‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 34 sur 146 · de Mazarin, j). 3à7, 3Ai, 667. f>-i · texte numérisé non relu

de Mazarin, j). 3à7, 3Ai, 667. f>-i

Charles IV. duc de Lorraine. ^ Voyez, 53 1, etc.)

DM CARDINAL MAZARIN.

y aura mis le remède avant qu'il ayt pu nous faire le mal. Cependant Mai i6/i5. il sera sorty de Flandres , où il nous eust pu embarrasser, et. je m'en resjouis d'autant plus que c'est tout ce que Vostre Altesse avoit principalement tesmoigné désirer. Ce prince, comme Vostre Altesse sçait, a négocié avec beaucoup de personnes, et il exécute peut-estre à présent ce qu'il n'a jamais songé de faire.

Manusc. de ta Bibl. Mazarine, Q° 1719, tome II, f° io,3 verso. — Copie du temps.

A M. DE TURENNE

[Paris, ] ai mai i645 '.

Monsieur, Pour vous bien représenter la joye que j'ay eue d'apprendre que

1 Dès le 10 mai, Turenne. qui s'était retiré dans la Hesse, avec une partie de sa cavalerie, écrivait à Mazarin : r Je crois que Vostre Eminence sçait bien dans quels sentimens je suis de ce qui est arrivé, ei hors l'espérance que j'ay de pouvoir, dans le malheur, remettre les choses en quelque estât, il ne me pourroit rester nulle consolalion. J'envoye à Vostre Eminence un mémoire des choses que je crois qui pourront remettre cette cavalerie. Pour l'infanterie, je la crois toute perdue: mais je n'ay jamais eu trois mille hommes de pied, en comptant les officiers.

"Ce malheur ne m'empeschera point de lascher à contribuera remettre les choses en tout ce qui dépendra de moy , et aussy lorsque la lieyne et Vostre Eminence jugeront que, par le malheur que j'ay. ou pour d autres considérations, il ne sera pas nécessaire de se servir de moy. je la supplie qu'elle passe aysemenl par dessus la considération

de l'honneur qu'elle me faict de m'aymer. estant certain que je recevray cela comme je le doibs.

rrJe me persuade cjue Vostre Eminence croit bien que j'ay faict en ce combat ce que j'ay peu. Je me suis retiré avec un gentilhomme, les autres et les aides -decamp, qui estoient avec moy, ayant esté tués ou prisonniers, et ny ayant plus de troupes en champ de bataille, j'ailay par les bois rejoindre les troupes à Mergentheim (ou Maiïendal), et ayant fait passer toute la cavalerie par un passage, je demeurai avec trois troupes derrière, qui furent à la fin coupées, et, aprez avoir donné temps aux autres de gagner chemin , j'ay pris un peu au hasard par la montagne, et ay esté trois jours à rejoindre les autres qui estoient devint moy. M.de Tracy demeura avec moy, et, outre beaucoup de cœur qu'il a tesmoigné, il travaille, avec une grande affection pour la réparation de toutes choses, et y

Mai i6A5. vous estiez on liberté, et que vous vous portiez bien, il faudroit que je |)usse vous figurer l'inquiétude où j'estois pour n'avoir point nouvelle de ce que vous estiez devenu. Je puis dire, sans exagération, qu'elle a esté extrême ; et, quoy que je sceusse qu'il ne se pouvoit rien ajousler à l'amitié que j'ay pour vous, je l'ay davantage connu par la douleur que me causoit la crainte qu'il ne vous fust arrivé quelque mal auquel on ne pust remédier, qui m'estoit bien plus sensible que l'eschec que nous avons reçeu, auquel il nous a esté [facile] de préparer le remède.

C'est ce qui m'avoit obligé, au premier bruit qui nous est venu de l'accident qui vous est arrivé, de depescher M. de Beauvais-PIesian, pour apprendre de vos nouvelles, et pour aller mesme en Bavière, sv tant est que vous y fussiez prisonnier, et travailler au recouvrement de vostre liberté, pendant que je travaillois à ce qui estoit nécessaire pour remettre les affaires en meilleur estât qu'elles n'ont jamais esté , et vous donner moyen de prendre la revanche du mal que la fortune vous a fait, par quelque succez remarquable que vostre vertu vous produira.

