CCLXXXIII
Aiï. dtr. , Angleterre, t. 69, f" 93. — Minute.
À L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE LOCkHART.
Amiens1, [1" juin] 1657.
J'ay despeché ce courrier exprez à V. Exe. pour luy dire qu'il faut que le corps anglois demeure jusqu'à nouvel ordre au lieu où il arrive aujourd'huy. H est chargé d'une depesche du Roy pour les habitans de Rue'2, afin qu'ils continuent à les loger. Je l'adresse au sieur de Toucheprez. Je croy que V. Exe. trouvera bon d'escrire en cette conformité à M. le chevalier de Reynolds et de luy mander aussy la cause de ce changement, qui est que M. de Turenne n'a pas jugé à propos de faire le siège de Gambray, quoyqu'il eust pris desja tous les quartiers aux environs de la place, parce qu'un corps de cavalerie des ennemis, qui venoit de Flandres, s'estant rencontré à Valenciennes et ayant sceu que l'armée du Roy avoit pris des postes autour de Gambray, ils ont destaché deux à trois mille chevaux, que l'on dict qui estoient conduits par le prince de Gondé, et se sont jetez dans la place. Ils ont perdu du monde en passant, et M. de Turenne m'a mandé qu'il y a plus de trente officiers prisonniers, mais qu'il avoit jugé à propos de ne continuer plus ce dessein, duquel, sans ce hazard, il y avoit tout sujet d'espérer un bon succez; mais les affaires de la guerre sont si incertaines que, lorsqu'il y a les plus belles apparences, l'on ne peut respondre de rien.
1 La minute porte Amiens et le 3i mai de substituer cette date à celle du 3i mai. 1C57; mais comme Mazarin n'arriva à 2 Petite villedudéparteinentdelaSomme.
Amiens que le 1" juin, il a paru nécessaire arrondissement d'Abbeville.
DU CARDINAL MAZARI.N. 183
Il faudra songer à quelque autre chose, puisque l'on est en estai Juin h" d'entreprendre sur les ennemis, quelque diligence qu'ils fassent pour l'empescher. J'en entretiendray plus au long demain \. Exe, et, s'il luv plaist de prendre la peine de se rendre icv dé bonne beure, ce sera le mieux pour avoir le temps d'escrire à M. le chevalier Reynolds ce qu'il aura à faire.
Il sera bon que V. Exe. ne retienne pas longtemps ce courrier, afin qu'il puisse arriver à Rue avant que le corps anglois Be mette en marche.
GCLXXXIV.
MI. île. France, t. 991, I" 3 ta; original signé, et 1. 17a I 1 1 ii. —
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A M. SERVIEN
\ 1 1 1 1 ■ us. 1' juin 1 ii.'.y.
(kXTIUII. )
Le mouvement, où la Cour a esté ces jours-cy, m'a empesché de faire plustosl response à vostre lettre du 37 (\u passé. Faj veu celles que le chanoine Arnaud ' vous ;i escrites. Ces! un hou homme el fort affectionné; mais il me semble qu'il parle trop souvent d'ouvrir la bourse. 11 devroit avoir appris chei vous que c'est une bourse <>ù il \ .1 fort peu de chose. Eneffect,vous sçavez vous-mesme si nous sommes seulement en estai de pouvoir exécuter les choses auxquelles on s'est obligé en cas qu'il le fallu! faire présentement; et ce qui me deplaisl en cela . c'est qu'il paroisl que, si nous ne donnons pas tout l'argent que l'on demande, ce n'est pas faute d'en avoir, mais parce que je n \ suis pas disposé, quoyque je voulusse bien qu'il me coustast quelque chose de bon en mon particulier, et pouvoir employer un million d'or danla conjoncture présente en Allemagne; car je suis certain qu'estant
1 La copie porte Amand; ninis clic est souvenl fautive, lœ nom d'Arnaud >sl | tv> lisible
diins l'original.
