AL SIGNOR ZONGO ONDEDEI, ROMA
Di Parigi, li 16 novembre i(j/io.
Ricevo con grandissimo guslo le lettere di Voslra Signoria, onde la prego ad inviarmene per lutte le occasioni. Il discorso tenuto da lei al signor cardinale Pamphilio è molto sensato , e vaglia il vero, infinité ragioni dovrebbero consigliare la Santità di Noslro Signore à considerare differentemeute questa Corona,laquale giuro à Vostra Signoria sopra l'honore mio, hà desiderato di stabilire una perle tta intelligenza con Sua Beatitudine, e credeva di non havervi ad incontrare diiïicoltà alcuna , attesoche si pretendeva poco, si pensa va à far molto in avantaggio délia Sede apostolica, délia gloria di Sua Santità e délia grandezza délia sua casa, e si sapeva cbe nessun' Rè era in stato di poter meglio eiïetuare tali pensieri. lo compatisco il Papa, perche riconosco ogni giorno più che non è informato délia postura di questa corte e dell' unione con che la casa Reale e li principali ministri caminano ail' essecutione di tutto quello vien' stimato migliore per servitio e dignità de! Rè.
Io vedo con lagrime di sangue andare le cose di mal' in peggio, et è indicibile quanto habbia inasprito gl' animi il vedere maggiormente sdegnato quello del Papa, e procedere con altrettanto rigore contro il cardinale Antonio doppo la dichiaratione di monsieur Gueffier.
Piaccia à Dio di porvi la sua santa mano inspirando alla Santità Sua quello stimerà più proficuo albene e riposo di tutti. Vostra Signoria intinderà per altra parte le rissolutioni che si sono prese sopra le materie correnti, e corne il signor cardinale Grimaldi le dira qualclie cosa per mia parte, et io finiro questa lettera, motivandole che stimarei à proposito ch'ella rinuntiasse la carica di collatérale1 per non pen-
' Le mot collatérale de'signe un officier de justice, commissaire , greffier ou lieutenant d'un juge.
Novembre sare ad altro per l'avvenire che a servire dichiaratamente Sua Maeslà; l6''5- ma vorrei che cominciasse à dare una scorsa qui.
Vostra Signoria vede che le cose sue restano sempre costi nel raedesimo stato, e non vedo che gl'avantaggidel collaterato siano tali, che debbonno farla soprasedere ancor più tempo à riceverne da un gran Rè, per mio mezzo, che farô sempre valere il suo merito1.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine , n° 1719, t. II , f° 1 1 8 recto. — Copie du temps.
A M. DE GASSION
[Paris,] 16 novembre i645.
Monsieur,
Vous pouvez croire que je n'ay pas esté peu touché de la défaite des troupes de Lamboy2, dont le sieur de Roannez nous a apporté la nouvelle. Ce succez, quoy qu'il n'ayt point esté décisif, ne laissera pas de faire une grande impression de desespoir sur l'esprit des Flamans, que les ennemis taschenttousjours d'entretenir des espérances de l'avenir, pour les consoler des pertes présentes qu'ils souffrent. Us verront neantmoins, par là, combien ces espérances sont mal fondées, et que nous n'apportons pas moins de vigilance et de vigueur à la fin de la campagne que nous en avons fait paroistre au commencement et en la suite.
Je ne vous dissimuleray point la joye que j'ay, en mon propre 3, d'avoir eu part au succez que vous avez obtenu par les ordres réitérez qui vous ont esté envoyez de ne venir point à la cour, dans la créance
' Zongo Ondedei suivit le conseil de Ma- sur les pertes éprouvées par les ennemis ;
zarin et devint, en i654 , évêque de Fréjus. presque toute leur infanterie fut taillée en
11 continua d'être un des confidents et des pièces; une partie de la cavalerie s'enfuit à
agents les plus actifs de Mazarin , et mou- Nieuport, à Hondschote et à Cassel. Un
rut le 23 juillet 167/1. grand nombre de prisonniers et tous les ba-
- La Barde (De rébus Gallicis , p. i52) gages restèrent au pouvoir des vainqueurs,
parle de ce combat, et donne des détails 3 C'est-à-dire en mon particulier.
invariable que j'ay eu que vostre présence estoil encore absolument Novembre nécessaire en ce pays-là. En cela je remarque que mon génie ne manquera jamais de bien rencontrer au projet des choses où le vostre agira.
J'avois résolu d'attendre le courrier qui devoit suivre le sieur de Roannez , et nous porter le destail de ce qui s'est passé en la defaite susdite; mais les nouvelles que je viens de recevoir de Bruxelles, et que j'ay estimé vous devoir faire sçavoir au plus tost, m'ont obligé de renvoyer en diligence ledit sieur de Roannez, qui vous informera de vive voix de toutes choses, et vous dira particulièrement que vous n'avez pas au monde un serviteur plus acquis ny plus passionné que moy. Vous devez faire estât de sa personne , à cause des grands sentiinens qu'il a pour la vostre, non seulement d'autant qu'il est à moy et qu'il sçait que vous m'aimez, mais pour ce encore qu'il a eu le bien de vous voir agir et d'estre tesmoin de vostre conduite.
Les avis que j'ay reçeus de Bruxelles et de beaucoup d'endroits sont que les ennemis ayant veu tomber Hulst plustost qu'ils ne s'estoient imaginé1, et que le Prince d'Orange, profitant de l'occasion, avoit tourné ses armes contre les forts auxquels on travailloit sur le nouveau canal pour fortifier le costé d'Anvers, avoient fait avancer de ce costé là la pluspart de leurs forces pour empescher les progrez qu'il pourroit faire, ce qu'on ne croyoit point qu'il leur fust aysé; qu'outre cela ils estoient en peine des puissantes instances que ledit prince faisoit auprez de MM. les Estats, pour en obtenir encore l'entretenement de six semaines pour son armée ; pendant lequel temps il esperoit de faire de plus grands progrez sur les ennemis dans la constitution présente de leurs affaires , qu'il ne feroit à l'advenir pendant toute une campagne, où ilspourroient reprendre haleine et restablir leurs armes.
Que les ennemis estoient avertis de vostre dessein trois jours avant que vous fussiez partis de l'armée pour venir icy, et que vostre retour et la prise de Hulst, qui est arrivée en mesme temps, les avoit empeschés d'attacquer Menehem [Menin]; mais qu'ils n'en avoient pas perdu
1 Cette ville avait été prise le h novembre iG/i5.
MAZAISIN. II. 33
Novembre la pensée , et qu'ils en dévoient tenter l'exécution sytost que M. le prince i6ft5. d'Orange viendroit à se retirer et à mettre son armée aux quartiers d'hyver. J'ay cet avis de tant d'endroits, que je ne le puis révoquer en doute : Picolomini et le duc de Lorraine l'ont résolu sur une précise nécessité où ils se trouvent engagez de faire quelque chose de considérable, pour donner quelque satisfaction aux Flamans.
C'est pourquoy vous vous tiendrez sur vos gardes, et, si vous croyez qu'il soit nécessaire, vous pourrez retenir les corps qui sont sur la frontière, mesme la compagnie des gardes. Que si, neantmoins, vous ne le jugez point nécessaire, vous pourrez renvoyer Normandie, Navailles, Lyonnois, La Meilleraye et Brezé-Duc et mesme quelques régiments de cavalerie de ceux qui dévoient revenir, et les compagnies encore de cavalerie appartenant aux gouverneurs des places, afin que cela leur apporte plus de seureté et de repos, et d'autant plus que M. le mareschal de Rantzau, estant tombé malade, veut [obtenir] la permission de revenir icy. De tout quoy je me remets à ce que M. le Tellier vous en escrit.
Surtout je vous conjure autant que je puis, et de toutes les forces de mon ame , d'avoir soin que la religion , ny les choses et les personnes ecclésiastiques , ne soient point mal traitées par nos gens de guerre, de faire sévèrement punir ceux qui l'entreprendroient, et oster aux Espagnols ce prétexte avec lequel ils taschent de donner aux Flamans aversion de nostre conduite, leur persuadant que nous voulons introduire l'heresie dans leur pays. Vous prendrez aussy, s'il vous plaist, garde à un autre desordre qu'on nous impute, qui est que nos soldats ne laissent pas de piller les villages qu'on a mis sous contributions, aprez qu'ils ont payé la susdite contribution.
L'on fait lever en toute diligence quelques régi mens, jusqu'au nombre de trois mille hommes, par des mcstres de camp, qui les pourront bientost mettre sur pied. On a aussy envoyé de l'argent en Hollande pour former un corps de mille cinq cents ou deux mille fantassins du licenciement que doivent faire MM. les Estats de quelques-unes de leurs troupes. Ce corps sera commandé par le colonel Colhas. On a aussy
envoyé en lever un autre en Angleterre de mille ou mille deux cents Novembro hommes, lequel, avec celuy de Golhas, viendra desbarquer à Calais, ,645, pour servir avec les autres susdits en vostre armée, de laquelle, quand elle sera fortifiée de ces corps, on pourra retirer les dix compagnies des gardes qu'on vous a escrit de retenir.
Quant aux prisonniers liégeois que vous aurez faits, et qui seront bien ayses de prendre service avec nous, j'estime qu'il sera plus à propos d'en faire un corps, et de l'envoyer en Champagne ou en quelque autre province esloignée des ennemis, pour les esloigner des occasions de nous quitter et de retourner à eux.
11 importe aussy extrêmement que, tandis que M. le Prince d'Orange sera en campagne, vous tiendrez les ennemis en perpétuelle jalousie, afin qu'ils n'allassent point luy tomber sur les bras, et que vous acheviez par là d'avoir part aux progrez qu'il fera, en ayant eu tant à ce qu'il a fait cette campagne.
L'avis que vous me donnez du voyage de Lamboy en Espagne est véritable; mais il y a de l'apparence que l'eschec qu'il vient de recevoir desconcertera un peu ce voyage et le rendra moins desavantageux ' qu'il n'eust esté aux Espagnols. Je vous prie de continuer de nous tenir tousjours avertis de ce que vous apprendrez, et de croire que personne au monde ne sera jamais plus véritablement, ny plus inviolablement que moy, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine. nri 1719, tome II, f" -207 recto. — Copie du temps.
[Paris,] 17 novembre 1 665.
Monsieur, Je ne me suis point hasté de respondre à vos dernières lettres , pour n'avoir point de choses importantes à vous mander. Maintenant que le
1 Tel est bien le texte du manuscrit; le sens exigerait plutôt avantageux que désavantageux.
Novembre sieur de Paris m'a comme designé que vous soubçoimiez que j'eusse ,645- receu quelque desgoust de vostre conduite sur le sujet de vostre passage du Rhin1, j'ay creu estre obligé de vous dire que vous me faites tort, que cela vous soit seulement tombé dans la pensée, et, comme je suis certain qu'en cela, non plus qu'aux autres choses , vous n'avez pas seulement approché à faire des fautes, vous devez estre tout persuadé que je suis incapable de former seulement un soubçon que vous en ayez commis en l'occurrence dont il s'agit. Il est vray que j'ay esté fasché que vous ayez esté contraint d'obéir à la loi générale du monde, qui veut que le foible cède au fort, et qu'il vous soit tombé tant de forces sur les bras, que vous ayez esté obligé de vous retirer. Cela est un pur malheur, dont vous ne sçauriez estre coupable, et il est vray que je tiens que ceux qui sont malheureux, faisant tout ce qui despend de leur vertu et de leur prudence, doivent recevoir de la justice de leurs supérieurs plus de caresses que les autres qui trouvent une partie de leur rescompense dans l'heureux succez de leurs bonnes actions.
