‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 82 sur 285 · M. DE FABERT · texte numérisé non relu

M. DE FABERT

Paris . s w lobi i 1 66

tares L'avoir entretenu d'affaires peu importantes, qu'il traite lui-même de bagatelle . Vïazarin ajoute :

L'intention du l»o\ seroit, el en mou particulier je désirerais forl aussi, que vous voulussiez avoir la mesme inspection el le mesme pouvoir sur toutes les troupes qui seront logées dans la Champagne que vous aviez l'année passée, mais je n'ose pas vous en presser. En ce cas, vous n'auriez qu'à choisir les lieutenans généraux que vous jugeriez

plus propre pour servir soulis vous, <l<mt M. le c te de Granpré1

pourrai! estre l'un el avoir sa portion de commandement, nuire la commission qu'on luy a donnée de s'opposer aux courses de Rocn Car de luy donner ce qu'il demande, je m'asseure que nous demeurerez d'accord que cela ne seroit pas facile". Je vous prie mesme de

Voy. sur ce gouverneur de Mouton, de Conde*, ravageait la Champagne et > lep. 57 cl 378. rail dr< contributions «I»1 guerre.

La garnison de Rocroi, qui dépendait On faisable, Le mot est écrit en abi

.VI f 11 s

Octobre i656. me mander confidemment, vous promettant le secret, quelle part on luy pourroit donner dans l'employ du quartier d'hyver.

Mazarin parle ensuite de propositions faites pour Condo par Mme de Châtilloa. Enfin il annonce à Fabert qu'il sera le lendemain à Paris et qu'il s'v occupera de ses intérêts '. Il termine par des protestations d'affection.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, f° 344 v°; minute. Les passages à chiffrer sont soulignes. — Aff. e'tr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio); copie du temps.

(extrait.)

Paris, 1 1 octobro 1 6 o 6 .

J'ay receu vostre lettre du 9 ce mois. Je suis fasché que vous ne puissiez pas demeurer plus longtemps dans le Gambresis, craignant bien que vous ne trouviez pas assez de fourrages du costé où vous allez et que l'on ne soit obligé de retomber en France'2.

J'ay advis qu'ils (les ennemis) ont bien descampé pour retourner vers Valenciennes, et qu'ils ont dessein de bloquer Saint-Guillain pendant l'hyver. Ils se moquent du secours d'hommes et de munitions qu'on y a jeté, comme d'une chose qui ne peut pas empescher la chute de la place, et se raillent aussi de la marche que le Roy a faicte avec l'armée dans leur pays, disant que, quelque diligence qu'ils eussent faicte pour venir au devant de nous, ils ne nous avoient plus trouvez.

1 Fabert demandait le remboursement de sommes qu'on lui devait depuis longtemps.

2 En effet, l'armée royale ne demeura dans le Gambresis que jusqu'au commencement de novembre; alors, dit Turenne, ■relie repassa la Somme pour se mettre dans ses quartiers en France. Celle de l'ennemi se retira entre Mons et Nainur. . . La nôtre fut distribuée dans les villages, et on com-

mença celte année-là à y mettre de l'infanterie, à qui on donnait des places comme à la cavalerie, tant aux officiers qu'aux soldats." Les troupes étaient cantonnées chez l'habitant; l'ambition de .Mazarin. qui connaissait la misère dos provinces frontières, eût été que la subsistance de nos soldats no fût pas demandée, cette année-là encore, à la Picardie et à la Champagne.

Dl C IRDIB il M IZÀRIN. 611

et * | » i « * si nous eussions attendu seulemenl encore deui heures, nous Octobre 16B6, aurions pu avoir le divertissement d'un combal gênera] qu'ils estoienl forl résolus de donner. C'est ainsi qu ils repaissenl les peuples de chimères et de vanités, pendant que, dans l'essentiel, les rieurs ne sont pas asseuremenl de leur costé.

le vous ay escrit que j'avoi- envoyé M. de Monlaijju à M. Fabert pour concerter avec luy l'attaque de Linchamp. J'attends de ses nouvelles, • '! aussitosi que j'en aurai] receu, je vous en feray part.

I Les ennemis ne Bongenl à présent qu'à (aire rafraischir leur armée affaiblie et fatiguée au delà de ce que je vous sçaurois dire; mais asseurement, auparavant que la mettre en quartier d'hyver, ils feront des forts pour Moquer Saint-Guillain. (Test |)ourquov il faut examiner s il ne reste plus rien à l'aire pour la conservation de ladicte place, à laquelle il me semble qu'on a pourven en sorte que nous en pouvons avoir l'esprit en repos. Si iieantmoins vous croyez qu'il faille encore quelque chose, vous y donnerez ordre, ou pourrez prendre la peine de m'en idvertir peur que je le tasse.

II serait bon que M. d'Ëquaneourt9 <misI ordre de faire ce que M. de Mondejeui luy diroit; caries ennemis s estant eslei gnez, il ne seroitpas impossible d'entreprendre sur la Lys. ou, au moins, [de] faire quelque rse considérable au delà.

\u surplus, vous sçaures au plus tosl ce que \l. de Ylonlaigu aura ad juste, et je vois mandera^ ce qu'il faudra faire.

Mazarin termine par des recommandations nécessaires, principalement dans l'artillerie, afin de diminuer les dépenses.

\ partir de cet alinéa, récriture change, Bible que la dictée ait été interrompue, puis

mm que rien indique, dans le manuscrit, reprise par un autre secrétaire. nw Im dernière partie de la lettre mil V*oy. sur Daniel de Montmorency, ci-

idresaée ■ une autre personne. Il est pos- defltaa, p. l'i.'i.

