LUI
Archives des Affaires étrangères; Allemagne, t. III, p. i65, 171. — Copie du temps.
MAZARIN AUX PLÉNIPOTENTIAIRES
EXTRAIT
| Paris,] 2(3 janvier i665.
Mazarin se plaint surtout, dans cette dépêche, de la conduite des Suédois :
Nous recevons des lettres de plusieurs endroits que les Suédois auroient envoyé une personne expresse en Angleterre pour traiter et conclure une ligue offensive et deffensive envers tous et contre tous avec le parlement; nous serions bien aises de sçavoir ce qui en est, ne pouvant pas nous résoudre à croire que la couronne de Suéde ayt songé à faire un tel pas. Je vous prie de prendre la peine de le bien esclaircir; si cela est en sorte qu'on l'escrit, on auroit grand sujet de trouver estrange qu'aprez s'estre desja engagez dans la guerre de Dannemarck sans nostre participation ', nous laissant sur les bras toutes
' Voyez t. 1, p. cyv et cxvi de l'Introduction, les plaintes que In conduite des Suédois provoquai! de la part de Mazarin.
les forces de l'Empire, el aprez que tous les jours les ministres de Suéde Janvier 1645. escoutent des propositions comme a fait M. Salvius, sans vous eu donner part, ils entreprissent encore à nostre insceu de semblables négociations où nous avons un notable interest, et que ce pendant nous demeurions si religieux et si fort reservez à toutes choses où, pour d'autres fins particulières, ils peuvent avoir de l'aversion. A la vérité, aprez le procédé qu'ils tiennent, il ne seroit pas juste que, de peur de les chocquer, nous n'osassions pas seulement tesmoigner de vouloir mesnager le duc de Bavière ', ny procurer à luy et autres princes catholiques [des avantages] à la diminution de la puissance de l'empereur et de son autorité, ce qui doit estre le principal but de la Suéde, aussy bien que de cette Couronne, lî y seroit bien rude qu'ils peussent proposer eux-mesmes de nouvelles alliances et des liaisons qui mesme sont contraires à nos interests, et que nous ne voulions pas escouterde simples propositions dont l'eflect ne sçauroit que résulter à leur bien, puisque le Roy demeure tousjours dans la ferme et immuable resolution de ne conclure jamais rien que de leur consentement et de leur participation.
11 semble que c'est un grand mespris, et qu'ils se prévalent un peu trop du besoin qu'ils croient que nous avons d'eux ; c'est une des plus fortes raisons qui m'a obligé à faire résoudre dans le conseil l'envoi d'un ambassadeur en Suéde, afin que, se trouvante la source des resolutions, il puisse représenter toutes choses nécessaires pour empescher, à l'advenir, de semblables coups et pouvoir remédier, à point nommé , aux differens que le progrez des négociations pourroit faire naistre entre vous et les ministres de Suéde.
Je me trouve entièrement intéressé en la plainte que vous aurez à leur faire, parce que je ne cesse de crier en touttes rencontres qu'il ne faut non-seulement rien conclure, mais ne rien escoutersans le sceu de tous nos alliez, et, en efïect, lorsque les espagnols ont trouvé moyen de me faire sçavoir quelque chose louchant les affaires publicques, je
Sot la conduite de Mazarin à l'égard du duc de Bavière, voy. I. I, p. xliv et suiv. de l'Introduction.
Janvien645. vous jure que j'ay resté eu inquiétude jusques à ce que je vous l'aye fait sçavoir pour le leur communiquer.
J'oslimerois à propos qu'en quelque bonne conjoncture leur faisant une relation de tout ce qui s'est passé et de la franchise de tout le nostre conduite, vous leur tesmoignassiez le juste sujet que nous avons d'estre un peu scandalisez de la leur.
Nous refusons constamment d'escouter aucune ouverture séparément, ou nous la leur faisons sçavoir d'abord; nous consultons touttes choses avec eux aussy tost qu'elles nous tombent dans la pensée, avant qu'y prendre résolution, ainsy qu'il paroist en l'affaire d'Italie dont je vous ay escrit. Cependant, eux, à nostre insceu, en résolvent et traitent qui ne sçauroient estre plus importantes. Si nous gardions le silence en pareille rencontre, ils feroient sans doute un jugement désavantageux ou de nostre peu de prévoyance à ne cognoistre pas ce <pii se passe, ou de nostre foiblesse à ne leur en oser tesmoigner un sentiment.
H faudra presser le départ de M. le baron de Rorte '. Je vous prie de le bien instruire pour ce qu'il aura à faire pour les interests de cette Couronne j et pour maintenir tousjours une parfaite union.
Vous aurez belle matière d'exciter MM. les Plénipotentiaires de Suéde à correspondre à la sincérité de nos procédez par l'exemple de MM. les Estàts des Provinces-Unies et de M. le prince d'Orange, auprez desquels les Espagnols ne sçauroient entreprendre la moindre tentative qu'ils ne leur tesmoignent sentiment de ce qu'on les croist capables de manquer à ce qu'ils doivent, et qu'aussy tost ils n'en donnent entière cognoissance à Sa Majesté, sans se laisser piper aux flatteries el aux grands avantages qu'on leur propose pour les obliger à se desunir d'avec nous, et en effect, encore depuis peu, ledit sieur prince a fait retirer, avec assez d'esclat et quelques paroles d'aigreur, le sieur de Noirmonl envoyé par Casfel-Rodrigo, soubs d'autres prétextes, mais,
' T. I, p.. 2 3 6. Il était résident de France tànts des puissances protestantes, et entre près la reine de Suède. Il fut ensuite chargé autres avec les Suédois. de négocier à Osnabriick avec les représen-
DU CARDINAL WAZARIN. 127
en etïect , pour faire de grandes offres au prince d'Orange, pour sa per- Janvier r645. sonne et pour sa maison, afin qu'il cooperast, par son autorité, à porter MM. les Estats à une prompte conclusion de paix on de tresve avec la couronne d'Espagne, de quoy ledit sieur Prince a t'ait donner part à Sa Majesté, et l'ambassadeur de mesdits seigneurs des Estats me l'a encore représenté à ce matin, protestant que tons les desseins et les artifices dont se servent les ennemis pour nous séparer, ne serviront qu'à eslreindre davantage nostre union.
\ ous aurez sceu de Home le départ de M. le cardinal de Valençay ', et je vous apprendray son arrivée à Paris. La Reyne, au premier advis qu'elle eust par courrier exprez, depesché par M. le cardinal Bichi, de sa resolution , considérant la faute que commettoit une personne de sa qualité d'entreprendre un voyage en cachette, non-seulement sans son sceu, mais contre ses defences et ce qu'elle luy avoit t'ait plusieurs fois tesmoigner par le baifly son neveu2 que son intention estoit qu'il la servist dans ladite cour, particulièrement MM. les cardinaux de Lyon 3 et Bichi4 estant obligez de revenir à la résidence de leurs eveschez, depescha aussy tost le sieur d'ivoy sur le chemin dudit sieur cardinal, pour lui ordonner de rebrousser sur ses pas et s'en retourner sans réplique, au lieu d'où il venoit. Ledit Ivoy l'ayant manqué le long de la Loire, sur laquelle il s'estoit embarqué à Roanne, il arriva avant-hier dans Paris à une heure aprez minuit; aussy tost que Sa Majesté en fut advertie, elle luy envoya M. de Crequy , premier gentilhomme de la chambre, pour luy dire qu'estant fort estonnée qu'il eust entrepris ce voyage sans sa permission. Sa Majesté luy comrnandoit de sortir de Paris dans le mesme joui1 et dans quinze au plus
Achille d'Estampes -Valencey ou Valen- île France à Rome et mourut en 1 O7S .
çay, chevalier de Mal ie, gênerai tics galères ' Le cardinal de Lyon était Alphonse-
de cet ordre, cardinal en iê43, mourut en Louis du I'iessis. frère du cardinal-duc de
i6.'i6. (Voyez Journal d'Olivier d'Ormeseon , Richelieu, et archevêque de Lyon.
I. I, p. a5o, note S.) ' Il a été question, dans le tome I, du
; Henri d'Estampes, bailli de l'ordre de cardinal Bichi, qui représentait à Rome les
Malle, né en i6o3. Il fut, dans la suite, intérêts de la France, et était un des confi-
grand prieur de Champagne, ambassadeur dents du cardinal Mazarin.
Janvier 1 64.5. tard du royaume. Ledit sieur cardinal n'ayant point donné une responce bien catégorique à cet ordre, dont on pust conclure qu il y satisferait, Sa Majesté, aprez avoir fait assembler son conseil, se trouvoil obligée de passer à d'autres démonstrations pour ne voir pas l'autorité royale si notablement blessée par une désobéissance qui n'a voit point d'exemple; mais M. le nonce y ayant intervenu et luy ayant fait comprendre le tort qu'il se faisoit, il est sorty aujourd'huy de Paris, et, parla permission de Sa Majesté, donnera ordre, pendant quinze jours, à ses affaires particulières; après quoy il reprendra sans faute le chemin de Rome.
Je me resjouis infiniment de ce que vostre bonne intelligence continue et s'augmente tous les jours ; je vous proteste qu'un de mes souhaits plus ardens est de voir non-seulement l'union entre nous, niais, s'il estoit possible, une sincère amitié; vostre mérite vous la doit faire désirer à tous deux, et, aprez tout ce qui s'est passé, je vous prie de considérer quelle gloire vous en acquerriez dans le monde. Je vous y exhorte aussy vivement que je le puis, et pour le service du Roy et pour le vostre particulier, et cependant, je demeure, etc.