Pour cela je vous puis asseurer que nous n'avons rien oublié de tout ce qui despend de la prévoyance, du soin et de l'activité, attendant (ju'il nous vienne quelqu'une de vos depescbes, qui ne nous sçauroit arriver assez tost, par laquelle nous apprenions ce que vous jugez qu'il faudra faire.

Ce pendant, M. le duc d'Anguyen s'en va vers le Rhin avec une armée considérable, et pour la qualité et pour le nombre des troupes <jui la composent. L'avant-garde, commandée par Marsin ', est desja en marche, et le reste est prest à marcher.

Outre cela, nous avons pressé, autant qu'il nous a esté possible, les troupes qui estoient destinées pour vostre armée, et il faut, selon les

serf ici très-utilement. Jenvoye à Vostre très -véritablement . Monseigneur, vostre

Kminonee le sieur deMepas (?), qui luydira tres-humble et tres-obeissant serviteur, a

particulièrement en quel estai sont toutes ' ' Voyez, sur ce personnage, le tome I

choses, la suppliant me croire lousjours des Lettnes de Mazavin , p. 942-9/13.

nouvelles <|ue nous eu avons, (jue les quatre compagnies qui estoient Mai i645 levées pour l'augmentation de mon régiment, et qu'on m'a asseuré faire quatre cents hommes, soient maintenant arrivées à Mayence; comme aussy que le sieur de Charlevois soit arrivé à Brisach avec cinq cents hommes elTectifs, ce qui vous donnera moyen d'en retenir le régiment d'Oysonville pour servir dans vostre armée.

M. de Belnave doit estre desja arrivé sur le Rhin avec environ six cents hommes. Le régiment de la Couronne marche avec le nombre à peu prez que AI. le comte de Roussy * s'estoit obligé de l'aire; M. Douval 2 amènera cinq cents Irlandois, dont il en a levé deux cents, et je luy en fais donner trois cents du régiment qui est devant La Motte3.

Le sieur du Tôt , à qui , suivant ce que vous m'escrivites :l y a quelque teins, j'ay promis de lu\ obtenir la charge de mareschal de bataille pour la fin de la campagne, mènera quatre cents hommes. La prison dvs sieurs Lamet et du Passage vous pourra donner lieu de l'employer pins tost qu'on n'eust fait dans la fonction de ladite charge.

Enfin, M. le marquis de Montausier 4 asseure qu'il mettra mille hommes ensemble, dont garnissant les places du Rhin, vous en poliriez retirer les troupes que vous y avez laissées, sy tant est que celles-là suffisent pour leur seurelé.

J'ay l'ait tout ce qui m'a esté possible, affin que 1 artillerie de M. le duc d'Anguyen i'ust en bon estât, et qu'elle pust réparer la perte que vous a\ez faite de la vostre; il aura six cents chevaux effectifs pour le canon, six cents pour les vivres, et le inunitionnaire du pain doit fournir en Allemagne comme il fait ailleurs.

Vous aurez sceu connue beaucoup de cavaliers desbandés se sont rendus vers le Rhin, et comme quelques regimens en corps se sont retirez vers Brisach, Strasbourg et IMiilisbourg, et je m'asseure que vous au-

1 François II de la Rochefoucauld; comte Ville de Lorraine que les Français te-

de Roussy, ou Roucy, mort en 1680, à riaient bloquée. l'âge de soixante et dix-sept ans. ' Charles de Sainte- Maure, marquis,

J Douglas. (Voy. ci-dessus, p. 77, note i.) puis duc de Montausier. (Voyez t. I,p. 0/17.)

Mai i(i'ij. rez pris tous les soins imaginables et donné tous les ordres nécessaires pour rallier le tout et pour former, avec la jonction des troupes de Mmo la Landgrave, un autre corps avec lequel vous puissiez gagner tems sans rien hasarder et empescher que l'armée bavaroise ne fasse de plus grands progrez, attendant que celle de M. le Duc soit arrivée, dont l'avant-garde, comme je vous ay desja designé, marche desja sous Marsin; le reste doit estre assemblé aujourd'huy à Verdun , et M. le Duc partira demain pour s'y rendre en quatre jours.