Octobre 1 650. :

CGXL.

Aff étr., Suède, t. 3a , f° 1 88. — Minute de la m;iin de Silhon.

À M. D'ÀVAUGOUR.

[Paris], l 'i octobre iGôij '.

(extrait.)

Les affaires du Nord ayant pris une autre face depuis l'irruption des Moscovites dans la Livonie, la prudence veut que les princes de ces pays-là prennent d'autres mesures et d'autres visées que celles qu'ils s'estoient peut-estre proposées. Je ne doute point que vous et le sieur de Lumbres ne vous soyez prévalus de la conjoncture, qui requiert nécessairement que les deux roys2 s'ajustent et s'unissent de concert contre le commun ennemy. Quant à celuy [au roy] de Suéde, il y a trois raisons essentielles et convaincantes qui luy doivent persuader cet ajustement : la première, c'est qu'il n'est pas en son pouvoir de conserver la Pologne, comme il a paru lors mesme que ses forces estoient entières et qu'il n'avoit pas d'ennemy nouveau sur les bras; la seconde, qu'il en a un tres-formidable et contre lequel il n'aura pas trop de toutes ses forces et des subventions (secours) de ses amis; la troisième, d'autant qu'il a un autre ennemi plus à redouter, qui est l'Empereur, lequel, outre qu'il luy a suscité le Moscovite, travaille tousjours à destourner la paix qui se pourra faire entre luy et celuy de Pologne3.

Je ne sçay pas si ses Etats de Pomeranie et de Brème4, où il ne se peut qu'il n'y ayt bien des degousts à cause des charges de la guerre,

1 Le Cardinal habitait alternativement de l'Europe contre le roi de Suède, Charlesalors Paris et Vincennes. Nous possédons des Gustave. Ce fut même l'une des causes de lettres de lui du 10 octobre, datées de Vin- la ligue du Rbiu, dont le Cardinal fut plus cennes; la précédente, datée du n, avait lard l'instigateur el qui se forma sous notre été expédiée de Paris. protectorat.

2 Les rois de Suède el de Pologne. ' Les Etats que le roi de Suède possé-

3 Mazarin reprochait à l'Empereur d'à- dait en Poméranie et dans le duché de voir formé une coalition des Etats du nord Brème.

ne pourroient pas enfin estre exposez aux invasions des armes impe- Octobre .666. riales, et si l'Empereur, le pouvant faire impunément, ferait plus de scrupule de l'attaquer en ces endroits qu'il en laid d'assister les Espagnols contre la France avec une manifeste violation du traité de Munster. Cela est clair et démonstratif, et j'estime que vous l'aurez sceu bien insinuer; et bien que, dans le traité, le ro\ de Suéde sera obligé de relascber les choses, qu'il avoit résolu de conserver avant la guerre

des Moscovites, et voir tomber une partie des (nuls de ses ar - (ce

qui sans doute luy fera un peu de mal au cœur), il aura de quoj Be consoler en ce que cecy estant un coup de la fortune, qui en a tousjours laict de semblables dans le monde, il a faid une autre conqueste, contre laquelle la fortune ne peut rien, qui esl d'une grande el immortelle réputation et d'une estime si liante, inesme parmj ses ennemis, qu'elle luy pourra produire à l'advenir des advantages plus grands que ceux qu'il aura rclascliez.

Pour ce qui est du roy et de la republique de Pologne, je pense qu'il n'est pas besoin d'une grande rhétorique pour leur persuader de recouvrer à l'amiable ce qu'ils auroieni peine de reprendre avec la force, principalement si le roy de Suéde leur rend quelque partie de la Prusse; et quand nieMiie ils donneroieiii 1rs mains à ce que le roi de Suéde en retienne quelque membre (dans lequel examen je n'entre point), ils pourront espérer plus d'advantage de la liaison qu'ils lernnt avec luy contre le Moscovite, qui leur donnera moyen de recouvrer ce qu'ils ont perdu dans la Lithuanie, qu'ils n'en auroieni à ravoir ce qu'ils luy laisseront, qui leur cousteroil plus à reconquérir que ce que le Moscovite leur a usurpe, outre que, s'ils continuent la guerre avec le roi de Suéde et que celui-ci vienne à succomber, il faut de nécessité qu'ils tombent à la discrétion du Moscovite, soil qu'ils ayenl foicl ligue avec luy, ou qu'ils n'en ayent pas laid, et il leur en coustera l'élection d'un de ses lils à la royauté de Pologne après la mort du roy Casimir, c'est-à-dire, par une suite invincible, la perte de leur liberté; OU1, [tour

1 La phrase n'esl pas complète; mais elle se comprend. Le sens esl : te mim malheur leur arriverait tin»* te cas oh Us auraient recours à I Empereur.

â\fi LETTRES

Octobre i656. se redimer de ce mailieur, qu'ils aient recours à l'Empereur, qui iules assistera qu'aux mêmes conditions et avec les mêmes incoin emem orne le Moscovite. Il resuite clairement de ces considérations que la paix »Mitre les deux roys et une bonne conlederation leur est absolument nécessaire.

ccxu.

Bihl. nat. . nis. f. fr. . Mélanges de Colbcrt , t. 5i. f° 3 1 <i ; minute. — Aff. étr.. Pays-Bas. I. 38 (sans indication de page ni de folio); copie du temps.

Vincennes, so octobre i656.

(kxtuait.)

