‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 78 sur 285 · À L'ABBÉ ONDEDEI · texte numérisé non relu

À L'ABBÉ ONDEDEI

Guise, 2 8 septembre i656.

• M. deMeaux1 m'ayant donné part de tout ce qui s'est passé à l'esgard delà lettre du cardinal de Retz, qu'on luy avoit mise entre les mains2, je luy lais responsc, et je vous prie, en la luy rendant, de luy tesmoigner, de ma part, que j'ay tout le ressentiment que je dois de la manière dont il en use, et que je tascheray de luy faire cognoistre, par les offices que je luy rendray en toutes rencontres auprez de Leurs Mte et par le souvenir que je conserveray de [l'affection] qu'il me tesmoigne, que je ne suis pas mesconnoissant3.

Et il sera bon qu'au mesme temps vous l'informiez de lestât auquel le cardinal de Retz est avec le Pape et de tous les artifices dont il se

chevalier de Gramont l'ut l'amant en litre de la comtesse deFiesque, si bien qu'il quittait tout pour revenir à elle dès qu'il savait que quelqu'un la voyait un peu plus qu'à l'ordinaire, il ne laissait pas rf d'aimer partout»; et, pendant l'exil de la comlesse auprès de Mademoiselle d'Orléans, rr il avait fait mille maîtresses, entre autres la duchesse de Mercœur-». (Bussy, II, p. 333.) (l'est à quoi Mazarin tait ici allusion. Mais on ne peut s'expliquer d'aucune façon l'espèce de recommandation (pie le Cardinal adresse à Monsieur de * prendre garde» à sa nièce de Mercœur. Il n'est pas vraisemblable qu'il veuille parler d'une rivalité enlre te frère du Roi et le chevalier de Gramont. Précisément en cette année i656, le duc tt" Vnjou courtisait ta duchesse de Roquelaure

qui mourut, elle aussi, l'année suivante. âgée seulement de a3 ans. (Voy. Mss. de Gonrart, XI, p. 893.) Cet amour de Monsieur était mal récompensé , parce que M"" de Roquelaure, l'une des plus belles personnes de la Cour, était elle-même fort ardemment éprise du marquis de Vardes à qui f elle avait accordé toutes choses, pour lui plaire. . . - ' Dominique Séguier, évèque de Meaux.

(Voy. ci-dessus, p. i53.)

2 II s'agit de la lettre écrite, sous l'inspiration de l'évèquc de Châlons, par celui qui avait l'habitude de contrefaire l'écriture de Retz, el dont nous avons parlé plus haut, p. 3Go, note ô; on voit que Mazarin ne se doute pas de la supercherie.

3 Le Dictionnaire de Fureticrc mentionne ce mot comme synonyme d'ingrat.

DU CARDINAL MAZAR1N. 389

sort, et de luy faire comprendre1 qu'il n'y a point d'effronterie pareille à celle qu'il a eue de s'adresser à l'assemblée [du clergé] pour luy demander assistance, lorsque tout le monde condamne sa conduite, que le Pape faict des déclarations publiques qu'il ne pouvoit l'autoriser pour la révocation qu'il a laide, sans la participation de personne, d un grand vicaire2, qu'il avoit establi de concerl ave.- Sa S' . le Roj el l'assemblée, aussj bien que son deparl d'il die au mespris des bulles qui deffendentà Ions les cardinaux d'en sortir sans la permission du Pape. Sa Sl,:, comme vous sçavez forl bien, esl sur le poinl de faire quelque démonstration par laquelle toui le monde cognusl («c) combien EHe a d'indignation contre sa conduite.

Il est de la dernière importance que l'assemblée pre quelque

résolution qui lasse voir qu'elle blasme, aussi bien que le Pape, la manière d'agir du cardinal de Retz; à quoy il Bera d'autant plus aisé de

la disposer qu'à l'exception de quatre ou cinq perso s, qui Boni assea

mal intentionnez pour prendre le parly dudicl cardinal, tous les autres ont les seiiliiuens que l'un peui souhaiter, ei .pic d ailleurs, par la resolution que l'on a prise, ou pourvoit a l'administration spirituelle de l'église de Paris, non seulement dans les formes, mai- m es me eu la manière «pie ladicte assemblée l'avoil souhaité.

Pour ce qui est de la jouissance du temporel de l'archevesché que le cardinal de Retz demande, d M\ a personne eu France, mesme ecclésiastique, qui ne sçache que cette prétention es1 ridicule, n'ayant pas preste le serment de fidélité3; et il est inutile de dire qu'il a laid ses diligences pour cela, parce qu'il ue tombe pas dans le sens commun

1 Dr faire comprendre à l'évêque de Meaux.

\l. du Saussoj .

