RELATION POUR ENVOYER AUX AMBASSADEURS
Amiens. -T juin 1607.
Avant que2 de partir de Paris, on avoit recognu le peu d'apparence3 qu'il y avait de rien entreprendre du costé de la mer4, parce que les Espagnols s'estant bien doutez5 que le traité conclud avec l'Angleterre engagerait sans doute0 la France à quelque entreprise de ce costé-là, ils ont travaillé continuellement depuis trois mois" à munir Gravelines et Dunkerque de toutes les choses nécessaires; et lorsqu'ils ont veu nostre armée à la frontière, ils ne se sont pas contentez seulement de jeter en chacune de ces deux places un renfort de deux mille hommes de leur meilleure8 infanterie, mais ils ont formé un corps de quatre mille soldats9 auprez de S^Omer, commandé par M. le prince de Ligne, qui avoit ordre de se jeter dans la place dont10 l'armée Françoise approcherait le plus. C'est pourquoy le
1 Ce titre placé en tête du mémoire n'est pas de la main de Mazarin.
2 Mazarin avait écrit auparavant que; Rose a effacé ces mots et écrit avant que.
3 Le peu de motifs raisonnables.
4 C'est-à-dire , contre les places maritimes de Mardyk, Dunkerque ou Gravelines.
5 Les mots s'estant bien doutez corrigent n'ayant pas douté qui sont dans la minute de Mazarin. La correction est de la main de Rose.
6 Rose a biffé les mots sans doute dans la seconde minute.
7 Les mots depuis trois mois sont autographes et ont été ajoutés sur la seconde minute par Mazarin.
8 Ces mots de leur meilleure sont autographes et ont élé ajoutés par Mazarin en interligne; ils remplacent de la meilleure qu'ils eussent que le Cardinal avait écrit dans la première minute après infanterie.
5 Soldats est dans la première minute.
Rose l'a remplacé par hommes dans la seconde.
10 Dont corrige que écrit par Mazarin dans la première minute.
Roy, voyant bien1 qu'il estoit inutile de songer à aucune de ces deux Juin .biplaces, résolut d'attaquer Cambray, mais avec un tel secret qu'il n'y avoit que quatre personnes qui en eussent connoissance, et je le dis seulement à M. de Turenne2 à Amiens, qui approuva fort ce dessein: et comme l'armée qu'il commande estoit du costé «I \rras. parce que luy-niesme avoit creu devoir attaquer quelque place but la Lys, on convint avec lu y qu'il la feroit marcher du costé d'Aire pour donner lieu3 d'autant plus aux ennemis de juger'' que nous attaquerions, conjointement avec 1rs \ii;jlois. une des dictes places; el pour les confirmer5 jusques an bout dans celle croyance, on fit desbarquer entre Calais et Boulogne les Anjdois au nombre de six .1 sep4 mille. Leur armée navale se uni d'un costé devanl Gravelinesel de l'autre ferma le povt.de Dunkerque, e4 le Roj el la Reyne, avec toute la Cour, s'advanœrenl a Mon treuil; el lorsqu'on \ii toutes les forces ennemies s'engager de plus en plus du costé de L mer ei dans la Flandres, et que seulement un corps de quatre mille hommes commandé du1 prince de Coudé demeuroil entre Sambre et Meuse, vers le ponl de Longui . nuire une forte garnison qu'il avoil mise à Rocro^ pour empeschei ainsv l'armée que commande le mareschai de La Perte de rien entre»
prendre île ce coslé-la. le l!o\ en\o\a I ordre a M. de Turenne de tourner tout court et marcher en diligence à Cambray, OÙ M. de La Ferlé (lc\oit se rendre aussi en diligence, de mesme que le COipS anglois* el en mesme temps Leurs Maj1". avec toute la Cour. L'entreprise avoil esté Ion bien conduite; car on avoil si bien préparé toutes choses dans les places voisines de Cambray, qu'en deux fois vingt-quatre
1 Bien o 'le biffé par Rose dans la se La seconde minute a supprimé au
conde minute. <|wi. dans la première, rail confirmer.
)l. di- Turaine dans la première minute ' Rose a corrigé '/" en par h.
de Mazariu. ' LoDgWY.