Je ne doute point que vous ne receviez toute l'assistance possible de la part des généraux suédois, veu qu'ils sçavent bien que vous ne vous estiez avancé sy avant que pour asseurer la suite des progrez de M. Torstenson, et empescher l'armée bavaroise de n'aller pas une seconde fois renforcer l'impériale; sur quoy, outre les depesches de Sa Majesté, j'ay fait en mon particulier tout ce que j'ay creu estre nécessaire, affin que vous ne manquassiez point d'assistance.

Nous avons aussy escrit pour faire un traité avec M. de Torstenson , moyennant lequel il nous remette les prisonniers qu'il a, et particulièrement ceux de la Bavière, pour les eschanger avec les nostres qui ont esté faits dans la Franconie. J'estime qu'il sera à propos que vous luy escriviez aussy, et luy fassiez la mesme instance, puisque nous ne pouvons trop faire en cette rencontre, particulièrement pour retirer Rose, Smitberg, Lamet et Le Passage.

Vous ne serez pas peu soulagé par le colonel Oheim, qui est en liberté. Je luy ay escrit par diverses voyes et avec des termes fort civils, et des asseurances que je luy donne de vouloir prendre soin de ses interests pour l'obliger de se rendre auprez de vous. Vous sçavez, outre sa longue expérience et le zèle et affection qu'il a pour cette couronne, le crédit qu'il a encore dans l'armée que vous commandez. Sy Schorubek et Close1 se trouvent encore hors de prison, comme on le dit, vous en pouvez tirer un grand soulagement et de notables services.

lia été plusieurs l'ois question de ces colonels de corps allemands dans le lome 1 des Lettres de Mazarin, p. 5a3, 58q et 971,

C'est un grand bonheur que vous n'eussiez point employé les Mai i6A5. 80,000 pistoles qu'on vous avoit envoyées par le retour de M. de I racy.

Si les avis que nous recevons de dilïerens endroits sont véritables, vous n'aurez pas perdu beaucoup de vostre cavalerie, et la pluspart de l'infanterie qui ne s'est point trouvée au combat1 se sera sauvée; de sorte que, cela estant, le duc de Bavière se pourroit bien repentir de sa bonne fortune et du succez qu'il a obtenu : il aura sur les bras de plus grandes forces qu'il n'auroit eu sans l'accident qui nous est arrivé.

L'on remet tout l'argent qu'il faut pour la levée de quatre mille fantassins, dont Bonichausen et le comte de Nassau-Dillenbourg2 se sont chargés chacun de deux mille, ce que vous aurez pu apprendre plus particulièrement par MM. les Plénipotentiaires et le sieur de Beau regard, qui ont ordre de haster ladite levée, et de concerter touttes choses avec vous sur ce sujet.

Sur l'avis qu'on a eu à Bruxelles de la disgrâce qui vous est arrivée, qu'on a fait quatre fois plus grande qu'elle n'a esté, j'ay sceu, par une voye très certaine, qu'il y fut résolu que le duc Charles, joignant à ses troupes celles de Beck et de Gleen, iroit fondre sur les places du Rhin pour essayer de les enlever pendant que la conjoncture leur semble estre favorable. Je vous supplie d'y prendre garde pour ce qu'absolument tous les avis que j'ay portent que ce prince va de ce costé-là.

M. le marquis de Poma travaille aussy à la levée de deux mille fantassins italiens et de huit compagnies de cavalerie, el il m'asseure que, sur la fin de juillet, il sera bien prez du Rhin.

Nous traitons encore avec Colhas pour la levée d'un régiment d'hi-

Onvoil. parles Mémoires de Turenne, ! La branche de Nassau-Dillenbourj; >s'esl

qu'il fut attaqué par Mercy avant d'avoir éteinte en i 7^9. La ville de Dillenbourg

pu rassembler les différents corps de son était siluée dans le cercle du Haut-Pdiin.

armée, qui étaient dispersés dans des cam- et lait aujourd'hui partie du duché de

penients éloignés. Nassau.

Mai iii'i5. fanterie qu'il se promet de faire bientost; vous jugez bien qu'avec tout cela on pourra remettre l'armée en meilleur estât qu'elle n'a jamais esté, et destromper les ennemis, s'ils croyent que nous manquons ou de volonté, ou de puissance de soustenir fortement les affaires d'Allemagne.

\1. l'électeur de Tresves demande qu'on ne donne point des quartiers dans ses terres. Vous nous manderez vos sentimens sur cela, et souvenez-vous tousjours, sy M. le Duc s'avance au delà le Rhin, d'en laisser les places bien garnies contre le duc de Lorraine.

