‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 37 sur 146 · LXX1II · texte numérisé non relu

LXX1II

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine. n° 1719, tome II , f° 60 reclo. — Copie du temps.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[ Paris.] (! juin i645.

Monsieur,

Je joins cette lettre à une autre que vous recevrez en mesme temps pour vous supplier de trouver bon que je me resjouisse avec vous des

' Cette phrase est peu claire; il semble 28 mai, et alors ce mémoire pourrait être

que Mazarin veut dire que le sieur de Tracy celui dont parle Mazarin. Il y est question

n'avait pu se rendre sur les bords du Rhin de Tracy, qui devait être arrivé depuis

qu'en faisant un long détour à travers la longtemps à la cour. rr Je crois, dit Mazarin,

France, ce qui expliquait son voyage à la qu'il y aura desjà longtemps que M. de

cour. Tracy sera arrivé a la cour. Depuis son

: On a inséré dans les Mémoires de Tu- partenient, j'ay joint les troupes de Mmc la

renne (édit. Micbaud et Poujoulat, p. 391 landgrave de Hessen et celles de Kœnigs-

el 092) un mémoire qui porte la date du mark, etc.» La réunion de ces divers corps

18 juin 1 665. Celte date doit être erronée. d'armée avait eu lieu en mai. Je pense qu'il faudrait y substituer celle du

Juin 1 645. incommoditez où madame vostre sœur est tombée, puisqu'elles ne sont pas seulement une marque de sa grossesse, mais que nous nous promettons que cette grossesse vous donnera un nepveu l, et que, pour celte fois, nous retiendrons la mère en France. J'ay prié M. Le Tellier de vous envoyer la copie de quelques articles d'une lettre que nous avons receue de M. d'Erlach, pour y faire les considérations que vous jugerez nécessaires; en suite de quoy permettez-moy que je vous représente de nouveau que, si, sans préjudice de la conservation de l'armée, vous pouvez demeurer quelques jours entre Metz et Thionville. faisant mine de vouloir entreprendre quelque chose du costé du Luxembourg pour y engager les troupes de Beck et celles du duc de Lorraine, jusqu'à la réduction de la Motte, il me semble que -ce séjour ne pourra qu'estre avantageux au service du Roy, et utile aux desseins que vous avez pour le reste de la campagne, puisque, aprez la prise de la susdite place, les troupes qui servent devant, avec d'autres qui les joindront, pourront prendre le poste que vous quitterez, et obliger de nouveau celles de Beck et les lorraines à n'abandonner pas le Luxembourg, auquel cas vous trouverez moins d'ennemis qui s'opposeront à vostre expédition d'Allemagne; que si, ncantmoins, vous qui estes sur les lieux, et qui voyez de plus prez Testât des choses, jugez qu'il faille prendre une autre resolution, je ne doute point qu'elle ne soit la meilleure et que vous ne la deviez suivre.

Il importe encore, Monsieur, que vous sçachiez qu'un certain personnage, qui fait le passionné pour la France, et qui a correspondance avec le duc Charles 2, m'a dit en grand secret que vous deviez bien prendre garde qu'il n'arrivast quelque eschec à l'armée que vous commandez; et que ledit duc, aussytost que les troupes de Gleen et une partie de celles de Beck l'auroicnt joint, feroit toutes ses diligences

' Voyez plus haut, p. 160, noie a, à l'occa- autre que la princesse de l)halsbourg(Hen-

sion de la lettre adressée au duc de Longue- riette de Lorraine), qui correspondait avec

ville, mari d'Anne -Geneviève de Bourbon, Mazarin sous le nom de M. de Neuville,

sœur du duc d'Enghien. (Voyez le tome I des Lettres de Mazarin,

' Il est probable que ce personnage n'est p. 6A8.)

pour vous surprendre et vous combattre en quelque passage. Je luy Juin i645. ay respondu qu'en cela je n'aurois d'autre desplaisir sinon que M. de Lorraine ne changeast de dessein, et que, si cette envie luy continuoit, j'estois asseuré qu'en le faisant sçavoir vous n'oublierez rien pour la luy faire passer et. luy procurer cette bonne fortune, et que, pour ce coup, je croirois que vous estiez à couvert de tous les maux qui vous pourroient arriver de ce costé là. Je me promets que vous le serez de tous les autres et que vous aurez tousjours les prosperitez que vous méritez et que vous souhaite celuy qui est passionnément, etc.

Manuscr. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, l. II, f° 61 reclo. — Copie du temps.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] 7 juin i645.

Monsieur, Bien que je vous aye hyer escrit fort au long et que vous deviez recevoir deux de mes lettres par le mesme courrier, je ne laisse pas, neantmoins, d'avoir nouvelle matière de vous entretenir, et de ne laisser pas partir les mains vu ides le sieur de Tracy qui vous va trouver. Je vousdiray donc que le résident du roy d'Angleterre, qui estoit à Bruxelles, arriva hier en cachette, pour asseurer la Reyne d'Angleterre, de la part du duc de Lorraine, qu'il estoit prest de passer en Angleterre1, moyennant l'accomplissement des conditions dont on avoil convenu, et qu'il estoit résolu de contribuer au restablissement dudit

: Cette négociation avec le duc de Lor- p. i3i), en considérant l'humeur de ce

raine durait depuis longtemps. On en in- prince, qu'il y a fort peu d'apparence de

formait le prince d'Orange dès le mois de faire aucun fondement dessus, n Les agents

février i645. (Archives de la 7tiaison d'O- anglais n'en continuèrent pas moins à noui-

range-Nassau, publiées par M. Van-Prins- rir ces espérances chimériques, comme on

terer, a' série, t. IV, p. 125-12701129.) Le le voit dans plusieurs lettres du même rc-

prince d'Orange se défiait avec raison du cueil, p. i33, l35, 1 36. duc île Lorraine : ^ Je trouve, écrivait-il (ibid.

Juin i645. Roy tout ce qui dependroit de luy, et que, pour cet effect, il luy avoit l'ait un présent d'armes de la valeur dei5,ooo livres; que, neantmoins cela, ledit duc devoit partir mardy de la semaine passée, pour aller vers la Moselle ramasser les troupes qu'il y avoit, et, les joignant à celles de Beck, tenter touttes ensemble le secours de la Motte. Ce qu'il rlil en grande confidence audit résident, qui est venu icy en donner part à la Reyne, sa maistresse, et d'autant que, dans le payement de l'argent qui doit estre donné audit duc, la Reyne d'Angleterre, que nous avons promis d'assister en cette rencontre, a besoin de nous, elle m'a fait l'honneur de me communiquer cette affaire, me conjurant que personne ne sceut que ce résident fust venu icy. Nous apprenons la mesme chose par quelques lettres de Bruxelles, pour ce qui est du secours de la Moite.

