‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáere (volume 5)Chapitre 86 sur 285 · À MADAME ROYALE (CHRISTINE DE FRANGE · texte numérisé non relu

À MADAME ROYALE (CHRISTINE DE FRANGE

Apres divers entretiens aussy particuliers que ceux que j'ai eu avec le sr abbé Amoretti1 et m'estre ouvert entièrement à luy sur plusieurs choses dont il rendra compte à V. A. I».. il seroit peul-estre du respect de luy espargner la peine de lire cette lettre. J ose espérer oeantmoins (|u'elle n'aura pas désagréable que j'aye lhonneur de lui tesmoigner la joye que le Roy a eue de donner les ordres, sans aucune condition, pour la remise de la citadelle de Turin, puisque V. A. R. n'estime pas qu'il soit nécessaire pour le bien du service de Monsieur son lils qu'il la retiene davantage. Sa Majesté est ravie que ceste action achevé de justifier au public la saj;e et glorieuse régence de \. A. R.. eu sorte que le malin mesme sera contraint de la louer d'avoir BU lier h a propos quelques places au feu Roy qui estoient menacées du mesme malheur qu'avoient eu les autres, de pourvoir avantageusement a la sécurité de ses Etats par ung depost dans lequel l'événement a bien montré qu'elle ne hazardoit rien et qui a donné lieu de rescouvrer les places qui avoient été prises.

Pour moi, je n'obmettrai jamais aucune des choses qui pourront faire voir avec plus d'esclat en quelle considération elle est en cette cour, et quel avantage c'est aux affaires et a 1' Vitesse royale de Monsieur son fils d'être assisté du crédit et de la puissante direction de \ . A. R. Mais comme j'en ai dit beaucoup plus au mesme abbé Amoretti que

1 J.-R. Amoretti, chapelain et conseiller de 1 638 à 1675. Le roi de France avait du duc de Savoie, mort en janvier 1687. occupa la citadelle de Turin sous prétexte

* Victor- Aniédee 11, duc de Savoir, de la défendre contre les ennemis du duc.

àHH LETTRES

Mais i(i57. je n'en pourrois escrire ici, je laisse le surplus à sa vive voix et particulièrement sur la conduite que M. le duc de Modène a tenue à l'égard de V. A. R. et des interest de Monsieur son fds. Et je demeure avec tous les sentiments d'une parfaicte soumission, etc.

Aff. étr. , France, t. 272, f° 100. — Copie du temps.

À M. DE GRWEL.

[Paris], 17 mars 1637.

( EÏTRA1T.)

Vous avez fort bien respondu au grand mareschal1 sur l'offre qu'il a faicte d'une union particulière de son maistre avec le Roy, en cas que les autres princes différassent trop longtemps à entrer dans la liaison projetée'2. Vous le remercierez de nouveau de la part de Sa M'% de la manière obligeante avec laquelle il agit, et l'asseurerez qu'elle en a une parfaicte recognoissance, et qu'elle est tout-à-fait persuadée de sa sincérité et de son affection pour cette couronne.

Du reste, je n'ay qu'à vous confirmer ce que je vous ay mandé, par ma précédente, qui est que, si M. de Mayence3 peut s'ajuster avec le duc de Neubourg4, pour faire une partie des troupes que celuy-cy s'oblige de mettre sur pied par le traité que nous avons projeté avec luy, et qu'il prenne aussy l'argent, dont il conviendra pour cette levée, sur le fonds que nous devons donner audict sr duc de Neubourg, le Roy en sera fort ayse 5.

Ainsy S. A. El. se trouveroit armée et en estât de garantir sa personne et ses Estats des effects de la mauvaise volonté de l'Empereur,

1 Au grand maréchal de l'électorat de 3 Philippe de Schœnborn. (Yoy. p. 2 46.) Mayence. 4 Voy. ci-dessus, p. 79.

2 II s'agissait d'une ligue des princes al- 5 Pour les subventions pécuniaires paye'es lemands pour forcer l'Empereur à respecter à l'archevêque -électeur de Mayence. voy. la paix de Westphalie. ci-dessus, p. 266 et a6i.

et, cet adjustement demeurant secret, il ne paroistroit point à ses Hfere 1657 Go-Electeurs et autres princes qu'EUe eust l'ail un pas plus considérable qu'eux à i'esgard de la France, et il n'enipescheroit pas la conclusion de la lijjue que nous recherchons. Je nie suis ouverl <!<• cette pensée avec le chanoine \rnaud, el il sera hou (pic vous en rouleriez avec M. le prince de Hombourg1, el que vous examiniez ensemble les moyens de la faire réussir.

