A M. D'ARNAULD
MAIiESCHAL DE CAMP .
[Paris,] ig août 1666 -.
Monsieur, J'accompagne de ces lignes la depesebe de M. le Tellier, où vous trouverez le deslail de tout ce que vous avez à faire pour la conduite des troupes que vous devez mener à M. le duc d'Anguien. Je vous escris donc seulement pour vous conjurer d'apporter tous les soins et toute la diligence possible pour faire promptement le voyage, et pour empeseber le desbandement des soldats. On vous envoyé pour cela une petite subvention, tant pour leur faire donner du vin et fournir quel-
1 Arnaud de Corbeville. (Voy. p. 10.)
2 Les mouvements des troupes qui eurent lieu au mois d'août furent considérâmes et sont indiqués dans les instructions que contient le manuscrit de la Bibliothèque nationale, Fr. ^170. On y trouve:
1° Une lettre ilu roi au marquis de Villeroy, en date du 6 août iG44 (f" 1 65 v°, 16G, 1G7 et 168), pour lui recommander de faire marcher vers la Champagne les troupes qu'il avait sous ses ordres ;
2" Lettre du roi au sieur Arnauhl , en date du 16 août 16H (fos 182-185) , pour qu'il conduise en Allemagne les troupes placées sous ses ordres;
3° Nouvelle lettre du roi au même Arnauld, en date du 20 août iG'46 (f s i85, 18G), dans le même but;
h" Lettre du roi au sieur de Magalolti , en date du 21 août îGii (f" 187. 188, 189), à l'occasion de son envoi à Mézières pour commander un corps de troupes.
que autre petite commodité durant la marche, que donner quelques Auùi ,,,,', pièces d'argent à ceux qui passeront le pont de Brisach, affin qu'ils prennent cœur1.
Manusc. de la Bibliotb. Mazarine, n° 1719. tome II, I" 171 recto. — Copie du temps.
[Paris,] 2 1 août 1 Gbit.
Monsieur,
Je vous ay escrit sy au long par un gentilhomme que j'ay despesché, il y a (rois jours, à M. le duc d'Anguyen, qu'il ne me reste rien à vous entretenir maintenant, que de la joye que j'ay receue de la nouvelle que M. le chevalier de Gramont nous a portée. Vous pouvez bien juger qu'elle ne peut estre petite dans la considération des advanlages que nous avons obtenus, et bien plus dans les suittes qu'ils doivent avoir dans l'avenir. Le peuple demande le recouvrement de Fribourg, et nous quelque chose de plus solide et surtout l'establissement des quartiers de voslre armée delà le Rhin. Pour à quoy parvenir, vous concerterez avec Son Altesse les resolutions qu'il faudra prendre, puisque la sienne est d'agir, le reste de cette campagne, en Allemagne.
^ ous apprendrez beaucoup de choses de la despesché que je fais à Sadite Altesse, et de ce que vous dira de vive voix M. de Tourville, et vous connoistrez par là qu'on n'oublie rien de deçà de ce qui se peut pour appuyer les affaires d'Allemagne. Pour cet effect, on va former du costé de Metz un corps de quatre mille hommes de pied et deux mille chevaux, qui sera bientost en estât.
' Les lettres et me'moires du temps prou- d'Enghien avait lui-même conduit jusqu'au
vent que les troupes regardaient le service Hhin les troupes de son armée qui devaient
d'Allemagne comme beaucoup plus pénible servir sous les ordres du maréchal de Gué-
el plus dangereux que tout autre. C'était briant. (Voyez !. I, p. /108, dos Lettres de
pour ce motif qu'en octobre i643 le duc Mazarin.)
/i2 LETTRES
Voôti644. J'ay respondu par ma précédente à ce qu'on a escrit au sieur de Roqueservieres : «que, dans l'armée d'Italie, il y avoit douze mille hommes de pied,-» que cela cstoit vray pour dix mille, en y comprenant quatre mille que Madame de Savoye et M. le prince Thomas avoient tirez des garnisons, pour en renforcer l'armée du Roy, mais que de ceux de Sa Majesté il n'y en avoit que six mille ; ce qui est tres-vray. En un mot, croyez que partout où il s'agira de vostre interest vous me trouverez tousjours plus que personne du monde, etc.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n" 1719, 1. II, f° 39 verso. — Copie du temps.
A M. LE DUC D'ENGHIEN
[Paris,] ai août i66'j.