1 Les mots donner lieu sont une conrec- ' Depuis devoir» jusqu'à ingloi», lemein-
imii de Rose dans la seconde minute el rem- bro de phrase a été écril en interligne par
placent obliger. Maiarin et Rose pour corriger le passage
1 Los mois déjuger ont été écrits en in- suivant : ivoil otuay receu [tordre) de mûr
terligne par Rose el remplacent à soubçonner. cher, comme le corps angloùfaisoii stuay.
iiiin 1 657. heures, il y auroit eu dans le camp des vivres et des munitions de guerre en abondance ', quand le siège auroit deub durer six semaines; ce qui n'estoit pas à craindre, parce que n'y ayant'2 dans la place que quatre cents hommes, on auroit pris sans aucun obstacle tous les dehors la première nuict, et dans quinze jours les assiégez auroient esté contrainctz de capituler.
M. de Turenne avoit faict une marche de seize lieues avec la cavalerie et estoit arrivé à la pointe du jour aux portes de Gambray, et l'infanterie, avec le bagage et le canon, ponts de bateaux et deux mille cinq cens chariots, des vivres et munitions de guerre, se rendit au mesme lieu à midy. M. de Turenne, aprez avoir séparé les quartiers et pris toutes les avenues, commença à faire travaillera la circonvallation à neuf heures du soir; mais le prince de Gondé, à qui don Juan et Garacene avoient donné advis qu'asseurement nous en voulions aux places de la mer, s'estant mis aussytost3 en marche avec ses troupes pour secourir lesdictes places, se rencontra par malheur4 entre Vaienciennes et Bouchain lorsqu'il apprit5 que Cambray estoit investy, et prit la resolution de s'y jeter, à la faveur de la nuit, avec trois mille chevaux qu'il avoit. Ce qui luy fut d'autant plus aisé qu'outre que l'on n'avoit travaillé que quatre heures à la circonvallation, par une seconde fatalité, non moindre que la rencontre du passage dudict prince proche de la place dans le moment que M. de Turenne l'avoit investye, le guide qui conduisoit ce secours s'estant esgaré dans l'obscurité, il fut contraint de s'escarter du droit chemin qui alloit à la porte où il avoit résolu d'entrer, et ainsy ledict prince évita de passer au lieu6 où M. de Turenne, avec quarante escadrons et plusieurs bataillons les uns sur les autres, l'attendoit de pied ferme sur l'advis
1 Les mots en abondance ont été ajoutés " Par malheur a été écrit par Rose en
en interligne par Rose. interligne.
5 La phrase depuis ce qui juscpi'à n'y 5 Apprit, écrit en interligne par Rose,
ayant a été écrite par Rose en interligne. corrige eut advis.
s Les trois mots s'estant mis aussystost 6 Au lieu est écrit en interligne de la
sont écrits en interligne de la main de Rose. main de Rose et corrige par l'endroit.
certain qu'il avoit eu de sa marche, en sort»'1 qu'il estoit impossible J»m it,:,: qu'il en escliapast un seul*. .Vanlmoins, par le destour qu ils prirent, ils ne laissèrent pas d'estre chargez par quelques escadrons des nosti •■ qui leur tuèrent bon nombre de gens <'t firent plue de trois eena prisonniers, et, outre autres, quantité d'officiers, j>ai in\ lesquels il s'en rencontra huit ou dix de marque. Gela nous a rompu m» mesures pour l'attaque de Cambrav ; mais l'armée du Roj estant forl considérable, il sera malais»; que les ennemis puissent parer à tous les coups qu'elle est en estât de leur porter dans le coins de ,,■((,• gaïUr psgne.
Aiï. eu*., Angleterre, t. 6f, I 10a. — Miooteen partie autographe. \ M. I)i; RORDKAI \.
La l'Tc. i juin 1 11.17.
On ne pouvoit pas mieux parler n\ répliquer plus à propos que vous avez laid à M. le Protecteur, mais j'a\ e>|e surpris de voir que
ce que vous me mande/ de ses sentiinens à oostre esgard soit différent de ce que m'a dicl M. l'ambassadeur Lockhart, lequel m'a bien tesmoigoé que M. I<i Protecteur souhaitoil loi t que L'on (tttaquast une des
places de la mer, comme il est porté par le traité8, mais non p;is que. sans cela, il ne pourroil eslre salislaicl. 11 estant pas persuadé des raisons qu'on a desduiles pour faire cojmoislre qu il 11 a pas esté possible
de rien entreprendre de ce costé-là '.