Nonobstant cela, je suis averty de fort bon lieu que ledit duc rassemble touttes les trouppes aux environs de Trêves, pour aller passer la Moselle à Coblentz avec une partie de celles de Beck, où celles de Gleen doivent joindre pour aller sur le Rhin.

11 y a encore quelques gouverneurs de places frontières qui mandent que ledit duc a ramené ses troupes en Flandres pour se joindre à Lainboy, et que Beck y va aussy. Voilà où nous en sommes en matière d'avis.

Bien qu'il soit mal aisé de prendre aucune mesure sur les résolutions du duc Charles, et que luy mesme, les formant plus par caprice que par la loy de son interest, ne puisse respondre d'un jour à l'autre de ce qu'il doit faire, j'estime que, quoyque die le résident d'Angleterre, quoy que les gouverneurs des places frontières mandent, que le duc de Lorraine n'ira ny au secours de la Motte, ny ne demeurera en Flandres, mais qu'il ira joindre les Bavarrois, ou qu'il agira du costé du Rhin.

Peut-estre, Monsieur, qu'estant à Metz, vous apprendrez des nouvelles plus certaines de tout cela, et, s'il arrivoit que M. le duc Charles passast la Moselle et qu'il n'y eust rien dans le Luxembourg qui pust donnei- de la jalousie au siège de la Motte, il n'y a point de doute que

DU CARDINAL MAZAR1N. 18(J

la meilleure resolution que vous puissiez prendre, quand les troupes Juin i645. que vous attendez vous auront joint, est d'aller vers le Rhin avec le plus de diligence qu'il vous sera possible, envoyant au préalable devant le sieur de Tracy, pour y préparer touttes choses, selon les ordres que vous luy donnerez, comme je vous escrivis hier.

Que si vous voyez que le duc de Lorraine ne s'esloigne point, et qu'il ne fist qu'attendre la commodité de vostre partement pour entreprendre le secours de la Motte, en ce cas je tiens que vous devez temporiser jusqu'à la réduction de cette place, de peur que nous ne demeurassions exposez à recevoir un affront de ce costé-là , et qu'un peu de jours, plus ou moins, de retardement de vostre voyage vers le Rhin, ne peuvent apparemment causer d'inconvénient notable.

Voilà, Monsieur, mes sentimens sur ce sujet, dont vous ferez la considération que vous jugerez à propos, et que le bien du service du Roy vous conseillera. Ce pendant, faites-moi l'honneur de croire que je seray tousjours avec une parfaite et constante passion, etc.

Manuscr. delà Biblioth. Mazarine, n" 1 71 9, t. II, f" 63 recto. — Copie du temps.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

I Paris,] 7 juin 166 5,

Monsieur,

\ ous voyez que vous ne sçauriez recevoir de moy une seule lettre à la fois; mais il a fallu que j'aye donné la response de celle que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire du 5e de ce mois au gentilhomme qui me l'a portée. Comme j'ai esté bien ayse que vous ayez trouvé la cavalerie meilleure et mieux montée que l'année passée, j'ay eu aussy beaucoup de desplaisir que vous n'ayez point eu la mesme satisfaction pour l'infanterie dont vous avez principalement besoin pour vostre voyage d'Allemagne.

Juin ni',:,. J'approuve la reformation que vous avez faite des compagnies qui estaient foibles; mais, si j'ose vous dire mon avis là dessus, j'estime que vous n'auriez pas mal fait, au lieu d'en casser les capitaines, d'en faire arrester quelqu'un des plus coupables pour un plus grand exemple poulies autres, et pour un plus grand chastiement pour luy, la cassation peut estre ne lui tenant pas lieu de peyne; ce qui est aysé à juger par le peu de soin qu'il a apporté de son devoir et de se rendre en estât de servir. J'espère que vous ne serez pas mal satisfait de mon régiment italien, et que vous le trouverez beau; je ne vous parle point de celuy d'infanterie françoise, que vous avez desja veu. Vous me feriez tort, si vous doutiez que je n'apporte tout ce qui dépendra de mon crédit et de mes soins pour favoriser vostre expédition d'AUemage. Vous sçavez que j'y dois estre porté par deux si forts interests que celuy du service du Roy et celuy de vostre gloire, qu'il est impossible que j'aye rien plus à cœur que cela.

Quelque extresme que soit la disette d'argent où nous sommes réduits, on ne prétend point rien diminuer des fonds qui sont destinez pour vostre armée, estans bien asseurez que vous mesnagerez tous les revenant-bon avec toute l'économie possible, et que vous ne les employerez que bien à propos. Je remets cela et plusieurs autres choses à ce que M. Le Tellier vous en escrit par le menu, pour vous supplier de considérer M. le marquis de Gastelnau \ qui commande mon régiment d'infanterie françoise, dans les occasions qui se pourroient présenter pour l'avancer; vous en connoissez le mérite et la passion qu'il a pour le service. Je me persuade, outre cela, que vous vous porterez à l'obliger par la considération que je l'estime et l'affectionne.

VI. le colonel Oheim m'a mandé, en response de celle que je luy

Jacques, marquis de Castelnau-Mau- la bataille des Dunes (iâ juin 1 658) , Cul

\issière, s'était signalé aux sièges de Corbie nommé marécbal de France le 20 juin de

(i636), du Câtelet (iG38), de Hesdin la même année, et mourut, le i5 juillet

1 iG3y). d'Arras (i64o) et d'Aire (16/11). suivant, des suites des blessures qu'il avait

il avait figuré, en i644, à la bataille de reçues au siège de Dunkerque. Fribourg. Il se distingua, dans la suite, à

avois escrite qu'il se rendroit au plus tost dans l'armée. Outre le zèle Juin h,',; qu'il a tousjours fait paroistre pour la France, il tesmoigne d'estre ravy d'aller servir auprez de vous. Vous scavez ce qu'il vaut, et le service qu'on peut tirer d'un homme de si bon sens et de si longue expérience. J'escris à MM. de Schombeck1 et Close, qui sont à Strasbourg, pour les obliger aussy de venir à l'armée. Ce sont deux excellens oiliciers, l'un pour l'infanterie, l'autre pour l'artillerie; vous recevrez de M. d'Erlach touttes les assistances qui dépendront de luy, ainsy qu'il nous mande et comme M. Le Tellier vous l'escrit; et je ne doute point qu'il ne reçoive de vous toutte sorte de civilité et de bons traittemens. qui sont un endroit par où il se touche et s'oblige; et vous connoissez combien, à cause des bonnes qualitez de sa personne et du poste où il est , il peut estre utile dans les occasions d'Allemagne.