Monsieur,
M. le chevalier de Gramont est arrivé avec la nouvelle du dernier combat; il a esté tesmoin de la resjouissance publique qui en a esté faite ; mais la mienne particulièrement a esté proportionnée à la passion que j'ay pour l'accroissement de vostre gloire. M. de Tourville vous entretiendra là-dessus particulièrement, le pouvant faire, et par ce qu'il a veu , et par ce que je luy ay dit ; mais pour moy je désire tousjours que le nombre des ennemis s'augmente ', puisque c'est une marque des advantages qu'en reçoit le service du Roy et qu'on fait des actions qui ne sont pas ordinaires.
Un gentilhomme que je vous ay despesché, il y a trois jours, pour me resjouir avec vous de ce succez, vous porte un mémoire que j'ay dressé et que j'ay fait voir au Conseil, pour la pensée que vous avez eue pour vous occuper le reste de cette campagne. On remet pourtant à vous
La phrase est reproduite textuellement, clarer que tel est le résultat des succès obtc-
innis elle est peu intelligible. On ne com- nus. Veut-il dire, comme on l'a quelquefois
prend pas que Mazarin se réjouisse de voir soutenu, que les coalitions formées contre un
le nombre des ennemis s'augmenter, et dé- pays attestent sa force?
entièrement de prendre le party que vous jugerez le plus advantageux Août 16M. au ])ien des affaires du Roy, aprez avoir bien pesé les raisons.
Je me suis extrêmement plainct de ce que le gazetier1 avoit imprimé touchant les deux premiers combats, où il a mis des particularitez desquelles il se pouvoit passer, sans peser tous les advantages que nous retirions d'avoir forcé les ennemis. C'est Perault 2, à ce que m'a dit M. de Tourville, qui l'a l'ait faire. Je vous asseure que cela ne fust point arrivé, si Ion m'en eust communicqué quelque chose. J'ay lait voir à M. le Prince de quelle façon j'en avois fait escrire en tous les pays estrangers, et en beaucoup d'endroicts de la France, où, sans m'esloigner de la vérité, j'ay conié la chose en sorte qu'on voie évidemment l'avantage que nous tirerons aprez cela, et les progrez auxquels ce succez nous ouvre le chemin à l'advenir, avec grande mortification de l'armée bavaroise, qui s'estoit enorgueillie à un point qu'il n'y avoit plus moyen de le souffrir.
Je vous diray en passant que j'ay receu des lettres de diverses personnes qui sont auprez de M. le duc d'Orléans, qui portent la joye qu'il avoit tesmoignée, de ce que vous aviez fait, et qu'il en a\oit parlé de fort bonne grâce, disant, entre autres choses, que toute la gloire de cette campagne estoit pour la maison de Bourbon.
Le commun du peuple, qui ne s'arreste qu'à certaines apparences, attend avec impatience la nouvelle du recouvrement de Fribourg; mais les personnes les plus sensées, qui vont au solide, croyent que, si vous avez pu prendre quelque chose de plus considérable, comme ce que vous avez proposé, vous l'aurez fait, donnant un répit à Fribourg jusqu'à la fin de la campagne, estant mal aysé d'empescher que celuy qui est maistre de Brisach ne le soit aussy de la place de Fribourg, et particulièrement dans Testât auquel les ennemis auront esté contraints de la laisser.
Je vous diray, nonobstant cela, que je me Halle de celle espérance
1 Th. ReDaudot. ( Voyez la table à la fin le président Perault qui était attaché à
du volume.) la maison de Gondé. Il en est souvent
' Ce Perault ou Perautest probablement question dans les Mémoires de Pierre Loin.
klx LETTRES
Aoiïi i6'i4. que, pendant que vous aurez esté obligé d'employer quelques jours à préparer les choses nécessaires pour l'entreprise que vous sçavez l, vous n'aurez pas laissé de faire une tentative sur Fribourg pour peu de jours que vous avez eu de le faire. J'estime que les ennemis y auront laissé le gros canon et le plus pesant du bagage avec les malades et blessez, non pas qu'ils ayent eu l'espérance de pouvoir conserver la place contre une armée puissante et glorieuse, maistresse de la campagne et favorisée de toute l'Alsace, mais pour ce qu'ils auront creu qu'il y auroit moins de bonté de perdre tout cecy dans une place que dans la retraitte qu'ils auront esté contraints de faire. Et, bien qu'il ne se puisse point avoir de fourrage à sept ou à buict lieues des environs de Fribourg, la cavallerie neantmoins n'estant point nécessaire pour le siège de cette place, l'infanterie y aura peu estre employée, pendant que l'autre se sera avancée vers le pays où sont les ennemis, et pour y vivre, et pour y observer ce qu'ils voudroient faire. Toutes fois, comme je ne suis point sur le lieu, je puis aussy me tromper dans mes conjonctures et dans mes espérances.