Je vous diray davantage qu'on ne peut appeler vostre retraite malheur pour vous, puisque vous avez acquis beaucoup d'honneur en la faisant, et que les gazettes mesme des ennemis vous rendent ce tesmoignage qu'il estoit impossible que, sans le courage, la prudence et les extrêmes soins que vous y avez apportez, vous eussiez pu sauver l'armée de la poursuite de toutes les forces impériales et bavaroises.
Ce qui m'a en cecy fait plus de peine a esté de voir que nous ayons tant fait de nostre costé , et tout bazardé pour divertir les forces qui pouvoient tomber sur les bras de M. Torstenson, et pour faciliter les prugrez des armes des Suédois; que nous ayons fourny de notables sommes d'argent pour faire venir les armes de Ragoski contre l'Empereur; que nous ayons tant travaillé pour esteindre la guerre qui s'estoit allumée entre les couronnes de Suéde et de Dannemarck; que nous ayons empesché , par le mariage qui vient d'estre fait2, le Roy de Pologne
C'est-à-dire parce que l'armée française ! Le mariage deWladislas VII avec Marie
avait repassé le Rhin. (Voyez plus haut. de Gonzague avait eu lieu le 5 novembre p. 9. 29, note 1.) i6£5.
DU CARDINAL MAZAR1N. 261
d'entrer dans la querelle en faveur du Roy de Dannemarck et de i'Ënipe- Novembre reur, et que neantmoins les Suédois ayent si peu correspondu à une ;Mr>. procédure sy généreuse comme la nostre; que Kœnismark nous ayl (quittez sur le point qu'il nous estoit le plus utile, et que l'Empereur' ayt pu prendre la resolution et avoir le moyen d'envoyer contre nous toute sa cavalerie, à la reserve de trois ou quatre regimens.
En second lieu, mon desplaisir s'est augmenté de voir qu aprez avoir fait des despenses incroyables pour faire passer l'infanterie Françoise en Allemagne, le malheur ayt porté qu'à peine estoit-elle arrivée vers le Rhin, que vous avez esté contraint de le repasser, et que, par conséquent, la facilité qu'elle a eue de s'en retourner, ayt esté une des causes de son desbandement et de la dissipation qui s'en est faite. Mais il ne faut pas, pour cela, perdre courage ny espérance, et il tant croire qu'enfin , avec la patience et vostre application accoustumée. il se fera un changement désiré aux affaires d'Allemagne, et qu'assisté de la puissance du Roy, qui ne vous manquera point, et, sy j'ose y ajouster, de mes soins qui vous sont asseurez, vous serez l'instrument des prosperitez qui nous arriveront en ce pays-là.
Les raisons que vous avez eues de vous esloigner du Rhin ne sont que trop justes, estant nécessaires, puisque vous n'y pouviez plus trouver subsistance pour vostre armée, ny les ennemis ', plusieurs lieues au delà. Je ne doute point que vous n'ayez laissé les places bien fournies d'infanterie; mais j'estime qu'il eust esté nécessaire que vous y eussiez encore laissé quelque officier de considération, vigilant et capable, pour prendre soin de toutes, et qui s'entendist en cela avec M. d'Erlach.
La résolution que vous avez prise d'aller vers Tresves 2 ne pouvoit estre plus sage, surtout faisant cette entreprise de concert avec M. l'Electeur; il y a de l'apparence quelle pourra réussir, non-seule-
1 C'est-à-dire que tes ennemis ne pou- (ddit. Michaud etPoujoulal, |j. .'?<j9-4oo).
vaient, pas plus que les Français, trouver la lettre où ce général rend compte de ta
leur subsistance au delà du Rliin. prise de Trêves. Il s'en empara le -jo no-
Voyez , dans les Mémoires de Turenne vemhre i6'i5.
Novembre ment parce que vous ne trouverez point de forces en campagne pour 645- s'y opposer, mais encore d'autant que la garnison se trouvant foible et les habitans en humeur de s'en deslivrer, elle ne mettra point beaucoup de temps à capituler.
Sy cela arrive, vous devez vous appliquer particulièrement afin qu'il n'y arrive point de desordre comme il y en est arrivé autrefois, et que M. l'Electeur, qui a tesmoigné tant de vigueur et une sy constante passion pour cette couronne, en reçoive aussy une parfaite satisfaction, que son patrimoine soit exemté du logement des gens de guerre, et que, sur les contributions qui se lèveront, on en prenne par préférence ce que le pays avoit accoustumé de luy payer pour son entretenement; que mesme s'il est expédient qu'il reçoive quelque satisfaction de Sa Majesté, elle sera toute disposée à luy en faire, et pour la considération de sa dignité et de son mérite, et pour faire voir au monde que ceux qui se sont mis sous la protection, et qui ont souffert pour les interests de son Estât, y trouveront tousjours la reconnoissance qui leur sera dette.
.le sçay l'affection et l'estime que vous avez pour M. de Marsin, et que vous serez tousjours bien aise de le voir en quelque poste honorable et utile. Gela m'a fait penser que, si vous vous rendiez maistre de Tresves, ce seroit un vray homme pour y commander, ayant la proximité de Liège pour en tirer les hommes dont il auroit à faire, et pouvant de là extrêmement tourmenter Beck et le Luxembourg, et allin que les habitans, qu'on veut parfaitement bien traiter, n'en fussent incommodez, on luy fourniroit d'icy une fort bonne subsistance. J'atlendray vos sentimens là-dessus '.
Lamboy s'en allant en Espagne, le duc Charles ayant fait de nouveau un traité avec les Espagnols pour servir en Flandres, où il prendra ses quartiers d'hyver, et Beck estant tousjours attaché à empescher, s'il peut, les progrez de M. le prince d'Orange, qui a attaqué les forts dont la prise leur facilitera le siège d'Anvers, et qui doit demeurer en
' La lettre de Turenne, citée plus haut Poujoulat, p. 399-/100), est peu favorable (Mémoires de Turenne, édit. Micliaud et à ce projet.
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campagne plus longtems qu'on ne croyoit, je ne vois rien qui vous Ndvembue puisse arriver du costé de Tresves qui vous empesche d'eslargir vos l645' quartiers sur la Sarre ' et aux autres endroits qui estoient occupez par le duc Charles. C'est pourquoy je ne doute point que vous n'eniplo\icz tous vos soins pour espargner la Lorraine et l'Alsace, qui, effectivement, n'en peuvent plus, et sont en un estât déplorable, et je vous diray que les meilleurs offices que nous puissions rendre au duc de Lorraine sont les logemens des gens de guerre, qui obligeront tous ceux qui sont capables de porter les armes d'abandonner leurs maisons et de le suivre, qui est faire les recreues de son armée.
La levée de M. le marquis de Pomar- n'ayant point eu le succez que nous nous en estions promis, on a jugé plus à propos qu'il demeurast en Italie, pour servir auprez de M. le Prince Thomas, qui travaille maintenant à conserver le poste de Vigevano 3 qu'il a gagné dans le Milanois. C'est pourquoy, si vous continuez dans la pensée que vous avez eue pour M. d'Hocquincourt, dont les bonnes qualitez sont telles que vous sçavez, et que je vous [les] ay figurées, et qui, sans mentir, est fort entendu, particulièrement dans la cavalerie, et qui pourra mettre sur pied un fort bon régiment d'infanterie, sy cette pensée, dis-je, vous continue, mandez-la moy, afin que j'agisse en cela conformément à vos sentimens et à vostre inclination.
J'approuve fort le mesnage dont vous avez usé touchant l'argent destiné pour remonter la cavalerie. Je suis asseuré qu'il ne se distribuera que bien à propos, et en temps et en lieu où il sera bien employé pour la fin pour laquelle on le donne.
Pour ce qui est de la despense de l'armée , ne pouvant vous en lien esciire qui soit agréable, je me remets à ce que M. Le Tellier vous en escrira. Je vous diray seulement que MM. des finances ayant diminué, pour l'année prochaine, la despense des armées de douze millions de
1 11 y a, dans la copie, la Saxe, mais le 2 Voyez, plus haut, p. i3o,, note 2.
sens général de la phrase, l'éloignement de ' Le prince Thomas de Savoie s'était em-
la Saxe et la proximité de la Sarre, prouvent paré, le 12 septembre iG45, de Rocca de
qu'il y a eu erreur du copiste. Vigevano.
26â LETTRES
Décembre livres, vous devez croire qu'il n'y a que l'impossible que nous ne l6/,ri- fassions en faveur de la vostre, et pour l'interest du service du Roy, et pour vostre considération particulière.
Vous ne demandez rien pour ce qui vous concerne en vostre particulier; mais, servant comme vous faites, vos services demandent assez pour vous. Aussy devez-vous croire qu'ils ne sont pas icy oubliez , et que je ne perdray point les occasions de vous faire donner des marques de satisfaction que leurs Majestez en ont, à laquelle il ne se peut rieti ajouster.
M. vostre frère a tousjours sur pied mille négociateurs et quantité de personnes qui le servent dans ses intrigues, et neantmoins il s'imagine que, pourveu qu'il escrive à mademoiselle vostre sœur ] que cela n'est point, il croyt estre fort innocent, et elle qui, estant bonne Françoise, desireroit aussy que M. vostre frère le fust, n'a pas peine à le croire. Je n'oublieray pourtant rien de ce qui despendra de moy pour le remettre dans le bon chemin.
La Reyne escrit à M. l'Electeur de Tresves, et je luy escris aussy. . Je vous en envoyé les lettres ouvertes. J'attends vostre response touchant M. le gênerai major Rose, la liberté duquel nous desirons avec tant de passion, qu'il n'y a rien qu'on ne fasse pour la luy faire rendre. Mandez moy donc au plus tost à quoy cela tient, afin qu'on y pourvoie.
Jattens à quoy aboutira la punition que vous avez destinée à la désobéissance des quatre regimens. Vous ne sçauriez croire l'advantage que nos ennemis en ont tiré , qui la font passer pour un pronostic certain d'une entière révolte de l'armée.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome IV. p. 1 181-1 18/1. — Copie du temps.
A M. DE LONGUEVILLE
[Paris,] 2 décembre 1 665.
( EXTRAIT
H y a environ quinze ou seize jours qu'un gentilhomme nommé ' Charlotte de la Tour. (Voyez 1. 1 des Lettres de Mazarin, p. 5g5. )
Beaufort fut trouver M. des Hameaux à Venise, pour luy proposer le Décembre mariage de l'archiduc Leopold avec Mademoiselle ', afin qu'avec l'as- ,6''5sistance de la France on peust les rendre maislres des Pays-Bas, dans le temps que le Roy d Espagne se ml doit avoir résolu d'envoyer ledict archiduc au gouvernement des dicts pays, comme autrefois l'archiduc Albert; et, quoy que les Espagnols ayent fait depuis arrester prisonnier a \ ienne ledict Beaufort, qui estoit allé, disoit-il , traitter l'alïaire avec I archiduc, et qu'il y soit tousjours gardé fort estroictement avec pensée de le chastier, j'ay pourtant advis que l'on a parlé à la cour d'Espagne de proposer ledict mariage et de céder la Flandre en sa faveur, espérant, avec le temps , qu'ils en pourroient tirer de grands ad vantages par les correspondances qu'il leur donneroit moyen d'entretenir dans ce royaume. En quoy il se voit qu'ils sont peu informez de l'assiette de toutes choses, puisque M. le duc d'Orléans est si porté au soustien de l'authorité du Roy et de la grandeur de l'Estat, qu'il n'y a rien qui le puisse esbranler là dessus; l'intention des ennemis pourtant ne peut estre plus meschante, puisque, lorsqu'il semble qu'ils veulent proposer des choses qui paroissent advantageuses à ce royaume, ils ne visent, en cflect, qu'à nous faire du mal. J'ay jugé à propos de vous donner cet avis à ' part, en toute confidence, alin que, si les ennemis en font quelque proposition, vous ne soyez pas surpris.