1AXVI.

Manusc.de la Biblioth. Mazarine, n' 1719, tome II, S" 177 recto. — Copie du temps.

A M. DE TURENNE

[Paris,] 10 juin i645.

Monsieur,

Vous avez veu, par une depesche que je vous ay envoyée par un courrier de M. le vicomte de Courval, par celle que vous aura portée le sieur de Mepas2 et par ce qu'il a ordre de vous dire de vive voix, que le voyage que M. de Tracy a fait icy auroit esté fort inutile, s'il n'eust été obligé de passer par la France pour se rendre en seureté vers le Rhin, où vous avez jugé qu'il estoit nécessaire pour le service du Roy qu'il serendist; car, au reste, nous n'avions pas seulement pourveu ii toutes les choses qu'il avoit à nous proposer pour reslablir l'armée pt vous donner moyen de prendre la revanche de l'eschec que vous

1 Schimbeck ou Kimbeck, un des colo- de Mazarin, p. 970, 971.) — 2 Voyez plus nels desWeimariens. (Voyez t. I des Lettres haut, p. 177, note s.

i645i avez receu; mais nous estions mesme allez au delà, comme vous le pouvez maintenant sçavoir. Gela est cause que le sieur de Tracy n'arresfe point icy, et qu'il s'en va vers le Rhin avec ordre de voir en passant M. le duc d'Anguyen, et d'apprendre de iuy ce qu'il jugera à propos qu'il fasse, attendant son arrivée; et d'autant qu'il est exactement informé de toutes les choses qui concernent l'armée pour vous les dire de vive voix, je me dispense de vous les escrire. J'ajouste seulement que le mesme jour qu'il est arrivé, nous avons receu la nouvelle de la prise de Roses, où les armes du Roy entrèrent le 29e du passé; que le siège de la Motte s'avance fort, et que nous en espérons, dans peu de tems, une bonne issue, nonobstant les difficultez qui s'y rencontrent, à cause de la nature et de la situation de la place.

Je vous envoyé un chiffre, puisque vous avez perdu celuy que vous aviez '. Je vous conjure plus que jamais d'apporter tous vos soins au règlement de la despense, puisque, sans exagération, nous n'avons jamais esté en une sy grande disette d'argent; cela n'a pas empesché que nous n'ayons fait un effort pour ajouster encore vingt mille pistoles, pour reparer les pertes arrivées en l'occasion de la Franconie 2, aux quatrevingt mille pistoles qui estoient destinées pour la monstre3; c'est une somme considérable, comme vous le pouvez juger. Je suis pourtant d'avis que vous ne promettiez rien aux officiers que tous les corps de l'armée ne soient ensemble, afin que vous régliez l'argent que vous donnerez selon le besoin de ceux à qui il sera distribué, et que vous gardiez cette proportion. Ce vous sera un moyen, par cette courtoisie et libéralité, que vous exercerez au nom du Roy, et que vous ferez bien sentir à ceux qui la recevront, d'establir de l'ordre, la discipline et l'obéissance dans l'armée, qui en a extrêmement besoin, et qui n'est guère moins odieuse à nos amis qu'à nos ennemis, à cause du dérèglement et du desordre avec lequel elle a coustume de vivre. Vous devez

1 Au commencement de la dépêche de Turenne, apportée à la cour par Tracy, et devant porter, comme je l'ai remarqué plus haut, p. 18 5. note 2, la date du 98 mai, le

maréchal annonce qu'il a perdu ses chiffres. 2 La défaite de Mariendal, ou Mergentheim , place de Franconie. Solde des troupes.

fortement travailler à ce point, duquel j'estime que dépend priucipa- i,,,,, n, /,.'>. lement tout ce que vous pourrez faire de Lien; vous n'oublierez pas de faire haster le plus qu'il vous sera possible les levées qui se font en Allemagne pour servir dans vostre armée, comme je ne perds point de tems de solliciter celles qui se font en Italie.

Mazarin insiste sur tes secours d'hommes el d'argent envoyés à Turenne, et cou linue ainsi :

Je suis au desespoir de ce que Mmc la Landgrave souffre dans son pays. Asseurez-vous qu'il n'y a point de diligence et de soin que je n'apporte pour faire cesser l'orage, et de mettre les choses en estât que l'orgueil des Bavarois, trop enflé du dernier succez, en soit rabattu, .le me promets que cela réussira , et que Mmc la Landgrave connoistra en son particulier la part que la France prend en ce qui la touche, et combien nous nous sentons obligez du bon accueil qu'elle vous a fait1.

Je sollicite fortement la marche de M. le duc [d'Anguien], qui sera infailliblement sur le Rhin, dans le 18e de ce mois, et ce pendant les sieurs d'Espenan et de Marsin, conformément aux ordres qu'ils en oui receus, sont allez avec mille chevaux et mille fantassins pour tascher d occuper quelque poste sur le Neckar; ce sera tousjours pour faire un commencement de diversion, attendant qu'elle se fasse plus grande par les troupes que M. d'Erlach y mené, et qu'elle soit entière par 1 arrivée de M. le duc d'Anguyen.

Quant aux nouvelles, les armes du Roy entrèrent dans Roses le 29e du passé, et nous espérons, dans peu de jours, le mesme succez du siège de la Motte'-. Vous sçavez l'importance de ces deux places. AI. le duc d'Orléans est en campagne avec une armée de vingt-quatre mille hommes, et les derniers avis que nous avons de M. de Lorraine sont qu'il va servir en Flandres. De sorte que, s'ils se trouvent véritables, c'est un ennemy de moins à qui vous aurez à faire.

' Turenne et les débris de son armée s'é- 2 Le nom de cetle place est écrit liinlôt

taient retirés dans les Étals de la landgrave La Moite, tantôt La Mothe. de Hesse après la défaite de Mariendal. »

Juin i ()65.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tome II, f* 198 verso. — Copie du temps.