Je vois que vous avez esté obligé de revenir aux environs du Castelei par les raisons que vous me mandez et que je trouve tort bonnes, et je sçay d'ailleurs que les ennemis s'en vont entre Sambre et Meuze.

Je sçay de certaine science que les ennemis sont si foibles et en si misérable estât, que, quelque chose que vous vouliez faire, ils ne peuvent pas vous en empescher ny vous suivre, ayant veu des nouvelles de Bruxelles qui marquent que rien au monde ne les peut dispenser de donner du repos aux troupes qui leur restent, lesquelles manquoient de pain depuis plusieurs jours et estoient en une tres-meschante disposition et prestes à se mutiner à tous momens, et l'on me marque qu'il ne restoit presque rien de tout ce qui estoit venu d'Allemagne, tant de cavalerie que d'infanterie, et que les soldats, qui s'en sont retournez en leur pays, auront sujet de conter des choses sur le traictement qu'ils ont receu des Espagnols, qui leur donnera de la peine à en pouvoir attirer [d'autres dans leur] service à l'advenir.

Je voudrois donc, s'il estoit possible, et que vous le jugeassiez à propos, qu'on employast les douze ou quinze jours qu'il nous faut pour envoyer et distribuer les quartiers d'hyver auxquels on travaille incessamment, à faire un mal aux ennemis qui, à mon ad vis, seroit plus

DU CARDINAL M \X\lil\. 415

grand que si on leur prenoit une bonne place, qui seroit de passer la Octobre Lys et ravager, huict jours durant, tout le pays de delà, qui est riche et abondant, et dans lequel les ennemis logent d'ordinaire quatre on cinq mille hommes de leurs meilleures troupes el qu'ils veulent Irairler le plus favorablement. Je ne vois pas qu'il puisse \ avoir ta moindre difficulté à l'exécution de ce dessein, qui donne roil une gorge chaude1 à l'armée; elle se rctireroit en bon estât et avec une grande satisfaction, outre que cela decrediteroit plus que jamais les Espagnols parai] ces peuples qui n'auroienl |>;is meilleure opinion de leurs forées el de ICsiat de leurs affaires qu'ils a voient auparavant, nonobstant les laularonnades qu'ils ont l'aides depuis I aceidenl de \ aleneiennes, el retreciroit d'autant leurs quartiers d'byver pour lesquels je uns bien trompé s'ils ne se trouvent, cette année, fort embarrassez.

On a eu nouvelles (jue les (régates angloises, qui estoienl aui environs de Cadix, onl combattu et deffait la flotte d'Espagne qui venoil des Indes. (1 est un tics plus grands ei îles plus malheureux accident «jui pust arriver aux ennemis. Les Uigloifl prétendent \ avoir profité • le si\ millions d'or; mais, dans peu de JOUPS, ou en -raiira mieux le

détail.

On a sceu par les prisonniers qui \ onl esté faicls, parm\ lesquels il y a quatre ou cinq enfants du gouverneur de Lima qui -<•,, revenait en Espagne et qui a esté bruslé dans un vaisseau avec sa femme et trois .mires de ses enfans, que ladicte ville a esté abismée par un tremblement de terre avec six vingt mille personnes et des richesses incom-

prehcnsihles d'or et d'anjenl. Neanlnioins Imis ces malheurs, la perle

de Valence-, la lin de rostre catupagne en Flandres, la déclaration du parlement d'Angleterre en faveur de la «mené contre l'Espagne el de vouloir donner de grandes assistances à M. le Protecteur pour la continuer, la misère el la pesle [ravageant | le n»\auine de \aples. la mauvaise disposition, lanl de la noblesse que du peuple en ce pa\s-|à, ne

(It'llc lorulmu esl rinpnmléi- à la \r proie' divise- |iour la rli;iss,>. Au figuré, Otl

iiriic : on appelai! gorg«Hth0$dt l;i chaw des appetotl gorgv-ohaitik tente espèce >\c butin animaux que l'on donnait aux oiseaux cte el àegaittt

/jl 6 LETTRES

Octobre i656. sont pas capables de porter les ennemis à la paix, ayant laissé partir, sans lien conclure, M. de Lionne, qui sera icy dans trois ou quatre jours; et le principal sujet de la rupture a esté qu'ils pretendoient avec une injustice sans exemple que, dans le traité, on ne parlast pas seulement du Portugal1 et qu'on restaLIist le prince de Coudé dans toutes ses charges et gouvernemens. Peut-estre que Dieu leur endurcit le cœur pour leur faire ressentir encore plus vivement la pesanteur de son bras.

J'ay veu une nouvelle d'Allemagne qui porte que Riga2 estoit sauvé et que le Moscovite avoit esté obligé de se retirer avec perte d'une partie de son canon. C'est une grande affaire pour le roy de Suéde, lequel nous pressons tant que nous pouvons de faciliter l'achèvement de la paix avec la Pologne; mais, jusqu'à présent, il n'y a encore rien de faict.

Je vous envoyeray, au premier jour, par le sieur Talon, ce que je vous ay promis pour M. d'Humieres3; mais je suis obligé de vous dire que cela fera grand bruit, car il y a desjà plus de quarante personnes de l'armée qui sollicitent la mesme chose, s'accordant tous à dire qu'ils tiendront à la dernière marque de mespris et se trouveront hors d'estat de pouvoir servir, si l'on leur refuse cette grâce dans le temps qu'on l'accorde à d'autres qui ne sont pas plus anciens dans le service qu eux.