Mazarin avertit ensuite le duc de Longueville que les Espagnols paraissent résolus à conclure la paix à quelque condition que ce puisse être.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tome II, 1° 209 verso. — Copie du temps.
A M. DE TURENNE
[Paris,] 5 décembre i645.
Monsieur, \ ous aurez receu, par le retour du sieur Grotius, une si ample de-
1 Voyez Mémoires de Mademoiselle de Monlpensier, e'dit. Charpentier, I. I, p. tao.
SUZAIIIN. II. .'i'|
Décembre pesche des choses qui concernent l'armée et vostre personne, que je i645. n'ay maintenant à respondre qu'aux vostres du 20e du passé. Pour cet elïect, je vous diray que vous ne pouviez finir avec plus d'honneur cette campagne qu'en restablissant M. l'électeur de Trêves dans sa ville l, d'où il avoit esté osté pour les interests de cet Estât2, et je me resjouis qu'une des causes de nostre rupture avec l'Espagne estant l'enlèvement dudict Electeur, vous ayez servi d'instrument à reparer avec tant de gloire l'injure faite à la France, et particulièrement en faveur d'une personne qui a fait paroistre tant de passion et tant de constance pour cette couronne, que celuy eustesté une espèce de malheur, sy elle n'eust pu donner en sa personne un exemple de la générosité avec laquelle elle embrasse [les interests de] ceux qui se mettent sous sa protection, et qui s'en rendent dignes par leur conduite.
Des vingt mille risdalles que je vous ay mandé, par ma précédente, avoir esté ordonnées par Sa Majesté pour M. l'électeur de Trêves, on en envoyé maintenant la moitié, et les dix mille restans luy seront sans faute envoyez dans deux mois. Outre que cette subvention servira à son entretenement, elle le pourra disposer à vous accommoder de 'quelque quartier dans son Estât, de quoy il tire encore cet advantage (pie les troupes qui y seront le couvriront contre les surprises et contre ce qu'on pourroit entreprendre sur luy du costé du Luxembourg ou d'ailleurs.
Que sy vous jugiez que, pour obtenir avec plus de facilité de son costé, et avec plus d'agrément, des quartiers, il fust expédient que Sa Majesté luy fit encore quelque nouvelle gratification, je m'employeray pour la luy obtenir ; car, au reste, il faut que je vous die qu'il est entièrement nécessaire que vous vous contentiez de ceux qu'on vous assigne en Lorraine pour quatre regimens, et pour deux autres dans le royaume mesme ; ce que vous apprendrez plus particulièrement par
1 Turenno s'était emparé, lé 20 no- avec la France que l'électeur de Trêves vembre 1 645, de la ville de Trêves, qui, de- avait été dépouillé de ses Etats. (Voyez Mépuisi635, étail au pouvoir des Espagnols. moires de Richelieu, t. Il, p. 579, édit. Mi-
2 C'était, en enel, à cause de son alliance chaud et Poujoulal. )
la depesche de M. Le Tellier. C'est pourquoy il faut tascher de prendre Décembre
vos mesures sur ce pied et de vous establir ailleurs. L'absence de Beck ,
qui est occupé à la défense du pays de Vaës 1 contre les armes de
\1M. les Estats, vous aura donné loisir de prendre vosadvantages, et je
suis certain que cela ne vous empescliera point de prendre vos seu-
retez contre tout ce qui vous pourrait tomber sur les bras du coslé
de la Flandre.
Je suis bien ayse que vous soyez satisfait de AI. Arnauld 2; je le suis beaucoup de M. de Lamet, et je vous supplie de croire que je feray la considération que je dois de ses interests. et à cause de l'estime que je Fais de sa personne, et d'autant qu'il est fort vostre serviteur, et que \<>us ravinez.
.le verray ce qui se pourra faire touchant le régiment de Tracy, et ne doutez point que je ne fasse tout ce qui sera possible en faveur de M. le marquis de Duras.
GIX.
Mamisc. de la Bibliotb. Mazarine, n° 1719, tome IV, f" 3ai recto. — Copie du temps.
\L S1GXOR CARDINALE GRIMALDI, ROMA
[DiParigi,] le 8 décembre 1 645.
(EXTRAIT
Non deve \ostra Eminenza alïaticarsi in persuadermi di consigliare Sua Maestà ad intraprendere sopra li posti maritimi posseduti dal Rè <li Spagna nella Toscana3, poiche sapendone di lunga mano l'impor-
O11 appelle pays de Waes, ou Vaes. de Toscane, étaient Orbitello, Porto-Ercole ,
une contrée de la Flandre belge, entre Gainl Monte- Filippo, Monte -Argentaro, Porto-
et invers, qui contient les villes de Saint- San-Stefano, Telamone, enfin Porto-Lon-
Nicolas. de Lockeren et vingt- six villages. gone dans l'île d'Elbe. Elles avaient été
1 Vrnauld de Corbeville, dont il a été cédées au roi d'Espagne, Pbilippe II, par
question dans le tome I des Lettres de Ma- la paix de Câlcau -Cambrésis, en 1559.
tarin, p. 181 et 908. Plusieurs de ces villes furent prises par les
' Ces places, qu'on appelait les présides Fronçais en 16/16.
Décembre tanza , ho taimeiite creduto avantaggioso al servitio di questa corona i(i/i». l'acquisto almeno di qualcheduno di essi, che mille volte ne feci la propositions al gran cardinale defunto \ senza perô poterlo mai portais à première la rissolutione, adducendo sempre, doppo haverne conferito con lipiù espirementi capi délie armate di mare, che limpresa non era riuscibile. Al présente invitatovi da più forti ragioni, ho il medesimo desiderio e vedo bene quanto profittevole sarebbe, nelle congiunture presenti , che la Francia havesse un piede nella Toscana in tan ta vicinanza allô stato ecclesiastico e di quello del gran Duca, e riconosco che corne questa corona desidera sinceramente e con passione l'aggrandimento et ogni maggior avantaggio délia Sede Apostolica governata da un vero padre commune, cosi nessuna cosa converrebe più, che havere un Rè potente alla porta, capace di assisterla in ogni rincontro.
Ma, oltre che le ragioni già addotte al detto cardinale contro l'imjnesa susistono, vi ne sono adesso dell'altre, e quella di non poter operare da tante parti è fortissima, ancorche Vostra Eminenza non voglia ammetterla. Si puol ben tentare quanto Vostra Eminenza propone, ma il farlo senza un apparenza probabile di buon esito e sicurezza di poter conservare appressô quello si acquistasse, non sarebbe prndenza. Non trovo niente di più facile, che inviare cola vascelli e barche capaci di meltere à terra i,5oo soldati, ma non vedo per questo probabililà ad un buon successo.
Lo sperare che il duca di Parma s'impegni à dare cou la commodité dello stato di Castro le assislenze che polressimo desiderare, è l'uori di proposito; e benche Tabbate di San Nicolas habbi ordine di darmene destramente qualcheduna -, inentre veda apertura di poterlo lare, io non vi fondo alcuna speranza, conoscendo il cervello del duca. e sapendo che non hà al présente altro che li Barberini in testa e che mi beverebbe in un bicchiere di veneno per haverli serviti, quando si
1 Cardinal de Richelieu. lion plus haut (p. 2^6, texte et note 1 ),
" Il y a là un mot omis, ou sous-entendu. devait parcourir les principaux Etats d'Italie L'abbé de Saint-Nicolas, dont il a été ques- avant de se rendre à Rome.
lusingava di poter essere à parte con la casa Pamphilia à profittare Déceml délia loro rovina. 1 '
Le memorie mandatent da Vostra Eminenza con la pianta di tutti li posti non possono essere più essatte, e sono talmente consigliato ail' irapresa dalle réitéra te instanze di Vostra Eminenza, che non ostante quanlo ho detto di sopra e che non speri cosa alcuna da Parma, e che sappia esser bisogno di sormontare moite diffîcoltà per preparare le cose nécessaire, Y assicuro che cominciaro in questa settimana à dare gl'ordiui per apparecchiare molto più di quello, con che Vostra Eminenza mi scrive si potrebbe sperare un fortunato successo.
Sono già quindeci mesi, che si trova qui un galanthuomo, che ci propone la sorpresa di Porto-Longone da esseguirsi con due soli vascelli, sopra di che restera servita di dirmi il suo parère e se crederà che ciô lentato nelL istesso tempo possi pregiudicare all'altre imprese. La supplico ancora di accennarmi più particolarmente il tempo , nel quale la persona, in cui elia confida, crede che si debba intraprendere , perche il mio parère sarebbe di farlo al principio di febbraio.
Il cardinale Antonio sarà qui avanti le feste1, e per quanto dependerà da me sarà puntualmente servito,e m' impregarô affettuosamente per facilitarli il conseguimento délie sodisfattioni che potràdesiderare, ma dubito assai che quelli Francesi 2, che sono d' ordinario contrarii à tutte le rissolutioni che si prendono, e che, corne Vostra Eminenza sa, non sono in poco numéro, benche non conoschino il cardinale sudetto, e non habbino alcuna dependenza, interesse ne intelligenza con il papa, faranno il possibile, perche 1' universale di questa corte disapprovi la recettione del detlo signore, et acciô non sià ben vedulo dal publico. Vostra Eminenza sià perô certa che vi prenderô tutte le precautioni possibili.
Vostra Eminenza si compiaccia dinviarmisempre una copia di qneilo scriverà in segrelaria di Stato. Vedrà l' Eminenza Vostra dalla lettera senza cifra quello che m'hà moto à spedire il présente corriero, e voglio
1 Les lûtes île Noël. — ' Ces Français formaient l'ancien parti des Importants, qui devint bientôt le parti des Frondeurs.
ire
Décembre credere che non sarà disapprovata dall' Eminenza Vostra la rissolu-
,,i',:V lione di ostentare con questa apparenza la gratia che daSuaMaestà si
comparti alli signori cardinal! Barberini per risarcire il torto che rice-
vonoda Spagnuoli nel sequestro fatto loro dell' entrate ecclesiastiche ,
che godevano nello stato di Milano e regno di Napoli.
Si là il possibile di conservare il posto di Vigevano1, e si è scritto ai prencipe Thomasso che saranno pronti à passare tre mila fanti e mille cavalli di rinforzo quando vorrà; ma con tutto questo non vi ho gran speranza, intendendo che li Spagnuoli si preparavano di già ail' impresa di maniera che li gentilhuomini che sono ricorsi da Vostra Eminenza per havere salveguardie saranno facil mente liberi dal continuarne i'instanze, ma in ogni caso potranno addrizzarsi al mareschal di Plessis Praslin, che darà loro sodisfattione intiera.
Si è veduto qui una scrittura intitolata Discorzo délia mal consigliata fuga del cardinale Antonio, e si è saputo che correva per Roma con licenza de superiori, già che tutt' i copisti travagliavano à farne degl esemplari. Sua Santità non fà bene à si'ogarein questo modo la suapassione, poiche con più ragione potrebbe uscire qualche discorso del mal consigliato prencipe.
GX.
Original signé; Ribl. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
MAZARIN A RRASSET.
[Paris,] ci décembre i665.