CCLDL

\1I'. étr. , (Supplément), 1. 17 (sans pagination). — Original signé h en partie chiffré.

\ M. DE LUMBRES.

I I \ I l; il 1 . I

Vfazario le presse d'insister pour la conclusion de la paix entre la Pologne el la Suède. Le Brandebourg doil \ entrer de concerl avec la Suède :

Je vous ay mandé que, Taisant cel office auprès des ministres de. M. de Brandebourg, vous en devez eu mesme temps faire pour l'affermir tousjours dans la liaison qu'il a avec le roj de Suéde, qui doit estre indissoluble. Pour ce qui esl de \l. le baron de Schuerin . vous m'avez faicl plaisir de me mander ce qui seroil de son goust, afin qu'il soit satisfait de ce cos té-là.

J'adjouste, dans cette lettre, une nouvelle, mais puissante considération que vous employerez auprès du n>\ de Pologne el de ses ministres pour les rendit' plus traitables à ce que nous desirons poui leur bien, c'est sur le mouvement des armées du prince de Transy Ivanie el des Cosaques : c'est que, dans toutes les apparences, ce prince ne se remue point qu'avec la permission du Grand Seigneur, et par conséquent qu'il ne soit asseuré d'estre appuyé de ses Forces, s'il en esl

' Georges -Christien de rlesse. (Voy. ci- ' Le baron de Scbwerin était le principal

dessus, p. 966.) ministre de l'électeur de Brandebourg.

MAZIMIN. — vu. '>-

Avril '..7. besoin. La raison en est fort claire, d'autant qu'il n'est pas possible que le Grand Seigneur ayt peu apprendre le traité des Polonois avec l'Empereur et avecque les Moscovites sans une extrême jalousie, que la succession à la couronne de Pologne soit à la disposition de l'un ou de l'autre de ces deux princes, dont la puissance ne luy est que trop suspecte; et, par conséquent, il est à présumer qu'il n'y a rien qu'il ne fasse pour l'empescher.

Mazarin insiste, dans la suite de cette dépêche, sur les dangers que la continuation de la guerre présente pour la Pologne. Les Moscovites se disposent encore une fois à assiéger la ville de Riga. Mazarin ajoute en terminant :

Us (les Polonois) se souviendront de la peur qu'ils avoient qu'elle ne fust prise, l'année passée, et de l'inévitable conséquence qui en resulteroit pour leur commerce, si un prince si puissant et si ambitieux se rendoit rnaistre de ce poste. Pour ce qui est des assistances que l'Empereur leur peut faire espérer, ils considéreront que, puisqu'il se desgarnit de ses principales forces pour les envoyer au secours des Espagnols, jusque là mesme qu'il ne songe point au passage que le Grand Seigneur luy a demandé par ses Estats pour avoir de quoy s'y opposer, quelle subvention s'en doivent promettre les Polonois.

GCLX. Afî. étr. , Angleterre, t. 69, f° 70. — Minute.

À M. DE BORDEAUX

Paris, iU avril 1657.

Nous avons appris, par vostre dernière depesche du 5 de ce mois, la resolution du parlement d'Angleterre touchant le tiltre de roy1. Gomme l'on ne doute point que M. le Prolecteur, aprez qu'il l'aura

1 11 s'agissait de donner ce titre à Olivier CromweH.

DU CARDINAL MAZAR1N.

accepté, n'en fasse donner part au Roy, il faudra que vous vous teniez A.ui i6..: prest pour faire aussy incontinent les compliniens de Sa M1"1. Cependant vous ne devez point hésitera rendre office aux catholiques et employer le nom du Roy et son intercession, afin de leur procurer tout le soulagement qu'il sera possible. H sera bon aussy que de delà - on travaille, comme on a desjà faict icy, à faire appréhender au Danemark de rompre avec la Suéde.

Ail. éd.. \ii|fli'tciiv. t. !',,,. I -'.\. — Minute.