1 Pour le Portugal, Mazurin on fit assez lion marché , lors de la signature de la paix des Pyrénées, et avec justice; car il n'avait jamais trouvé dans ce pays l'assistance sur laquelle il pouvait être en droit de compter, rr L'ambassadeur de Portugal, raconte Brienne, dans ses Mémoires (éd. Michaud. p. i5i), en i656, me demandait souvent pour quelle raison on avait donné des sommes immenses aux Suédois, aux Hollandais et au landgrave de Hesse , et qu'on demandait au contraire de l'argent aux Portugais. Je n'eus pas de peine à lui répondre qu'ils agis-

saient tous pour la cause commune , au lieu que le roi, son maître, demeurait sans action, sur ce qu'il était persuadé qu'il lui était bien permis de recouvrer ce qui lui appartenait, mais qu'il ne pourroit, sans commettre un crime énorme, envahir le bien d'autrui. . . »

2 Cette capitale de la Livonfe était assiégée par les Moscovites.

3 Louis de Crevant, marquis d'Humieres.

(Voy. ci-dessus, p. 35a). 11 s'agissait du brevet de lieutenant général que Turenne demandait pour M. d'Humieres.

Octobre i656.

AU. étr., Pays-Bas, I. 38 (sans indication de page ni de folio). — Copie du temps.

À M. DE Tl RENNE.

\ incennee , ■••'> <>< tobi e 1 1

( KXTBAIT. I

J'ay receu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire. Je c'a] pieu à répliquer aux raisons qui vous ont obligé de quitter la Thierache1, mais je vous advôue que je seroia fort mortifié si voua retombiez dans le Vermandois»; car, outre la ruine «le ce pays-là, qui eal de France, quoyqu'il soil au delà de la Somme, il iroil sans doute un peu de la réputation des armes du Roj que Ion voua vial rentrer dana le royaume et manger la frontière dana le temps que les ennemis se son! retirez et sont hors .lestai de s'opposer à tout ce que vous voudra

l'aire.

J'espere donc [que], quand voua aurez veu ma dernière lettre, \ous aurez changé de dessein et que vous serez résolu de profiter, autant qu'il se pourra, de ce peu d'intervalle qui reste jusqu'à l'establissemenl des quartiers d'hiver que l'on vous en\o\era ponctuellement dana le temps que je vous ay dict.

Dans .me addition à cette lettre, Mazarin répond à des recommandations que Turenne loi avait faites et annonce les expéditions pour les quartiers d'hiver.

1 On a déjà fait remarquer que le pays ' Le Vennandois avait pour capitale

deThïéracbe correspondait a la partie sep- Saint-Quentin. Il faisait partie de la généralentrionale du département de I Usne lité de Soissons

Novembre i fi5(5. ____________________ _________________

CGXLIII.

Aff. étr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). — Minute.

À M. DE TIRENNE.

Vincennes, 25 octobre iC56.

Depuis avoir escrit la lettre cy-jointe l, j'en ay receu une de M. de Mondejeux, par laquelle il me mande qu'il estoit prest à exécuter ce qu'il m'avoit proposé de faire au delà de la Lys2, et que, pour cet elTet, il se contenteroit que vous luy envoyassiez huit cens hommes de pied et mille chevaux effectifs avec M. d'Esquancourt3 et Vandy4; qu'ils pourroient mesme nommer les regimens les plus propres pour cette [expédition]5, parmy lesquels il sera bon que celuy du chevalier de Crequy soit compris et celuy de Palaiseau. Je vous prie donc de vouloir faire ce destachement sans perdre un moment de temps, et j'espère qu'on tirera grand advantage de cette course.

CGXLIV. .

Aff. étr., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). — Minute en partie de la main de Rose.

Paris, t" novembre 1 656.

(extrait.)

J'ai receu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire le 3o du

1 Cette lettre est probablement celle qui t. VI, p. o5, note 5 , des Lettres de Mazarin. porte la date du a 3 octobre et qui n'aurait 4 Voy. sur M. de Vandy le tome III, été envoyée que le 5. p. 455, note 5, des Lettres de Mazarin. Il

2 Voy. ci-dessus, p. 4i5. était lieutenant général depuis un an. 1 Voy. sur le général d'Esquaucourt le 5 Lecture très douteuse.

mois passé, et j'ay esté tres-ape de voir tout ce que vous avez faict. N.vemb«»6&6. Comme nous avons nouvelles que les ennemis ont envoyé un corps sur la rivière [de la] Lys1, je croyois que M. de Mondcjeux seroil plustost en estât de vous renvoyer les troupes que vous luy avez envoyées que de vous en demander encore d'autres. Neantmoins on a remis à lin ,1,. faire ce qu'il jugera plus à propos, et vous aurez à présent receu les ordres du Roy là-dessus.

Je crois que vous ne serez pas fasché de sçavoir le traitein.nl que le Roy a résolu de faire à l'infanterie. C'est un ello.f donl je ne croyois pas que nous pussions venir à bout dans lestai où Boni les Bnam n.a.s mon advis a esté qu'il lalloit plus tost reculer les autres deapenaes afin de subvenir à une qui est si nécessaire pour pouvoir continuer la

guerre avec succee et contraindre enfui les ennemis à «I ier les mains

à une bonne paix.