Manusc. de ta Bibtiolh. Mazarine, n° 1719, tome l, f° 338 verso. — Copie du temps.
A M. D'ESTRADES
| Paris,] 28 janvier i665.
Monsieur, Les avis sont trop publics à Bruxelles et ailleurs du voyage que le sieur de Noirmont est allé "faire en Hollande, par ordre du marquis de Castel-Rodrigo, pour croire que je puisse vous eu donner la première nouvelle. 11 aura choisy sans doute, d'autres prétextes; mais le véritable sujet de son envoy, est pour faire des propositions d'unaccomodement particulier de la couronne d'Espagne avec MM. les Estats.
DU CARDINAL MAZARIiV. 129
La Reyneest Irop asseuréedela fermeté de leur foy pour rien apprehen- Janvien645. der eu ce rencontre ny en aucun autre pareil , et comme pour rien du monde, Sa Majesté non seulement ne conclueroit rien sans la participation et le consentement de mesdits sieurs les Estats, mais ne voudroit pasprester l'oreille à quelque proposition advantageuse qu'on luy sceut faire, si elle tendoit à traitter séparément, elle se promet la mesine sincérité de conduite de tous ses alliez, notamment de MM. les Estats, et que touttes les diligences et les artifices des Espagnols pour nous desunir ne serviront qu'à produire un effect contraire et à nous estreindre davantage.
Je vous prie de voir, sans perte de temps, si vous ne pourriez point faire par delà des achats de poudre, comme a fait depuis peu, par ordre, le sieur Lope1; il faudroit que ce fust de la meilleure et au plus grand message 2 qu'il sera possible, dont Sa Majesté se repose bien volontiers sur vous, sçachant quel est vostre zèle pour tout ce qui regarde son service. Vous pourriez en arrester jusques à deux cens milliers, et sur le premier avis que vous m'en donnerez, je vous feray remettre aussytost l'argent qui sera nécessaire. Vous remarquerez, s'il vous plaist, qu'il faudra faire le payement en monnoye courante, et non pas en lettres de change, ou autrement il y auroit beaucoup à perdre. Vous pourriez mesme vous adresser, pour lesdites poudres, à M. le prince d'Orange, lequel, je m'asseure, ne trouvera pas mauvaise cette liberté, et vous assistera volontiers de son authorité en tout ce où vous pourrez en avoir besoin, soit pour en recouvrer, soit pour en avoir meilleur marché. Sur ce, je vous prie de me croire, etc.
1 Ce Lope, ou Lopès, est probablement * Le mol message parait pris ici dans le
le personnage dont il a été question dans sens de condition; aux conditions les plus
le tome I, p. O22 , Gs3 et 682, des Lettres avantageuses. de Mazarin.
M './. u:l\. — II.
Mai i6'iR. =====
M. musc, de la In'ldiotii. Mazarine, n" 1719, tome II, P 189 recto. — Copie du temps.
A M. DE TURENNE
[Paris,] 9 mars 16 'i.r>.
(extrait. )
Iprès avoir promis à Turenne des renforts el des subsides, Mazarin continue ainsi :
La Reyne a trouvé bon que M. du Passage1 servisl de mareschal de bataille dans vostre armée, et je luy ay procuré une petite subvention, et telle que la disette où nous nous trouvons l'a pu permettre. Nous 11 oublierons rien, aflïn que vous receviez le renfort de Mmc la Landgrave de Hesse.
J'escris à M. Rosen ; vous luy donnerez la lettre ou la supprimerez * si vous le jugez à propos, d'autant que je luy ay desjà une autre l'ois escrit la mesme chose. Au reste, vous me feriez tort, s'il vous lomboit jamais dans la pensée que vous eussiez un meilleur amy (pie moy.
Manusc. de la Bibl. Mazarine, 11° 1719, tome IV, f' 227 recto. — Copie du temps.
AL S1GNOR CARDINALE GRIMALDI, ROMA
j [Di Parigi,] )i a5 niarzo i6&5.
[Non mi sorprende punto il trovar in Vostra Eminenza tanto zelo et
1 Voyez 1. 1 des Lettres de Mazàrîn , p. 98 , core que Vostre Eminence le cognoisse bien ,
260 et 33-2. Turenne écrivait, le k février je l'asseureray pourtant qu'il n'y a pas un
îll'iS. «;i Mazarin [Mémoires de Turenne, plus honneste gentilhomme en France ny
l'ilii. Michaudet Poujoulat,p, 38a, a'col.) : plus homme d'honneur.» Aimard de Poi-
tfJe supplie 1res -instamment Vostre Emi- sieux, marquis du Passage, fut nommé ma-
nence de demander à la Reyne que M. du réchal de camp en i646. Pa • igc serve ici de sergent de bataille; en-
alïelto per questa Goiona, e tanta prudenza neila discussione degl'af- Mar.s i645. lari cl i cotesta Corte. et altri concernenti al servitio di Sua Maeslà perche formai già soprà cio fondainentali concetti correspondent! à quel che vedo. Sia Voslra Eminenza sicura di ricevere da me in tutte le occasioni certi testimonii duna sincera amilicia , e di potersi.in ogni tempo promettere in buona forma la protettione di questa Corona. Ma corne non mi parc ch'ella s'esplichi al segno clTio vorrei sopra il cominciare à riceverne qualcbe etîetto, et la maniera clie sarebbe più conforme al suo gusto et interesse, la supplico doppo clic havrà con maturité essaminato quel che più le convenga d'accennarmi liberamente corne havro à condurmi, perche o troverô modo di farli tenere assistenze segrete senza che se ne possi penetrare cosa alcuna, o la farô provedere de béni ecciesiastici senza cbe venghi ricercata à mettere le armi de! Re su la porta1 ne à fare apparenze simili, giache \ oslra Eminenza giudica questa introdultiotie più tosto nociva che utile ai servitio di Sua Maeslà. Attendo dunque précisa risposta in questo punto, non sapendoini persuadere , corne ella, ancorche grande econoraa, possi supplire aile spese,che è obligata fare.
Approvo quanto ella mi scrive intorno al signor Tobia Pallavicino, e circa il prencipe Tliomasso, gl'aflari di Genova, il duca di Parma, le cose dltalia, l'impiego délia sua persona in casa; devo dirle, che la materia è ben' discorsa, e che Vostra Eminenza vedia in effetlo, quando il servitio del Rè permetta, che si prenda una buona rissolutione in (juelle parti, corne io sommamente desidero per il capitale che faccio de suoi prudentissimi avvisi.
Intanto la supplico à travagiiare cosli per i mezzi che giudicherà j)iù opportuni, accio in quanto potrà pennettere la costitutione présente di cotesta Corte, il nome francese, che è riverito da per tutto, non sia vilipeso in essa, massime che sempre che il Rè si stracchi d'havere pacienza, non mancano modi à Sua Maestà di farsi stimare ancora à Rom a.
Les cardinaux protecteurs dos diverses dessus de leurs portes les armes du pays nations étaient dans l'usage de placer au- dont ils détendaient les intérêts.
Mars 1 645. Monsieur di Gremonville1 hàôrdine di conferire conVostra Emineiïza quanto se gli scrive intorno alla promotione fatta, e d'ogn'altro affare concernente il servitio di quesla Gorona, onde non mi stendero in oltra.
Se il Papa, e quelli che lo consigliano credono di baver talento di tener la Francia sodisfatta con darle buone parole e farli continue protestationi d'aiïetto, mentre le gratie effective si compartiscono à Spagnuoli e loro adherenti, singannano aU'ingrosso, perche, se bene i Francesi caminano ail' in fretta , non lasciano di discerncre il verô dall' apparente.
Jo non bô dispositione alcuiia à far nominare mio fratello al Gardinalato, ancorche la Regina, il duca d'Orléans et il principe di Gondé in publico consiglio , e ciascheduno à parte mené habbino parlato cinquanta volté con la maggior premura del mondo. Ma è ben vero che il posto nel quale mi trovo, e la facilita di poter contribuire alla sodisfattione e gloria del Papa in cose di maggior rilievo, che quella dell' avanzamento di mio fratello, dovrebbe persuadere Sua Santifà à non sffuggire l'occasione d'obligarmi con fare cosa gratissima alla Francia 2.
Io non sarô mai tacciato d'havere soverchia tenerezza per i miei, il che sarà ben comprobato dal tempo, e se non ho impedito che si faccino per parte di Sua Maestà offitii e diligenzc per l'avanzamento di mio fratello è stato più per il servitio che risultarebbe alla Francia d'haver maggior numéro di servitori in cotesta Corte, che per l'applicatione che io habbia ail' avantaggio et agrandimenlo délia mia casa. Io apro à Vostra Eminenza l'intimo del mio cuore libéramérite, econ sincerità, corne ad uno de migliori miei amici, à cui sog-
1 Nicolas Brelel de Gremonville, nommé lation dont on peut accuser Mazarin dans
ambassadeur à Venise, devait passer par toute cette affaire. La France se souciait
Rome et s'efforcer de ramener le pape à de très-peu de son frère, et les mémoires du
meilleurs sentiments pour la France. (Voyez, temps prouvent que l'on reprocha vivemenl
sur M. de Gremonville, le tome I des Lettres au cardinal d'avoir sacrifié l'intérêt national
de Mazarin, j>. p,3o.) à (les ambitions de famille.