Surtout pour profiter de l'occasion que l'eschec que nous avons receu vous offre, vous devez vous appliquer fortement à chastier le desordre qui a tousjours régné dans vostre armée1, età y introduire, avec l'obéissance qui n'y a jamais esté entière, une bonne discipline, ce qui se pourra faire en reformant les regimens défaits , dont les chefs estoient fascheux; en en destachant quelques uns des autres, et les envoyant servir en France; en remettant les autres à un autre pied que celuy où ils estoient; bref, en faisant exemple de ceux qui se trouveront les plus coupables, et avoir plus notablement lailly en ce qui s'est passé dans la Franconie, à quoy j'estime que vous ne devez point manquer, et je ne doute point que vous ne sçachiez bien prendre vostre temps pour cela.

Quant aux nouvelles de deçà nous espérons de recevoir, dans cinq ou six jours, celle de la prise de Roses2, puisque, dans le dixième de ce mois, Corteille avoit apresté toutes choses pour passer le fossé. M. le comte deHarcourt est maistre de la campagne eu Catalogne, où

1 L'indiscipline des corps weimariens était le trop de facilité à ne point faite pastir la

connue et avait contribué à la défaite de Mer- cavalerie . faute de fourage , la grande en-

gentheim : ils avaient demandé des quartiers vie qu'ils se missent promptenient en bon

éloignés, afin de vivre dans l'abondance. estât. .. firent résoudre M. de Turenne, mal à

Tnrenne reconnaît , dans ses Mémoires, qu'il propos, à les envoyer dans de petits lieux

eut tort de céder à ces réclamations. Ilte éé^- fermés.» [Mémoires de Turenne, édil. Mi-

clare. avec la franchise qui convenait à un chaud etPoujoulat, p. .'Ï86.)

aussi grand capitaine, et parait même assu- 2 On a vn plus liant que celle ville était

mer toute la faute sur lui : «Pour dire vrai, assiégée par du l'Iessis-PrasIin.

les ennemis ne songent qu'à se tenir sur la dcil'ensive. On est logé, à Mai n>/i:>. la Motte, à la contrescarpe, et les mineurs y travaillent desjà à la percer.

L'armée de Flandres sera composée de dix-lmit mille hommes de pied et de sept mille chevaux, et entrera, dans le ier de juin, dans le pays ennemy, auquel jour M. le prince d'Orange doit commencer à agir de son costé avec vingt-cinq mille fantassins et cinq mille chevaux,le roy luy ayant accordé une subvention extraordinaire pour faire ce grand corps d'armée.

Au reste, pour revenir à vous el à ce qui vous touche, je vous conjure de vous mettre l'esprit en repos pour ce qui est arrivé, et de vous asseurerque, dans la perte que vous avez faite, vous avez acquis beaucoup de réputation, ayant fait voir dans la resolution que vous avez prise d'aller attaquer toute l'armée des ennemis qui venoit à vous, avec une partie de la vostre, le reste vous ayant manqué, que dans les extremitez vous sçavez prendre le party le meilleur et le plus honneste.

Pour moy, connue j'ay tousjours cru que la plus grande resconipense qu'un gênerai puisse recevoir du gain d'une bataille est la satisfaction de l'avoir gagnée, j'estime que ceux à qui celte satisfaction manque aprez avoir lait tout le devoir imaginable pour l'obtenir, comme il vous est arrivé , doivent estre plus fortement soulagez en leur malheur, et plus libéralement comblez des grâces du prince; c'est ce «pie je tascheray, autant qu'il me sera possible, de faire pratiquer en vostre endroit, et à quoy je seray plus poussé par la raison qui le conseille, ce me semble, que par l'affection que j'ay pour [vous], qui d ailleurs m \ porleroit.

Mandez-moi au plus tost sy vous avez perdu vostre vaisselle d'argent, comme ce seroit un grand hasard si vous l'avez sauvée, affin que je prenne le soin, sy cela est, de vous en faire faire une complète et de pourvoir encore à toutes les autres choses dont vous pourrez avoir besoin pour vous servir, et, en un mot, de vous faire paroistre que 1 amitié que j'ay pour vous est à lespreuve de toutes les conditions du tems, etc.

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