.1,. vous diray donc que, nonobstant que, l'année passée, l'on augmentant trois prests2 à l'infanterie et qu'elle doive estre logée cette année dans des villages, comme la cavalerie8, le Ro) a résolu, au lieu de douze prests que l'on a accoustumé de donner, qui font huict escus* poui soldat pendant les cent cinquante jours de quartier d'hyver, de donner à chaque soldat six sols par jour, qui font la somme de quarante cinq livres dans les cenf cinquante joui», avec l'augmentation à proportion des liantes pays'', lesquels s«.ni paye* comme s'ils avoienl quarante bo.nn.es d'effectifs, de manière que, dans la différence qu'il

■ La minute porte iu Lys. '" >ous et 5 livres, oéanmoins l'opii

' On appelai! ,»■«'/ ou pml ce qui était persista ■ appeler écn une eoUeclion d. donne* au* troupes pour leur solde ordinaire. bruis lima toaroois, râleur réelle de I • cv

Ce terme est encore usité aujourd'hui.

bous Chartes IX el Henri 111: ';|>"'l

Vo\ à ce sujet les mémoires de Tu- le gouvernement avait lente de remplace.

renne(éd.Michaud),p. 48a. dans le langage, la livre tournois pa.

• Muii écus faisaienl vingt-quatre livres. comme monnaie de compte. Cel usage du

Quoiqu'il v ail eu. aux mt el inir* siècles, mot éw pour signifier trois livres-, et plus

,,„ bon nombre de monnaies d'argent a,,- tard trois fraacs, s d'ailleurs continué dans

pelées écus, de valeur sariaUe. el quoique la campagne jusqu à nos jours. IVru d'or, avani sou remplacement par le ' Officiers qui racevaienl une paye plus

louis eu tC'n, ait valu jusqu'à h livres élevée que les simples soldais,

Novembre i<;5G. y a de quinze escus, que l'on donnera cette année, à buict escus que l'on avoit accoustumé de donner, il y aura sept escus de plus pour chaque soldat; ce qui revient pour chaque compagnie à deux cens quatre vingts escus de plus, et outre cela l'on donne encore une dernyeinonstre d'augmentation aux capitaines, lieutenans et enseignes, qui font quarante-deux escus et demy par compagnie, lesquels adjoustez aux deux cens quatre-vingts montent à trois cens vingt-deux escus et demy par compagnie, et dans le nombre de compagnies que le Roy a sur pied, je vous laisse à penser à quelle somme tout cela doit aller. Il me semble que vous avez beau champ de faire valoir ce bon traitement dans toute l'armée et de vous déclarer1 dez à présent que vous serez le premier à inister (sic)* au chastiement de ceux qui manqueront à mettre leurs compagnies en bon estât, c'est-à-dire non seulement complètes, mais aussy armées de piques et de mousquets, sans qu'il y puisse avoir aucun fusil à peine de la vie3.

Mazarin termine par quelques recommandations pour des corps particuliers.

GGXLV.

Aff. élr. , Suède, t. 22, f° 198; miaule de la main de Silhon. — Ibidem, t. 21, f° 169; original signé et en partie chiffré.

À M. D'AVAUGOUR

Paris, 3 novembre i656.

(extrait.)

Après avoir parlé de la négociation de la paix, entre la Suède et la Pologne, qui n'est que différée, Mazarin ajoute :

Je suis bien de vostre sentiment que ce qui est en cecy de plus sen-

1 La minute porte bien de. vous déclarer. dit plus haut (voy. p. 26a, note 2), com-

2 Ce verbe a le sens de pousser à, meriçàit à s'introduire, indique, à cette prendre l'initiative de. . . époque , une réaction en faveur du mous-

3 Cette défense singulière d'avoir des quet, dont l'histoire n'a pas gardé le soufusils, alors que cette arme, comme on l'a venir.

Bible au roy de Suéde esl quelque deschet quil s'imagine estre faîcl à ifovembi sa réputation, s'il est obligé de restituer tout, ou la plus grande partie des conquestes qu'il a faictes en celte dernière guerre, Je voua a y mandé, par ma dernière lettre, quelques considérations assez fortes pour adoucir celle amertume1. J'ajouste encore i<-\ qu'en quelque manière qu'il sorte de celle guerre el quelque forme qu'on donne au traité d'accommodement, il sortira tousjours des affaires avec une grande gloire; il a pris tout ce qu'il a attaqué, à Dantzick prei; il a ;ili,iiiii toul

ce qui s'est opposé à ses armes: on n'a encore repris rien BUr lus de

considérable; il a esté capable de donner de la jalousie .1 plusieurs grandes puissances el les voir armer contre luy. Il esl encore en son entier, et tout ce qu'on peul attendre d'un grand courage el d une grande capacité guerrière s'esl marqué en sa conduite.

Celte réputation est de pins grand prix et pourra estre de plus grande utilité que ne seroil ce que la prudence lus conseille de rendre dans les difficultez d'une conjoncture qu'elle a'avoil poinl prévue. On descharge quelquefois, dans la violence d'une tempeste, le vaisseau (l'une partie de ce qu'il porte pour asseurer I autre. En (puis tant s en

faut qu'on condamne l'ail du pilote, qu'on le blas roil s il faisoil

autrement. Il y ;» tanl d'exemples de pareilles choses arrivées à de grands princes et à de puissans Estats, que celle-cj ne Bera u\ nouvelle m V extraordinaire. Noslre Meurs second rendit, par la paix de Casteau

Gambresis3, presque toul le Piei d, <|ui nous avoil cousté tanl

[d'années]3 à conquérir. Philippe Il nous remit, par le traité de Vervins, sept excellentes places1 qu'il avoil gagnées but nous, qui estoit

tout le fruit de tanl de millions consu / (sic) el de tant d'armées

employées à les conquérir.