1 Ce droit du Roi de percevoir les revenus dea bénéfices ecclésiastiques pendant les vacances des sièges el jusqu'à <•<■ que le titulaire eût prêté serment de fidélité (qu'il s'a;; il de simples abbayes ou d'évêchéa), était ce qu'on nommait le droit de régale. Il donna

lu n vingt ans plus tard . bous l'épiscopal de 1 1 : 1 1 1 . • \ de Cham don, à une querelle entre le gouvernement français et la cour de Rome qui fui l'origine de la fameuse Déclaration de 168?. Quoique contestée en principe par le Saini Siège, la perception du droil de régale, <|ui motivait, dans l'espèce, li saisie du temporel du cardinal de Reli, s'était toujours effectuée -ans discussion. Le pro-

5epi. 1606. que le li<>\ jiusi recevoii le serment de fidélité d'un homme dan- le mesme temps qu'il tasche de troubler son royaume, qu il a commerce avec Ions ses ennemis, que sa conduite esl réglée principalement par les mouvemens des Espagnols et qu'il commel tant d'infidelitez de lous (•osiez à 1 esgard de Sa M1'.

El pour ce qui est de son patrimoine et de quelques abbayes qu'il avoit auparavant, on ne peut douter que le Roy, l'ayant déclaré criminel de leze-inajeslé et sollicitant son cliastiement, ne puisse el ne doive tenir ses biens en séquestre jusqu'à ce que son procez soit achevé.

Je reçois de tous coslez des copies de la lettre que le cardinal de Retz à escrite au Pape1, et comme je vov qu'il affecte aussy par celle <|uil a adressée à rassemblée de faire croire à tout le monde qu'il est bien avec le Pape et qu'il eu attend les niesnies marques de bienveillance et de protection qu'il en a receues pendant son séjour à Rome, je croy qu'on ne doit rien oublier pour obliger Sa Sk: à faire promptement quelque acte qui tesmoigne la mauvaise satisfaction qu Elle a dudict cardinal et démentisse (sic) ce qu'il tasche de faire croire au contraire.

C'est pourquoy je vous prie d'escrire fortement, de ma part, par l'ordinaire de demain, à M. le cardinal Bichi, afin qu'après avoir faict cognoistre au Pape l'artifice dont ledict cardinal se sert pour insinue] à tout le inonde qu'il est plus que jamais en possession des bonne.^ grâces de Sa Slë (ce qui laisse les esprits en incertitude si véritablement Elle est mal satisfaicte de luy), il tasche de la porter à faire quelque chose qui fasse cognoistre à un chacun les senlimens qu'Elle a à 1 esgard dudict cardinal; ce qui, à mon advis, pourroit estre que Sa S" escrivist un bref au Roy, ou à l'assemblée, ou à tous les deux, par

duil des régales était affecté par le gouver- saienti avec les chanoines de la Sainle-Cha-

nemenl a l'entretien de la Sainte-Chapelle; pelle à ce sujet

le plus souvent (railleurs les évêcraes, lors ' C'est la lettre du ai septembre a la-

de leur installation , obtenaient la remise de quelle nous avons fait allusion ci-dessus,

tout ou de partie de ci l impôt, ou ctcompo- p. 385. Celle-là était bien réellement de lui.

Dt CARDIN il \l 1ZAR1N.

lequel Elle confirme ce qu'Elle ;i desjà déclaré de sa mauvaise satis- • faction contre ledicl cardinal.

Je vous conjure de ne rien oublier pour faire cognoistre audicl sieui c Bicbi qu'il rendra un grand service aa Ho\ s il peut obliger le Pape à faire cel esclat, el je me (latte de la créance que l'on en viendra bout, puisque la conjoncture esl favorable, toutes choses eslant disposées comme vous sçavez pour restablir une parfaicte intelligence avet le Pape.

Je vous envoyé la capitulation de la Capelle pour la donner •■ Renaudot1, auquel \<>us direz que l'intention du le>\ esl qu'en cette occasion el en toute autre, il se contente de faire la relation de ce <|in se sera passé sans rien mettre qui puisse choquer personnellement les ministres d'Espagne, et je le prie, en mon particulier, <le ne rien dire, en sa Gazelle, qui smi injurieux au prince «h- Condé; ce qui me semble qu'on peul «lue en ce rencontre historiquement, c'est qu inemis

ayant investi Saint-Guillain, faicl desjà <l< ^ forts el presque achevé la eirconvallation et faicl venir le canonel toute* les choses nécessaires pour ouvrir la tranchée, après avoir sceu que nous avons attaqué la Capelle, ont levé le siège el sont venus, avec toutes leurs forces s< camper ;i une lieue « ! « • nos lignes dans le dessein de secouru cette place, <le la prise de laquelle neantmoins ils se Boni < on tentez i estre les simples spectateurs.

Je vous piie de voir souvent le priftoe de Gonty, de ma part, H di lujj insinuer qu'il doit parler hautement contre le cardinal de Retz el rompre en \isiere au premier qui prendront la liberté de dire quelque

chose <!e\,tul lu\ eu s;i faveur.

Vous pouvez envoyer à M. le cardinal Richi les éloges el les epigramme9 qu'on a faicts à Lyon pour la reyne <1<% Suéde: el je \<m- i de communiquer tout ce que je vous mande au sieur Colbert.

; Rédacteur de la Gazette de France ou platol de l.t Gasttte, oouom elle B'appelail alors.