A M. DE TURENNE

[Paris,] 28 juin i6/i5.

(EXTRAIT

Vous aurez veu, par l'ordre qu'a eu M. le duc d'Anguyen d'aller eu Allemagne en toute diligence, combien nous avons à cœur d'y remettre nos affaires en un estât bien plus florissant qu'elles n'ont esté, et je vous puis asseurer que c'est à présent le plus grand de mes soins, et ({ue nous n'oublierons rien à l'avenir, affin d'y prendre un pied certain, et pour oster le contre-poids que les forces de Bavière font aux nostres. Mais parmy tout cela je vous jure que je considère extrêmement vostre interest, et que je ne désire rien avec plus de passion, sinon que vous ayez lieu de prendre la revanche de l'accident qui vous est arrivé de là le Neckar.

Le siège de la Mothe tire à sa fin, et je croy qu'il seroit desjà achevé sans la blessure et la mort de M. de Magaloty 1 qui l'a retardé de quelques jours. Vous pouvez juger de la perte d'un si brave homme par la connoissance que vous aviez de son mérite, et vous jugerez encore combien cette perte m'aura esté sensible, sçachant qu'il estoitfort mon ami, et que je ne puis perdre mes amis sans beaucoup de douleur.

Archives des Affaires étrangères (Allemagne), t. IV, p. 77, 86. — Copie du temps.

A M. DE LONG LIE VILLE

[Paris,] 6 juillet i645.

(extrait.)

La Mothe a enfin capitulé, et il se voit aujourd'huy clairement qu< Pierre de Magalotti, maréchal de camp en 1 643, mort en juin i645.

M. de Magaloty ne sestoit pas trompé quand il asseura Sa Majesté, le Juillet i645. 18e du passé, qu'il mettroitses armes dedans, pour tout, le jour de la Saint-Jean, ce qui se voit bien par l'événement, puisque sa blesseure et ensuite sa mort ayant redonné courage aux ennemis, en sorte qu'ils chassèrent les nostres de partie de logemens qu'ils avoient faits sur la contrescarpe, dez que la présence de M. le marquis de Villeroy a reparé ce préjudice et qu'il a regagné ce qui avoit esté perdu et advancé quelque autre travail, les assiégez ont commencé de songer à leurs affaires et ont enfin convenu avec M. le marquis de Villeroy de rendre la place le 7e du courant aux conditions que vous verrez par la copie de la capitulation que je vous envoyé, sy bien que voilà, Dieu mercy, une affaire heureusement terminée.

Nous avons eu aussy en mesme temps deux courriers de Catalogne quasy l'un sur l'autre, le premier nous porta l'advis du passage de la Segre courageusement exécuté , malgré tous les efforts des ennemis, ainsy que vous verrez par la relation imprimée que je vous en adresse, et l'autre la nouvelle de la défaite de toutes les troupes qui s'estoient voulu opposer à M. le comte de Harcourt pour luy empescher dallera Balaguer. L'action a esté aussy hardie qu'il se peut, luy mesme se trouvant pressé, parce que ses troupes n'estoient pas touttës arrivées, a esté obligé de combattre à la teste du régiment de Champagne : les ennemis y ont perdu quinze cens hommes effectifs tuez ou noyez, et outre cela deux mille prisonniers parmy lesquels il y a quantité de leurs officiers les plus remarquables, comme vous verrez par la liste cy-jointe. Les ennemis, peut estre, ne luy donneront pas le nom de batadle, sous prétexte qu'il n'y a ny bagage ny canon pris; mais ayant jeté celui-cy dans la rivière, et leurs officiers principaux ayant esté pris, il semble qu'il n'y ayt nulle difficulté; il est du moins constant que les conséquences en seront aussy grandes et que les ennemis ayant perdu leurs meilleures trouppes dans ces deux rencontres, et estant forcez de mettre les autres dans les places, n'auront pas moyen de former un corps capable de se présenter devant nostre armée, qui trouvera facilité à tout entreprendre. Il est bien vraysem-

illet 1645. blable que, si Peiîaranda avoit ordre de faciliter la paix, parce que sou maistre u'avoit pas grande espérance de donner une meilleure face à ses affaires, il en recevra bien de plus précis aprez la prise de Roses, et ce qu'a fait ensuite M. le comte de Harcourt, et dans l'impossibilité où le Roy d'Espagne se trouvera de remettre sur pied une armée qui puisse tenir teste à la nostre; ajoustez à cela que, dans ce dernier suoeez, quatre mille hommes d'infanterie et de cavalerie qui venoient de Roses n'avoient pas encore joint M. le comte de Harcourt, et en estoient seulement aune journée; jugez, s'il vous plaist, quel effect sera ce renfort à une armée victorieuse.

M. du Plessis-Praslin, qui arriva hier au soir, m'a dit que ceux qui avoient accompagné à Valence la garnison de Roses luy ont rapporté à leur retour que c'est une chose estrange que la consternation où ils sont dans ces pays là et dans tout l'Arragon, et comme elle aura beaucoup augmenté aprez les derniers malheurs de leur armée, il pourroil estre que ces peuples reprissent les pensées qu'ils avoient il y a deux ans de secouer le joug d'un maistre qui malaisément peut les défendre; à quoy ils peuvent estre encore conviez par les bons traittemens que l'on fait aux Catalans et par la fermeté avec laquelle on soustient leurs affaires.

Mazarin conclut ensuite, de la prospérité de la situation de la France sur tous les points, que la maison d'Autriche doit se hàler de faire la paix.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, t. II, f' 65 reclo. — Copie du temps.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

| Paris,] 1 1 juillet 1 6 '4 5 .

Monsieur, Quand je n'estimerois pas, comme je fais, par l'opinion que j'ay de vostre conduite, la diligence avec laquelle vous avez marché vers le

Rhin, nonobstant le retardement du siège de la Motte, je nelaisserois Juillet i645.

pas de la louer par les bons effects qu'elle a produits. Il est certain

que, sans cela, la jonction des armées confédérées se fust rompue, et

que Konismark ', pour le moins, se fust séparé, qui n'est demeuré que

dans cette attente2, et qu'un autre que vous n'eust pas encore arresté

pour exécuter conjoinctement ce que vous aurez résolu et dont nous

attendons avec, impatience la nouvelle.

