A M. LU PRINCE D'ORANGE
[Paris,] '!o mai îlî'iG.
Monsieur,
J ay veu dans l'apostille dune lettre que Vostre Altesse a escrite 1 M. d'Estrades, comme il y a des gens qui se meslent d'attiédir la chaleur avec laquelle on agit pour cette campagne. Je puis asseurer Vostre Altesse qu'ils ne sont pas seulement mal affectionnez à cette couronne, mais qu'ils sont esgallement envieux de la gloire de \ ostre Altesse et de l'advantage qui peut arriver à la cause commune de l'union avec laquelle on agit, et en effect on ne manquera pas d'un moment de temps à l'exécution de ce qui a esté projeté avec ledict sieur d'Estrades.
Toute l'armée principale, et un corps de reserve qui se doit joindre à la mesme armée, en cas que les ennemis ne séparent pas leurs forces, comme ils font à présent qu'ils ont un corps de six mille hommes, cavalerie ou infanterie, entre Mons etValenciennes, doit estre assemblée aujourd'hui à Abbeville et aux environs, et ledit corps de reserve entre \miens et Guise. M. le mareschal de Gassion part ce soir en poste avec tous les ordres, et le 2/1 il marchera d'Abbeville pour estre à Oual (Waten)1 le 29. M. le duc d'Orléans partira jeudy sans faute, et avec des carrosses de relaiz se rendra à Ouat (Waten) le mesme jour que l'armée, et sans aucune intermission entrera dans le pays ennemy. Je supplie Vostre Altesse, dans la certitude qu'elle doit avoir de toul ce que je luy esens. qn'ii n \ a\t aucun changement en ce qu'elle m'a l'ait l'honneur de me mander par le sieur de l'Estrade-, d'autant plus que nous avons avis de Bruxelles que les ennemis espèrent que nous nous mettrions en campagne quelque temps avant Vostre Altesse, et
' Voyez ci-dessus, p. 4g, note 1. — ' Mazarin écrit tantôl d'Estrades, tantôt de l'Estrade.
Mai i645. qu'ils pourront ce pendant profiter de la conjoncture pour employer toutes leurs forces contre nous.
L'armée, sans exagération, sera composée de dix-huict mille hommes • le pied effectifs, et sept mille chevaux, et, outre MM. de Gassion el de Rantzau, qui ont les commandemens principaux, on a choisv les plus anciens mareschaux de camp et les plus capables. Tout est dans le meilleur estai du monde, et je ne doubte point, que les ennemis estant attaquez de tous costez, au premier jour du mois qui vient, connue il a esté concerté, nous ne leur donnions beaucoup de peine.
Vostre Altesse aura desjà sceu l'accident arrivé à M. le mareschal de Turenne !, qui nous a tenu en grande peine [plusieurs] jours durant, parce que nous appréhendions qu'il ne fust mesarrivé à sa personne, et (pie, sui' les premières relations que nous en avons eues, nous croyions la disgrâce plus considérable qu'elle ne s'est trouvée. Depuis, Sa Majesté a donné tous les ordres nécessaires pour la reparer bienf.ost avec usure, et remettre toutes choses en beaucoup meilleur estât qu'elles n'ont encore esté. M. le duc d'Anguien part dans quatre jours pour passer le Rhin avec une armée plus forte que n'estoit l'autre, el ledit sieur mareschal y joignant les deux mille chevaux avec lesquels il a passé le Mein, et les autres regimcns qui, pour ne s'estre pas trouvez au combat, ont eu facilité de se retirer à Strasbourg, Brisach, Philipsbourg et Francfort, suivant les avis que nous en avons, outre les troupes de Mrae la Landgrave, il y a lieu de se promettre que l'on ne sera pas longtemps sans mettre de nouveau à la raison l'armée bavaroise, et que le malheur qui est arrivé n'apportera aucune altération aux allaites d'Allemagne, qui\sont d'ailleurs en si bon estât de tous costez.
Le duc Charles2 marche, à ce qu'on nous mande, vers la Moselle. Je liens que c'esï à dessein de profiter de la conjoncture pour s'emparer, '•'il pouvoil . des places du Rhin; mais l'arrivée de M. d'Anguien
La défaite de Mariendal. (Voyez p. 1 64, sur ce personnage, le tome I des Lettres