(Voy. t. V. |». 5sq, des Lettr s à )iutarin

Sept. i65f>. -=^================^==^===============

Bibl. îiiil., nis. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, f° 3o(j v*; mimil". — Aff. étr., France.

t. a 7/1, PJ 102; copie du temps.

À LA REINE

Guise, 29 septembre i65G.

Je viens de recevoir vostre lettre du 27, et j'ay rendu au Confident le billet que vous m'avez adressé pour luy.

Il se porte bien, et il n'y a rien à adjouter à l'amitié et à la tendresse qu'il a pour vous, et d'une certaine manière qu'il est impossible que cela ne dure tousjours. Nous avons nouvelles du Quesnoy et de Landrecies; que les ennemis ont passé la Sambre, et quoy qu'on dise que c'est pour retourner à Saint-Guillain , je respondrois bien que ce n'est pas leur pensée. Us se sont fort afToiblis dans la dernière marche qu'ils ont faicte et ne sont aucunement en estât d'entreprendre aucun siège.

Nostre grand convoy sera prest demain1; on sera obligé à faire marcher toute l'année pour l'asseurer et le mettre dans Saint-Guillain, et on croit qu'il sera de grande réputation qu'aprez la prise de la Capelle, l'armée s'advance dans le pays ennemy, aprez avoir esté tant menacez que la leur entreroit en France.

Si l'armée des ennemis se relire pour se rafraischir, le Roy pourroit bien venir à bout de faire approuver de M. de Turenne que Sa Mt,; marebast deux jours avec nostre armée, pour en partir aprez et se rendre en diligence à Compiegne. Vous serez advertie de la resolution qu'on prendra, et, comme il n'y a pas de seurelé à vous escrire, je remets à vous dire de vive voix beaucoup de choses qui ne vous desplairont pas. Cependant je ne finiray pas sans vous asseutvr que je suis à vous sans aucune réserve ***.

' Il s'agissait d'un convoi destine à ravitailler Sainl-Guillhain, convoi qui fut conduit par le Roi enpesonne.

GGXXV1I.

l'ibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, l. 5i, f" 3-28. — Minute.

Sept. i<JûG.

A M. SERVIEN

• inis.', 3o ->jit'-riihrc îfiôG.

Je m'cstoniic fort de n'avoir pas de nouvelles de M. de Lionne ' depuis le départ du dernier courrier qu'on luv ;i envoyé, que je fais mon compte qui sera arrivé près de luy le (> (septembre) ayant esté depesché le ?.h (août), et connue il ln\ portoit un ordre précis de partir sans delay huit jours aprez son arrivée, B'il n'avoil pu rien conclure, il me semble qu'il devroit, au moins, estre à preseni à Bayonne; car ce seroit un grand malheur >'il n'avoil pas exécuté ces ordres, et le service <lu l!<>\ en pecevroil beaucoup de préjudice par toutes les raisons (pie vous sçavez J. G'esl pour cela] que je luy escril encore à toutes fins une lettre que j'adresse à M. le mareschal de Gramont*, à qui je mande de la luy faire rendre, s'il e>t à Bayonne, el de la luv faire tenir par une voye fortseiire, s'il est encore en Espagne, ou de me la renvoyer en ras qu'il suit desja en France. Je vous prie donc de

' On a vu ci-dessus, p. 3 18, que Lionne avait été envoyé en Espagne avec mission de négocier la |>ai\.

' Lionne ne quitta Madrid que dans 1rs derniers jours de septembre. Il espérail tou,jniirs conclure et, si l'on en croit quelques contemporains , recueillir personnellement la gloire de ce traité qu'il aurait emporté liaison adresse. Il était , en effet . muni de pleins pouvoirs. Choisy raconte (Mémoires, édit.

Micliand , p. f>(>8) que Ma/.arin écrivil à

lionne, «d'un ton rude el railleur, qu'il avait la mine de vouloir revenir en France

avec une couronne d'olives. . . - : que ce m uvnin. — vu.

dernier, «piqué au rif, demanda contej] a M. Servien, son oncle. ve ax courtisan, lequel lui manda qu'il 1 lait perdu s'il taisait la paix, ei qu'en cette occasion, la vanité devait céder à l'intérêt». Quoi qu'il eu soit de ces dessous de la politique, but lesquels l'histoire demeure imparfaitement informée, il es) évident, par les lettres de Maiarin o Servien et an maréchal de Gramont, que le Cardinal s'inquiétail el s'irritait de ne pas voir revenir sou ambassadeur.

1 Le maréchal de Gramont avait le gouvernement du Béarn et de la Navarre française.

■ 1 ». '.rtLH*ii.

Sept. i656. l'aire partir le gentilhomme dudict Mareschal, qui est à Paris, pour luy porter en diligence le pacquet cy-joint et d'estre tousjours asseuré de mon service et de mou amitié.

Addition.

II l'ont faire payer le voyage au gentilhomme de M. le mareschal de Gramont, mais je crois que cela aura esté dcsja faicl.

GGXXVI11.

Bibl. nal., ras. f. IV., Mélangea de C.olbert, t. 5i, f° 3 1 8 v'. — Minute.

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