I.WU
INTRODUCTION
âge avancé, lorsqu'il croyait avoir à se plaindre de l'ingratitude du ministre l. On peut opposer à ces souvenirs d'un vieillard aigri l'extrait suivant d'une dépêche datée du 8 juin 16A7. Fontenay- Mareuil y déclare de la manière la plus formelle que ce sont les Espagnols (jui ne veulent pas la paix2 : ce ce qui ne m'a pas surpris, ajoute-t-il, ayant, quanta moi, toujours estimé que, se croyant délivrés de la diversion que leur faisoient les Hollandois, ils feroient ce qui leur seroit possible pour hasarder encore cette campagne et voir ce qui en arriveroit. Mais ils ne feignent point3 ici (à Rome) de s'en déclarer tout ouvertement et de dire qu'ils ne feront jamais une paix si désavantageuse, comme celle qu'on leur propose, et qu'ils aimeroient mieux tout perdre. Outre cela, Piccolomini a écrit à Florence le siège d'Armentières, élevant fort la puissance des Espagnols en Flandre et ne parlant pas comme un homme qui pense qu'on fera la paix.^
Ce témoignage est aussi explicite que possible et écrit au moment même où les événements s'accomplissaient. Entre le vieux diplomate, irrité de l'ingratitude du ministre, et l'ambassadeur dans l'exercice de ses fonctions, la critique historique ne saurait hésiter \ D'ailleurs Mazarin a pris soin lui-même de répondre
1 L'ingratitude de Mazarin envers Fontenay-Mareuil est signalée dans un mémoire publié par MM. Loyseleur et Baguenault de Puchesse (p. 1 57, note, de l'ouvrage intitulé : L'expédition du duc de Guise à Naples). On y lit : «Non diede alcun segno d'animo gralo al niarchese di Fontenay bene merilo délie sue consolationi, e clie n'era il precipuo stroinento, non guardandole ne meno quando ritorno in corte christianissima, ancorche nelle lettere clie scrisse a Roma li 19 novembre, coll'occasione del ritorno del corriere, disse intfiitione a tutti di far maravigiie, etc. s
2 Aff. étr. (Rome), t. Cil, fol. 385. Original signé.
3 Ne craignent point.
'' Les autres écrivains du temps qui.
comme M"'0 de Molteville, disent que Mazarin voulait prolonger la guerre dans l'intérêt de son ambition, sont loin d'avoir la même autorité que Fontenay-Mareuil. Je ne parle pas des Mémoires de Sainl-Simon, qui reproduisent, en l'exagérant, l'accusation portée contre Mazarin. Saint-Simon connaissait surtout celte époque parles souvenirs confus et malveillants de son père.
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à ceux qui 1 accusaient de ne pas vouloir la paix, et il l'a l'ait plusieurs fois. Dans une dépêche adressée au duc de Longueville, et publiée dans ce volume l, il insiste sur la mauvaise foi des Espagnols, qui ont éludé toutes les propositions. Il proteste qu'il veut la paix, mais une paix honorable pour la France. Il écrivait encore postérieurement au comte de Brienne :
Vous savez si j'ai empêché la conclusion de la paix , et avec quelle sincérité a parlé là-dessus M. le duc de Longueville, inesrae dans un temps qu'il n'estoit pas obligé à prendre ma défense, et s'il n'a pas dit diverses fois dan* le Conseil qu'il n'avoit jamais pu reconnoistrc à quelles conditions les Espagnols y donneroient les mains, si elle eust pu se faire2. Ce prince, qui en avoit si grande passion pour le bien de la France et pour sa gloire particulière, e! ceux qui l'accompagnoient en cet emploi, n'eussent pas manqué de la conclure, ou d'envoyer à la cour courriers sur courriers pour faire savoir ce qui
les en empeschoit Car de dire que l'on eust de-; ordres secrets pour la
traverser3 , outre que c'est la plus grande supposition qui ait jamais eslé imaginée, il n'y a pas d'apparence qu'un prince de la condition de M. de Longueville eust souffert d'estre traité avec ce mespris. Il n'y a personne qui puisse, mieux que vous, faire foy de cette vérité, puisque ces prétendus ordres ne pouvoient passer que par vos mains4, et que, s'ils fussent venus de quelque autre que du Roi, dont vous aviez seul le nom en vostre disposition. M. de Longueville et M. d'Avaux eussent esté snns excusé d'y déférer et obligez de
Lettres de Mazarin, t. II, p. hho-hhço. 1 C est ce que disait Fonlenay-.Mareuil dans la dépêche citée ci-dessus; c'est ce que Maza:in écrivait aussi dans ses carnets (carnet I\. fol. 69). Après avoir rappelé les prétextes dont les Espagnols se servaient *ans cesse pour éluder la conclusion du traité, il ajoute : rrCe ne sont pas [ces motifs ], qui les empêchent de faire la paix, mai-- de ne la vouloir point, s
Mazarin répond ici à ceux qui prétendaient qu'il avait donné des instructions sé-
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crêtes à Seivien pour empêcher la conclusion de la paix. Un manuscrit de la Bibliothèque nationale (Journal d'un Parisien, n" 10,973) dit (p. 9J1) que le duc de Longueville renonça à l'espoir de conclure la paix, r voyant la forte résistance que M. Servien y apportait en vertu (Je certains ordres secrets et particuliers, qu'il disoit avoir receus de la cour."