Il faut avouer que l'adresse avec laquelle vous l'avez retenu ne doit pas avoir esté petite3, et que vous n'estes pas moins capable de gagner les hommes que de les vaincre. J'estime que vous avez surmonté parla la principale difficulté que vous aviez à combattre, et que nous entendrons bientost quelque grand succez, qui arrivera à tant de belles forces qui agiront sous vostre commandement, et je m'imagine ou que vous forcerez les ennemis dans leurs retranchemens, ou, si les raisons de la guerre ne souffrent point que vous l'entrepreniez , que vous les attaquerez en un endroict sy sensible qu'ils seront obligez de le venir secourir, et de vous donner, par conséquent, lieu de les combattre hors de leurs advantages, vu que, pour ne hasarder pas leur armée, ils seront forcez de vous abandonner les places auxquelles vous vous attacherez.

Quoy qu'il en soit, je suis asseuré que vous ferez tout ce qui se pourra faire raisonnablement pour le bien des affaires du Roy, et pour vostre propre gloire; en quoy je ne doute point que vous ne soyez parfaitement secondé de MM. les mareschaux de Gramont et de Turenne.

Je suis ravy que vous soyez satisfait de mes regimens, dont les officiers ne se peuvent assez louer des caresses et du bon traitement que vous leur faites. Vous pouvez croire que j'y ay trop de part pour ne le pas ressentir comme je doy.

1 Ce général, qui commandait un corps de 3 lies Mémoires de Gr amont, qui aceom-

Suédois, s'était rendu dans la Hesse pour sou- pagnait le duc d'Enghien dans celte cam-

tenir Turenne après la défaite de Mariendal. pagne, représentent Kœnigsmark comme

- L'attente de l'arrivée du duc d'Enghien un homme d'humeur rude et presque sau-

gur le Pdiin. vage.

lei i645. J'eusse désiré de tout mon cœur qu'on vous eust pu renforcer de quelques troupes et vous envoyer celles qui ont servy devant la Motte; mais, outre que le nombre en est fort médiocre, et qu'il ne fait pas plus de trois mille cinq cents fantassins , il est certain qu'une bonne partie, excepté les compagnies des gardes françoises, estant levées dans la Champagne et aux environs de cette place, dez qu'on leur parleroit de passer en Allemagne, il n'y demeureroit personne; de sorte que nous les perdrions infailliblement sans que vous en profitassiez. Personne ne sçait mieux que vous, qui l'avez esprouvé plusieurs fois, combien ce trajet de troupes est une chose difficile dans l'exécution, et si vous n'avez pas bien tousjours eu de la peine d'en venir à bout, nonobstant vostre autorité, vos soins et l'affection que les gens de guerre ont pour vous.

Et d'autant, Monsieur, que, nonobstant le renfort dont vous trouverez un mémoire cy-joint des troupes qui se lèvent pour nos armées d'Allemagne, et qui y doivent estre rendues avant la fin de la campagne, vous croyez qu'on y peut faire [lever] présentement quelque infanterie , qui est la chose dont vous avez principalement besoin, j'ay fait un effort pour trouver quarante cinq mille risdalles que j'ay prises au change en mon nom, messieurs des finances estant tellement espuisez et d'argent et de crédit, qu'il leur a esté impossible de fournir cette partie.

Ne croyez pas, s'il vous plaist, que je vous dise cecy pour enchérir la marchandise, et pour faire valoir ce petit office, puisque n'y ayant rien que ce qui me seroit absolument impossible, que je ne fisse pour vostre simple considération, le service du Roy se rencontre en cecy avec vostre satisfaction particulière; mais il n'est rien de plus vray que messieurs des finances sont à bout pour trouver de l'argent, et le moyen de sortir de cette année. En quoy nous sommes mal secondez de messieurs du Parlement, qui ont refusé la vérification de quelques edits1, et l'assemblée du clergé ne nous donne point, jusqu'icy, espérance de vouloir assister le Roy. Vous employerez donc la somme sus-

1 Voyez, sur ces luttes entre le Parlement et la cour, les Mémoires d' Orner-Talon et de Mathieu Mole, à Tannée 16 h 5.

dite comme vous le jugerez plus à propos, et suivant qu'il y aura jour Juillet i645. de faire de l'infanterie; car je vous avoue que je ne voy pas bien que MM. Schimbek et Close, bien qu'ils ayent grand crédit parmy les soldais, estants demeurez courts pour faire celle qu'ils avaient entreprise, qui n'alloit pas à mille hommes, comment, dis-je, M. Schimbek, qui est d'ailleurs fort brave et qui a beaucoup de mérite et de réputation , en puisse faire deux mille. J'estime donc, si vous n'avez point en cecy d'autre lumière, que ce ne sera point mal aller, qu'il se charge d'en lever mille, et qu'il effectue ce qu'il aura promis. La levée des autres mille pourroit estre commise à quelque autre, et M. d'Erlach peutestre vous pourroit en cela estre utile, et tirer, moyennant de l'argent, de sa garnison de Brisach et des places qui dépendent de son gouvernement, un nombre considérable de soldats pour vous en accommoder, et qu'il pourroit remplacer à loisir, n'estant pas maintenant en estât de rien craindre. Comme vous pourrez juger de cela mieux que moy, vous en userez aussy comme vous le jugerez plus à propos.

Que si vous prenez resolution d'assister la cavalerie sur le reste de l'argent, permettez-moy de vous dire qu'il faut que ce soit une nécessité bien forte et bien précise qui vous y oblige, à cause de la conséquence, et queceseroitune très dangereuse introduction de luy donner de l'argent au commencement de la campagne; c'est la raison pour laquelle on n'a pas seulement escouté un capitaine de Marsin l, qu'il avoit envoyé demander une subvention pour remonter les cavaliers démontez de son régiment et de celuy delà Chambre, aprez avoir fait trois monstres l'hyver, outre les petits advantages gaignez aux quartiers et dans les petites courses qu'ils ont faites autour des quartiers. Vous ne sçauriez croire, et je vous dis cecy dans la confidence, le bruit que M. le Prince a fait dans le Conseil, ayant sceu par le sieur de Catellier, que j'avois prié de n'en rien dire, qu'on vous envoyoit de l'argent pour assister la cavalerie.

Je vous supplie de régler tellement la dcpesche des courriers, qu'il

'. Voyez, -inr Marsin. le tome I des Lettres de Mazarin, p. ()42-o,43.

