duché do Bourgogne,

dans la nuit du •>.'! au 9 '1 septembre. La ir qui était à Monsieur le Prince».

Sepi.t656. emporté la contrescarpe, les demy-lunes, dans lune desquelles le major de la place, avec quelques soldais et ofliciers, ont esté laids prisonniers; on a attaché le mineur et on a faict huit cens pas de tranchée. C'est beaucoup pour une nuit1.

11 est vray qu'aprez ils ont deslogé, deux ou trois l'ois, le mineur, à force de feux que les assiégez ont jeté; mais à présent il est bien logé. Ilyer, ils demandèrent à capituler; mais ils demandèrent quatre jours pour rendre la place; ce que M. de Turenne refusa avec beaucoup de raison et leur déclara que, s'ils ne se rendoient pas aujourd'huy à midy, il ne leur accorderoit aucune capitulation. Si la place n'est pas secourue, elle ne peut pas tenir deux jours, quelque eiïort que les assiégez (tinssent faire.

Le Roy demeurera icy (à la Fère), ayant approuvé les raisons que je luy ay dictes pour luy faire cognoistre que son service et sa dignité ne pouvoient pas permettre que [il]2 s'advançast, dans Testât présent des choses. Vous serez informée, à tous momens, de ce qu'il arrivera de considérable, et je vous diray ce pendant que vous devez avoir l'opinion de la Me?' [de Mazarin] telle que vous l'avez eue de tout temps.

GGXX.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, f" 3o6 v'; minute. — AIT. etc., France,

t. 379, f° 88; copie du temps.

À LA REINE

La Fère, 26 septembre i65ti, à deux heures après midi5.

J'ay retardé de depescher ce gentilhomme pour voir si je pourrois

1 La circonvailation avait pins de trois * Comme l'on n'a pas écrit plus haut

lieues de tour; mais, dit Turenne, «il y Sa Majesté, c'est a tort que la copie porte

avait des bois autour de la place qui empê- Elle.

chaient qu'une armée ennemie ne put don- 3 L'indication de deux heures après-midi/

ner jalousie par tous les endroits ». ne se trouve que dans la minute.

donner quelque nouvelle du mouvement des ennemis et du siège de s,t'- "':'"la Gapelle; mais n'en ayant receu aucune, je n'ay pas jugé à propos de différer plus longtemps de vous mander que le l!<>\ se porte fort bien, qu'il ne songe pas encore à partir d'icy; que les ennemis sont dans le mesme poste que je vous a} escrit byer, et * | m ' nous avons grande espérance que tout réussira à la gloire et à la satisfaction de Sa M .

J'a\ laid, partir deux convoys de munitions «le guerre avec trois pièces de canon de \ iugt-quatre et , pour ayder a cela . j a\ donné pi-qu'à Imit chevaux de carrosse; caronavoit an camp grande nécessité de cette assistance.

Le Confident ' vous escrii ; ce que j'' [nus vous < 1 1 1 <• . sur son sujet . c'est qu'on ne peut rien adjouster à l'amitié <pi il a pour vous. Eu mon particulier, je suis à vous sans aucune reserve, me Battant tousjours (pic* (la Reine) respond à # (Mazarin) de la bonne manière.

Quand Ton est sur le point de fermer cette lettre, Talon m' escrii que la Gapelle avoit faicl battre la chamade, ains\ que vous verrez par la copie de son billet que je vous envoyé. Il u \ a donc plus de lieu de douter du succez du Biege, et pour ce qui est du combat que les ennemis sont venus pour donnera l'armée du Roy, je cro) qu'ils •

trouveront l > i < > 1 1 empeschez et que leur marche, p ■ se présenter aux

lignes, ne servira que pour rendit! plus glorieuse la prise de la place

eh leur présence, et leur limite plus esclalanle d'avoir levé le BÎège de

Saint-Guillain pour venir voir prendre la Gapelle9.

Le Roi. d'une pluie continuelle qu'ils avaient dû sup-

1 Intendant de l'armée de Tureane. porter pendant les marches forcées qu'il»

3 Les ennemis s'étaienl avancés .j une avaient Faites, ils demeurèrent deui | sa

heure de la circonvallation ; mais, fatigués celte distance sans combattre.

Sept. i(3.">().

CCXXJ.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Golbert, t. 5i, f" .'i-.!2: minute. — Ad", élr., France,

t. 272, f" 88; copie du temps.

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