4 On sait que Henri Loménie de Brienne était secrétaire d'État île- affairai étrangères.
lixit INTRODUCTION.
préférer le bien de l'Estat et le repos de la Chrestienté à toute autre considération; et d'ailleurs, estant deux contre un, il estoit tousjours en leur pouvoir de vaincre par leur opinion celle du troisième, en cas qu'il eust esté" contraire à la leur. Ce qui monstre clairement que c'est une invention malicieuse de ceux qui ne se font pas scrupule d'employer des faussetez pour nuire à ceux qu'ils n'aiment '.
Si Mazarin ne réussit pas à terminer, en 1 648, la guerre contre l'Espagne, il eut du moins la gloire d'attacher son nom aux traiiés de Munster et dOsnabriïck, qui sont un de ses principaux titres aux yeux de la postérité. La paix de Westphalie résolut la plupart des questions qui agitaient l'Europe depuis plus d'un siècle : elle abaissa la maison d'Autrichequi, depuis Charles-Quint, aspirait à la monarchie universelle. La France et la Suède lui imposèrent la cession de l'Alsace et de la Poméranie. Les divers Etats de l'Allemagne obtenaient et la liberté religieuse et le droit de contracter des alliances particulières. Par cette dernière clause, Mazarin préparait la Ligue du Rhin, qui, quelques années plus tard, donna à Louis XIV le protectorat de l'Allemagne occidentale. Au sud de l'Empire, Mazarin avait ménagé à la France l'alliance de l'électeur de Bavière; au nord, il favorisait l'agrandissement des Etats de I électeur de Brandebourg, qui, en compensation de ses prétentions sur la Poméranie, obtenait les évêchés sécularisés de Gamin, Minden, Halberstadt et l'archevêché de Magdebourg. L'électeur palatin, qui avait été dépouillé de ses Etats au commencement de la guerre de Trente Ans, en recouvrait la plus grande partie ainsi (pie le titre et le rang d'électeur. La France, tout en s'agrandissant et en se fortifiant, se présentait partout comme la protectrice des faibles contre la tyrannie de la maison d'Autriche. L'équilibre européen était, grâce à l'habile et persévérante politique de Mazarin.
Cette longue et importante dépêche, en dnns la suite de la correspondance de Madale du 2/1 mars i.65 i, trouvera sa place zarin.
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solidement établi; un système de pondération, garanti par la France et la Suède, protégeait l'indépendancedes puissances secondaires et ne permettait plus à la force de triompher du droit. Telle fut l'œuvre poursuivie et accomplie [tarie cardinal dans ces laborieux et glorieux traités de Westphalie1. De pareils titres eflacenl bien des fautes et compensent bien des faiblesses.
1 iNous ne faisons ici qu'indiquer la pon- phalie n'a, d'ailleurs, été sij;nt;e qu'en oc-
sée dominante de ce traité. Nous renvoyons. lobre 1668, et nous aurons occasion d'\
pour les détails, à l'ouvrage du père I>ou- revenir dans le tome Ml fies Lettres de Ma-
géant, cité p. liiv. note a. La paix de West- tarin.