À M. DE BORDEAUX

I WIUIT. )

Les vaisseaux du Roy, que Ruyter a pris, na\<»n'ul laid aucune prise. Ils revenoient de Viareggio9, où ils a voient desbarqué de l'infanterie pour le service du Ro\ . «i asseurement il n \ a nulle excuse à <-e procéder, et outre qu'il scandalise tout le inonde en gênerai, il semble que l'Angleterre particulièrement \ est offensée, puisqu'on <mi a employé le pavillon pour Elire cette injure à Sa M

Vous aurez eu desjà nouvelle de la nmit de l'Empereur K Ce! accident sans doute changera bien la lace des affaires el n'advance pas fort celles des Espagnols.

' Le Parlement anglais venail il»- |>n>poser la création d'une chambre liante el d'offrir à Cromwell le titre de roi. On pouvait croire qu'un tel acte rallierait au nouveau gouvernement les sympathies d'un certain nombre de royalistes: et. comme on le voit par cette dépôcbe. Ma/.arin ne doutait pas que le Protecteur n'acceptât Néanmoins, après en avoir délibère avec ses officiers, ceux-ci s'émnt prononcés awee

tune pour le maintien de la forme républicaine, Cromwell, pour ne pas les blesser refusa la couronne. Il n'accepta que le droit de désigner son Buacesseur.

1 Du côté de l' Angleterre.

1 Ville et pari de Toscane, située dans le docile de l.ucques, à -j."> kilomètres «le la ville de ce nom.

L'empereur Ferdinand III était mort le a avril \()h~. l\ l'âge de /«., ,ui^

CGLMI.

AH', étr., Angleterre, l. Gq, f° 72. — Minute.

À M. DE BORDEAUX

Paris, a8 avril i (>b-j.

Si les Estats des Provinces-Unies ne donnent une prompte et entière satisfaction au Roy sur le mauvais procéder de leur vice-admiral Huyter1, les marchands anglois auront bientost ce qu'ils désirent, puisqu'ils souhaitent de voir eschaufler la querelle; car le Roy est résolu de ne rien relascher et portera cette affaire aux dernières extrémité/ plustost que de souffrir l'injure que ledict Ruyter lu\ a faicte. Cependant il faut escouter les propositions des marchands, qui offrent de noliser des vaisseaux au Roy, et en escrire icy le détail, sur lequel on vous mandera les instructions de Sa Mtë, leur tesmoignant que, dans la bonne intelligence qui est aujourd'huy establie entre la France et l'Angleterre, le Roy sera tres-ayse que les Anglois fassent tout le commerce, et les favorisera pour cet efTect en tout ce qui lin sera possible.

Au reste, il n'y a rien de plus faux que le bruit que vous me dictes qui court de delà que le chevalier de la Lande et son compagnon avoient pris plusieurs vaisseaux hollandois, quand Ruyter les a rencontrez2. Ils n'avoient faict autre chose depuis qu'ils estoient à la mer que le voyage à droite roule de Toulon à Viareggio, où ils avoient porté de l'infanterie pour le service du Roy, et s'en revenoient à Toulon

1 Voy. ci-dessus, p. /i35, et la lettre ti ou de l'amiral hollandais. Cette affaire, fui

préce'denle du 21 avril 1657. menée avec hauteur et faillit amener, comme

- Cette caplnre n'était, au dire des Hot- on va le voir, une rupture milre la Fiance

landais, qu'une légitime repr*5saille pour les et les Provinces-Unies. L'Angleterre excitai)

actes de piraterie commis par les capitaines la querelle dans l'espoir tir ruiner le com-

de ces vaisseaux. La France réclama avec merce hollandais, et Mazarin en l'ail assez

instance la restitution des prises et la puni- ouvertement la menace dans sa lettre.

DU CARDINAL MAZAR1N. 153

pour y exécuter les ordres de Sa Majesté, qu'ils y dévoient trouver. Hai 1657 C'est une vérité constante et publique, laquelle ii est bon de faire cognoistre aux lieux où vous estes, et que ce qu'a faict ledici Ruytei est un pur effect des artifices et suggestions des Espagnols et de leurs adhérents, qui remuent ciel cl terre dans le conseil des Provinces- Unies pour les engager à rompre avec celle ronronne.

CCLXÏÏI.