1 La phrase depuis t'attendait jusqu'à en de notre aile droite, il eul été exte&nemt&l
sorte tel éoiite in interligna de la main de neoreui s'il se lui aauvé de la mort ou « I •* la
Rose. . prison; al o'eal en quoi on m saurai: aern
■' l!uss\, dans ses Mémoires (IL, 39), estimer soneutrepfise.*
confirme ce détails -Le prince, dit-il, laiilii \ri. 1 du iraiicile Paria, aâfloaitêof.
à être, pris par un offifàec du régiment de ' Autographe depuis peur rail ratn jea-
Giérainbault. ..; s'il fut tombé sur U< poète qu'à ce co.ste-là.
Juin 1657. El, en effect, ce seroit vouloir nous rendre responsables de choses qui ne despendent pas de nous1, puisqu'il n'estok pas en nostre pouvoir d'empescher que les ennemis, sur la cognoissance ou le soupçon qu'ils peuvent avoir eu de nos desseins, n'ayent renforcé les garnisons de leurs places maritimes et pourveu à leur seureté, en sorte que de les attaquer et s'exposer visiblement à recevoir un affront n'estoit qu'une mesme chose2.
Le Roy estime en un si haut point tout ce qui vient de M. le Protecteur, et sçait qu'il a tant d'expérience et de lumières dans le fait de la guerre et3 en toutes choses, que Sa Mtd n'auroit pas de peine à se conformer à ses sentiments, quand mesme il ne s'agiroit pas de l'exécution d'un traité qu'Elle veut entretenir religieusement de sa part. Mais je ne pense pas que M. le Protecteur eust peu estre d'advis que l'on attaquast Gravelines, la meilleure place de l'Europe, munie abondamment de tout4, et dans laquelle chacun sçavoit que les ennemis avoient faict entrer, d'extraordinaire, 3,5 oo hommes effectifs, la plus grande partie Espagnols naturels, sans parler du corps que le prince de Ligne avoit entre Aire, Saint-Omer et la mer, pour nous disputer le passage du Neuf-Fossé et pour se jeter dans la place que nous eussions voulu attaquer, lorsque ledict passage auroit esté forcé.
Cela ne s'accorde pas avec ce que M. le Protecteur vous a dict qu'il n'y avoit que cinq cens hommes. 11 se peut pourtant faire que, dans le mois d'avril, Gravelines ne fust pas si bien pourveu comme elle l'a
1 Cromwell n'était pas seul à croire que Mazarin ne voulût éluder la stricte exécution du traité. On peut même se demander jusqu'à quel point le Cardinal était alors résolu à livrer aux Anglais , en cas de succès , une place de l'importance de Dunkerque; surtout en face de l'impopularité dont cet article était l'objet dans l'opinion publique française. crLa France, écrivait un étranger qui séjournait en ce moment à Paris, commence à avoir horreur de cette entreprise,
d'autant que, donnant ainsi pied aux Anglais, en deçà de la mer, elle peut en recevoir un jour très-grand dommage.» (Journal de voyage de deux Hollandais à Paris, p. 2/17.)
2 Autograpbe depuis et pourveu jusqu'à mesme chose.
3 Mazarin a ajouté en interligne dans le [ail de la guerre et.
1 Mazarin a ajouté ces quatre mots en interligne.
DU CARDINAL MAZIH1V 497
esté depuis; mais il estoit impossible d\ rien entreprendre; car vous Jim, sçavez bien que le corps anglois n • >l arrivé dans ce royaume que depuis le 18 jusqu'au •>. h de may, quoj que les troupes de Sa M1 fussent assemblées toutes dans les frontières de Picardie et de Champagne dez le 20 d'avril, et que les équipages de l'artillerie el des mines fussent aussy prests dez ce temps-là '.