JuiHei i645. ne nous en vienne point à vuide, et sans nous porter des nouvelles qui méritent qu'on les envoyé; car vous ne sçauriez croire quel mauvais efl'ect le contraire fait dans Paris, où tout le monde a de la curiosité, et tout le monde fait des conjectures. Si, aprez l'arrivée d'un courrier, qui n'aura rien porté, comme a fait celui de M. de Chaniplaslreux, qui ne nous a rien appris du dessein des armées confédérées aprez leur jonction; si, dis-je, aprez cela on n'a rien à dire, on croit que tout est perdu, et l'on prend ce silence pour un signe de quelque malheur arrivé. Je croy que vous n'aurez pas oublié de donner ordre pour faire le desgast autour de Frankendal, de peur que cette place, qui a faute de vivres, ne se ravitaille.

Pour des nouvelles, les armes du Roy entrèrent vendredy passé dans la Motte, d'où sortirent sept cent cinquante hommes sous les armes avec beaucoup d'argent et quantité de meubles de M. de Lorraine, comme il estoit porté par la capitulation.

Mardick1 ne peut tarder d'estre pris, la contrescarpe ayant esté emportée aprez un combat de trois heures, où M. de Rantzau se trouva tousjours dans le feu avec sa prudence accoustumée. Les ennemis y ont laissé, en se retirant, le canon qu'ils y avoient; ils ont encore bruslé le fort de Bovet2, qui estoit sur la mer. Aprez la réduction de cette place, on attaquera Ling 3 pour couper Bourbourg.

Al. le comte d'Harcourt ayant fait passer la Segre sur un pont de cordes à deux mille hommes de pied et douze cents chevaux à nage, à la teste desquels M. de Saint-Aunay 4 s'estoit mis, a tué ou fait prisonniers deux mille hommes retranchez au delà de cette rivière. En suite de quoy, il en a forcé six mille, retranchez sur un passage à

' Le siège avait été mis devant Mardik cùle où les grands vaisseaux puissent être

le 20 juin ifi/i5. (Mémoires de Montglat, en sûreté jusqu'en Hollande. n p. 160, 1" col. édit. Michaud et Pou- 3 Le fort deLink,dans Montglat (ibid.

joulat.) 2e col.).

' Ce fort est appelé fort de Bois dans les 4 Henri de Bourcier de Barry, marquis

Mémoires de Montglat (ibid.). «Ce lieu est de Saint-Aunay, ou Saint-Aunais, gouver-

de grande conséquence, dit Montglat, à neur de Leucale. Voyez ci-dessus, p. 73,

cause qu'il défend le seul endroit de la note.

DU CARDINAL M IZARIN. 201

Feutrée de la plaine de Saint-Laurent1. Il y en a eu icy quinze cents juillet u645 de tuez et plus de deux mille prisonniers, parmy lesquels sont presque tous les plus hauts oflîciers, et quantité de braves dont je ne doute point qu'on ne vous envoyé le mémoire qui en a esté imprimé.

M. de Longueville a fait son entrée à Munster avec beaucoup d'esclat; la pluspart des ministres des princes, comme de Suéde, de Portugal, et des électeurs, luy ont donné de Y altesse; comme j'ay employé mes soins pour luy faire donner cette qualité que j'ay jugé luy estre deue, je contribueray de travailler affin que ceux qui, jusques icy, la luy ont refusée, se résolvent de la luy accorder.

Vous n'oublierez pas, s'il vous plaist, de vous servir du chiffre que vous avez, quand ce que vous nous escrirez devra estre secret. Je remets ce que je pourrois avoir oublié, ou n'avoir pas assez estendu , à la depesche de M. Le'Tellier et à la vive voix du sieur Castellier, pour vous asseurer que je seray tousjours, etc.

Outre la despense des troupes qui servent actuellement dans les armées d'Allemagne, on employé plus de six cent mille livres pour la levée des suivantes :

Bonichausen, deux mille fantassins et trois cents chevaux;

Le comte de Nassau-Dilenbourg, deux mille fantassins et trois cents chevaux;

. M. le marquis de Pomar, deux mille fantassins de touttes nations, fors de François, et trois cens chevaux.

M. de Saligny 2 le fils s'est obligé de faire passer deux mille fantassins à quarante livres pour homme, et M. de Sauvebceuf3 mille au mesme prix.

Nous prétendons envoyer M. le colonel Colhas, pour retenir un bon

1 \ oyez, sur ce combat de Saint-Laurent gny. Jean de Coligny-Saligny vécut jusqu'en u Lorens, qui eut lieu le a3 juin i645, les 1686 et a laisse des Mémoires publiés par

Mémoires de Monglat, p. 162, iG3. la Société d'histoire de Fronce. (Paris, Re-

' Ce Saligny le fils est probablement nouard. 18/11.) Jean de Coligny-Saligny, né le a5 décembre ' Voyez, sur Sauvebceuf, le tome Ides

1617. Il était second fils du comte de Sali- Lettres de Mnzarin, p. q58.

MAZAMN. — 11. -lit

iniiiei i645. corps du licenciement que feront les Hollandois à la fin de la campagne.

On taschera aussy d'envoyer tous les Irlandois qui se trouveront en France; car on n'a plus d'espérance pour la nouvelle levée qu'on en attendoit icy, il y a prez de quatorze mois. Le régiment des susdits Irlandois qui estoit devant la Motte a esté mis en quartier au Pont-à- Mousson, pour s'y rafraischir un peu avec intention de le faire marcher vers le Rhin, si les affaires du roy le permettent.

Nous tascherons de remettre les trente compagnies d'infanterie que M. le Duc a reformées dans son armée.

Le sieur de Croisy1 a enfin conclud le traitté d'alliance du prince Ragosky2avec la France; nous en avons renvoyé la ratification accompagnée de cent mille risdalles, et nous avons sujet d'en attendre une diversion considérable.

Manusc. de la Bihlioth. Mazarine, n° 1719, tome H, f° 368 verso. — Copie du temps.

A M. LE MARÉCHAL DE GRAMONT

[ Paris,] 1 1 juillet îfi'if).

Monsieur, Bien qu'il faille deviner vostre escriture et qu'elle soit à l'espreuve

' Antoine de Croissi . ou Groissy, conseiller au Parlement de Paris.