Air. <?ii\, France, t. 974, f" 395. — Copie du tempe

1 iompiègne '. 1 0 mai 1 6

J'ay esté surpris de voir le retardement du corps anglois*; cai j'avois pris mes mesures sur ce <pi il arriveroil asseuremenl le ~ ou 8 de ce mois, et coinnie M. de Tiireniie estoit sur le point d'agir en cette conformité el que tontes les troupes généralement sont arrivées

en leurs rendez-vous , en plusieurs endroits, sur la frontière de Cli.im

pagne et de Picardie, [nous] recevrons un très-grand préjudice à ne les pouvoir pas mettre en action. Il sera bon que vous preniez la peine de faire cognoistre tout cecy à M. l'ambassadeur et ln\ dire que, si on enst pu sçavoir de bonne heure que les troupes d Angleterre ne pouvoienl pas sytosl venir, ou eusl retardé à mander les nostres, afin de ne donner pas lieu an\ ennemis de se préparer avec la diligence

1 La Cour avait quitté Paris le 7 mai m en Angleterre, tandis que les ennemis

H>r>7 pour se rendre à Gompiègne. stimulés par Condé, avaient, comme on a

1 Le préambule «lu traité, signé à Paris vu, inauguré la campagne de lionne beure

le >>.'■> mars entre la France el l'Angleterre, par la prise de Sainl-Guilhain, M. Guizol

portail que wdès le mois d'avril tiiôy. s'il 1 Histoire de lu Révolution il' h

es! possible, les deux puissances entrepren- tome II. p. 36g 1 ilii que les auxiliaires an-

(lioni consécutivement, à frais et forces com- gdais, commandés par Sir John Reynolds,

nuins, les sièges de Gravelines el de Dun- arrivèrent a Boulogne le ï3 el le 1 '1 mai

kerque, par terre el par mer. . . - Mais l'on mais il suit le calendrier anglais , qui était en

ne fut prêt, pour ces sièges, ni en fiance, retard de u!i\ jours sur celui de la France.

Mai 1657. qu'ils font, voyant que nous sommes tout prests d'entrer dans leur pays. Vous prierez aussy, s'il vous plaist, M. l'ambassadeur de vous dire s'il [n']y aura aucun delay au terme qu'il a pris pour [l'arrivée]1 desdictes troupes sur nos costes; car il est de la dernière importance d'en estre ponctuellement advertis.

Il est vray que [j'ay]2 faict espérer au sr ambassadeur de m'employa* en faveur de certains marchands anglois, afin qu'on ne les poursuive pas au3 payement d'une taxe, et je vous seray obligé s'y vous prenez la peine d'en parler à MM. les Surintendans4.

H faut que M. le Protecteur soit tout-à-faict asseuré de l'armée, puisqu'il estoit résolu de prendre le tiltre de roy, et, si cela est, il n'y aura plus à appréhender aucune diversion dans ce royaume; car les Espagnols [perdront5] les grandes espérances qu'ils avoient conceues de profiter de cette nouvelle élévation de M. le Protecteur.

N'ayant pas entendu parler, depuis quelque temps, de M. le prince deTarente6 ny de Mme de la Trimouille, aprez m' estre employé comme [j'ay]7 faict auprez du Roy, pour obtenir de Sa Mtë ce qu'ils demandoient, je vous prie de me mander d'où vous croyez que puisse procéder le silence du dict sr prince, et de me croire, etc.

' La copie, qui est très défectueuse, porte l'armée pour l'arrivée.

' Dans la copie : je fais.

3 II faudrait lire probablement : en payement.

" 11 avait été promulgué, quelques mois auparavant, une déclaration du Roi portant ffque tous étrangers, résidants ou possédant biens dans le royaume, qui n'ont obtenu lettres de naturalité, jouiront des mêmes honneurs , franchises , libertés et exemptions que les naturels français . . . » Ce document (classé dans la collection Rondonneau , AD+, Arch. nat., à la date du 1 5 janvier 1657) était peut-être destiné à donner satisfaction

au vœu formulé par l'Angleterre en faveur de ses nationaux.

5 La copie porte prendront, qui fait un véritable contre-sens avec l'ensemble de la lettre.

6 Voy. à ce sujet le tome VI , page 1 90 . des Lettres de Mazarin. Le prince de Tarente . après avoir été, à la suite de sa participation à la Fronde, arrêté et détenu à Amiens, puis relégué dans le Poitou , avait obtenu sa grâce du Roi. Il alla plus tard servir en Hollande, comme général , contre l'évêque de Munster. Il revint par la suite en France, où il abjura le calvinisme.

' Dans la copie : comme «V faict.

Mai iti.")-.

AIT. étr., France, t. 272, f" i&lt et suir.

Page 1