Il importera neantmoins, puisque la plus grande difficulté du traite

1 Voy., ci-dessus, la lettre de Mazarin a ' Par lis articles i3, l 'i el iS de la |>ai\

M. d'Avaugour, du l 'i octobre. deVervina, Philippe II reodail a la France

Signée en avril i55g. Calais, ordres, Monthulin, Doulens, la Ca-

3 La minute porte bien (Camées, Le dé- pelle, le Catelet et Navel en Bretagne, chiffrement donne d'armées,

LETTIŒS

Novembrei656 semble consister en la forme qu'on luy donnera, de faire comprendre aux Polonois que, pourveu qu'ils trouvent leur compte pour ce qui est du réel et de l'effectif, ils ne doivent point insister sur quelques apparences qui blesseroient la réputation du roy de Suéde, sans qu'il leur en reussist1 à eux de l'utilité; que c'est un grand bonheur pour eux qu'ils puissent recouvrer2 à l'amiable, sans tirer l'espée, présentement et certainement, ce qu'ils auroienl peine de recouvrer avec la force dans l'incertitude de l'avenir et dans le hazard des révolutions inespérées qui arrivent à la guerre, dont ils voyent un exemple dans celle que le roy de Suéde leur vient de faire.

Je croy que vous aurez fait connoistre à Leurs Maj estez polonoises3 que, dans les propositions de ligue que l'Empereur leur faict faire, son but n'est autre que d'empescher l'accommodement des Suédois avec eux ; qu'ils doivent tenir pour constant que, quelque ligue qu'il fasse, il ne fera jamais diversion, comme il le propose, ny sur les Estats du roy de Suéde en Suéde4, en Allemagne, et beaucoup moins sur ceux de l'électeur de Brandebourg, à cause que cela seroit capable de faire souslever contre luy ou toute, ou la plus grande partie de l'Allemagne, et que cela ruineroit absolument le dessein qu'il a de faire eslire son fils roy des Romains, de sorte que les Polonois gasteroient leurs affaires pour advancer celles de l'Empereur. La chose parle d'elle-mesme.

Vous n'obmettrez pas surtout d'employer toute sorte de moyens pour empescher que l'électeur de Brandebourg ne se destache du roy de Suéde et pour estreindre5 mesme davantage le nœud de leur confe-

1 Le manuscrit porte bien réussit au lien de revint, que l'on serait tenté de lire.

2 Le déchiffrement porte recouvrir; la minute, recouvrer.

3 Le roi Jean-Casimir Wasa et la reine Marie de Gonzague-Nevcrs.

" Les mots en Suède se trouvent dans l'original et dans la minute. Ils peuvent se comprendre. Je crois cependant qu'il vaudrait mieux les retrancher, et que Mazarin

n'a voulu parler que des Etats du roi de Suède situés en Allemagne, comme la Poméranie, Brème, Verden et YVismar. La suite de la phrase prouve, en effet, que l'Empereur n'osait pas attaquer les Etats de la Suède pour ne pas mécontenter l'Allemagne; ce qui ne peut s'appliquer qu'aux possessions garanties aux Suédois par la paix de Weslphalie.

5 Resserrer.

deration. Vous pourrez mesme les asseurer, l'un et l'autre1, que le Ho\ Ha*tm\* ne désire et ne poursuit avec tant de passion leur accommodement avec la Pologne que pour pouvoir avec plus de bienséance et plus hautement les servir de tout ce qui sera en sa puissance; qu'il n'y ;i point d'effort qu'il ne fasse alors, pour l'amour d'eau (jusque là mesme il en incommoder, si besoin est, ses propres affaires), soil contre le Moscovite, soit contre l'Empereur mesme, s'il se déclare contre eux; qu'il employera encore tout le crédit qu'il a auprès «le ses alliez pour les obliger a concourir avec luy à leur défense.

La dépêche se termine par l'approbation donnée & la conduite de d'Avaugoui en ce qui concerne un subside réclamé par le roi de Suède. C'est une question que I on examinera pins tard.

GCXLVI.

\fl". i;ir.. \llciri;i;;iii'. Siippli-inrui , t. 17 (vans pagination . — Original Bign^ ri en partie chiffré.

\ M. DE Ll HBBES.

Paris, 1 0 novembre 1

( 1 CUUR.)

Voicy trois règles que vous observerez, s il vous plaist, inviolablement et qui feront toute l'enceinte ' de rostre négociation :

La première sera que vous ue manquerei point de faire t«>u< l<-v offices possibles, cl de toute l'estendue de l'authorité de Sa M à l'avantage de la religion [catholique] dans toutes les occurrences <»u vous aurez lieu de le faire. G'esl la volonté du Roy, el mm je vous en prie en mon particulier.

La deuxième règle scia que vous travailliez incessamment cl avec soin a empescher que l'union de l'électeur de Brandebourg el (du roi | de Suéde ne se défasse ou se relascbe en quelque manière que ce soil.

1 Le roi de 9uède <i l'électeur de Bran- ' Le mot enwtnfe signifie ici la limite el

iloliourg-. les points principani de h négociation.