Mazarin, après avoir entretenu l'ambassadeur des levées de troupes et de Tachai de vaisseaux hollandais, ajoute:
M. d'Estrades ne fait qu'arriver. J'attends d'avoir de grandes lumières
' Le prince Thomas de Savoie s'était em- la Roca le i3 de septembre." On peut comparé de Vigevano près du Tesin. rfEn même parer, sur ces événements , les Mémoires du temps, dit Monglat (Mémoires, p. iC>3, maréchal du Pkssis-PrasUn (même collecédit. Micbaud et Poujoulat). il investit la tion, p. 38i). Du Plcssis-Praslin commanlloca, qui est comme la citadelle devant dait, à cette époque, les troupes envoyées cette y ille. Le gouverneur se rendit, et remit par la France en Italie.
sur beaucoup de choses qui serviront de fondement à ce que je vous pourrnv escrire dorsenavant. Surtout n'espargnez aucune sorte de coinplimens de ma part pour M. le prince d'Orange, vous asseurant que vous ne luv sçauriez faire tant d'advances pour cela, qui ne soient an dessous de la vérité et des sentimens d'estime et d'affection que j'av pour luy. Vous aurez appris la surprise de Mardick '; elle taira plus de bruit qu'elle ne nous taira de mal; mais c'est nous-mesmes, qui avons donné de la réputation à cette place, qui en serons cause. M. le prince d'Orange a bien pris aux Espagnols des forteresses d'autre importance et dont la perte leur est plus sensible que ne sera ce gain.
Décembre i6û5.
Archives des A d'aires étrangères (Allemagne), tome IV, p. i3o5-i3i2. — Copie du temps.
A M. DE LONGUEVILLE
le crois superflu de vous mander
Paris, | a.i décembre i (i'ilj.
les (I
es discours nue le mai
qu
is de
J Cette ville avait été reprise par les Espagnols dans la nuit du 3 au h décembre 1 645. Jacques Dupuy. prieur de Saint-Sauveur, frère de Pierre Dupuy, écrivait, à cette occasion, à M. de Grémonville, ambassadeur à Venise, le la décembre i6/i5 : rrPour uostre cour, elle a esté un peu mortifiée de la surprise de Mardick. Clanleu estoit gouverneur, lequel, se trouvant travaille par une fiev ie quarte accompagnée d'hydropisie, escrivit à M. Le Tellier le mauvais estât de sa santé, le priant de faire en sorte que le Roy envoyas! un bomme en sa place pour commander. Or il escrivit cette lettre comme estant dans Mardick. attendant son successeur, et la vérité estoit qu'il s'estoit fait transporter à Boulogne, où le nommé Gadagne. choisi do deçà, pour commander en son lieu, le
trouva, et il le retint *mal à propos quatre jours prez de luy pour l'instruire comment il devoit se gouverner là dedans, luv disant que les avis qu'on avoit eus à la cour des desseins de prendre cette place, estoient mal fondez et que rien ne pressoit, de sorte que Gadagne, s'estanl mis en chemin, apprit comme, la nuit précédente, les ennemis, conduits par on sergent mal content du Clanleu, estoient entiez dans la place, où si peu de soldais qu'ils y trouvèrent, et en très-mauvais estât, furent passez au fil de l'espée. Je pense que la considération de Monsieur ( Gaston d'Orléans ) , qui avoit (ait le choix de ce gouverneur qui est de sa maison, sera cause qu'on ne poussera pas l'afl'aire plus avant. Cette perte, neantmoins. est considérable.')
Décembre Gastei-Rodrigo a tenus en confidence à la reyne de Pologne, pour "i/" me les escrire, puisqu'elle a pris la résolution de passer par Munster, où elle pourra vous en entretenir amplement. Je ne sçays pas depuis quand le roy d'Espagne a tant d'amour pour moy qu'il veut prendre entière confiance au point de me faire arbitre de tout pour la paix; mais vous entendrez de la dite Reyne que la conclusion alloit d'envoyer icy, ou en tel lieu que j'eusse designé, une personne avec pouvoir de conclurre, entre les deux couronnes, présupposant que, s'esta nt ajustées ensemble, tous les autres princes seroient forcez de subir la loy qu'elles auroient déclaré.
Vous sçaurez aussy, Monsieur, qu'outre ce qu'a dit le dict marquis à la Reyne de Pologne, il a escrit aux mesmes termes icy à M. le nonce Ragny, colorant seulement le prétexte de la confiance que son maistre veut prendre en moy, en ce que n'estant pas né François, quoy que j'aye bien le mesme désir des advantages de cette couronne, je n'ay pas la liayne naturelle que cette nation apporte du berceau contre l'espagnole, et ainsy que je sçauray mieux me régler par la raison; en quoy le dict marquis certainement ne dit pas ce qu'il pense ; car je crois qu'il est assez persuadé qu'il n'y a aucun François qui ayt plus que moy tout ce qu'il faut pour estre parfaitement hay des Espagnols, et, eneflect, ils le font bien connoistre, puisque un peu d'encens qu'ils me donnent en public n'empesche pas qu'ils ne songent solidement à escouter touttes propositions et pratiquer tous moyens pour me perdre.
Mazarin engage ensuite ie duc de Longueville à surveiller les négociations que les Sue'dois entretiennent avec les Espagnols par l'intermédiaire de Rosenhani.
Original signé; Bibl. Imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
MAZARIN A RRASSKT.
[Paris,] 3o décembre i6i5.
Monsieur, Pour respondre à la vostre du 1 7 de ce mois, je vous diray que je
trouve vos sentiniens fort raisonnables sur le point des plenipoten- Décembre tiaires il»1 MM. les Estats ; que vous en devez donner continuellement part à ceux du Roy, qui sont à Munster, afin qu'ils en profitent sur la conduicle qu'ils ont à observer avec les autres.
Pour ce qui est de l'affaire de Portugal, vous ne pouviez vous y gouverner plus sagement que vous avez fait, ny en parler avec plus de prudence. 11 faudra continuer et vous prévaloir de toutes les conjonctures favorables qui se présenteront pour restablir ce qui n'est desjà que trop desconcerté entre ces deux nations. Surtout vous donnerez bien à entendre à M. le prince d'Orange le grand interest qu'a la France que cette bonne intelligence se renoue et le préjudice que nous recevrions, si, au lieu de faire diversion en faveur de nos armes qui agissent en Catalogne, le roy de Portugal estoit obligé d'employer lijs siennes contre les Hollandois, d'où il arriveroit que ceux-cy agiroient avec moins de vigueur contre l'ennemy commun , et que nous serions contraints de redoubler les efforts que nous ferons en Catalogne contre le roy d'Espagne, en affoiblissant ceux que nous ferons1 ailleurs contre luy.
Vous ne pouviez mieux parler que vous avez fait au résident de Mmela Landgrave, touchant l'armée prétendue parle duc Charles, et vous devez presser tousjours afin qu'elle ne se forme point, et faire puissamment office pour cela auprez de M. le prince d'Orange. Vous ne manquerez pas aussy de remercier ledict résident de la rcsponse qu il a faicte à Noirmont sur la proposition de la reunion de sa maistresse2, et de luy insinuer que la France manquera plus tost à ses proprés inlerests qu'à ceux de ses alliez, et surtout qu'il n'y en a point qui luy soient si chers que ceux de M,1C la Landgrave; que c'est une vérité dont les eflects rendront bien plus de tesmoignage que les paroles, et qu'on n'a rien veu jusques icy en nostre conduicte qui la desmente. Vous ferez aussy en sa faveur tous les offices possibles sur le
Il y a bien ferons dans la copie. Fcsons de la landgrave de Hesse-Cassel avec le duc semblerait préférable. Charles de Lorraine. Voyez, sur Noirmont,
' Il s'agissait probablement d'une alliance p. iq8.
Décembre différend de [l'Ostfrise]1, mais avec la circonspection et l'adresse que l(>''',• requiert une matière si jalouse et si délicate dans l'honneur de M. le prince d'Orange et de Mmc [la Landgrave].
Quant à la levée du colonel Colhas, puisqu'elle ne peut réussir en ce pays-là comme on se l'estoit promis, il faudra avoir patience; car, pour ce qui est de Hambourg, il ne faut pas que ledict Colhas y pense maintenant, et il y a plus de quatre mois que nous avons envoyé des ordres et de l'argent à M. de la Thuillerieet fraischement au sieur de Meule2 pour lever jusqu'à six mille fantassins, outre la levée que lait Bonichausen de trois mille hommes de pied et de trois cens chevaux, et une autre de deux mille fantassins que le Roy fait faire dans les Estais de Mmc la Landgrave par le moyen du sieur de Beauregard, et une de trois mille hommes de pied que nous espérons lever dans la Prusse par la permission du roy de Pologne3, outre six regimens qui se doivent faire en Escosse et en Irlande, et pour la levée desquels nous avons envoyé des ordres, de l'argent et des hommes pour en prendre les soins nécessaires. Je me promets encore de mettre mon régiment d'Italiens à deux mille hommes effectifs sous les armes, bien qu'il soit revenu fort débilité4 d'Allemagne.
Vous donnerez part de tout cecy à M. le prince d'Orange, qui pourra juger par là que nous avons lieu d'espérer de toutes ces levées un corps considérable d'infanterie, et il pourra encore voir ([n'en quelqu'estat que soit la négociation de la paix, on ne s'endort pas pourtant de deçà et qu'on y songe vigoureusement à la guerre. Et quand mesme cette grande despense que nous faisons aux arméniens susdicts ne serviroit point à faire la guerre, j'estime qu'elle ne demeurera pas inutile, et que nous n'aurons pas subject de
1 1-e mot est peu lisible dans In copie; on les Etats généraux des Provinces- Unies. déchiffre de losthm, ce qui n'a pas de sens. ' Le sieur de Meule, ou Meulles, repré-
La querelle pour l'Ostfrise, dans laquelle, sentait la France à Hambourg, comme on l'a vu plus haut, p. 28, note 4, la 3 Une partie de la Prusse dépendait
Landgrave était engagée, est une des ques- de la Pologne à cette époque, lions sur lesquelles Mazarin revient souvent, " La copie porle débile, mot évidemment
ci en recommandant toujours de ménager altéré.
nous repentir de l'a\oir l'aide, puisquelle servira à faire faire la paix Janvier 16A6 avec plus d advantage et de gloire pour le Roy et pour ses alliez.
\ ous donnerez aussy part à sa dicte Altesse comme les recrues pour l'année de Catalogne sont desjà données ' et les fonds adjustez pour 1 artillerie et le pain de munition; bref, les assignations données pour la despense de toute la campagne prochaine de la dicte armée, de teHe sorte qu'avec les advantages que nous y avons obtenus la campagne passée, nous pouvons apparemment espérer de tels progrez, que les Espagnols seront obligez de changer la resolution qu'ils ont prise d'envoyer trois mille Espagnols en Flandre, qui ne les incommoderont pas en leur pays, où ils ne manqueront pas de matière à les employer.
Vousluy direz encore comme on a donné des quartiers à toute l'armée de M. le mareschal de Turenne, à laquelle, outre cela, on a envoyé une monstre, tellement que nous ne doublons point qu'avec les renforts qui luy sont destinez, elle ne sorte en campagne, l'année prochaine, beaucoup plus forte qu'elle n'y a encore esté.
Quant à la levée que le sieur de la Rocque a entreprise prez de Maestricht, puisqu'elle ne peut réussir comme on eust désiré, il faudra vous prévaloir des trois cens hommes qui sont sur pied [et] les envoyer à Trêves, aprez en avoir au préalable donné advis à M. de Turenne et receu là dessus ses ordres.
CUII.
archives des Affaires étrangères (Allemagne), tomcV, p. i ''i 3 - 1 5 7 . — Copie du temps.
AU DUC DE LONGUEVILLE
[Paris,] 1 3 janvier 1 660.