1 II est inutile d'insister sur la dUsimu-
giungo ancora, cho io godo del posto, in cui Vostra Eminenza mi Marsi64i lascio, senza alcuii' ostacolo, ne appresso la Maestà dclla Regina, ne appresso il duca d'Orléans e prencipi del Sangue. Senza vanità posso dire eonfidentemente à Vostra Eminenza, che le sole clifïicoltà che ioincontro sono di recusare continuamente le gratie che la bontà délia Regina vorebbe compartirmi, al ricevimento délie quali li sudetti prencipi mi spingono à gara di maniera che, se le mie inclinationi fossero volte à mettere grandezze nella mia casa, ad arricchirmi, ad haver governi , piazze, e cariche, apparirebbe al mondo che il mio i'avore e credito non è inferiore à quello che alcùn altro habbia havuto.
Vostra Eminenza puol dunque concludere, che havendo repugnanza à tali grandezze1, mi rimangono tutte le spine che sono inseparabili dalli posti simili à quello che tengo. Mi consolo perô nelle certe speranze,che essendo piaciuto à Dio di stabilirmivi senza alcuna miadiligenza, mi préservera da ogni sinistro accidente, e mi assistera, perche io procuri il suo maggior servitio nel maneggio degl'affari di questa Gorona , li quali ogni giorno più apparisce che sono protetti dalla divina bontà, che inspira à quelli , che ne hanno la direttione , d'intraprendere arditamente le più diiïîcili imprese accio alla fine si deponghino dagli nemici le speranze di risorgere col mettere il fuoco in questo Regno, e si rissolviuo di acconsentire ad una pace, che con riputalione délia Francia stabilisca un sicuro regno nella Christianità, che per verità assicuro Vostra Eminenza viene da me con passione desiderata.
Mi [ s'è] scritto di buon luogo che il duca di Buglione traita costi con li Spagnuoli di rendersi capo di un partito in Francia, e suscitare dissensioni tali che non cessino fa cil mente. Io non dubito puoto dell' intentione del detto signore perche sono sicurissimo di quella délia moglie'2,
1 Les richesses immenses laissées par Ma- ' La duchesse de Bouillon <'lnil Fébronie
zarin, les ljén<:lices, les gouvernements dont deBerg, ou Bergues, dont il a été plusieurs
il jouissait, les grandes alliances ménagées fois question dans le tome I des Lettres de
à sa famille, prouvent qu'il ne dédaigna pas Mastarin. (Voy.p. ôo/i-oiio. 664, 7a3.) les faveurs de la royauté
\!„.s h. >:■.. e certo lia loi to di volerai perdere per capriccio , quando, non osi.ante la sua condolta, hô adolcilo lo spirito délia Kegina in modo, clic bà ancora la porta aperta per essere uno de più grandi et accréditât! signori del Regno, e quando dovrcbbe conoscere che non è in stato di conduire à fine cosa alcuna considerabile, la dispositione de grandi non essendo di cimentarsi, e se il duca conclude con li Spagnuoli riconoscerà che il suo partito non ci darà molto dapensare, ancorche il cardinale di Valence1, la casa di Vandoino et altri simili vi si unissero. Mi dispiace di vedere il detto signore in procinto di perdersi senza rimedio, e che non conosca che, se li Spagnuoli non havranno il credito e le forze di costringere la Francia à rimetterli l'occupato, [non] siano per haverlo in farli rendere Sedan. Io hô servito ii detto signore corne egli sa et il fratello2, corne ogn' uno vede, onde mi sarebbe sensibile, se mi si togliesse il modo di continuare a dare segni délia mia buona volontà al duca, perche ni fratello è assolutamente de miei maggiori e più sinceri amici, e servira il Rè con la tedeltà et atl'etto che si puol desiderare, ancorche diversi scrivano per cosa certa che il duca tratta3adogni modo. SupplicoVostra Eminenza di fare le sue diligenze per penetrarlo, e forsi da suoi discorsi havrà campo di lailo, ncl quai caso restarà servita di accennarmi quello riconoscerà. Se riesce vera la nuova arrivata questa matina délia vittoria riporlala dà Torstes4 contre l'essercito impériale composto di tutte le truppe dell' Imperio e délia miglior parte di quelle di Baviera, corne io nonne dubito punto, quelli che si aprestano à fare le loro sforzi per rilevare la casa d'Austria. havranno occasione di deliberare ancora prima di rissolversi.
' Il a été question, p. 1 27, de ce cardinal 4 Ce nom altéré est celui de Torstenson.
d'Estampes -Valençny , dont i'arrivée en qui, le 16 mars iG45, avait vaincu l'ar-
France avait inspiré de vives inquiétudes à niée impériale en Bohême, près du mont
Mazarin. Thabor. Grotius écrivait, le 3omars-8 avril
Turenne, frère du duc de Bouillon. i6/i5 : frQuœ Francofurto veniunt litteras
On accusait le duc de Bouillon d'in- nunciant magnam adLuc Cœsarianorum et
trigues pour entraîner Turenne dans sa ré- Bavaricorum consternationem ex praelio mi
voke contre l'autorité royale Thaborem.»
Non so quello responderei à Vostra Eininenza iutorno al cardinale Mars i645. Antonio1 c molto meno de! cardinale Barberini'2, che non credo cambiato nelle manière di trattare, e molto meno nelle sue inclination!, e bouche vcratio del intelkctum, eche habbino li detti signori liavuto sin liora largo campo di riconoscere gl'effetti délia loro condotta, et del poco credito che hanno dato alliloro veri servitori con grand'apparcnza di temer sempre pin, non cessando li loro nemici di sollcccitare appresso del Papa la loro rovina , pero [no] vorrei rispondere che fais* sero per prendere il camiuo et abbraciare gl'espcdienti per mettersi à coperto.
10 non ardirei parlare del cardinale Antonio in consiglio essendo la piaga fresca et odiosissima la memoria del procedere , che hà tenuto in conclave, del quale per giuditio di Dio lui c la sua casa sono li priini à pagare il fio. Ad ogni modo supplico Vostra Eininenza di ben essaminare questa materia, et aprirmene confidentemente li suoi sensi. E vero pero che nell' istesso tempo, che la Francia è irritata contra li Barberini è cosi impressa che il Papa sia intieramente Spagnuolo portato à departire à quel partito ogni gratia in pregiuditio di questa Corona; che se la Regina lo permeltesse, si vederebbero strane cose, e monsignor Nuntio sa se io dico il vero, essendo rimasto stupito, che, non ostantc le dichiarationi di Sua Maestà à favore di Sua Santità, li siano state fatte questioni stravagantissime sopra l'elettione di-Sua Santità.
11 cardinale di Valence non lia ricevuto grau sodisfattione e se haveva formato machine grandi sono tutte per terra. La condotta che hà tenuto non poteva mcritareallro trattamento, è rimasto infermo à quitideci leghe di qui, ma havendo ricuperato la sanità, seguira adesso il suo viaggio à cotesta volta, senza che aile rcpplicate instauze di reverire la Regina sia stata data risposta l'avorevole, e senza accordarli alcuna délie gratie che hà dimandalc, essendoli stalo solamente lis— |)osto che complendo al sno debito in Borna deve promettersi che
' \nlonio Barberini. (Voyez t. I des Lettres de Mazarin, p. 910.) — " François Barberini. frère nitu- du cardinal Intenté [ibidem).
i6û5, Sua Maestà, dimenticando il passalo , li compartirà gl' eiïetti délia sua bonta in modo che potrà trattenersi cosli cou decoro e comniodità.
Hora vien d'arrivare il bali ] suo nipote, che m'hà resa una sua lettcra, e rn'lià fatto per sua parte efficacissime instanze di permetterii, che possi vedermi à cinque ô sei leglie di qui per cont'erirmi cose di molta importanza per il servitio del Rè e per havere almeno questa consolatione di ritornare costi con sicurezza di dover essere assislito da me, quando la sua condotta mi oblighi à ciô. Non sô quello seguirà, ancorche io per me inclini à sodisfarlo, trovando che il Rè non vi riceva alcùn pregiuditio, et io dell' avantaggio. Tutto resti in Vostra Eminenza, à cui saro sempre servitore cordialissimo.
Mamisc. de la Bibl. Mazarine, n° 1719, tome II, î° 190 recto. — Copie du temps.
A M. DE TURENNE
[Paris,] 27 mars i(J65.
Monsieur,
Je ne puis vous dissimuler le desplaisir que jay des plaintes qui nous sont. venues de plusieurs endroits contre les gouverneurs de Spire et de Mayence et quelques officiers de'vostre armée, qui, ne se contentant point de vivre avec desordre et licence, ont peu considéré les défenses elles sauvegardes que le Roy a envoyées pour cela, entre autres le mespris que le gouverneur de Spire a fait de ce qui a esté envoyé en faveur de la Chambre impériale 2, est une chose
1 Le bailli de Valençay, dont il a été du premier volume des Lettres de Mazarin,
(|iifslion plus haut, p. 127. note 2. p.xxix, que cette Chambre impériale était le
; On ;i vu, dans l'introduction, en tête tribunal suprême de l'empire d'Allemagne.
fort injurieuse à l'autorité de Sa Majesté et de grand scandale à toute Mars i645 l'Allemagne, quia veu que les Impériaux, les Suédois, les Lorrains, etc., ont tousjours considéré ladicte Chambre, et qui voyent maintenant qu'elle est maltraitée par les François, de qui elle devoit vraysemblablement espérer un meilleur traitement que des autres. Gela l'a obligée à nous faire demander la permission de se retirer ; ce qui seroit combler le scandale et le mauvais exemple; et particulièrement en cette conjoncture, où nous sommes à la veille de la paix, et que nous avons protesté aux Allemans que nos armes ne se mouvoient en leur pays que pour leur bien et pour leur interest, ils verroient des effects tout contraires à nostre protestation; ce qui seroit les esloigner entièrement de nous et nous oster leur affection, que nous voulons tascher de gagner, outre que c'est le moyen d'obliger les places que vous attaquerez à se defîendre jusqu'à la dernière extrémité plustost que de tomber entre nos mains, et vous sçavez combien ces resolutions désespérées font consumer de temps et perdre d'hommes.