Wi LETTRES
Juin j or>7- distribué libéralement et avec prudence, c'est-à-dire avec asseurance de l'exécution de ce qui nous seroit promis, Ion feroit de si grandes choses, qu'il seroit mal aisé de les pouvoir espérer <m plusieurs siècles1. Je suis encore plus surpris de ce qu'il vous mande de la mortification que pourroit recevoir M. le prince de Hombourg 2 de l'ambassade que le Roy envoyé en Allemagne; car Sa Mté a bien voulu luy donner pouvoir de traicter une affaire particulière et secrète avec M. le duc de Neubourg, et il se doit tenir fort honoré de cette confiance; mais dans une chose publique et d'esclat, comme cette ambassade, il seroit contre son service3 et contre la réputation de cette couronne qu'elle allasl chercher en Allemagne un sujet4, pour l'y employer, que l'on ne connoist que depuis deux ans, et il n'y a personne de bon sens qui ne demeure d'accord que la plupart des Electeurs et autres princes, avec qui l'on aura à traicter, apporteroient bien plus de scrupules et de circonspection à s'ouvrir de leurs pensées sur les affaires présentes avec un prince allemand, qu'ils ne feroientavec des ministres de SaMt,;, qui sont ses sujets, et en qui ils sçavent qu'Elle a toujours pris une entière confiance. Aussy ne croy-je pas que cette pensée soit jamais entrée dans l'esprit dudict prince, qui est trop raisonnable pourpretendre une chose où il y a si peu de fondement; mais, quand cela seroit, il faudroit luy faire cognoistre qu'il a tort, et, s'il ne vouloit pas entendre raison, s'en mettre l'esprit en repos. Je croy que l'intention dudict prince est de passer en France avec le corps de troupes qu'il a levé; mais, en cas qu'il ne le fasse pas sytost et qu'il se trouve en Allemagne quand les ambassadeurs du Roy y arriveront, ils auront ordre de prendre toute confiance en luy et de le prier de s'employer dans les choses et envers les princes où il pourra agir utilement. Donc
1 Mazarin a évidemment en vue ici la " Georges-Christien de Hesse. (Voy. ciligue du Rhin, qu'il parvint, l'année sui- dessus, p. 262.) vante, à former contre l'Empereur, pour 3 Contre le service du Roi. l'affermissement des traités de Weslphalie ; ' La copie porte un juge. Le mot sujet ligue qui contribua si puissamment , en para- est très lisible dans l'original. Je cite ces valysant le plus puissant allié du roi d'Espagne , riantes pour montrer combien la plupart des à la conclusion de la paix des Pyrénées. copies sont défectueuses.
il me semble qu'il devra estre fort satisfaict, parce qu'il verra l'estime imn 1657. que l'on faict de luy, en luy confiant, entre autres choses, le point principal, qui regarde l'élection d'un nouvel empereur.
J'ay receu une grande depesche du sieur Grave! \ de laquelle je vous envoyeray l'extraie) le plus tost que je pourray pour le communiquer, dans le secret, à M. le mareschal de, Gramont e1 à M. de Lionne. En attendant, je vous diray ce qu'elle contient, en substance, de plus essentiel. (Test (pie M. l'électeur de Mayence lu\ avoil dicl qu'il estoit fort des amysde M. le duc de Neubourg; que s il pouvoil luy mettre la couronne impériale sur la teste, il le feroit, estimant qu'il a personnellement toutes les qualités nécessaires pour estre eslevé a cette dignité; mais <|ue, pour respondre à la confiance que le l!o\ prenoit en luy, il estoit obligé de luy dire qu'il ne voyoit rien de si préjudiciable présentement aux interesta de Sa M* dans l'Empire et ;i ceux mesmes dudict sieur duc de Neubourg, que3 la conclusion de la ligue offensive que l'on projetoit de faire avec luy, parce que Brandebourg et d'autres princes en concevroient de la jalousie, quelque soin que l'on prisl de la leur osier; ce qui les pourroit obliger de s'appuyer davantage de la maison d'Austriche, et que Ton fourniroit par ce moyen un prétexte au roy de Hongrie d'entrer avec une armée en Allemagne; que sa pensée estoit, <pie Ton devoit différer la conclusion de ce traicté et ne s'appliquer présentement qu'à celle de la liaison9 projetée pour la manutention du traicté de Munster, laquelle devoit estre la base et le fondement de toutes choses, ci donl il avoil bonne espérance; les députe/ des princes, qui j doivent entrer, ayant promis de >,. rendre à Francfort dans le 1 0""' ou 1 ('>"" de ce mois, pour \ mettre la dernière main.