2 Le traité" conclu entre Louis XIV et Georges Ragotzki, prince de Transylvanie, le 22 avril 1 6^5 , a été publié dans le tome VI du Corps diplomatique de Dumorit. Le roi de France s'engageait à prendre sous sa protection Ragotzki et sa famille, et à lui envoyer cent mille rixdales pour frais de la première année de la guerre, et

soixante-quinze mille rixdales chaque année. Il lui fournissait, en outre,- un subside de quarante-huit mille rixdales pour lever et armer quinze cents Allemands. Le roi promettait de ne faire ni paix ni trêve avec l'Empereur à l'insu du Prince et de ses successeurs, dont il garantissait les Etals. Le traité, quoique ratifié, ne fut pas exécuté, parce que Ragotzki fit , au mois d'août 1 6 '1 5, la paix avec l'Empereur.

de la science de M. Rossignol ', je vous diray, pour response à la vostre, J,,iilti1 ^45 que le sieur du Castellier m'a portée, qu'en demandant pour vous à la Reyne la charge de seneschal de Bearn, je n'ay rien fait que vous n'ayez, à mon advis, attendu de mon amitié. J'en feray expédier le brevet et escriray à M. de Toulongeon, ainsy que vous le desirez, à qui je trouve à propos que vous escriviez aussy sur ce sujet. Nous venons d'apprendre, par le courrier de M. de Cliamplastreux2, que M. le Duc3 a persuadé aux confederez, qui avoient envie de se séparer, de demeurer encore ensemble, et d'entreprendre conjoinctement quelque chose4, laquelle, sans doute, ne sera point de peu d'importance pour les affaires du Roy. 11 faut avouer que le génie de ce prince a un merveilleux ascendant sur ceux avec lesquels il traite, et qu'il est malaisé de se delïendre de ce qu'il veut, quand il s'applique pour l'obtenir. J'attens quelque chose de bien grand de l'action d'une sy puissante armée, et de la vertu et fortune de ce prince. Je ne vous dis point à quel point l'amitié dont il m'honore m'est sensible, comme vous en voyez les mouvemens dans les entretiens que vous avez ensemble; vous sçavez aussy avec quelle chaleur et quelle tendresse j'ay coustume de correspondre à ceux quy m'ayment, particulièrement quand ce sont des personnes de grand mérite. Je luy fais remettre une somme d'argent pour remédier à quelque chose qu'il désire pour l'armée. Je vous jure sur mon honneur que je l'ay fait prendre à la place en mon nom; ce que je ne vous dis point pour faire valoir pour une preuve particulière de la passion que j'ay pour luy, puisque cela regarde le ser-

Saint-SimoD ( Mémoires, édit. Hachelte, Spire dans les premiersjôurs de juillet 1 645.

1 856. I. V . p. 64) donne des renseignements et se dirigeait vers le Necker. sur ce personnage. Parlant de la mort du i Kœnigsmark, qui commandait les Sué.

président Rossignol, il ajoute: -Son père dois, et le baron de Geis ou Geisen, généra]

-nvoil été le plus habile déchiflreurde l'Eu- des Hessois, voulaient se séparer des Fran-

-rope; aucun chifl're ne lui échappoit; il y ,,,,.. prétendant qu'ils n'avaient eu d'autre

-en avoit qu'il lisoil tout de suite, etc.» but que d'assurer la jonction de l'armée du

Edouard Mole, (ils du président Ma- duc d'Enghien avec celle de Turenne. Le duc

thieuMolé, servait comme intendant dans d'Enghien parvint à retenir les Hessois.

l'armée du dur d'Enghien. IIK1;S Kœnigsmarcl et les Suédois l'abandon

3 Le duc d'Enghien avait passé le lîhin à nèrent.

Jdiiiei i645. vice du Roy, dans lequel il cherche seulement sa satisfaction particulière; mais c'est véritablement pour vous faire connoistre à quelle di-

sette d'argent nous sommes réduits.

LXXU

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tome IV, f° 289 recto. — Copie du temps.

AL SIGNOR CARDINALE GRIMALDI, ROM A

Di Parigi, li i5 jujjlio 1 6 't ô .

EXTRAIT

Mazarin, api'ès avoir rappelé que ia France a pris les Barberins sous sa protection et indiqué la conduite qu'ils doivent tenir, ajoute:

Il signor Paolo Macarani mi scrive clie andando in castello Sancto Angelo haveva inteso dal signor caslellano che Beaupuy diceva che il Papa non doveva rimetlerlo a suoi nemici, e che lui sarebbc stato contentissimo che Sua Santità l'avesse rimesso al Parlamento; ma se Jion vuolaltra sodisfattione che questa.l'hà già ricevuta perche già sono due. mesi che Sua Maestà ha rimesso il processo al Parlamento.

Di Fiorenza mi vien scritto da persona ben' informata che il Grau Duca condanna la condotta che tiene il Papa con la Francia, e che mbstri di sapere che Sua Santità si darebbe pace d' ogni maie che succedesse, purche portasse seco la mia caduta; ma Sua Santità [è] mal' informata, e prende con poco fondamento le sue misure, poiche se la conservatione de! posto che tengo non corresse altro rischio, che il suddetto, sarebbe senza vanità infallibile; e se Spada e Pancirolo gli fannocredere il contrario, mostrano bene di conformarsi più alla loro passione et al desiderio che ne havrebbcro, che alla verità.

Rendo gratie à Vostra Eminenza delli buoni consigli che si compiace dare à mio fratello, il quale, à mio parère, deve partire di Roma subito che la stagione glie lo permetterà, e sfuggire di parlare con chi

si sia délie cose passate, lare conoscere che non pensa à allro, cli^ juillet i645. à ben'servire la sua Chiesa, baciare una volta i piedi à Sua Santità, e fare cou la sua casa semplici compliment! seuza entrare in alcuna materia, mostrando di partire contentissimo, corne in cffotti deve esserlo.

Supplico Vostra Eminenza d'invigilare destrainente alla condotta del cardinale di Valence, perche se bene desidero, con tutto il cuore, che sia taie, che oblighi SuaMaestà à compartirli sempre nuove gratie, nulladimeno mi si parla con tanta asseveranza délia sua leggierezza. che sono obligato à supplicarla di voler essere attenta per il servitio del Rè aile sue attioni.