( EXTIUIT. )
Vfazarin loue d'abord la prudence du duc de Longue viile, surtout dans ses relations avec Isola; il continue ainsi :
Cet Isola a esté de tout temps un brouillon. Il a fait plusieurs
Levées semblerait préférable à données, bablerncnt dans le texte : les ordres pour les qui se trouve dans la copie. Il y avait pro- recrues sont desjà donnez.
Ianvien6û6. voyages de Londres à Bruxelles, lorsqu'il y avoit en ces deux villes-là beaucoup de François exilez, pour essayer de faire quelque party capable de nous faire de la peine, et dernièrement, sous prétexte d'aller en Bourgogne, il passa icy, et nous sceusmes que son intention estoit de faire quelque tentative dans l'esprit de M. le président Le Coigueux , qu'il avoit autresfois cognu en Angleterre, et de voir s'il pourroit engager M. de Guyse, qu'il cognoissoit de Bruxelles, à quelque chose contre le service du Roy1. Il a esté bien hardy de vouloir sonder vos intentions, quoyque bien délicatement, faisant semblant de plaindre le malheur de ceux qui sont nez sous la domination d'un Roy dont la puissance est si absolue que celle de Sa Majesté. Il paroist qu'il estoit peu informé de vos sentimens; vostre place n'est pas exposée à ces sortes d'attaques ny de surprises. La meilleure chose qu'il vous ayt dite, c'a esté lorsqu'il vous a parlé , en gênerai, de mariage; qu'il falloit se voir avec Trautmansdoiff et s'adjuster ensemble, sans médiateurs, estant tousjours plus persuadé que nous en tirerons de grands advantages. Vous ne pouvez aussy vous conduire mieux, Monsieur, que vous avez fait avec M. le nonce, auquel je vois que l'on ne mande de Rome que ce que l'on veut qu'il dise. Je puis vous asseurer que tout ce qui vous a esté escrit sur le sujet d'Hersent2 est la pure vérité; nous en avons une déclaration signée de luy, et de plus les originaux des lettres qu'il escrivoit au pape et à M. Scotti avec le chiffre qu'ils avoient ensemble par ordre de Sa Sainteté. Le cardinal Panzirolo n'a pas eu grande part en cette afl'aire-là , ny en toutes les intelligences qui s'augmentent chaque jour par les poursuites que l'on fait contre la maison Barberine, sans observer aucune forme de justice, ledit Panzirolo faisant profession de conserver quelque gratitude envers ceux qui l'ont eslevé du néant au cardinalat. Cela aussy empesche le pape, qui est irrité contre la dicte maison descouler ses conseils en cette matière. Cependant ceux qui prétendent de gagner les bonnes grâces de Sa Sainteté en le flattant sur la destruction d'une famille dont ils dévorent desja en
Comparez, sur Isola, les Négociations Voyez ci-dessus: p. a36, |e\to o|
secrètes de Munster, t. 111, p. 12. noie 1.
espérance la despouilie, n'oublient rien pour decrediter ledict Panzi- ianvien646. rolo, et pour occuper son poste. En' quoy le cardinal Sforza, qui le hayt d<> longue main, se porte comme chef de party.
Mazarin continue en déclarant que le véritable crime des Barberins, aux yeux du pape, c'est d'être entrés au service de la France et de s'être placés sous sa protection. On ne leur avait jamais parlé de reddition de comptes avant cette époque. La France, d'ailleurs, ne prétend point s'opposer à cette mesure , quoiqu'il y ait beaucoup à diresur la manière dont on procède à l'égard des Barberins, puisqu'on ne veut pas avoir égard aux brefs du pape qui les exemptaient de rendre des comptes, el qu'on leur refuse communication des registres de la chambre apostolique, au moyen desquels ils pourraient justifier que la dépense a été en rapport avec la recette. Il ajoute :
Je vous diray, pour conclusion, que la resolution que Ton a prise icy, c'est de continuer la protection à la maison Barberine... Le cardinal Antoine arriva icy il y a cinq ou six jours; il a voulu estre incognu, et, aprez avoir fait les submissions et les protestations que vous pouvez vous imaginer d'une personne qui n'a autre abry que la protection du Roy, il a receu toutes sortes de caresses et d'asseurances de bienveillance de Sa Majesté pour luy et pour toute sa maison.
Mazarin pense qu'il est avantageux pour la Fiance de protéger cette maison :
Dans un temps que le pape et les Espagnols ne songent à autre chose qu'à abolir le nom françois dans Rome et à y rendre la seule maison d'Austriche arbitre, à l'avenir, de l'élection des papes et de toutes les affaires, on establit un party puissant pour cette couronne et une grande faction qui peust non-seulement contrecarrer tous leurs desseins, mais, par sa grande suite, faire réussir la pluspartdes nostres.
Mazarin déclare qu'il n'agit pas par intérêt personnel; il a eu à se plaindre du cardinal Barbcrin (François) :
Le cardinal estudia, pendant cinq ans durant, les moyens d'empescher l'effect de la nomination dont Sa Majesté m'avoit honoré pour le
i.mvR'i i646. cardinalat Mais il n'estoit pas juste que le cardinal Mazarin se ven-
geast du cardinal Barberin aux despens du service de Sa Majesté.
Mazarin a mis sous ses pieds toutes les offenses qu'il avait reçues de ce cardinal :
En quôy, ajoute-t-il , je me flatte d'autant plus de mériter envers cette couronne, que n'ayant ny places, ny gouvernement, ny establissement certain dans ce royaume, estant cardinal et pouvant arriver des accidens qui m'obligent un jour à la retraite parmy les miens, cette considération ne me fait pas biaiser le moins du monde à me mettre de puissans ennemis sur les bras, et entreprendre tout avec vigueur quand il est question du moindre interest du service de Sa Majesté.
Mazarin parle ensuite de Trautmansdorff 1 : -
On doit le considérer comme un ami du duc de Bavière et un ennemi de la France aussy implacable que les Espagnols et plus dangereux , parce qu'il a plus de capacité qu'eux pour parvenir à ses fins . et qu'il en mesnage les moyens avec plus daccortise et de méthode.
Il sera possible de gagner le duc de Bavière. Quant à une ligue des princes d'Italie avec les Espagnols, elle n'est pas à craindre :
Tous ces princes sont en si mauvais estât, si épuisés d'argent et avec si peu de ressources pour en trouver, si impuissans pour former aucuns corps de troupes considérables, qu'à le bien prendre, ils donnent beaucoup plus de subject de compassion que de crainte.
Enlin, sur Rome, Mazarin déclare que le cardinal neveu (Pamphilio) non-seulement n'a ni esprit ni application, mais qu'il n'exerce aucune influence sur le pape et ne songe qu'à ses plaisirs :
11 es) vray qu'il n'ayme pas Panzirolo ; mais la nécessité qu'eu a le pape (de Panzirolo), pour se descharger sur luy des affaires, le met hors de toutes les attaques de ses envieux.
Maximilien, comle de Trautinansdorff. était, à Munster, un des principaux plénipotentiaires de l'Empereur.
Janviei i(i'i(i
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), lonte V, P 210. — Copie du temps.
AU DUC DE LONGUEVILLLE
[Paris,] 20 janvier iliiti.
Monsieur, Vous n'aurez pas peine, je m'asseure, à deviner quelle est la personne qui tient les discours que je marque dans mon mémoire commun1; c'est M. le Prince qui, depuis son retour, semble avoir repris de nouvelles forces pour descrier toute ma conduite. Je ne sçais si l'affaire de Cbarleville n'y contribue point, et s'il s'imagine que, faisant le mescontent, je cherchera^ les moyens pour l'appaiser et lui faire donner toute satisfaction; mais, s'il le prend de ce biais-là, il me cognoist bien mal; car je puis bien dire qu'aux eboses qui regarderont le service du Roy, je ne me contenteray pas de les procurer; je les soustiendray avec plus de fermeté et de courage, quand il faudra venir là, que M. le cardinal-duc2 l'a jamais faict. Je dissimule, je biaise, j'adoucis, j'accommode tout autant qu'il m'est possible ; mais, dans un besoin pressant, je feray voir de quoy je suis capable, et, comme je n'ay nul interest pour moy, ni aucune suite pour mes parens, ces nio-
1 C'est-à-dire le mémoire adressé en commun aux plénipotentiaires. On trouve dans les Négociations secrètes touchant (a pair île Munster (l. III, p. 21-28 et p. 95-27) deux mémoires adressés, le 20 janvier i646, par Mnzarin aux plénipotentiaires. Le passage auquel Mazarin fait allusion est le suivant: « L'extraordinaire passion que j'ai de voir établir le repos dans la Chrétienté nie fait souffrir des peines que je ne saurois von?, exprimer, des discours que tient //ueliju'uh dans le Conseil, qui sans doute s'ima-
gine de gagner tous les esprits et la bonne volonté d'un chacun, quand il publie l'impatience qu'il a de la paix, la nécessité que la France en a , etc. n Ce passage se trouve à la page 26 , deuxième colonne, du tome III des Négociations secrètes citées ci-dessus. La lettre de Mazarin au duc de Longueville en est le commentaire indispensable; elle fait d'ailleurs connaître le caractère de Mazarin, dont les formes obséquieuses n'excluaient pas la fermelé.
1 Le cardinal de Richelieu.
Février 16A6. tifs-là, qui font agir-les autres avec circonspection, ne me retiendront pas beaucoup. J'ay résolu, à la première occasion, de luy faire une petite passade, dont je m'entends par advance avec M. le Duc1, qui ne trouve pas inoins à dire que moy aux discours et à la conduicte de M. son père.
GXV.
Original signé: Bibliolh. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
A M. BRASSET.
Paris, 3 février îCflO.
Les Espagnols, par toutes les voyes dont ils peuvent s'adviser, me l'ont tesmoigner d'avoir grand désir de faire des propositions pour la paix. J'ay faict la sourde oreille et ay tout rejeté absolument sans vouloir mesme escouler les premières ouvertures. Neantmoins beaucoup de personnes seroient d'advis qu'on sceust s'ils s'engageront à quelque chose, avec dessein pourtant de renvoyer tout à Munster. Je vous prie d'en informer M. le Prince d'Orange et de le conjurer, de ma part, de me départir là dessus ses bons advis,sans lesquels et sans son approbation, je ne suis pas résolu de rien entendre, d'autant plus que je n'y ay nulle inclination, attribuant toutes les recherches des ennemis à malice ou artifice. Mais , si M. le prince d'Orange le juge à propos, il peut bien estre asseuré qu'il ne me sera pas dict un seul mot dont je n'aye impatience de luy donner aussytost cognoissance.
Sçachant que M. le Prince d'Orange sera bien ayse d'avoir quelque information des affaires présentes que nous avons avec Rome, j'ay faict tirer à la haste les deux papiers cy-joincts que vous luy remettrez, le priant pourtant de n'en rien tesmoigner. Vous pourrez aussy l'asseurer en mesme temps que le pape n'est pas. Dieu mercy, en estât de nous
1 Le duc d'Enghien.
faire rien appréhender, quand il continueroit dans sa mauvaise vu- Févrieri6S6. lonté envers cette couronne; ce que je ne puis croire.
Vous trouverez cy-joincte une relation en gros des affaires de Rome, le discours que M. fe chancelier fit au nonce en présence de Sa Majesté et fa copie d'une lettre que fe Roy escrivit, il y a quelque temps, à M. fe cardinal Barberin, quand les Espagnols luy osterent le revenu des abbayes qu'il a dans leurs Estats. Si M. le Prince d'Orange prenoit plaisir à avoir les nouvelles que nous recevons d'Italie toutes les semaines, je me chargerois de luy en faire part.
