GOUVERNEUR ET LIEUTENANT GÉNÉRAL POUR SA MAJESTE EN PICARDIE
[Paris,] 3o août 16/1/1.
Monsieur, Nous estimons icy bien plus que vous la prise des forts d'Hennuyn
coup de canon le 5 août 1 6/1 5 , à la bataille de Nordlingen, où il remplissait les fonctions de maréchal de bataille. Il était fils d'Hercnle. comte de Cliastelus. et deCliarlotte Le Genevois.
' Il y a, dans le Pas-de-Calais, plusieurs localités du nom de Hénin ou Hennin, entre autres Hénin-Liétard. Ce nom s'éerivail de différentes manières, comme on le voit par une dépêche du roi adressée au duc d'Elbeuf el au maréchal de Gassion , mi date du 28 août i64A (manuscrit de In Bibliothèque nationale, Fr. £170, f" 197-200). Elle est relative à la prise des loris. En voici quelques passages : '-Mon onde et mon cousin, j'ay esté bien ayse
d'apprendre comme le fort d'Hannain a esté pris, et parce qu'il est estimé nécessaire pour asseurer la communication du poste de Wathen à Gravelines, j'ai trouvé
bon de le conserver Mon intention
est donc que ledict fort d'Hannain subsiste au meilleur estât qu'il se pourra; que le sieur de Courteilles y soit establi pour gouverneur soubz l'auctorilé du gouverneur de Gravelines (comte de Grancey); qu'à l'esgard des forts et redoutes proches et deppendantesde Gravelines, je veux conserver le tout en Testât où il est, tant ce qui est du costé de la mer que ce qui est entre le fort Philippe et la place.. . .; que, pour se couvrir du costé d'Arlhois el tenir
DU CARDINAL MAZAHIN.
hl
et de Rébus, et, quoy que vous puissiez dire par modestie, l'impôt"- \.iùi 16M lance n'eu est pas petite, et elle ne nous sera peu avantageuse. Sçachant (juel est le courage et la capacité de M. de Manicamp, je ne suis poinl en peine qu'il n'en rende tousjours des preuves; mais je vous avoue que je ne puis approuver cette prostitution qu'il fait de sa vie, et l'exemple qu'il en donne aux autres. Pour agir de la sorte, il faudroil estre asseuré que cela reussist tousjours, comme il a fait en cette occasion ; mais vous sçavez combien c'est une chose casuellc de revenir du péril quand on s'y est jeté si avant, et ce que c'est cpie la perte d'un brave homme qui fait quelquefois regretter les advanlagcs qu'on a gagnez. Je croy que vous serez de mon sentiment, mais je ne suis pas certain si vous le pratiquerez tousjours pour vous mesnie.
Quoy que c'en soit, je me promets que, si les ennemis entreprennent sur vostre camp, comme le bruit est qu'ils le veulent faire, ils connoistront que les François d'aujourd'huy ne sont pas moins propres à conserver qu'à conquérir, et qu'ils auront de quoy se consoler du mauvais succez de leur dessein par la grande résistance qu'ils auront trouvée.
Vous apprendrez des despesebes de M. le Tellier ce qu'on a résolu au Conseil, pour la conservation du poste où vous estes, ce qui me dispense de vous l'écrire. J'approuve fort la pensée que vous me mandez par le [billel] séparé.
la communication dndict posle de Walhen à Gravelines asseurée, vous fassiez conserver, outre ledict fort d'flannin (sic), ceux de Reims, de Bâter et le fort Rouge, y niellant la garnison nécessaire pour les conserver; qu'outre cela et pour la mesme lin vous fassiez restablir le fort Saint-Nicolas, etc.» Suivent des recommandations pour la garnison de Gravelines et la fortification de Walhen. Une lettre du roi , à la môme date du •;.8 août i644, adressée également au duc d'Elbeuf et au maréchal de Gassion , les avertit rpie le général Beck est parti de Luxembourg; que le duc (maries est à Mont-Cas-
sel, et que les troupes qui avaient été envoyées vers le Sas de Gand reviennent vers la France. On présume, d'après ces mouvements, que les ennemis veulent tenter une attaque contre l'armée française. Les généraux doivent donc se tenir sur leurs gardes et rassembler toutes les troupes dont ils pourront disposer. L'intention du roi est dé faire travailler en toute diligence à fortifier le poste de Walhen : «Et à l'esgard de ces fortz de Hennin (sic), Rébus el autres fortz, qui sont en ces quarliers-là , je vous en ay laid scavoir mes intentions par ma précédente.»
Septembre Je vous conjure de continuer à bien vivre avec M. le mareschal de Gassion et de ne songer à vous prévaloir que de la consternation où sont les Flamands. Aprez avoir jeté les yeux sur beaucoup de personnes à qui vous pourriez vous ouvrir des choses que vous ne voulez point escrire, je n'en ay point jugé de plus propre que le sieur de Roannettc1. Je remetz le tout à vostre prudence et vous supplie de croire que je seray tousjours, etc.