On se plaint aussy extrêmement des violences et des concussions du vicomte de Courval1, entre autres le comte de Nassau-Saarbriick, qui a des terres prez de Mayence, et qui est sous la protection de cette couronne. Je sçay bien que ceux qui souffrent ont tousjours coustume d augmenter leurs souffrances et d'agrandir leurs maux. Je sçay aussy que la difficulté que vous avez eue de faire subsister les troupes vous a contraint de [vous] relascher à l'endroit des gens de guerre à des choses que vous n'eussiez point faites en un autre temps; mais que plusieurs soient passez aux excez, ce que je suis asseuré avoir esté fait sans vostre permission et sans vostre sceu, c'est à quoy vous devez absolument pourvoir à l'avenir, comme je ne doute point qu'en estant
1 On a vu plus haut que le vicomte de à M. de Courval, il mettra ce lieu-là en assez
Courval avait été nommé gouverneur de bon estât, ce qui est tres-necessaire, estant
Mayence. Cette place était loin d'être alors un fort méchant lieu pour se defîendre. «
aussi forte qu'elle l'est devenue. Turenne (Lettre du A février i6/i5, citée dans les
écrivait à Mazarin : rrPour ce qui est de Mémoires de Turenne, édit. Michaud et Pon-
Mayence, on faisant donner 20,000 francs joulat, p. 38i.)
HAZAB1H. II. 18
Marsifi'i5. averty, vous ne lé fassiez. Outre que le mespris qu'on a fait des sauvegardes et des ordres du Roy, non-seulement ne se peut excuser, niais encore se doit chastier. De cela, je m'en suis ouvert plus particulièrement à M. de Beauregard, auquel vous donnerez créance, pour vous le faire sçavoir, et surtout affin que vous fassiez faire à la Chambre impériale les civilitez que vous jugerez à propos, affin qu'elle en demeure contente, et le meilleur traitlement qui se pourra, affin qu'elle ne quitte point Spire, luy promettant et à tous les autres que ce bon traitement s'augmentera à mesure que les armes du Roy feront progrez de là le Rhin, à quoy toutes choses sont disposez, notamment aprez la victoire que M. Torstenson vient de gagner l, qui contiendra sans doute Mercy de passer le Danube et de vous laisser libre tout ce qui est au deçà. Je ne doute point que vous ne sçachiez tirer tous les avantages possibles d'une sy favorable conjoncture.
Vous ne trouverez point mauvais que, clans la profession que je fais d'estre plus que personne vostre serviteur, et que dans la passion extrême que j'ay qu'on ne puisse rien trouver à désirer en vostre conduite, je vous aye avcrty de ce que dessus, sçacbant principalement que, sy vous en eussiez eu connoissance, vous y eussiez apporté le remède convenable.
M""' la Landgrave nous a fait prier que M. le prince de Wurtemberg pust commander les deux mille hommes qu'elle doit fournir pour vostre armée, se promettant qu'il seroit fort capable de les maintenir, ayant longtemps servy dans l'infanterie et dans l'armée que vous commandez. Onneluy a rien voulu promettresur cela qu'on n'eust vostre avis. 11 me semble pourtant qu'ayant du crédit comme il a dans [l'Empire], il luy seroit fort facile d'y faire quelque corps considérable de gens de pied, maintenant que vous estes en estât de vous y establir, et vous sçavez que c'est là vostre plus grand besoin, et ce qui nous a tousjours fait le plus de peine. Sy, neantmoins, il y avoit quelque chose qui vouscho-
Torstonson avait vaincu les Impériaux le 16 mars i645, comme on l'a vu plus haut p. l 'Mi , noie h.
quast en ce commandement, nous tasclierons de nous excuser le plus Marsi645. civilement qu'il nous sera possible.
iNous allons faire faire de puissans offices auprez de M. le mareschal Torslenson pour recouvrer, par eschange des prisonniers qu'il a faits, les nostres que le duc de Bavière et Hasfeld tiennent, surtout Ohem,Schombek, Clou et Colhas1, ce que vous ferez sçavoir à l'armée, affin que les Allemans voyent le soin qu'on a d'eux. Je ne repeteray point icy ce que je vous ay escrit de M. le marquis de Pomart 2, me promettant que vous le trouverez tel, en effect,que je vousl'ay représenté. 11 fera travailler avec soin et diligence à la levée de deux mille fantassins italiens pour les faire venir en vostre armée. Que sy, neantmoins, il arrivoit, ce que je ne croy pas, qu'il y eust avec le tems quelque chose dans son einploy dont vous ne fussiez point satisfait, croyez que j'ayme à tel point vostre contentement, que je trouverois moyen de l'en retirer avec honneur, ainsy que je vous l'ay mandé.
Je tascheray avec le temps de faire tomber le régiment de M. d'Oy- ^011 ville entre les mains de M. de Beauregard, que je considereray tousjours beaucoup, à cause que vous l'aimez et à cause que je le trouve fort honneste homme, et le tiens homme de service.
Le neveu de M. d'Erlac3 est party d'icy fort persuadé que son oncle devoit tenir bonne correspondance avec vous, et contribuer, sans exemption, tout ce dont vous auriez besoin qui deppendroit de luy. Je croy qu'il le fera ainsy, et je vous prie aussy, de vostre costé, de niesnager son humeur, qui consiste principalement en ce qu'on luy fasse connoislre qu'on estime sa personne et qu'on fait cas de ses avis.
1 Oheim , Schirabeck ou Kimbeck, Colhas, dont il a été question dans le tome I des Lettres de Mazarin, étaient des chefs des Weymariens faits prisonniers à Dùtlingcn.
" Turenne écrivait à Mazarin le h février 1 6 h 5 : « Vostre Imminence connoist mieux que moi M. le marquis de Pomart, qui, à ce que je crois, n'a pas eu d'employ de toutes ces guerres -cy.i {Mémoires de Turenne,
édit. Michaud et Poujoulat, p. 38a.) Prosper de Gonzngue, marquis de Poma, Pomart ou Pomare, était entré au service de la France en i636.
' Sigismond d'Erlach, dont il a été déjà question dans Je tome I des Lettres de Mazarin. Voyez aussi les Mémoires historiques concernant k général d'Erlach ( Vverdun . 178'!, li vol. in- 8°).
Avril i6/i5. M. du Passage partit d'icy fort satisfait avec les expéditions de la charge que vous luy avez procurée ' avec un petit ajuslo di costa 2, que la Reyne luy a fait donner, comme aussy au sieur de Beauregard. Tous ceux qui mériteront vostre recommandation recevront le mesme traitement, et, en mon particulier, je les serviray avec grand plaisir, faisant une véritable profession d'estre, etc.
Nous avons suject d'espérer de grands progrez en Flandres cette campagne, MM. les Estats s'estant résolus, par les offices puissans que nous avons faits auprez d'eux, de faire une levée extraordinaire de dix mille hommes en Liège et du costé de Westphalie, ce qui affoiblira les levées de Lamboy 3 et celles de Gleen \
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome III, p. 583-590. — Copie du temps.
AUX PLÉNIPOTENTIAIRES
[Paris,] 7 avril 1 665.
(extrait.)
[Avant-hier] il arriva en cette ville un père jésuite, confesseur du duc de Bavière, que Son Altesse a envoyé vestu en prestre séculier et l'a adressé chez le marquis de Narmoustier5, lequel, depuis sa prison, a tenu avec un de ses ministres6, par permission du Roy, quelque commerce de lettres pour essayer de procurer la liberté aux officiers qui sont entre ses mains, comme il nous a réussi. Il a fait instance de me voir pour affaires importantes; ce que la Reyne a trouvé bon et m'a commandé de faire, pour les advantages que la cause commune pou-
' On a vu (p. i3o) que c'était la charge 4 Général des troupes du cercle deWest-
de sergent de bataille. phalie.
2 Aide pour entrer en campagne. 5 Sur le marquis de Narmoutier ou Noir-
5 Général qui commandait les troupes mou tiers, voyez t. I, p. 35o, 5a5 et 68y.
espagnoles dans les Pays-Bas. ' Un des ministres du duc de Bavière.
DU CARDINAL MAZARIN. Hl
voit retirer de ces ouvertures, notamment faites dans la conjoncture Avril i665 de la perle d'une bataille par le parti contraire.
Aprez m'avoir rendu une simple lettre de son maistre remissive sur luy, il m'exposa sa créance qui consistoit :
Premièrement en de grandes protestations d'affection pour cette Couronne de la part dudit duc; de sa passion pour le service du Roy, pour la personne particulière de la Reyne et pour la gloire de sa régence; de désir de s'attacher estroitement avec la France, avec des exagérations que je ne sçaurois assez bien vous exprimer; que ledit sieur duc s'estoit tenu sensiblement obligé des favorables traitemens que ses ministres avoient receus à Munster de ceux de Sa Majesté; qu'il luy en rendoit les plus vives grâces qu'il luy estoit possible, et en conserveroit à jamais un parfait ressentiment.