Il est à propos que M. fe prince d'Orange sçache que jamais nul n'a esté plus persécuté d'un autre que je l'ay esté du cardinal Barberin , qui ne s'est pas contenté de travailler, par toutes sortes de moyens, à empescher mon advancement, mais pour me ruiner entièrement, aprez avoir servi seize ans le Saint-Siège avec quelque réputation. L'on auroit pourtant subject de me bfasmer, si le service de Sa Majesté y estant intéressé, je voulois songer à venger à ses despens les injures que j'ay receues en mon particulier, outre qu'if est tousjours louable et généreux de donner plustost la main à des misérables que de les accabler.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome V, p. 3ôi etsuiv. — Copie du temps.
A M. D'AVAL X
| Paris,] 3 février it>46.
(extrait.)
Monsieur, Je vous diray, sur le subject de la conduite des Suédois en nostre endroit, qui certainement n'est point si franche ny si ouverte que la nostre envers eux, que je ne sçaurois neantmoins croire qu'ils se doivent porter à une défection de ce qu'ils sont obligez de nous rendre en vertu de la confédération que nous avons ensemble1, et partant qu'il faut
1 Voyez t. 1 des Lettres de Mazarin, p. x\m.
KévrienfiMi. cultivei' soigneusement ce qu'il y peut avoir de bon en leur procédure et en tirer tous les advantages possibles, en ramenant avec adresse et vigueur les choses au point où elles doivent estre. Il n'y a personne qui sçache mieux que vous ce que la France a faict en leur laveur, et, bien qu'ils soyent aujourd'huy plus puissants que nous en Allemagne, que nous avons contribué à cette grandeur, non-seulement par l'argent que nous leur avons annuellement fourny, par celuy que nous fournissons à Mllie la Landgrave de Hesse, et ordinaire et extraordinaire , par les puissantes et efficaces diversions que nous avons fait de toute la puissance d'Espagne, qui n'eust point manqué, si eîle n'eust esté occupée chez soy, de leur aller faire de la peine en Allemagne; mais encore, dis-je, que nous avons aydé à cette grandeur au préjudice de nos propres interests , que nous avons plusieurs fois sacrifiez pour les leurs.
Et, sans parler de l'effort que la France lit pour relever leurs affaires ruinées par la perte de la bataille de Nordlingen , M. de Longueville sçait fort bien en quel estât elles estoient, lorsqu'il mena ce beau secours à Banier, sans lequel il eust esté vraysemblablement opprimé à Salfolt 1 ; il sçait encore que l'autre se fust estimé heureux de recevoir un secours de six ou sept mille hommes, au lieu d'un de dix-huit mille qu'il receut, et qu'avec le reste des forces confédérées nous aurions pu prendre des advantages pour nostre particulier, que nous ncgligeasmes, pour aller plus seurement au bien de la cause commune, ei au particulier de la couronne de Suéde.
Us ne peuvent aussy ignorer avec quelle promptitude feu M. le mareschal de Guebriant accourut au secours de Banier aprez l'accident qui lui arriva au haut Palatinat, bien qu'ils se fussent séparez avec quelque degoust que ledict sieur mareschal avoit receu de celuy-cy, lequel, indubitablement, eust esté alors perdu sans l'extrême diligence • pie l'autre apporta à le secourir, et il est vray que la disgrâce deWol-
' Il faudrait lire probablement Salfcld, gnit, en 1660, le général Suédois Banierou ville de Thuringe près d'Erfurth. Ce fut là, Banner. (Puffcndorlf, De rébus succicis, en effet, que le duc de Longueville rejoi- lib. XII.)
fenbîittel ' estant ensuite arrivée, et les armées confédérées obligées de Févrien6i6. se retirer, la nostre et Mmc la Landgrave de Hesse, qui en fut quitte pour la perte de Dorsten, ne trouvèrent point de salut que dans le Lazard d'une bataille qu'elles gagnèrent.
Vous sçavez ce que nous fismes la pénultième campagne, lorsque Torstenson tenoit Gallas comme assiégé du costé de Magdebourg, et, comme, au lieu de nous servir, comme nous le pouvions faire, de l'armée de Mme la Landgrave, pour nous ayder à gagner des quartiers de là le Rhin à nostre armée, nous aymasmes mieux qu'elle allast ayder M. Torstenson, pour achever d'opprimer Gallas; ce qui fut faict en partie, et ce succez impar faict obtenu vers elle fut la semence de la bataille qu'il gagna quelque temps aprez en Bohême2.
Enfin, ce qui s'est passé la dernière campagne est trop frais, afin qu'eux et nous le puissions avoir oublié, et il est certain que la perte de la bataille de Marienthal3 n'est arrivée que pour ce qu'à leur considération, et pour empescher le duc de Bavière de secourir l'Empereur, M. le mareschal de Turenne s'est mis trop tost en campagne, et s'est trop avancé vers le Danube, et vous sçavez quel préjudice nous avons reçeu de la retraite hors de saison de Kœnigsmarck 4, et comme l'armée de l'archiduc Leopold a pu venir pousser la nostre et se retirer sans opposition ou diversion quelconque faicte par les Suédois.
Je ne vous parleray point de l'alliance que nous avons faicte avec Ragosky, dont nous avons faict la première despense et eux recueillyle premier fruict, ny de la paix de Dannemarck que nous leur avons procurée si advantageuse. Vous en cognoissez les conséquences, ny de l'alliance [du roi] de Dannemarck avec la France, qu'ils ont extrêmement désirée, et par laquelle nous l'avons détaché desinterestsde l'Empereur, ny du mariage de la princesse Marie, qui a empesché le roy de Polongne de prendre part dans la querelle du roy de Dannemarck avec la Suéde,
1 Voyez, sur cette campagne de 1G&1, ' Voyez ci-dessus , p. 1 34, note h.
les Mémoires de Montglat (édit. Michaud et 3 Ibidem, p. iG4, note 3.
Poujoulol . p. io3). " Ibidem, p. 2o3, note h.
-28b LETTRES
Février j646. et luy a l'ait regarder avec des yeux indifférents la décadence de la maison d'Austriche.
Je vous ay faict ce succinct dénombrement, non pour vous apprendre rien que vous ne sceussiez; mais, ou pour vous en rafraischir la mémoire ou par forme d'entretien si vous voulez, et afin que vous ayez ces armes prestes pour vous en servir, quand vous le jugerez à propos, et en la manière qni vous semblera la plus convenable.
Je viens à un autre point de vostre lettre, qui est la conférence que vous avez eue avec Isola, sur quoy je n'ay [rien] à vous dire, sinon que vous ne pouviez ny plus judicieusement, ny plus adroictement, ny plus efficacement traicter l'interest dont il estoit question; qu'il faut absolument que le point le plus immuable et fixe de toute la négociation soit de prendre le plus d'advantage que nous pourrons sur les Espagnols.
Ce qui me le persuade ainsy sont deux raisons: l'une que n'y ayant rien de plus constant et de plus asseuré qu'il ne se peut jamais formel' une véritable et cordiale amitié entre les François et les Espagnols, et que ceux-cy ne nous laisseront jamais en paix qu'autant de temps qu'ils seront dans l'impuissance de nous troubler, la prudence veut que nous gardions le plus que nous pourrons des conquestes que nous avons faictes sur eux, afin qu'ils soyent moins en estât de nous nuire, et nous plus en estât de les en empescher. La seconde considération est que plus nous prendrons d'advantages sur les Espagnols, moins nous serons obligez d'en prendre dans l'Allemagne, et, par conséquent, puisque chacun a coustume de préférer son interest à celuy d'autrùy, nous pouvons estre asseurez que l'inclination des princes d'Allemagne se portera à nous estre favorables en une prétention où tout ce que l'Espagne payera ira à leur descbarge. Je me remets des autres matières à la despescbe commune1.
1 La dépêche adressée par Mazarin en été publiée dans les Négociations secrètes de commun aux plénipotentiaires de France a la pair de Munster, t. III, p. 43-^6.
Février i(i h 6
GXVH.
Lrchives îles Affaires étrangères (Allemagne), tome V, p. 718-719. — Copie du temps.
AU DUC DE L()\GUEVILLE
[Paris,] 7 février îlj'ilj.
Monsieur,
Je fais si grande estime de tout ce qui vient de vous et de MM. vos collègues, que j'ay conclu qu'il y avoit des raisons qui m'estoient incognues, quand j'ay veu arriver un courrier exprez avec grand esclat sur une proposition qui, dans l'effect, ne conclut rien, quoyque je ne double nullement que, dans l'intérieur, les Espagnols ne soient entièrement résolus à la paix, et à la faire à quelque prix que ce soit, avant que la campagne commence.
Vous me permettrez donc, Monsieur, que comme à une des personnes du monde que j'honore et estime le plus, je vous ouvre mon cœur avec ma liberté et ma franchise accoustumée, et que je vous dise que les Espagnols ayant pris soin de rendre la chose si publicque, il ne nie semble pas qu'ils puissent avoir eu, pour encore, d'autres visées que de faire leur dernier effort pour donner jalousie de nous à nos alliez et particulièrement à MM. les Estats, et avoir la vanité de faire paroistre dans le monde que les misères de la chrestienté, aux maux de laquelle ils compatissent, sont le véritable subject qui les convie à demander la paix, et non pas la nécessité qu'ils en ont. Il auroit donc, selon mon foible avis, esté bien à propos que, sans tesmoigner de mespriser l'ouverture , on eust faict cognoistre aux médiateurs qu'estant de soy vague, et, à bien parler, un simple compliment, on ne devoit s'attendre qu'elle peust produire aucun effect de considération ny décisif, comme la chrestienté en a tant de besoin, et qu'il vaudroit mieux mettre sur le tapis des expedietis réels et pertinens pour conclure promptement un bon accord , puisque d'avoir depesché un courrier ic\. d'arresterlà lo cours de la négociation jusqu'à son retour, monstrer
Févrieriôfifr. de faire grand cas de la defference du roy d'Espagne, applaudir à l'ouverture que ses ministres ont faicte et en attendre ensuite les resolutions de la cour, tout cela aura confirmé les médiateurs et un chacun dans la croyance qu'elle aura, en effect, plus de suite qu'il ne paroist qu'elle puisse avoir.
Mais ce que je vous advoue , Monsieur, qui m'a surpris le plus, ce n'a pas esté de ne voir point dans vos depesches un advis, ou particulier ou gênerai, que vous eussiez formé entre vous et MM. vos collègues, de la façon dont vous estimez qu'il falloit respondre, mais que vous vous soyiez deffendu de le donner sur ce qu'il falloit, pour le bien concerter, avoir une grande cognoissance de toutes les affaires du inonde. Ce qui m'a fait entrer en soupçon que vous m'eussiez fait le tort de croire que je vous cache quelque chose de ce que je sçais, lorsque je puis vous protester véritablement que, quand je prends la plume pour vous escrire, jamais je ne la quitte que je ne vous aye fait voir le fond de mon cœur en toutes choses, sans la moindre reserve imaginable, tellement que, n'ignorant rien de tout ce qui vient généralement à ma cognoissance, et ayant de plus que moy les lumières que vous fournit la pratique journalière de tant de ministres, de princes, que vous voyez en original , où ils ont moins de facilité à se déguiser, je juge avec raison que, dans les affaires de la paix, il n'y a point d advis et de conseil que l'on puisse donner à Sa Majesté, dont elle doive faire tant de cas que du vostre, et, pour vous monstrer que c'est mon véritable sentiment, bien que nous vous mandions tout ce qui nous est venu dans la pensée en ce rencontre, je n'ay pas laissé de faire que Sa Majesté vous envoyra un blanc signé d'Elle, afin que vous le puissiez remplir de tout ce que vous jugerez à propos, ou conforme, ou différent à ce que l'on vous escrit. En quoy, Monsieur, vous pourrez voir si Sa Majesté prend une dernière confiance en vostre prudence et en vostre affection.