J'avois remis de respondre, par le retour de M. de Tourville, à quelques points de la lettre qu'il m'a apportée, ayant respondu aux autres de parole et par effect. J'adjousteray donc icy, Monsieur, que je n'oublieray ny n'espargneray rien afiîn que vous receviez au plus tost un corps d'infanterie le plus considérable qui se pourra, dont M. d'Aumont conduira les troupes qui seront assemblées les premières, et M. de Belnave les autres; que je fais despeseber tous les jours des courriers pour faire advancer celles qui doivent estre destacbées de l'armée de Flandres, affin de former, avec mon régiment d'Italiens, les Suisses que vous avez laissez et la cavallerie qui est à Metz, un corps de quatre mille hommes de pied et de deux mille chevaux pour agir conformément à ce que vous aurez veu dans le mémoire dont le sieur de Tourville vous porte le duplicata ;
Qu'on aura la demy-monstre pour l'armée, que vous portera le
1 II s'agissait de In marche du duc d'Engliien vers le Palalinat, où il se proposait d'assiéger Philipsbourg.
DU CARDINAL MAZARÏN. 45
sieur d'Arnauld ; qu'on pourvoierà à vous faire tenir i'argeiit pour les Août ii.'.v travaux et pour le payement des hauts officiers, par la voye de Lyon, et l'on travaille à vous envoyer une autre demy-monstre par la mesme voye.
Nous avons nouvelles que le duc de Lorraine se veut retirer \ à quelque prix que ce soit, et qu'il a proposé aux Espagnols que, se joignant à Beck, il fera merveilles contre nous.
Ayant fait donner une entière satisfaction au sieur Thibaut2, et retiré sa démission, je fais faire les expéditions pour vous, que je retirera) dans deux jours. J'attendray une de vos lettres pour scavoir où je vous les dois envoyer; ce que je fera y à l'instant que je sçauray vostre volonté, nonobstant le conseil qu'on donne de vous prier auparavant de nommer la personne que vous mettrez dans la place pour y commander, comme fit M. le duc d'Orléans pour Montpellier. Je suis asseuré que vous ne ferez rien en cecy où l'on puisse trouver à redire avec raison; je croirois manquer à l'amitié que je vous ay vouée, si je ne vous mandois librement touttes choses.
Quant à M. de la Moussa ye, j'ay fait valoir le service qu'il a rendu en cette occasion dernière ; j'ay obtenu de la Reyne ce que vous avez désiré pour luy. Je ne veux point me faire de feslc, mais je vous dira\ que, dans la resolution que la Reyne a prise pour plusieurs considérations, comme vous dira le sieur de Tourville, de ne faire point deslivrer de lettres, à qui que ce soit, pour servir de mareschal de camp, le reste de cette campagne, il n'a point fallu faire un petit effort pour surmonter cette difficulté; mais il n'y a rien que je ne tasche de faire pour vostre contentement. Ledit sieur de Tourville en porte les expéditions, comme aussy celles de mareschal de bataille3 pour messieurs de Caste! na u et de Cliastelus4.
1 C'est-à-dire rompre les négociations on- J Le maréchal do bataille était chargé tamées. de surveiller et de diriger les mouvements
2 11 a été question ci-dessus, p. 4, des troupes pendant le combat. C'était un note 2 , et p. io, notes 9. et 3, de la corn- grade intermédiaire entre le meslre de pensation que Mazarin fit donner au sieur camp et le maréchal de camp. Thihaud. * César-Pierre de Cliastelus fui lue d'un
Août if>/i'i. Pour M. le chevalier de Chabot, de qui la naissance, le mérite et les services me sont bien connus, aussy bien que l'estime et l'affection que vous avez pour sa personne, je suis marry de vous dire qu'il m'a esté impossible d'obtenir maintenant pour luy le brevet de marescbal de camp. Pour les nouvelles de la cour, je vous diray que M. le duc d'Orléans arrivera icy mercredy; et quant à celles de l'armée de Flandres et de relie de Catalogne, vous les apprendrez du sieur de Tourvillc , à qui j'en ay dit confidemment beaucoup de particularitez ; mais il ne vous dira rien de plus véritable que la protestation que je vous fais d'estre toute ma vie, etc.
WII1.
Manusc. de la Bibliofh. Mazarine. n° 1719, tome F, f" 2 36 verso. — Copie du temps.