Il est vi'av aussy que l'armée des ennemis a paru jusquesà présent plus foible encore (pie ne <li<L M. le Protecteur, n'ayant jamais en en un corps six mille hommes; car elle esloit toute séparée dans les pla< qui estoient menacées, et en de^ petits corps dans le- endroits propres à s'y jeter: mais, lorsqu'ils joindront toutes leurs forces, comme ils font présentement, il esl certain qu'elles compteront au moins vingtquatre mille combattans, et si M. le Protecteur est bien adverty de Flandres, comme nous le sommes, il trouvera qu'il n'y a rien de -\ certain que ce que je vous mande . Cependant on ne laisse pas de l'aire (ont ce qui se peut, afin d'obliger les ennemis a desgarnir leurs places de la mer el s'en aller ' ailleurs, en sorte que non- puissions desrobe r une marche et \ aller, le Roj ayanl laid exprez assiéger
Monlinedy dans le Luxembourg par le corps d'armée que M. le maréchal de La Ferté commande, laissant entre Saint-Quentin el Landrei
M. de Tu ren ne ' avec une ai niée de \ inj;l-sept mille hommes effectifs .
compris le corps anglois, lequel s\ peut joindre en trois heures6, afin d'engager, par toute sorte de moyens1, les ennemis à quelque mouvement qui nous donne jour a pouvoir1 aller tondre tout-à-COUp sur quelqu'une des places de la mer. à <pioy M. de Tiireuiie a ordre de
'l'uni t.' passage depuis chacun sçavoù ' lulographe depuis /amanl jusqu'à /«-
jusqu'à dès ce temps-là esl autographe, -.1111 renne. quelques mois. ' Effectifs a été ajouté par Mazarin ■■n
Tout ce paragraphe < st delà maindi interligne Mazarin , sauf tes mots suivants : 1/ wf vray autographe depuis lequel jusqu'à
autsy que formée des etmnemis. ... et que heures.
tu dici 1/. le Protecteur. 7 Les mots j«ir toute sorte de moyens mmi!
11 Autographe depuis s'en aller jusqu'à h autographes.
Roy. ' I pouvoir autographe.
MAJAI1IN. Vil. 63
mrmïiiu RATI
/i98 LETTRES
juin 1657. songer preferablement à tout autre chose; et, outre qu'il est fort ponctuel à l'exécution des ordres qu'il reçoit, je vous puis dire que, par sou inclination, il est plus porté aux desseins de la mer qu'à aucun autre, et sur cela je vous puis dire sincèrement que nous1 ne souhaitons pas moins que M. le Prolecteur de faire des progrez de ce costélà, ou bien il faudroit que je m'entendisse2 avec les Espagnols; car on3 cognoitfort bien qu'ils seroyent perdus en Flandres4, s'ils perdoient leurs places maritimes, et que tous les coups qu'on leur portera en cet endroit-là seront mortels et décisifs.
Je vous remercie de toutes les nouvelles, et je vous prie de me mander si vous croyez me pouvoir envoyer quelque jeune cheval de la qualité que je vous ay escrit, comme aussy de m'informer précisément et au dernier mot de la despense qu'il faudra faire pour le fret de quarante frégates, dont je vous ay escrit5.
Bibl. nat. , ms. fonds Baluze, t. 176, f° 291.
À J.-B. COLBERT6
[Saint-Quentin, 6 juin 1607.J (entrait.)
Après avoir parle à Colbert de plusieurs affaires particulières, Mazariu ajoute :
J'appréhende que le prince de Gondé ne voudra (sic) pas relascher Girardin7 pour Barbezieres, et en ce cas on pourra faire le procez à celuy-cy sans risque que Girardin soit traité de mesme, mais on n'oubliera rien pour sa liberté d'une façon ou d'autre, quoyque l'on ayt
1 Autographe depuis à quoy M. de Tu- ' Ce dernier paragraphe est tout entier renne jusqu'à que nous. autographe.
2 Les mots il faudroit et je m'entendisse '' Celte lettre a été imprimée en partie sont autographes. par M. P. Clément. (Lettres, Instructions,
3 On autographe. Mémoires de J.-B. Colbert, I. I, p. 979-
4 Les mots en Flandres ont été ajoutés 273 .)
en interligne par Mazarin. ' Voy. ci-dessus, p. A79.
affaire à un homme qui a tousjours réglé la justice par l'interest. Mandez Juin 1657. moy s'il est vrai que l'on eut mis Chemeraut1 hors de la Bastille et comme cela s'est faict. Je fais état d'envoyer tousjours lediCl Barbesieres à la Bastille.
GCXCI.
Bibl. nal. , ms. f. lï. , Mélanges de C.olberl , t. 5i A, f" i5 v\ — Minute.