Vostra Eminenza vedrà quello le scrivo senza cifra sopra l'abbatià conferitale da Sua Maestà, la quale sono certo che crescerà d'entrata, s' ella havra qualcheduno che vi applichi, et la serva fidelmenti; ma se nel tempo che dovro tenere la gratia segrcta potro Caria cambiare in un altra migliore, lo farô con molto gusto.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tome II, f" 70 verso. — Copie du ternes.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

| Paris, J sans date, 1 645*. -

( EXTRAIT

Après avoir annoncé l'envoi de courriers, Mazarin ajoute:

Quant aux nouvelles, celles que nous attendons avec le plus d'impatience nous doivent venir du lieu où vous estes, et vous en devez laire la matière. Il nous en est venu icy que vous vous estes emparé de la ville de Heidelberg où vous avez trouvé un grand rafraischissement de vivres, et que vous alliez vers Heilbron, les Bavarois s'en es-

1 Cette lettre, qui ne porte pas de date précise, doit avoir été écrite vers la fin de millet 1 6 /« 5 .

w,i i645. tans esloignez x, pour avoir tousjours le devant de la Bavière, et des montagnes pour s'v retirer. Je suis tout asseuré que, si vous vous estes attaché à cette place, vous la prendrez bientost, et qu'en suite de cela, vous sçaurez mesnager tous les advantages qu'elle nous peut apporter, qui sont fort considérables.

Archives des Affaires étrangères (Allemagne), t. IV, p. 2A 1-2/17. — Copie du temps.

A M. DE LONGUEVILLE

[Paris,] 5 aousl 1 6^5.

(extrait.)

Mazarin, après avoir déclare qu'il serait à souhaiter que la chrétienté pu! réunir ses forces pour combattre les Turcs qui menacent Candie, conlinue ainsi:

J'ay confirmation d'Espagne que l'on se remet entièrement à ce que. Gastel-Rodrigo et Penaranda jugeront à propos; qu'on y désire plus que jamais la paix, qu'ils regardent comme le seul moyen pour arrester leur malheur, et que ledit Penaranda a pouvoir de faire une trêve à longues années. Faites estât, s'il vous plaist, de cet advis et de tous ceux que je vous ay donnez; car nous les avons de tres-bon lieu, et je croy d'avoir grand sujet d'espérer que, s'il y a de la peyne à conclure la paix avec l'Espagne aux conditions que nous pourrions désirer, qu'il vous pourra réussir plus tost que vous ne croyez de faire avec eux

! Le duc d'Enghien avait eu d" abord si avantageusement, qu'on ne jugea pas

la pensée de s'emparer d'Heilbron sur le qu'il fût praticable de passer la rivière de-

\ecker. fMais Gleen et Mercy, dit le ma- vaut elle, ce qui fit changer le dessein d'at-

réchal de Gramont (Mémoires, p. 259), laquer Heilbron en celui d'atlaquer Wimp-

se doutant de notre dessein, nous prévin- fen, petite ville sur le Necker. » Ce projel

rent habilement, et, comme nous voulions réussit, et l'armée française, après avoir

passer le Necker à Neckerhausen, nous trou- traversé le Necker, se dirigea vers Hall-en-

wniif-s [ou le l'armée ennemie en bataille Souabe (Sn-œbische-Hall). entre Neckerhausen et Heilbron . et postée

une longue trêve et la paix avec l'Empire, et, sans vous flatter, je croy w.i 1645

que jamais la France n'eust pu rencontrer une personne plus propre

que vous pour avoir la direction dune si grande affaire: la naissance,

la manière, l'expérience, l'adresse et la prudence, sont des qualitez qui

y estoient absolument nécessaires et qui se rencontrent entièrement eu

vous, et vous devez avoir cette satisfaction que tout le monde en escrit

en ces termes du lieu où vous estes.

Je vous supplie de n'oublier rien pour bien mesnager les esprits des ambassadeurs de Bavière, par ce que, comme vous connoissezbien , il y a beaucoup de points qui regardent l'Empire, dans lesquels le duc de Bavière, ayant le mesme interest que nous, nous nous pouvons fier entièrement en luy, quoy que ny M. le duc d'Anguyen n'oubliera rien, de son costé, pour luy faire du mal, ny l'armée bavaroise pour nous en faire, si elle peut; à quoy pourtant elle aura grande peine parce que ledit sieur Duc est fort, et les renforts qu'on luy envoyé d'infanterie sont considérables et marchent desja.

M. le mareschal de Gassion, dans deux ou trois jours, sera en estât d'agir et desjà s'est fait porter aux tranchées. M. le mareschal de Rantzau receut avant hyer un coup de mousquet dans l'oreille, qui luy demeure dans la joue; mais il est sans aucun danger; il n'est pas ordinaire que deux mareschaux de France soyent blessez en la mesme armée dans l'espace de quinze jours. Douglas1 aussy a esté blessé, mais sans danger; avec tout cela ce siège s'avance fort, et, quoy que Bourbourg soit une place de mortier, qu'il ayt double fossé et deux mille hommes à la deffense, bien choisis, avec grande quantité de canon, ou espère que, dans le 1 5 de ce mois, le Roy y aura quelque pouvoir, aprez quoy, si Dieu favorise' l'exécution d'un dessein que j'ay proposé à S. A. R. et qu'il entreprendra le jour aprez la reddition de cette place, je m'asseure, Monsieur, que vous aurez sujet de vous resjouii d'autant plus que mal aysement les ennemis pourront einpescher au prince d'Orange de faire quelque chose de son rosté.

' Voyez ri-dessus, p. 77, note.

\oùf i645. Nous prétendons d'envoyer, dans tout ce mois, un renfort de 7,000 hommes effectifs en Allemagne, lequel, non plus que celuy de 8,000 hommes que le marquis de Villeroy emmené à Monsieur, et qui doivent arriver demain pour cet effect à Amyens, n'empescheront pas qu'on n'en fasse marcher après cela un autre de h, 000 hommes pour M. le comte d'Harcourt qui tient tousjours les ennemis assiégez à Balaguier, et qu'on ne forme encore un petit corps vers Tliionville de '1,000 à 6,000 hommes pour faire encore quelque petite chose de ce costé-là, ou, en tout cas, estre presl à accourir où le service du Roy le pourra requérir; à tout cecy il n'y a pas eu grande peine, parce que, dans l'hyver, tout estoit résolu et adjusté, en sorte qu'il ne pouvoit pas manquer.

On ne s'est pas contenté de raser les fortifications de la Mothe; mais on en a fait de mesme de toutes les maisons, en sorte que il n'y a pas un seul homme qui songe à y habiter.

M. le prince Thomas 1 me mande que, dans la foiblesse où sont les ennemis, quoy qu'il eust fort peu de trouppes, il esperoit de pouvoir faire encore quelque chose; il n'y a pourtant pas sujet d'espérer beaucoup de ce costé-là.

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