Novembre i656. Vous pouvez faire comprendre au premier que ce destachement ou cette neutralité, à laquelle quelques-uns de son conseil tasclient de ' l'induire, seroit enfin sa ruine, qui ne seroit retardée que jusques à ce que le roy de Suéde fust accablé, après quoy, si cela arrivoit, les Polonois et l'Empereur trouveroient mille prétextes et mille moyens de le perdre; ce qui est absolument résolu dans leur esprit, de quoy il ne doit donc point douter; et partant, la prudence veut qu'il ne se prive pas du plus grand appuy qu'il pourroit avoir, qui est celuy du roy de Suéde, et qu'il passe1 avec luy la carrière où il est entré et où il a acquis tant d'bonneur, et où il s'est mis en si haute réputation dedans et hors de l'Empire, qu'il doit bien l'aire plus de fondement à l'avenir sur l'amitié d'un prince, de qui il aura esté ami jusques au bout, que des autres princes qu'il avoit [cru] devoir embrasser ses interests en cas de besoin, puisqu'ils n'ont pas la mesme obligation pour cela qu'auroit le roy de Suéde, veu mesme que ses autres amis se porteroient plus volontiers à le défendre et à s'embarquer dans ses querelles par la considération de la fermeté et de la constance qu'il auroit faict paroistre à l'endroit du roy de Suéde, s'asseurant qu'il en feroit autant pour eux en pareilles rencontres. Surtout vous pouvez luy représenter que la France se portera plus volontiers à l'assister, selon l'exigence des occurrences, s'il persévère dans la liaison qu'il a faicte avec la Suéde, que s'il s'en detasche. Enfin vous employerez toutes les considérations que vostre raison et la cognoissance que vous vous estes acquise des affaires de ce pays vous suggéreront pour cette fin.

La troisième règle sera que vous rafraischissiez2 tousjours les instances d'accommodement entre les deux couronnes du Nord3, sans qu'aucune difficulté vous rebutte; et d'autant que les Polonois en ont tesmoigné plus d'aversion que les Suédois, vous ne vous lasserez point de faire comprendre aux premiers combien les affaires de la guerre -ont sujettes aux révolutions inespérées et combien les événements

' Le texte porte bien passe la carrière, ' Dans le sens de renouveliez .

dans le sen • de achève la carrière. s Suède et Pologne.

DU CARDINAL MAZAR1Y 425

en sont douteux. (Si l'ajustement du Moscovite et du roy de Suéde est v. m . i656 faict ou se traite, vous vous servirez de cet exemple.) Que l'espérance qu'ils pourroient avoir de l'assistance de l'Empereur n'esl pas trop bien fondée; que son dessein n'est pas de leur procurer du repos par une victoire, mais de tenir tousjours le ro\ de Suéde occupé par la durée delà guerre; que, quoy qu'il ayt de grandes forces sur pied elles ne sont destinées que pour les desseins <|ii il a dans l'Empire ou pour le service des Espagnols; que ces deux considérations l'emporteront présentement sur toutes les autres; que, quelque mine qu'il fasse de défendre la succession à la couronne de Pologne, soit poui son fils1, soit pour son frère", il j songera plus il une lois quand il

sera question de l'accepter en elïecl , présentement que la jalousie que cet accroissement de puissance exciteroil parmi les princes des Estats de l'Empire rend roi t [impossible] de députer son lils ou son frère à la royauté des Romains, qui luy tient bien plus au cœur que la succession à la couronne de Pologne; que, comme il ne Be peul que le Moscovite n'ayt esté piqué de celle pensée que quelques Polonois ont eue. il ne faut point auss\ douter que le Grand Seigneur3 n'en \isi fort mal l'exécution; qu'il ne desliast les mains au Transylvain ' pour assister !<• roy de Suéde; qu'il n'ordonnas! au\ Tartares de quitter le service du roy de, Pologne. En un mot, il est \isilile que les Polonois ne peuvent mettre leur couronne sur la leste du lils ou du frère de l'Empereur el conserver leur liberté, el par conséquent que le meilleur parti qu'ils ayent à prendre est d'entendre aux propositions qui leur sont faictes par un ami équitable et bien intentionné.

1 Le'opold, déjà roi do Bohême et de époque, Mahomet IV, <|ui régna de tGAg

Hongrie. (Voy. ci-dessus, p, 175, note -j.) à 1 1» t> — .

1 Léopold, ancien gouverneur des l'uvs- ' Le waywode ou grand-duc de Tran

Bas espagnols. (Voy. ci-dessus, p. 197.) Bylvanie était Georges II Ragotski, qui régna

3 Le sultan des Turcs était, à celte de iti'iHà 1687.

wuvrui. — vu. 5i

tu IIHCI

Novembre 1 656.

\ff. étr. , Angleterre, t. 60, f° agi. — Minute.

À M. DE BORDEAUX

Paris, 19 novembre 1 656.

(extrait.)

Pour ce qui est des négociations que l'on dict que nous entretenons encore avec l'Espagne et du voyage que M. de Penarenda1 doit taire icy, je vous diray que ce sont des fables et qu'à mon grand regret, je suis obligé de vous advertir que, depuis le retour de M. de Lionne, il ne nous reste aucune espérance de paix, les Espagnols s'estanl tenus fermes sur des points qui sont indispensables2, puisque, outre que l'honneur et l'interest du Roy y sont entièrement engagez, si Sa M', par exemple, accordoit le restablissement du prince de Condé dans tous ses gouvernemens de places et de provinces et dans ses charges, et le tout à l'instance du roy d'Espagne, ce ne seroit pas faire la paix, mais une trefve, qui dureroit autant de temps qu'il faudroit aux Espagnols pour raccommoder leurs affaires, venir à bout du Portugal, faire la paix avec l'Angleterre, donner ordre à tout ce qui leur faict peine en Italie, amasser beaucoup d'argent et recommencer la guerre dans deux ou trois ans à meilleures enseignes, avec asseurance que le prince, qui leur auroit toute l'obligation des advantages qu'il remporteroit à présent par leur moyen, hesiteroit d'autant moins à s'engager de nouveau avec eux qu'il verroit plus d'apparence à faire réussir tes projets qu'il auroit faicts contre cette couronne.