De là il passa dans de grandes doléances de la maison d'Austriche et des sujects de plaintes qu'ils luy avoient donnés, reconnoissant fort mal ses services et la conduite qu'il avoit tenue avec eux.
Que la mauvaise intention que les Espagnols avoient contre luy, luy estoit fort connue; qu'estant vieux et cassé et ses enfans jeunes, il avoit grand suject d'appréhender pour eux, sy Dieu l'appeloit à soy avant que tous ces mouvemens-cy fussent appaisés; qu'il esperoit de la bonté de Sa Majesté qu'elle ne trouveroit pas mauvais qu'il recourust à la France et à sa protection dans des termes qui ne blesseroient pas ce qu'il doit comme prince de l'Empire.
H fit ensuite instance d'une cessation d'armes avec l'Empire, représentant que toutes les paix ont tousjours commencé par quelque suspension et qu'il est malaisé de les pouvoir jamais conclure sy les armes ne sont arrestées; qu'au cas qu'il y eut trop d'obstacles et de difficultés [tour cette cessation avec l'Empire, que l'on pourroit du moins la faire avec le duc, son maistre, dans les asseurances qu'il ne donneroit aucune assistance aux ennemis de cette Couronne; ce qui seroit une espèce de neutralité.
Qu'il recognoist fort bien que presque tous les interests que la France peut prendre en Allemagne dans la conclusion de la paix sont les siens,
Avril i6'i5 et que son bien, sa seureté et celle de ses enfans s'y rencontre avantageusement; que cette considération doit faire d'autant plus ajouster de foy à la sincérité de ses protestations, dont il feroit connoistre encore mieux la vérité par les effects dans le cours de la négociation de la paix. Pour conclusion, que ledit duc supplie tres-humblement la Reyne d'avoir la bonté de protéger ses interests.
La response que je luy ay faite, aprez avoir donné part de tout à la Ueyne en présence de Monsieur et de M. le Prince, a esté que la Reyne recevoit fort volontiers et avec plaisir les protestations que M. le duc de Bavière luy fait de son affection envers sa personne et envers ce royaume; que Sa Majesté la tousjours extrêmement estimé et croit bien que les avances qu'il fait sont tres-sinceres; que je le priois pourtant de trouver bon que je luy dise avec franchise que les discours que Son Vitesse tenoit dans l'affaire de Tùtlingen1 n'estoientpas fort conformes à ceux-cy, quoyque ses interests fussent alors les mesmes qu'ils peuvent estre aujourd'huy, et qu'ainsy Sa Majesté ne sembloit devoir ce changement qu'à la prospérité plus grande de ses affaires; que cela n'empescheroit pas que ledit sieur duc ne trouvast toute bonne correspondance quand il voudroit faire suivre ses offres des effects, ainsy qu'il en avoit le moyen dans la négociation de la paix et autrement; que les affaires ne sont pas en estât que Sa Majesté puisse rien entendre sur la cessation d'armes qu'il desiroit avec l'Empire ou au moins avec luy; que Sa Majesté ny ses alliez ne songent pas à diminuer le feu de la guerre par une suspension, mais à l'esteindre tout à fait par une bonne paix; et que, quand mesme il [y] auroit des raisons qui peussent convier Sa Majesté à prester l'oreille aux propositions dudit sieur duc, cela ne seroit qu'à dessein d'en advertir les ministres du Roy à Munster avec ordre d'en conférer avec ceux de la couronne de Suéde pour faire tous ensemble la response et prendre la resolution qui seroit concertée dans le lieu qui est destiné à la négociation de la paix , hors duquel tout le monde doit sçavoir une fois pour toutes qu'il n'y a rien à traiter ny
1 <>u Diillingen. Voyez 1. I des Lettres de Mazarin, p. /175-679.
conclure avec Sa Majesté; que je ne sçavois pas, sy les succez des armes Avril i645. estoient aussy favorables au party où est engagé M. de Bavière comme ils le sont au nostre, sy Son Altesse soustiendroit la maxime que les traités de paix dévoient tousjours commencer par une suspension; que, pour ce qui regarde les interests dudil sieur duc, Sa Majesté, autant que les interests du Roy et ceux de ses alliez le pourront permettre, le favorisera, sy ledit sieur duc, dans la négociation de la paix, fait paroistre par des effects que sa conduite est telle qu'il proteste icy la vouloirtenir; et enfin que ledit sieur duc a un beau champ pour employer utilement son adresse et son authorité à l'accomplissement d'un sy grand ouvrage et sy important comme celuy d'establir le repos public, puisque le mauvais estât des affaires de l'Empereur' en Allemagne, et la décadence visible de celles du roy d'Espagne de touscostés, avec une telle foiblesse que nous n'en devons pas craindre la resource ', donneront lieu à Son Altesse, agissant vigoureusement, de faire conclure la paix en peu de temps, à laquelle il pourroit asseurer Son Altesse que Sa Majesté, la couronne de Suéde et tous ses alliez, sont portez avec sincérité et affection; enfin que toute la maison d'Austriche aura grande obligation à qui viendra à bout de ce grand ouvrage, quoyque malgré les Espagnols, chacun voyant fort bien que le meilleur moyen pour sortir du mauvais pas où ils sont et nous empescher et nos alliez de faire de plus grands progrez, c'est celuy de nous obliger à mettre les armes bas par un accommodement.
Voilà toute la response qu'il a eue de moy et tout ce qui s'est passé avec luy dans nostre entreveue, dont vous donnerez, s'il vous plaist, part à MM. les ministres de Suéde, leur confirmant de nouveau que tous ceux qui prétendent d'introduire quelque négociation secrète et particulière en cette cour se doivent desabuser, parce que la resolution de Sa Majesté est de sacrifier plustost tous les avantages imaginables que de manquer à la correspondance sincère qu'elle veut conserver religieusement avec tous ses alliez, et notamment avec la couronne de
1 C'est-à-dire qu'il puisse s'en relever.
Mxk LETTRES
uni i6'i5. Suéde. Cependant cet envoyé, quoyque incogneu icy à tout le monde et sans le sceu de qui que ce soit, et, par conséquent, y pouvant faire tout le séjour que nous eussions voulu, s'en retourne dez demain.
Manusc. de la Bibl. Mazarine, n° 1719, tome II, f" 191 verso. — Copie du temps.
A M. DE TUREME.
[Paris,] 1 1 avrii 1 645.
(extrait.)
Mazarin t'engage à étendre son armée au delà du Rhin et à y maintenir le plus de discipline possible; il continue ainsi :
Pour ce qui est des interests de M. vostre frère, encore que, suivant tousjours comme il fait les instructions de Madame sa femme1, sa conduite soit fort contraire à ceux du Roy, neantmoins, pour l'amour de vous, et à cause de la part que le sang et vostre bon naturel vous obligent de prendre en ce qui le louche, je ne verray point de jour de le pouvoir servir que je ne le fasse, et, pour cet effect, j'attendois la visite de Mademoiselle de Bouillon2, dontvous m'avez escrit; mais, estant tombée malade, j'attendray que sa guerison me donne moyen de m'entretenir avec elle de ce qui concerne les affaires de M. vostre frère, ou bien je tascheray de trouver le tems de l'aller voir affin d'arrester avec elle ce qui se pourra faire sur ce suject.
Depuis vous avoir escrit ce que dessus, il nous est venu nouvelles
1 Turenne écrivait à Mazarin le 3i mars le plus favorablement qu'il sera possible, ne
i645: «Pour ce que Vostre Eminence me paraissant point qu'il fasse rien contre le ser-
mande de ce que ma belle-sœur dit , je croy vice du Roy. » (Voyez, sur le duc de Bouillon ,
qu'elle est bien persuadée que je ne suis qui était sorti de France, le tome I des
point capable de sortir de mon debvoir. Je Lettres de Mazarin, p. 663-664.) la supplieray tousjours de traicter mon frère 2 Voyez 1. 1 des Lettres de Mazarin, p. 5y5.
DU CARD1AAL MAZARIIS.
des progrez que vous faites dans la Souabe1. \ous pouvez croire com- Avril i645 l)ien sensiblement j'en suis louché et pour l'interest des affaires du Ro\ et pour celuy de vostre réputation , que je ne chéris pas moins que vous mesme. Mais aprez cela permettez-moy de me plaindre de ce que nous lapprenons par d'autres; ce qui nous satisferait bien d'une autre manière sy c'estoit par vous , et qu'encore que je n'ignore point l'aversion que vous avez des gazettes, il me semble que vous ne devriez pas envier un sy juste contentement à vos amis, qui n'en peuvent recevoir de petit de tout ce qui tourne à vostre advantage.
Vous trouverez bon encore que je vous die que c'est maintenant le tems que l'armée est en bon pays et dans l'abondance de toutes choses d'y introduire l'ordre qui, outre qu'il servira à la faire mieux subsister, vous donnera une réputation qui vous rendra facile ce à quoy, sans cela, vous auriez trouvé de la résistance. Vous vous souviendrez donc, s'il vous plaist, de l'Iiyver et d'empescher que ce qui se peut conserver pour la subsistance des soldats ne se dissipe.
delà seroit estrange sy, touchant comme ils font de l'argent du Rov et ayant de sy bons quartiers, on ne pouvoit mettre pariny eux une bonne règle, comme il y en a dans l'armée de Bavière. Je sçay que vous n'avez pas besoin de cet avertissement, et que vous sçavez[trop | de quelle importance est la discipline dans une armée pour manquera l'establir dans la vostre autant qu'il vous sera possible; aussy ce que je vous en escris est plustost par forme de discours et pour le contentement que j'ay de m'entrelenir avec vous, que pour la créance quej'av qu'en cela vous ayez affaire de mes avis.