Manusc. de la Bibliotb. IVlazarine, n° 1719, tome II. f° 42 verso. — Copie du temps.
A M. LE DUC D'ENGHIEIV.
[Paris,] 2 septembre i(5ii 2.
Monsieur,
Attendant de recevoir de vos nouvelles par l'arrivée de quelque courrier, je me sers de la voye de Strasbourg pour vous en mander de celles de deçà, et pour vous dire que nous n'avons pas peu d'impatience de sçavoir quelle resolution vous aurez prise en vostre descente du Rhin , bien que nous soyons asseurez que vous n'en aurez point pris qui ne soit advantageuse aux affaires de Sa Majesté.
Je presse autant que je puis. la marche des troupes que messieurs d'Arnauld et de Belnave vous mesnent; et M. de Magalottv , qui doit commander un autre corps qui se forme à Metz, a ordre de [le] tenir despendant de vous, et de faire ce que vous luy ordonnerez. En un mot, soyez certain que nous nespargnerons de deçà rien de ce qui sera en nostre pouvoir pour favoriser tout ce que vous entreprendrez et vous donner moyen d'en venir à bout.
1 Gaspard de Micbal. (Voyez la table.) tranchée devant Philipsbourg le 28 août.
8 Leduc d'Engbien, d'après le plan con- Le marquis d'Aumonl, détacbé du corps
cerlé avec Turenne et Mazarin. s'était de l'armée, s'empara de Gemersbeim le
dirigé vers le Palatinat et avait ouvert la 25 août et de Spire le 29 août.
Pour cet ellect, nous espérons que l'affaire de l'Oslfrise, qui est aux Septembre termes d'un bon accommodement, pourra estre bientost terminée, et ,(,',/| que \ous pourrez, par conséquent, vous prévaloir des troupes hessiennes en la manière qui sera jugée la plus convenable. Nous allons de nouveau faire effort, affin que cela s'accomplisse promptement.
M. le duc d'Orléans est tousjours encore en Flandres et logé non loin d'Ouatre1, où il semble que les Espagnols ayent quelque volonté d'entreprendre sur nostre camp, pour nous chasser de ce poste; mais, à mon avis ils y seront bien receus, et ils auront à faire à des gens bien résolus de le conserver. La prise des forts d'Hennin et de Rébus2, avec lesquels ils nous auroient pu faire de la peine , et incommoder les convois qui vont à l'armée, a esté faite plus viste qu'ils ne croyoient et qu'il n'y avoit apparence. M. de Manicamp, entre autres, s'y est signalé et pour le courage et pour la conduite.
Le siège du Sas-de-Gand s'avance fort; on estoit logé sur le chemin couvert de la contrescarpe dès le 2 5e dupasse, et on avoit passé deux jours auparavant le fossé, large de soixante-dix pieds et profond de douze. M. le prince d'Orange assista à cette action, et eut deux gentilhommes tuez auprez de luy, et le capitaine Des Ponts (Degli-Ponti) fut blessé de deux mousquets pendant qu'il luy parloit. On escrit que les assiégez commencent bien fort à s'estonner et mesme qu'ils refusent d'aller en garde prez des travaux des assiégeants. Vous pouvez juger par là ce qu'il faut attendre de cette place.
Nous avons nouvelles que Beck, qui marchoit avec ce qu'il a de troupes pour aller joindre l'armée espagnole qui est en Flandres, a fait halte vers Namur, et que les quatre régiments de Hatzfeld, qui font environ mille chevaux et quatorze cents hommes de pied, qui marchoient pareillement pour le mesme dessein, et qui estoient desja arrivez à Francfort pour aller passer le Rhin à Binghen, ont esté contremandés parle duc de Bavière, qui fait ce qu'il peut pour restablir
' La ville désignée sous le nom de Ouate parlement du Nord). — ' Voyez ci-dessus ou Ouatre est probablement Watten (dé- p. 46, note 1.
JUZAMX. 11. 7
Septembre son armée. Mais de cela vous en pouvez avoir plus tost des nouvelles 1<,:i' que nous.
Pour ce qui est, de l'autre costé d'Allemagne, il n'y a point présentement à craindre qu'il en vienne rien contre nous, puisque Gallas, qui a esté joint par quelques Danois, marche vers le pays d'Holsthein , où Torstenson l'attend dans ses avantages, et où il a pris depuis peu les forts que les Danois avoient faits vis-à-vis de Christianpreis * et d'où ils incommodoient extrêmement l'armée navale suédoise, et l'empeschoient de sortir en mer.
Kœnismark fait tousjours des progrez dans l'archevesché de Brème, et l'on croit qu'il pourra bien aller joindre le prince Ragotzky, qui s'avance vers la Silesie. Quoy qu'il en soit, vous voyez par là, Monsieur, que, s'il n'arrive quelque changement dans la face des affaires, nous ne pourrons point avoir opposition de quelque temps que de la part du duc de Bavière et des forces qu'il pourra ramasser par luy-mesme, sans qu'il puisse recevoir des impériales.