LXVI1I
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, t. H, f° 196 recto. — Copie du temps.
[Paris,] 2 5 may 166.").
Monsieur,
Vous aurez veu, par une grande depesche, que je vous fis la semaine passée, comme nous avons pourveu , et au delà, à toutes les choses nécessaires pour remettre vostre armée en meilleur estât qu'elle n'a esté. Je ne doute point que vous n'apportiez à cela tout ce qui dépend de vos soins et de vostre capacité, et que l'eschec qui vous est arrivé ne vous soit un aiguillon pour vous exciter à mieux faire, s'il se poUvoit, à l'avenir, et à en tirer revanche des ennemis, qui ont abusé, à ce que nous apprenons , si inhumainement de leur victoire. Ma consolation est en cela que vous [la] leur avez chèrement vendue , et qu'ayant fait en cette occasion tout devoir imaginable de capitaine et de soldat, ils vous doivent plus redouter, dans ce malheur, que s'il ne vous fust point arrivé.
Ne vous imaginez donc pas qu'ayant fortifié par là l'estime que je faisois de vostre vertu, j'en aye diminué mon amitié, et vous devez vous persuader que je ne suis point de ces gens qui jugent des choses par les evenemens, mais bien de ceux qui en jugent par les raisons qu'on a eu de les entreprendre, et par la conduite qu'on a apportée à les exécuter, et il est vray que tel qui auroit gagné à la campagne par l'extravagance de la fortune, ou par la faute des ennemis, auroit beaucoup perdu dans mon esprit par l'imprudence ou quelque autre défaut avec lequel il auroit agi, et, par conséquent, croyez que l'accident qui vous est arrivé vous ayant produit beaucoup de gloire el lait voir ce que vous pouviez, j'en suis excité davantage à vous voir continuer dans le service où je suis asseuré que vous ferez tousjours aussy bien qu'il se pourra faire. La Reyne est dans le mesme sentiment . et vous n'avez jamais esté mieux dans son esprit que vous estes.
Mettez donc, s'il vous plaist, le vostre en repos ', et ne songez qu'à Mai i6&9 travailler au restablissemcnt de l'armée, à quoy vous serez secondé de deçà et particulièrement de tout ce qui dépendra de mon crédit et de mes soins.
Quoy que MM. les Plénipotentiaires et le sieur de Beauregard soient chargez de presser la levée de quatre mille fantassins que doivent faire Bonichausen et le comte de Nassau-Dillenbourg, et pour laquelle on a envoyé l'argent nécessaire, vous ne laisserez pas, s'il vous plaist, de tenir la main de vostre costé , affin qu'elle se diligente , et de donner les ordres pour la jonction quand elle sera faite, comme je croy que vous aurez concerté, avec Mme la Landgrave, tout ce qui se pourra faire conjointement et de concert avec ses troupes et les nostres, et mesme tout ce en quoy nous pourrons estre soulagez en cette conjoncture par les Suédois, à quoy ladite dame peut beaucoup servir employant le crédit qu'elle a auprez d'eux.
Bien qu'il y ayt apparence que la marche de M. le duc d'Anguyen avec son armée vers le Rhin tiendra en bride le duc de Lorraine pour n'entreprendre point sur les places du Rhin , vous ne laisserez pas neantmoins d'avoir l'œil à cela, et de pourvoir à leur seureté, et à présent et dans le cours de la campagne. Ledit sieur duc part demain pour aller joindre son armée , qui est maintenant assemblée. Je ne vous recommande point de vivre de bonne intelligence avec luy, puisque je sçay que vous y estes assez porté, et par l'interest du service du Roy et par la qualité dudit siêur duc, et par la considération en laquelle il a vostre personne.
J'ay donné ordre affin qu'on vous fist vostre vaisselle d'argent. Vous trouverez plusieurs autres choses, que j'obmets icy, dans ma dernière depesclie et dans celle de M. Le Tellier, auxquelles me remettant, et à ce que le sieur de Mepas2 vous dira de vive voix, etc.
1 .Wazarin répond ici à la partie de la 2 La Barde (De rébus Gallicis, p. 159)
lettre de Tnrenne, du 10 mai 1 665 , où ce dit que Mepas commandait un corps de cagénéraJ se déclarait résigné à une disgrâce. valerie dans l'armée de Turenne.
MAZtMN. II. 2-3
M;ii iIS'iô.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, tome IV, f° 236 recto. — Copie du temps.