Quant à l'honneur qui resuite à la personne de la Reyne de la defference qu'une monarchie si puissante luy rend, vous sçavez, Monsieur, si. quand les Espagnols ont voulu s'abaisser jusqu à moy pour la mesme
chose, ainsy qu'ils le dirent à la reyne de Polongne, et que Castel- Février 16A& Rodrigo l'a depuis fait escrire au nonce, qui esticy, j'ay tesmoigné d'en faire grand estât, quoyque la chose passant avec plus de secret, puisqu'ils ofl'roient d'envoyer telle personne et en tel lieu que je clesignerois, il y avoit bien plus d'apparence qu'aujourd'huy de croire qu'ils marchoient sincèrement et qu'il en pouvoit réussir quelque chose de bon.
C'est tout ce que jous diray, Monsieur, là dessus pour satisfaire à la parole que je vous ay donnée de ne vous déguiser jamais rien de mes sentimens, vous conjurant, en eschange, de me favoriser en toutes rencontres des vostres avec la mesme franchise et sincérité, puisque je les recevray comme la plus véritable preuve que vous puissiez me donner de l'amitié que vous m'avez promise.
J'ay plus de subject que jamais de vous confirmer ce que je vous ay desjà mandé et à MM. vos collègues, par mes dernières depesches, sur la nécessité des Espagnols et sur la resolution qu'ils ont prise de sortir d'affaires , à quelque prix que ce soit, et, sur ce fondement, j'oserois quasy vous asseurer que nous avons perdu tous nos préparatifs pour la campagne prochaine, quoy que l'on ne laisse pas de travailler continuellement pour les augmenter de tous costez; peut-estre que la passion que j'ay de voir réussir au plus tost une affaire si glorieuse pour le Roy et si advantageuse pour la France, me faict croire les choses plus advancées qu'elles ne le sont en eflect; mais je réplique de nouveau qu'il me semble de voir si clair dans Testât où sont les ennemis et dans les resolutions qu'ils doivenl prendre, s'ils n'ont perdu le jugement, que vous, Monsieur, secondé de MM. vos collègues, poursuivant, avec l'adresse que vous avez faict jusqu'icy, et avec la mesme fermeté, à présent que vous estes sur le point d'en recueillir le fruict, je tiens pour certain que nous ne serons pas à la fin d'avril que vous ne nous donniez la nouvelle d'une paix aussy advantageuse à vostre patrie qu'elle rendra immortelle vostre gloire à toute la postérité. On peut aussy faire un jugement bien fondé de Testât où sont nos ennemis, par le soin qu'ont pris les médiateurs de vouloir nous engager, au cas que
Février 16A6. l'offre de laisser les choses comme elles sont soit acceptée, à ne prétendre pas retenir les conquestes, du jour que nous en fismes la proposition, puisque nous n'avons pris depuis que Bourbourg, Link,Bethune, Saint-Venant, Lilliers, La Mothe-aux-Bois, Lens, Armantieres, VVarneton, Menehen (Menin), Boses et Balaguier. A la vérité , pour ces deux-cy, nous ne pouvons pas consentir à les rendre; mais, pour le reste, quand la paix ne dependroit plus que de cette restitution, et qu'aprez avoir fait tous nos efforts inutilement pour le party d'eschange \ et puis pour retenir tout, et ensuite les eschanger à (avec) quelques autres prez de Peronne , qui nous accommodassent, et que la conclusion de la paix en fust à cela prez, je ne pense pas que personne conseillast à la Beyne de laisser imparfaicte une si bonne œuvre pour s'obstiner à ne vouloir pas rendre ces choses, démolissant les fortifications que nous y avons faictes; mais, au nom de Dieu, pour l'advantage de la France, pour vostre gloire et pour l'amour de moy, appliquez, Monsieur, je vous supplie, tous vos soins et toute votre industrie pour faire réussir le party de l'eschange, vous asseurant qu'à mesure que la campagne approchera, l'envie de la paix redoublera aux ennemis, qui recognoistront de plus prez le péril dans lequel ils sont, et que, moyennant les Pays-Bas, qu'ils sont à la veille de perdre, ils peuvent mettre tout le reste à couvert et leur monarchie en seureté, et quoyque Trautmansdorff dise contre cela, la nécessité que l'Empereur a de la paix n'estant pas moindre que celle qu'en a l'Espagne, il sera obligé, aussy bien que les autres, à changer de langage. Je vous escris une lettre à part, comme faict Monsieur et M. le Prince en responce des vostres, que vous puissiez, si vous jugez à propos, monstrer aux médiateurs, afin qu'ils recognoissent et puissent tesmoigner en quelle conformité d'opinions sont les principales personnes qui ont l'honneur de composer le conseil du Roy.
1 L'échange de la Catalogne contre les à Paris un boulevard inexpugnable, et ce
Pays-Bas espagnols. Mazarin écrivait, le seroit alors véritablement qu'on pourroit
20 janvier 16/16, aux plénipotentiaires: l'appeler le cœur de la France." Négociations
t L'acquisition des Pays-Bas espagnols forme secrètes de la pair de Munster, t. III. p. 21.
Février i6fl6,
CAVIII.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome V, p. Ci 3-6 16. — Copie du temps.
A M. D'ESTKADES.
(EXTRAIT
[Paris,] 2^1 février îG'iG.
Je suis en l'impatience que \ous pouvez vous imaginer, dans l'attente d'avoir de vos nouvelles. Cependant Brasset m'escrivant que M. le prince d'Orange jugeroit à propos que l'on continuast de renvoyer toutes les négociations à Munster pour les soupçons que MM. les Estats pourroient autrement concevoir, s'il s'en introduisoit quelqu'une en France, je dois vous dire que si mondict sieur persiste dans le mesme sentiment, approuvant d'ailleurs et croyant utile à la France, aux Estats et à luy-mesme, le parti d'escliange de la Catalogne avec les Pays-Bas ', on pourra donner cette charge à MM. les plénipotentiaires, afin qu'ils essayent de le faire réussir par l'entremise de Contarini2, qui leur a faict souvent l'ouverture, comme vous sçavez, et en ce cas, pour ne pas perdre un moment de temps, il sera bon que vous en escriviez non-seulement en gros auxdicts plénipotentiaires, ainsi que je vous en avois prié, mais le plus particulièrement qu'il se pourra, selon les sentimens et bons conseils dudict sieur prince.
Noirmont, dont vous avez si souvent ouy parler, a asseuré, à Munster, les ministres d'Espagne que M. le prince d'Orange luy avoit dict que, si la France ne se contentoit de conditions raisonnables, MM. les Estats passeroient outre à leur accommodement.
' On a \u ci-dessus, page 288, texte et Provinces-Unies et il recommandait à d'Es-
nole, que Mazarin attachait la plus grande trades et à Brasset de faire tous leurs efforts
importance à cet échange, <[ui aurait donné' pour en triompher.
les Pays-Bas espagnols, ou Belgique, à la ' Un des médiateurs de la paix de \V est- France; mais il redoutait l'opposition des phalie. Voyez t. I. p. 653.
Févricn r> '.g. llamesme adjousté que Son Altesse1 jugeoit une condition fort advantageuse pour nous, si le roy d'Espagne condescendoit à une suspension [d'armes] durant la minorité du Roy, toutes choses demeurant en Testât qu'elles sont. Je suis certain que c'est une pure supposition de cet homme pour flatter les Espagnols. Il sera bon , neantmoins, d'en toucher un mot à mondict sieur prince en confiance, luy tesmoignant qu'on n'y a fait icy nulle reflexion.
J'ay quelques advis que les Espagnols ont pratiqué, par le moyen de ce Noirmont , mesme le sieur Mus (?) , greffier de MM. les Estats2, et qu'il doit toucher une somme d'argent considérable qu'ils luy font remettre. Je vous prie d'en conférer avec le sieur Brasset, par l'entremise duquel nous avons promis deux mille escus à ce personnage, et pourveu que vous les croyiez pas mal amployez, on pourra les luy payer sans perte de temps, de l'argent que ledict sieur Brasset a entre les mains, que l'on remplacera à l'instant. Gela est entièrement remis à ce que vous en résoudrez ensemble.
J'ay aussy advis de bonne part que Pciïaranda a un dessein formé de sacrifier une somme notable pour gagner les députez de MM. les Estats, au cas qu'il voye que cela puisse estre utile à faire un coup important pour le service de son maistre, comme seroit de détacher lesdicts sieurs Estats d'avec nous.
Il est desjà arrivé quatre cens Espagnols à Dunkerque dans la frégate qui porta en Espagne le père Barrée, que le marquis de Gaslel- Rodrigo y envoya dernièrement, et, si on ne ferme en quelque sorte les porls de Flandre3, tous les secours que les Espagnols y ont destinez s'y rendront avec la plus grande facilité du monde.
' Le prince d'Orange, Frédéric-Henri de siècle, par la famille de Fagel (1670-1795). Nassau. (Voyez t. I, p. 9/19.) 3 D'après les traités conclus entre la
2 La charge de greffier des Etats généraux France et les Provinces-Unies, la flotte de
était une des plus importantes des Provinces- cette Républirpie devait fermer les ports des
Unies. Elle a été remplie, pendant plus d'un Pays-Bas espagnols.
Mars i646.
cm.
Original signé; Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
A M. D'ESTRADES
[Paris,] 8 mars îfi'iO.
Monsieur,
J'ay receu vos trois lettres du 26 du passé, comme MM. Pau et Knut1, avant que partir de Munster, avoient veu MM. nos plénipotentiaires, qui leur donnèrent part au long du contenu en la proposition que les médiateurs leur avoient faicte de la part des Espagnols, et je me suis extrêmement estonné qu'ils ayent donné l'alarme en Hollande si chaude qu'ils ont faict sur une chose qui, de soy, n'est rien. Premièrement il est absolument faux que les Espagnols ayent remis entièrement à la Reyne la décision de tous les différends, puisque c'est avec la reserve qu'elle auroit esgard à l'honneur de la maison dont elle est sortie. Mais il est encore plus faux qu'ils ayent remis au jugement de Sa Majesté les différends qu'ils ont avec MM. les Estais, dont ils n'ont pas dict un seul mot en leur ouverture.
Plust à Dieu que l'un et l'autre fist avec autant de sincérité ! Tout leur procédé est plein d'artifices. MM. les Estats s'apercevroient bientost qu'ils nuroient plus de subject de se resjouir que d'en estre alarmez-, et rien n auroit sceu leur estre si advantageux; mais les choses sont bien esloignées de prendre ce train, et il est aysé à voir, par le grand esclat qu'ils ont faict, contre leur naturel, d'une submission qu'ils rendent à Sa Majesté, que ce n'est que [pour] essayer de donner des jalousies aux alliez de la France, afin de les trouver plus dis-
1 Les noms de ces ambassadeurs hollan- député de la province de Hollande, a déjà
dais au congrès de Munsler étaient Paw ou pris des mesures avec l'Espagne pour faire
Painv, que l'on prononçait Pau, et Knyt ou une paix séparée. r> (Lettres et négociations
Knuyt. La copie porte Knut. Le prince du comte d' Estrades , t. I, p. 9.3.)
d'Orange écrivait à d'Estrades le h février 2 La copie porte à la suite wy armés; ce
jb'16 : r-J'ai des avis que Pauw. qui est qui est une erreur évidente.