I- es. Mémoires de Turenne (édil. Michaïul et Poujoulat. p. 385) parlent de la marche de son armée en Souabe : * M. de Mercy se retira vers la Souabe. et M. de Turenne. ayant suivi sa marche, passa auprès d'Heilbronn. où les ennemis avoient garnison et arriva à Suabescbal avant M. de Mercy, qui ovoit ses mareschaux des logis à la porte de la ville. Mais, comme M. de Turenne lit
pnimptement avancer ses dragons , les bourgeois ouvrirent les portes, etc. Le nom de la ville citée dans les Mémoires de Turenne est altéré; il faut lire Schwœbische-Hall , place située sur le Rocher et souvent appelée simplement Hall, ou Hall-en-Soual/e. Turenne remonta ensuite vers le nord et prit ses quartiers près de Mergentheim ou Mariendal, sur la Tauber.
ivril i6û5. Vous n'avez pas besoin que je vous exhorte d'entretenir bonne correspondance avec M. Torstenson, mais il importe que vous vous prévaliez de la conjoncture présente pour retirer les prisonniers que l'Empereur et le duc de Bavière nous détiennent; on en peut faire eschange, et nous payerons aux Suédois l'argent auquel ceux qu'ils ont faits en la dernière bataille seront taxez pour leur rançon. Vous pourrez ajuster cela parle moyen du sieur d'Avaugour, qui est auprez M. Torstenson de la part de Sa Majesté. Nous luy avons escrit de suivre en cela vos avis et vos ordres; vous sçavez lesquels de nos prisonniers sont ceux qui nous sont les plus nécessaires, et qui doivent estre retirez preferablement aux autres. Nous remettons à vostre prudence de gouverner cette affaire, de quoy vous nous avertirez.
Nous escrivons à Madame la Landgrave qu'elle apprendra de vous sy elle doit envoyer les deux mille hommes ou les garder. Son résident m'a encore asseuré que vous ne pourriez pas seulement disposer desdits deux mille hommes, mais encore de toute son armée en cas de besoin. H est arrivé icy un député de l'électeur de Mayence qui se plaint fort du mauvais traitement qu'on reçoit à Mayence du vicomte de Courval, et proteste qu'il auroit bien volonté de s'accommoder avec la France, mais qu'il ne voit point de seureté pour l'observation des choses promises, à cause du deportement dudit vicomte de Courval. Je vous supplie de faire examiner au vray la nature de ces plaintes, et de croire que je suis sans reserve , etc.
Quant à M. de la Tremoille1, j'avois desja prévenu, par le soin que j'ay eu de ses interetz, la recommandation que vous m'en faites. Le mérite de sa personne et la proximité qu'il a avec vous seront tousjours deux choses qui me seront, tres-considerables. Jecrois que, s'il
Turenne avait recommandé à Mazarin de M. de la Tremoille, celuy de ma sœur
le ducdelaTrémouille. 11 écrivait au cardinal m'est extrêmement cher." (Mémoires de Tu-
le 26 mars 1 6A5 : «J'ai sceu comme M. de renne, édit. Michaud et Poujoulat, p. 386.)
la Tremoille a eu quelque demeslé en Bre- Henri de la T remouille avait épousé, en
taigne. .le supplie trez-humblement Vostre i6if), Marie de la Tour, qui était sœur
Imminence de ne le vouloir point abandonner de Turenne. Ce duc de la Trémouille mou-
en ce rencontre. Elle sçait qu'outre l'interest rut en 1676.
DU CARDINAL MAZAR1N. 147
vous escrit, il vous rendra tesmoignage de la satisfaction qu'il a de Avril i645. uioy.
Ce que vous m'escrivez de procurer à M. du Tôt une charge de servent de bataille dans vostre armée, aprez cette campagne, n'est que trop juste; ses services et les pertes qu'il a fait de ses frères méritent bien cette reconnoissance de la part de Sa Majesté. Je l'ay veu et luy ay tesmoigné l'estime que vous faisiez de sa personne, et le soin que vous aviez eu de faire office en sa faveur, pour luy obtenir la charge de sergent de bataille.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome III, p. 633-639- — Copie du temps.
AUX PLÉNIPOTENTIAIRES
Paris, i5 avril 1 065.
Le père jésuite , confesseur du duc de Bavière, dont je vous ay escrit par ma précédente, et qui , pour le peu que je l'ay veu, m'a semblé assez franc et sincère, a receu de nouveaux ordres de son maistre, dont il a pris l'occasion de me parler en venant me dire adieu pour s'en retourner : ce que l'on luy avoit prescrit ainsy que je vous ay desjà mandé.
La substance est que M. de Bavière prie le Roy de recevoir sous sa protection luy, sa maison et ses Estats, et demande la mesme grâce pour M. l'électeur de Cologne son frère, et ses Estats, à condition que n\ l'un ny l'autre ne donneront aucune assistance de gens ny d'argent contre cette Couronne ny ses alliez, contre lesquels ne s'exercera aucun acte d'hostilité, priant que, pendant que l'on sera dans cette négociation pour en faire le traité, les armes ne soyent employées à se choquer et que l'ordre en soit envoyé à M. le mareschal deTurenne; supplie que Sa Majesté ne trouve mauvais que Son Altesse retienne ce pendant, et jusques à la conclusion de la paix, ses troupes pour la deffense de ses Estats, et pour n'estre exposé aux violences de ceux qui voudroient 1"\ troubler; s'aseure que Sa Majesté voulant faire la
Au il i 6 -'i 3 .
mesme grâce aux cercles de Franconie, Souabe et Bavière, ils la tiendront à grande faveur, le tout à condition que Sadite Majesté protégera lesdits sieurs électeur et cercles1 envers tous et contre tous; qu'il les maintiendra en toutes leurs dignitez, prééminences, libertez, droicts et privilèges, et ne sera desrogé à l'immédiate subjection qu'ils ont à l'Empire romain ny tenus de rien faire contre Sa Majesté impériale, demeurant en son entier l'obligation du serment de fidélité qu'ils luy ont, et que les conditions susdites seront en termes exprez inserez dans les actes que l'on fera de la protection qu'ils demandent.
Mazarin transmet ces propositions aux plénipotentiaires, afin qu'ils se concertent avec les Suédois sur la conduite à tenir, et il termine ainsi :
Dans le poinct que je finissois cette depesciie, il arrive un courrier de Rome avec nouvelles de l'assassinat commis en la personne du résident de Portugal, dont l'on a arquebuse en plein jour le carosse2, et luy a eu grande peine à se sauver aprez y avoir perdu de ses gens; cette action demeurant impunie, et ainsy le droictdes gens violé par l'injustice de nos ennemis, qui tranchent des maistres de Rome, il faudra bien que Sa Majesté songe à prendre ses resolutions pour ne pas \oir tout
' Voyez, sur les cercles de l'empire d'Allemagne, Introduction, t. I, p. XXVIII, XXIX.
" L'évêque de Lamego , résident de Portugal à Rome , avait, été attaqué par les Espagnols dons les rues de Rome, comme le raconte Nicolas Rretel de Grémonville dans une lettre adressée au comte deRrienne, secrétaire d'Etat : rr Comme il [le député de Portugal] revenoit dimanche dernier de la Madona del Popolo, parmi tout le peuple de Rome qui venoit de voir passer une cavalcade des ambassadeurs extraordinaires de Lucques, il fut attaqué par cinquante bandits napolitains, domestiques de l'ambassadeur d'Espagne, lesquels, à coups d'arquebuse et • I espée, se ruèrent sur son carrosse, tuèrent un gentilhomme qui estoit avec luy, bles-
sèrent grièvement son cocher, et, ayant tiré sur luy trois coups dont ils pensoient l'avoir tué, le laissèrent sur la place sans que neanlmoins il ayl esté blessé. Ensuite ces assassins se retirèrent effrontément, à la barbe des sbires, dans le palais de l'ambassadeur d'Espagne, a Grémonville, décidé à obtenir satisfaction d'un attentat dirigé contre un évêque qui s'était missous la protectionde la France, écrivait , le 6 mars 1 045, au secrétaire d'Etal Rrienne, qu'il avait fait entendre les remontrances les plus énergiques. «On sçauroil . avait-il dit à Innocent X, s'il estoit pape ou non, c'est-à-dire s'il vouloit régner avec autorité ou se rendre honteusement le capelan des Espagnols.» Les plaintes restèrent sans résultat, et Grémonville sortit de Rome.
à l'ait avilir le nom françois dans cette cour là pendant qu'il est relevé [Avril] i6As partout malgré l'opinion de nos ennemis.
Le comte de Penaranda * couche ce soir à Bourg-la-Reyne et demain à Louvre en Parisis. J'ay envoyé un gentilhomme luy faire compliment de ma part et sçavoir s'il avoit hesoin de quelque chose et estoit servy et honoré comme Sa Majesté en a donné les ordres.
Manusc. de la Bibliolb. Mazarioe, n" 1719, tome II, f" 200 verso. — Copie du temps.
A M. DE TUREMVE.
[Paris, | avril 1 6 >5 -.
(extrait.)