Je ne sçay pas ce que le colonel Lockhart a peu escrire là-dessus; mais il nous paroist fort persuadé que nous ne songeons icy qu'à contraindre les ennemis par la force des armes à donner les mains

1 Gaspard de Bragamonte, comte de Penaranda, avait été un des plénipotentiaires de l'Espagne au congrès de Munster. — ' Le sens est : essentiels pour la conclusion de la paix.

DU CAKimAL .MAZAIWN.

à la paix1. Vous pouvez estre asseuré qu'on ne fera rien avec ledicl Novembrei656.

sieur colonel dont vcns ne soyez ponctuellement informé; car, jusqu'à

présent, quoy que nous nous voyions bien souvent et que 1 on traite

des conditions pour faire une plus estroile liaison et agir de coucert

contre un ennetny coinniun, afin de l'affaiblir d autant plus, on ne - est

|>as encore approché de la conclusion, ledicl sieur colonel prétendant

que nous portions presque toute la despense, nonobstant (pu- M. le

Protecteur tirast le principal advantage des progrez que aous pourrions

faire2. Vous ne devez aussv douter nullement de la confiance que j'aj

en vous, et vous verrei que fou \ous informera ponctuellement <l«'

tout ce qui se passera dans cette négociation, de laquelle, pourtant,

il est à propos que vous ne tesmoigniez rien à présent.

Nous avez sc«'u <l«-^|a le peu de sujel que le R03 a d'eslre satisfait «lu procéder du roy d'Angleterre, lequel, après avoir receu, luj el toute sa famille, tant de bon accueil et «le bon traitement, lorsqu'il s'est réfugié dans ce royaume, Bans (pion .i\t cessé de I >> \ continuer Is mesme assistance après qu'il s'est retiré en Flandres, ne B'esl pan seulement contenté de lier une estroite amitié avec les Espagnols, qui sont maintenant nos plus grands ennemis, sans qu'il nous en ayl faicl faire le moindre compliment, et d'avoir conclu un traité avec eux dans lequel il \ a plusieurs articles préjudiciables aux affaires du Roj

mais il a adjouslé à tout cela mille diligences qu'il a faictes |

desbaucher tous les regimens irlandois et escossois qui sont icy, ayant envoyé des ordres aux officiers et soldats de l'aller trouver al laicl sous main et en public toutes le< intrigues imaginables pour privei

1 Bordeaux écrivait, le il aovembre i656, qu'on paraissait appréhender en \ngleterre la réconciliation de la France el de l'Espagne, -alin de donner |>lu- de crédit aux bruits qu'en a l'ait courre le colonel Lockharts. Dans une dépèche du h décembre, Bordeaux insistail encore sur la difficulté «d'effacer l'impression que les lettres <lu colonel Lorkliart. ou d'autres

peuvent avoir donnée". | VU'. >;u. . Ingle terre, L 67, l 307 el 3io. |

Gromwell caressait alors un projet de confédération beaucoup plus vaste qu'il ne convenait à Maxarin de l'accepter. Lussi le Cardinal l'éludait-il avec soin . sans toutefois le rejeter ouvertement, sa tactique consis tant ii soulever des objections contre quel ques-unes des danses proposa

Novembrei656. le Roy d'un corps assez considérable et en fortifier en cffect le parti d'Espagne, tandis qu'il tesmoigne, en apparence, d'estre sur le point d'aller reconquérir l'Angleterre, et que c'est pour cela qu'il a besoin de joindre lesdictes troupes à celles qu'il dict vouloir assembler d'ailleurs et que les Espagnols luy ont promises. Cependant il est aisé de voir qu'il ne peut attendre des Espagnols ny argent ny troupes ny vaisseaux, sans quoy1 il rencontrerait quelque petite difficulté à reconquérir l'Angleterre. Dans le temps qu'il tient cette conduite, il a escrit pressamment à la Reyne sa mère pour obtenir un passe-port pour le comte de Bristol2, qu'il voudrait envoyer en Espagne; mais Sa M1' n'a pas jugé à propos de le luy accorder et a résolu en mesme temps de faire marcher à Beauvais tous les regimens irlandois, qui estoient en divers lieux sur la frontière, pour en former un seul qui aura le nom de régiment royal, lequel ne sera composé que d'officiers affidez et qui ayent de longue main faict paroistre leur zèle pour le service de cette couronne, Sadicte Mt<; ayant résolu, au mesme temps, de licencier tous les autres.

L'on a dict icy à la Reyne que, dans les vaisseaux pris sur la flotte d'Espagne, il y a quantité de pierreries et de raretez des Indes3; je vous prie de vous en informer et de m'en donner advis. parce que. si cela est, Sa Mld pourra bien envoyer une personne exprez sur les lieux.

1 A défaut de quoi. cédemment gouverneur de Mantes et de

5 Probablement Georges Digby, de l'Isle-Adam ; c'est là qu'il devint amoureux

Bristol , nommé maréchal de camp en 1 6i8 , de la duchesse de Châtillon , retirée alors nu

lieutenant général en 1 65 1, mort en 1678, château de Marlou (ou Mello). (Voy. les

à 65 ans. Bristol, dit Bussy, tétait fier, Mémoires de Bussy, t. II, p. 390 et suiv.) brave et plein d'ambition-». Il avait été pré- ' Les Indes occidentales ou Amérique.

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