Le Roy, ayant examine ces raisons, ei faisint d'ailleurs beaucoup
L'original porte Gravai; mais la copie de Mayence voulait qu'an lien de Eure im-
donne le véritable nom, Gravel, personnage médiatement nu traité partienJier avec ta
souvent cité dans les dépêches de Mnzarin. duc de Neubourg, on B'oecupÂt de la eon-
(Voy. ci-dessus, p. •><>•> el 34g.) clusion de la ligue.
La oopie porte bien j»our; mais on lit que ' Ge mol a ici le sens d'union on de
dans l'original. La suite prouve que l'électeur ligue.
Juin 1657. de cas des sentimens de M. de Mayence, juge donc à propos de suspendre i'execution de noslre traicté avec M. de Neubourg, qui sans doute ne le trouvera pas mauvais, quand il fera reflexion qu'il n'est pas moins de son interest que de celuy de Sa M10 d'en user ainsy. Ce que vous pourrez prendre la peine de mander au chanoine Arnaud, quoyque Gravel } me marque qu'il avoit escrit à M. le prince de Hombourg pour le prier de luy envoyer ledict chanoine, afin qu'il le pust informer de tout ce que M. l'électeur de Mayence luy avoit dict; et je croy que M. de Neubourg doit bien recevoir tout ce qui luy viendra de la part de M. de Mayence, qui a beaucoup d'estime et d'amitié pour luy et dont il peut tirer de grands avantages dans la conjoncture présente.
J'ay beaucoup d'inquiétude de voir que M. le mareschal de Gramont et M. de Lionne se bastent si peu de partir. Ils n'arriveront pas à temps pourvoir seulement les quatre Electeurs, qui sont les plus proches de nous2, avant la diette, et une des choses que M. de Mayence croit la plus nécessaire, c'est que lesdicts ambassadeurs se rendent promptement en Allemagne3. J'en escris à M. de Lionne, et je vous prie de presser de nouveau l'un et l'autre autant que vous pourrez là-dessus.
Il sera bon que vous envoyiez quérir le résident de M. l'électeur palatin pour luy dire que son maistre a tort de croire que les eiïects ne respondent pas aux bonnes paroles qu'on luy donne de la part du Roy; qu'il n'est pas juste qu'il prétende que Sa Wé se déclare en sa
1 Gravel était tr résident pour les affaires du Roi y à Francfort. C'était , dit le maréchal de Gramont, mm homme de bon sens, et très capable de conduire une affaire avec résolution et tout l'art possible ... ^ Il avait su chasser de Philipsbourg le gouverneur qui s'était déclaré contre le Roi, et rendre cette place à la France par les intelligences qu'il s'était habilement ménagées dans la garnison.
* Les trois électeurs ecclésiastiques de
Mayence, Cologne et Trêves, et l'électeur du Rhin.
3 L'élection de l'Empereur, fixée primitivement au i4 août 1C57, n'eut lieu pourtant que le 18 juillet de l'année suivante. On peut consulter sur cette négociation les Mémoires du maréchal de Gramont, notre ambassadeur, — ambassadeur nominal tout au moins , parce que M. de Lionne , son collègue, était l'âme des pourparlers qui aboutirent à la ligue du Rhin (p. tî85 et suiv.).
DU CARDINAL MAX \lil\. 487
laveur sur le sujet du vicariat [do l'Empire | '; car, comme il est porté Juin 1007 par le traité de Munster que, lorsqu'il arrivera quelque différend sur les articles dndiot traicté, les princes, qui s'en sont rendus garants, t;ischeronl.de les terminera l'amiable, sans permettre qu'il soit décidé par les armes. Si le l'un appuyoit un part) contre l'autre, ce seroit contrevenir audict traicté et donner sujet aux princes, qui j sont intervenus, de se plaindre que Sa M1' !voulus1 décider seule ce qui doit estre remis au jugement de tous ensemble, de sorte que, Batisfaisanl M. l'électeur palatin, Elle desobligeroit tous les autres et se lesaltireroit sur le^ bras, sans peut-estre que cette déclaration produisis! aucun advantage pour ledict sieur Electeur.
Pour gagner tout-à-fait cet Electeur, je cro\ qu'il ne faudroil pas s'arrester au plus ou au moins, et que le Roy se pourroil employer en m es me temps, conjoinctemenfl avec d'autres princes, à trouver quelque expédient sur le vicariat, qui luy donnas! une juste satisfaction sans offenser pourtant M. le duc de Bavien
CCIAWV.
AIT. étr., Pays-Bas, f° Si, I" i(i\ — Copie du temps.