Mazariu, après avoir rappelé qu'une subvention extraordinaire a été accordée à la Landgrave de Hesse, et que Turenne doit traiter directement avec elle pour la réunion de ses troupes, ajoute :
Nous venons de recevoir avis que les Suédois faisoient une jonction des troupes de Hesse3 avec celles de Kœnigsmark pour entrer dans le haut Palalinat, et estre plus proches de M. Torstenson. Nous en avons encore un autre qui porte que le duc Charles, Gleen et Lamboy, dévoient assembler leurs forces pour entreprendre sur Mayence et Bacarat, et faire diversion en faveur du duc de Bavière. Sy ces avis se trouvent véritables, et particulièrement le dernier, ce sera à vous à vous prévaloir des troupes de Madame la Landgrave, et les employer ains\ que vous le jugerez à propos, tant pour defi'endre nos conquestes du Rhin . que pourasseurer celles que vous aurez faites au delà.
Gaspard de Bragamonté, comte de du mois d'avril. Elle est antérieure à l'échec
Penaranda, avait été nommé pléuipolen- essuyé par Turenne à Mariendal. liaire d'Espagne au congrès de Munster. 3 Cette jonction affaiblit Turenne et fut
2 Cette lettre, qui ne porte pas de dalc une des causes de sa défaite. précise dans le manuscrit, me parait être
Aviilji645. Que sy ce second avis ne se trouvent pas véritable, et qu'il n'y eusl aucun suject de craindre du costé du Rhin, et sy d'ailleurs vous jugiez plus à propos de laisser faire la jonction des troupes hessiennes avec les suédoises, lesquelles entrant dans le haut Palatinat y attireroient sans doute celles de Bavière, et vous laisseront exposé tout ce qui est de deçà le Danube, en ce cas faittes fortement sentir aux Suédois le zèle et la sincérité avec lequel nous agissons pour l'interest de la cause commune, puisque, pour cela, nous abandonnons le nostre particulier et leur laissons les troupes de Hesse, dont Madame la Landgrave nous a olï'ert la disposition, et à laquelle nous fournissons de s\ notables subsides tant ordinaires qu'extraordinaires pour les maintenir. Y ous les ferez aussy souvenir de quelle manière nous eu usasmes quand ils eurent besoin desdites troupes à Bernbourg.
Enfin estant sur les lieux et dans les occasions, et ayant devant les yeux tous les changemens qui arrivent à toute heure à la guerre, vous pouvez mieux juger que nous, qui en sommes esloignez, ce que vous aurez à faire, et nous ne doutons point que vous ne preniez tousjours le party le plus convenable au bien des affaires de Sa Majesté.
Nous vous envoyons M. le prince de Wurtemberg1 pour travailler à la levée d'un régiment de gens de pied, ce que nous présumons qui ln\ sera facile, maintenant que le Wurtemberg, où il a du crédit, lu\ est ouvert. Vous luy donnerez toutes les facilitez et commoditez nécessaires pour cela, et sy, aprez la levée dudit régiment, vous trouvez à propos qu'il serve dans vostre armée, à quoy je ne voy point de dif-
1 La leltre suivante, qui se rapporte à l'expédition du duc de Wurtemberg, sert encore à fixer la date de la lettre de Mazarin. Le Roi e'crivaitàTurenne le 19 avril i645. itMon cousin, ayant sceu le dessein qu'a mon cousin le duc de Wurtemberg d'aller en Souabe , avec espérance que son voyage produira quelque bon elïcct pour la cause commune , je fais cette lettre pour vous dire , par l'advis de la Reyne régente, Madame
ma mère, que je trouve bon et désire que vous teniez correspondance avec luy et lu\ aydiez à ce que vous verrez pouvoir réussir au bien et advantage de cette Couronne et des princes mes alliez , et la présente n'estant à autre fin , je prie Dieu qu'il vous ayt , mon cousin, en sa sainte et digne garde.» (Mémoires de Turenne, édit. Michaud elPoujoulat, p. 386.)
DU CARDINAL MAZAR1N. 151
culte, vous l'y retiendrez, sinon nous trouverons moyen de l'employer Uai i64i ailleurs à son contentement; sur quoy vous nous ferez sçavoir, s'il vous plaist, vostre sentiment.
On a envoyé ordre à celuy qui commande le régiment de Montaitsier de vous fournir les hommes que vous luy aviez demandez; mais ce sera à condition que vous les mettrez dans les places du Rhin, aflm (|ii ils puissent s'y conserver et attendre ceux que M. de Montausier y doit envoyer d'icy pour mettre son régiment à huit cents hommes, à quoy il s'est obligé. Cette considération avoit empesché le commandant dudit corps de vous donner d'abord la satisfaction que vous aviez désirée, et ainsy vous aurez ce que vous prétendez eu retirant des places un nombre de soldats esgal à celuy qui y entrera du susdit régiment. Je me promets aussy que les compagnies d'augmentation pour le mien seront arrivez.
Bien que la conduite de M. vostre frère1 soit telle, qu'il se ferme touttes les portes par où il pourroit rentrer aux bonnes grâces de la Reyne, et qu'il soit dans un perpétuel commerce d'intrigues et de traitez avec les ministres d'Espagne et de l'Empereur, de quoy nous sommes bien avertis, je vous promets neantmoins, s'il vient à reprendre le bon chemin, de m'employer [en sa faveur] pour l'amour de vous.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n" 1719, tome I, f° ^72 verso. — Copie du temps.
A M. LE PRINCE2
[Paris,] C mai 3 îfl'if).
Monsieur, .1 a\ pris la liberté de dire à M. de la Roussiere ce qui est arrivé
' Le duc de Bouillon. indications que j'ai signalées en noie, elle
" Henri 11 de Bourbon, prince de Condé. doit avoir été" écrite dans les premiers jours
(Voyez t. I des Lettres de Mazarin, p. 170.) du mois de mai 1 6 /1 5 . Je lui ai assigné ap-
3 Le manuscrit ne donne pas de date pré- proximativemenl la date du 6 mai.
cise pour cette lettre; mais, d'après plusieurs
Mai iC'i5. de plus considérable depuis le despart de Vostre Altesse pour luy en rendre compte; maintenant je luy depesche ce gentilhomme exprez pour me raporter des nouvelles de la santé de Vostre Altesse en laquelle ma satisfaction n'est pas moins intéressée que le bien de l'Eslat. et, en luy renouvellant les sincères protestations de mon service, luy lesmoigner la sensible part que j'ai prise à l'affliction qu'aura causé à Vostre Altesse la perte de Mademoiselle [de] Dunois1, qui m'a touché juissy vivement qu'aucun autre de ses plus passionnez serviteurs.
J'auray par mesme moyen le bien de luy dire succinctement ce que je crois plus digne de venir à sa connoissance, en attendant son retour, qui est désiré de Sa Majesté avec beaucoup d'impatience pour prendre plusieurs resolutions qu'elle a remis jusques là.
Les affaires d'Allemagne vont tousjours de bien en mieux, les Suédois continuant leurs progrez se sont emparez de la Moravie et remplissent d'effroy toute l'Austriche.
De nostre costé, M. d'Erlach, avec les garnisons voisines, a pris les postes de Lichtenau 2 et de Stothourm3, qui sont tres-importans. el maintenant les ennemis n'ont rien entre Brisach et Philipsbourg. Il a pris outre cela quelques autres postes, et, après avoir bloqué Offembourg. il s'est retiré à son gouvernement espérant de se rendre bientosl maistre de Fribourg.
M. de Sainct-Romain4 estant arrivé à Munster, M. d'Avaux , se servant de la liberté que la Reyne luy a voit accordée de revenir, sur les instances qu'il avoitfaictes et réitérées si pressantes pour avoir son congé, [a] mandé qu'il partira sans faute au huict de ce mois, si bien que nous
; Charlotte-Louise d'Orléans, demoiselle J Ce nom parait altéré. Je pense qu'il
de Danois, née le h février i644, mourut le faut lire Stollbolen. petite ville du duché de
10 avril 1645. Elle était fille de Henri d'Or- Bade. Tel est le nom donné dans les Mè-
léans, duc de Longueville, et d'Anne Ge- moires concernant le général d'Erlach (t. 1.
neviève de lîourbon. lille du prince de p. 23i ). Il a été souvent question de ces mé-
' <>ndé. . moires dans le tome I des Lettres de Ma-
I \ a en Allemagne plusieurs villes de ce zarin. nom. Il est probablement question de Licb- * Voyez, sur ce personnage , le tome Ides
tenar. dans le grand-duché de Bade. Lettres de Mazarin, p. 'n. h a.
aurons doresnavant icy des [les deux] surintendans1, et estant personnes Mai iii' de grande suffisance, il y a apparence que le service du Roy en recevra beaucoup davantage. J'eusse cru qu'à l'esgard de ce que je luy ay escrit de ce que [Sa Majesté] luy a tesmoigné désirer, et de ce queM.de Sainct- Roniain luy a dit de vive voix, qu'il se laisserait persuader d'attendre M. dé Longueville, qui eust interposé l'authorité du Roy et son adresse pour establir l'union entre luy et son collègue, mais tout cela n'a pas pu retarder la resolution qu'il devoit avoir prise de revenir. La Reyne n'a pas disposition d'envoyer d'autre personne, s'asseurant que M. de Longueville et M. Servien s'acquitteront bien dignement eux seuls de ce qu'il y a à faire pour profiter de la belle conjoncture que nous avons dans la foiblesse des ennemis, et dans le progrez des armes de la France et de ses alliez, d'eslablir le repos public.
M. d'Estrades est enfin arrivé avec deux nouvelles fort importantes, lune de l'accommodement des affaires d'Ostfrise avec Madame la Landgrave et le comte d'Embden2, si bien que voilà maintenant les troupes de madite dame qui sont libres pour agir où l'on voudra, et l'autre que la province de Hollande a donné les mains pour la levée extraordinaire, en sorte que M. le prince d'Orange sortira cette campagne avec vingt-cinq mille hommes de pied et cinq mille chevaux.
Le duc Charles [de Lorraine] devoit partir de Bruxelles mardy dernier avec les trente cornettes de cavalerie qu'il y avoit pour venir joindre les trente autres qui sont prez de Tresves. Il publie qu'il va servir l'Empereur qui l'appelle. Les Espagnols se font forts de l'avoir; il voudroit bien avoir quelque négociation avec nous3; enfin il est très-difficile d'asseoir aucun fondement sur ce qu'il fera, et je m'asseure qu'il ne le scait pas luy-mesme.
Claude de Mesmes, comte dAvaux, avait la Landgrave de Hes.se cl le comte. d'Embêté nommé surintendant îles finances en den. Le résultat de la querelle était funeste même temps que le président de Baillent. aux confédérés en forçant la Landgrave de Il semble qu'il y a une intention ironique diviser ses forces.
dans léluge que Mazarjn fait do d'Avaux. ' Voyez, dans le tome t des Lettres de Mail a c;ié souvent question, dans le tome 1 tarin, p. 0;S8 et suiv., les négociations endes Lettres de Mazarin , de la querelle entre laméesavec le duc de Lorraine.
Mai ti''i.'>.
Les lettres que nous eusmes liyer de Rome sont du dixième, et ne contiennent rien d'important, si ce n'est que le Papen'avoit encore rien fait pour reparer l'attentat entrepris en la personne du député du clergé de Portugal1. M. de Gremonville n'avoit pas encore eu audience de Sa Saincteté depuis l'arrivée du courrier qui luy porte ordre de passer à son ambassade de Venise, au cas que le Pape ne fasse rien de positif en faveur de cette couronne.
Vous aurez sceu, Monsieur, comme Madame de Ghevreuse s'ësl eschappée et a passé à Saint-Malo chez M. de Gouetquen 2, et de là en Angleterre avec Mademoiselle sa lille, son maistre d'hostel et un valet de chambre; mais des particularités de cette affaire qui sont assez importantes, je remets à en parler à Vostre Altesse à son arrivée.
La Reyne manda, il y eut jeudy buict jours3, le parlement pour leur faire entendre la grâce qu'elle leur faisoit de rappeller le président Gayant et les deux conseillers, et en mesme temps leur déclarer qu'elle ne pouvoit la faire au président Barillon, que, pour d'autres raisons très importantes au service du Roy, elle avoit, depuis longtemps auparavant, résolu d'esloigner pour sa mauvaise conduitte el
1 Voyez plus* haut, p. i 48 , noie •>.. Mazarin écrivait le 7 mai an marquis de Coelquen : «• J'ay veu, parcelle que vous avez pris la peine «le mescrire, l'avis que vous me donnez du passage de M"" de Chevreuse dans l'une de vos maisons. Sur quoy. ayant entrelenu le gentilhomme que je vous renvoyé , j'ay estimé superflu devons escrire icy le particulier de ce que je luy en ay dit. M'en remettant donc à sa vive voix, je me contenteray de vous asseurer que j'ay receu comme je dois les preuves que vous , me donnez de vostre affection pour le service du Hoy en cette rencontre. Je n'ay pas manqué de représenter à la Reyne tout ce que je de vois , excusant ce qui s'est passé par
les raisons que vous maniiez , et par celles que ledit gentilhomme a desduites, etc. «(Manuscrit de la Bibliothèque Mazarine, 1. 1 , n" 1 7 1 u . 1° 37Ô.) On peut consulter, sur les causes qui décidèrent M'n" de Chevreuse à quitter la France, l'ouvrage de M. V. Cousin intitulé Madame de Chevreuse ( Védil. in-8", p. 9 nj et suiv. ).
3 D'après le Journal d'Olivier d'Ormesson (t. I, p. 9.77). ce fut le mercredi 36 avril que la Heine fit au parlement la réponse indiquée par Mazarin. Ce fait détermine à peu près la date de la lettre adressée au prince de Condé. Cetie date doit se placer dans les cinq ou six premiers jours du mois de mai.
ses cabales el intelligences1. Dans l'assemblée des Chambres qui s'est Mai i645. laide pour rapportée à la compagnie ce que Sa Majesté leur avoit l'ait entendre, ils ont délibéré de faire de nouvelles remonstraiic.es, et ont esté cinquante quatre de cet avis, et quarante sept de celuy de cesser l'exercice de la justice.
Dernièrement, sur quelque vent que l'on eust du mariage du prince palatin avec Madame la princesse Anne2, la Reyne y envoya M. de Brienne pour s'en esclaircir avec elle; elle luy respondit qu'il n'estoit point faict et qu'elle sçavoit bien le respect qu'elle devoit à Sa Majesté, à laquelle, outre les obligations d'une personne de sa condition, elle en avoit une particulière pour l'honneur qu'elle a d'estre sa filleule. Depuis on a sceu certainement (pie le mariage estoit faict. Sur quoy Sa Majesté, considérant son desaveu, son manquement de respect et d'obéissance, et combien il peut prejudicier, si on le dissimuloit, que ce prince est estranger et huguenot, luy a envoyé commander de ne point sortir de sa maison, et audit prince fie sortir du royaume.
Je crois que Vostre Altesse m'ayme assez pour ne desaprouver pas que j'aye supplié Sa Majesté de pourveoir mon frère de l'archevesché d'Vix3, pour le tirer avec honneur de l'engagement où Sadite Majesté, par une bonté extraordinaire, s'estoit mis de le recommander à noslre Saine! Père pour entrer dans la promotion. Aussy bien ne pouvoit-il plus longtemps continuer avec réputation dans l'exercice de sa charge de maistre du Sacré Palais, pour les traverses que luy donnoieut sans cesse les Espagnols, dont il ne pouvoit tirer de raison, estant soutenus generallement en tout ce qu'ils entreprennent.
Jl est arrivé ce matin nouvelles du siège de Roses du •>.'yt' du
' On accusait Barillon d'avoir pris part dérieV. (Je mariage eut tien le ih avril
au complot pour lequel le duc de Beauforl 1 f > 6 5 . C'est depuis cette époque qu'Anne de
avait été arrêté au mois de septembre iG'i^. Gonzague lut désignée sous le nom deprin-
J Anne de (lonzague-iSevers, sœur delà cesse palatine. Son oraison funè-lirc a été
princesse Marie dont il a été question plus prononcée par Bossuel.
liant, épousa en effet Edouard de Ba\ière. ' Michel Miizarin. moine dominicain, dont
prince palatin, fils de l'électeur palatin F ré- il a été question plus haut, p. 98 et sui\.
Mai i645. passé '. Les ravages extraordinaires qu'a faits la pluie en ces quartiers là a reculé l'avancement des travaux pendant quinze jours. On ne laissoit pas d'estre alors en un endroict sur les glacis de la contrescarpe, et il y a apparence qu'ils sont maintenant attachez au bastion; mais sur toutes ces nouvelles que nous avons, et de M. le comte d'Harcourt et de Roses, je me remets à ce que vous en escrit M. Le Tellier.
La nuict du 3e du courant la tranchée fut ouverte à la Motte; on poussera l'affaire vertement et on n'oubliera rien pour la bonne issue d'une entreprise si importante , comme Vostre Altesse sçait, au bien du service du Roy.
M. le Nonce m'est venu donner advis que l'Empereur avoit donné la liberté à l'archevesque de Tresves'2, ayant voulu enfin avoir esgard aux vives instances que les ministres du Roy en avoient faictes à Munster; mais il y a aussy grande apparence que la bataille gagnée par les Suédois3 et les progrez de nos armes l'auront autant persuadé que toutes nos raisons, et, de plus, que l'Empereur, voyant ne pouvoir pas empescher que Tresves ne tombast entre nos mains , aura mieux aymé de deux maux choisir le moindre, et renvoyer l'électeur chez luy.
Les Barberins font de grandes instances pour estre remis dans les bonnes grâces du Roy; ils espèrent que la conduite du Pape envers la France facilitera l'elfect de leurs prières.
Tout le monde me dit que la pluspart des evesques qui viennent à l'assemblée 4 sont grandement animez en faveur des nouvelles propositions5; il faudra, à l'arrivée de Vostre Altesse, songer aux moyens d'y mettre bon ordre, comme le requiert le bien de la religion elle service du Roy.
' Il fallait à peu près dix jours pour que ' Ce prélat , dont il a été souvent question
les nouvelles arrivassent de Roses à la cour. dans le tome I des Lettres de Mazarin, avait
(Voyez plus loin la lettre du 6 juin adressée été arrêté en 1 635.
au duc d'Engbien; elle annonce que Fou 3 Victoire du Monl-Thabor en Bohême.
vient de recevoir la nouvelle de la prise de " L'assemblée du clergé.
Roses, qui avait eu lieu le 99 mai.) J'insiste '" Je présume qu'il s'agit des proposi-
sur ce point pour justifier la date que j'ai tions extraites du livre de Janséniusetcon-
atlribuée à la lettre écrite à M. le Prince. damnées par Urbain VIII.
DU CARDINAL MAZAR1N. 157
Mai i<i'i.~>