Mars 1646. posez à escouter les propositions d'un accommodement séparé. C'est pourquoy il importe de se tenir présentement plus unis que jamais et faire voir qu'on n'est pas capable de donner clans de pareils pièges.
On leur respond là-dessus comme il faut, pour satisfaire à la substance et à l'apparence. Mais, comme il seroit trop long de vous en informer, je me remets à ce que vous en apprendrez bientost de Munster mesme , où nos plénipotentiaires ont ordre de ne pas dire le moindre mot aux médiateurs en cette affaire qu'ils ne l'ayent auparavant communiqué à MM. les députez de Hollande.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome V, p. 7-28-73^. — Copie du temps.
A M. D'AVAUX
(extrait.)
[Paris,] 10 mars 16'tti.
Mazarin le remercie des dépêches qu'il lui a envoyées d'Osnabiùck.
Je suis bien ayse, ajoute-t-il, que vous ayez entièrement esclairci le point de la jalousie que nous recevions de la conduite des ministres de Suéde; elle n'estoit pas sans apparence, et cette apparence meritoil bien qu'on en penetrast le fond, et qu'on s'asseurast de la vérité, comme vous avez faict. M. de la Tbuillerie en a tiré encore des asseurances plus précises et formelles de la bouche de la reyne de Suéde et de celle de M. le chancelier Oxenstiern. Leur interest, aussy bien que le nostre, exige qu'on en use ainsy, et cette union inviolable doit estre le fondement des advantages qui reviendront pour la paix aux Estats de l'Empire et aux deux couronnes, et de l'observation des choses qui leur seront accordées par la maison d'Austriche.
Je ne doubtc point que la visée de la couronne de Suéde ne fust à la continuation de la guerre, d'où elle pourroit, à la longue , attendre
de grands progrez,si la France pouvoit ou vouloit y concourir avec la Mars i646. niesme puissance et la mesme despense qu'elle a fait jusqu'icy, particulièrement dans la décadence des affaires du roy d'Espagne, qui occupe ses meilleures forces en Flandre, et d'où, si elle estoit une lois débarrassée, elle en pourroit tirer une partie du costé de l'Allemagne, et donner, par ce moyen, de la facilité aux Suédois de faire des conquestes et de s'eslendre; mais l'interest gênerai de la chreslienté, que le Turc menace aussy bien par terre que par mer, et les affaires du roy d'Angleterre, qui vont en une manifeste ruyne, exigent de nous une autre pensée et veulent que nous prenions ce point favorable de faire la paix , que Dieu nous présente pour la faire avec utilité et honneur, et pour correspondre au dessein de la Providence, en bornant, par la paix, s'il le désire, nos prosperitez.
Dans le resle de celle dépêche, Mazarin revient sur la réponse faile aux nou- \ elles propositions de l'Espagne , et engage les plénipotentiaires à ne point se relâcher de leur fermelé.
Original signé; Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
A BRASSET.
Paris, 17 mars i646.
(extrait).
Je n'ay point esté surpris du bruict qu'il y a en vos quartiers sur la proposition que les Espagnols ont faicle et des advis qui sont arrivez en mesme temps de divers endroicts, parleur artifice, que l'on estoit desjà demeuré d'accord du mariage du Roy avec l'infante d'Espagne, avec la dot des Pays-Bas. Car aussytost qu'on récent icy la depesche de MM. les plénipotentiaires, contenant cette captieuse [remission]1 à la
La copie porte le mot rcmassion, qui proposition captieuse par laquelle les Esu'a aucun sens. Rémission est pris ici dans pagnols s'en remettaient à la reine des conle sens de renvoi : Mazarin fait allusion à la dilions de la paix.
•29â LETTRES
Mars i64ô. Reyne pour ies conditions de la paix, je ne marchanday point à dire librement à Sa Majesté, dans le conseil, que c'estoit un nouvel artifice duquel les ennemis se vouloient servir pour tirer de l'applaudissement et faire valoir leur humilité, qui est une vertu qu'ils n'exercent [que] par une proposition vague, qui ne les obligeoit à rien, et capable d'imprimer, dans l'esprit du vulgaire, que la France seule s'oppose au repos de la chrestienté; mais principalement avec cette intention que, faisant jouer tout d'un tems d'autres ressorts envers MM. les Estats, ainsy qu'ils ont faict, et leur faisant croire que la paix entre les deux couronnes estoit comme faicte , on pourroit donner un tel soupçon à toutes les provinces des Pays-Bas qu'elles ne songeroient qu'à nous
prévenir pour sortir par un traicté particulier du malheur
dans lequel ils croyent estre à la veille de tomber. Je n'ay pas eu grand' peine, dans la connoissance que l'on a des ruses des ennemis, de faire connoistre que celle-cy en seroit encore une tres-malicieuse , pour voir si, dans le desespoir où ils sont de pouvoir tirer raison de nous et de nos alliez par la force, ils le pourroient faire par l'artifice, dans la resolution, neantmoins, de consentir à la paix aux conditions que la France et ses alliez voudront, quand ce dernier coup qu'ils ont joué de leur malice ne produiroit l'effect qu'ils s'estoient proposé.
Je crois que MM. les plénipotentiaires vous auront mandé comme ils donneront part de tout à ceux de MM. les Estats, lesquels n'eurent pas moins de connoissance de ce qui se passa entre les médiateurs et les ministres de France sur le faict de cette proposition qu'eux-mesmes, et, si les deux députez qui ont faict le voyage à la Haye n'en ont informé de la sorte MM. les Estats, ils ont grand tort et ont manqué à la sincérité avec laquelle on a traicté avec eux.
L'ambassadeur, qui est icy, n'aura pas manqué, je in'asseure , à leur donner part qu'ayant esté ainsy résolu par la Reyne dans le conseil, je l'envoyai appeler, et, ne me contentant pas seulement de luy dire tout ce que je sçavois là dessus, je luy leus encore la depesche que les plénipotentiaires avoient faicte à Sa Majesté sur cette matière, con-
cl uant mon discours par les asseurances que l'on a tousjours données ton 1 646. et auxcjuelles on ne manquera jamais, que, quelque proposition advantageuse que les Espagnols nous eussent l'aicte, on ne conclueroit rien que conjoinctement avec eux, ny hors de Munster, et qu'il ne seroit rien dict de la part des Espagnols aux plénipotentiaires, qui ne fusl aussvtost communiqué à ceux de MM. les Estats.
Et, quoy qu'il soit superflu de parler en une affaire où l'artifice des Espagnols paroist si visiblement, et n'ayant peu mesme m'einpescher en mon particulier de mander aux plénipotentiaires qu'ils ne dévoient faire aucun cas de la proposition que les Espagnols avoient l'aicte aux médiateurs, je ne laisseray pas de vous dire que nous n'avons icy, ny à Munster, ny par quelque moyen qu'il se puisse faire, rien escouté de la part des Espagnols , et nous avons tousjours constamment refusé qu'ils nous envoyassent personne à nous en faire1, comme ils nous en ont recherché continuellement; de quoy jay tousjours faict advertir, à point nommé, M. le prince d'Orange par vous ou par M. d'Estrades.
Quant à ce qui regarde le mariage, il n'en a jamais esté parlé à Munster qu'en énigme par Saavedra et Brun2, qui dirent une fois que cette paix ne se pouvoit faire sans les violons, et d'autres [fois] que, si c'estoit aux femmes à rechercher les hommes, qu'on pourroit bien faire des propositions, et des médiateurs mesmes en ont quelquefois jecté des propos, mais fort obscurément, sans parler de la part des Espagnols, de façon qu'on ne leur a jamais respondu un mot làdessus.
Et les moins sensez ne doivent pas croire autrement, puisque, quand mesme on nous eust faict la proposition de la part des Espagnols , il n'y avoit rien qui nous obligeast d'en faire secret à MM. les Estats, lesquels eussent peu trouver leur compte aussy bien que nous dans l'exe-
1 Dans le sens détour nous faire des pru- 2 Diego Saavedra Faxardo el Antoine
positions. 11 y a probablement une omission Brun étaient, avec Penaranda , plénipoten-
dans la copie; mais le sens ne peut être tiaires espagnols au congrès de Munster, douteux.
Mars i6û6. cutiou d'icelle, si tant est que les Espagnols eussent consenti aux conditions que MM. les Estats et nous eussions peu désirer dans la conclusion de la paix par ce moyen.
Ce qui m'a donné peine en vostre depesche n'a pas esté le soupçon (pie le vulgaire a conceu des bruicts qu'ont faict courir les ennemis, mais de veoir que M. le prince d'Orange, avec lequel je traicte comme avec un autre [moy-]mesme \ ayt doublé un seul moment de nostre franchise. Je vous asseure que cela m'a inquiété, non pas que je craigne aucune mauvaise suile de cela, puisque vous me mandez que son esprit est tout à faict remis et que j'en apprendrois avec plaisir les particularitez de M. d'Estrades; mais parce que, n'ayant travaillé à rien avec plus grand soin qu'à tenir averti ledict prince, avec une dernière confiance, franchise et ponctualité, de toutes choses, sans manquer à la moindre, cela n'ayt pas produict l'effect que j'en devois espérer avec justice, c'est-à-dire que, quoy qu'on luy eust peu dire au contraire, il n'ayt hardiment soustenu qu'il estoit faux, puisqu'il n'avoit pas de mes nouvelles, et que, soit pour le service du Roy, soit pour l'amitié que je luy ay promise, j'estois incapable de rien escouter ou de rien sçavoir qui fust dict à quelque ministre du Roy touchant la guerre ou la paix, sans luy en donner advis en toute diligence. Je vous prie d'en faire mes plainctes à M. le prince d'Orange, lesquelles sont, ce me semble, tres-justes et obligeantes, et demandez-luy en grâce, de ma part, que, quelque artifice que puissent mettre en jeu les ennemis, il ne veuille, à i'ad venir, me donner un pareil mescontcntement, luy protestant que j'estime trop mon honneur et que j'ay trop de passion pour luy et pour toute sa maison, pour manquer jamais en aulcune chose, quoyque petite, qui pust blesser ses interests.
J'escris audict sieur prince la lettre cy-joincte sur ce subject, et je luy envoie une lettre originale que le marquis Mathey (ou Matheï) a , escrite au nonce, laquelle semble estre venue à point nommé pour faire voir quelle négociation nous avons avec les Espagnols, puisque,
Il y ;i, clans la copie, avec un autre mesme.
lorsqu'ils font courre le bruit, que vous me mandez, parmy les Provinces- Mars •.on. Unies, ils continuent leurs instances, comme il paroisl par ladicte lettre, pour faire des propositions icy. Vous la retirerez, s'il vous plaist, quand M. le prince d'Orange l'aura leue et s'en sera" servi, ainsy qu'il jugera à propos, et me la renvoyerez.
Vous direz à M. le prince d'Orange que je diray au nonce, qui est icy1, de ne faire autre response à ladicte lettre que celle qu'on a faicte jusqu icy, si ce n'est que Son Altesse mesme juge autrement, auquel cas on se conformera à ce qu'il me mandera estre de son intention.
On approuve icy entièrement vostre conduicte en tout ce que vous avez faict et dict de delà; et par les mesmes raisons par lesquelles vous u'avez pas jugé à propos d'esclaircir MM. les Estats sur les bruits qu'on a faict courir, par les mesmes raisons aussy on n'a pas voulu leur escrire ; mais vous pouvez hardiment soustenir, en toutes rencontres et avec toutes personnes, qu'on n'escoutera jamais rien sans le leur faire scavoir, et qu'on ne conciliera la paix que conjoinctement avec eux à Munster.
Vous vous acquittez si bien de vostre devoir, que vous n'avez que faire de renfort. Ce n'est pas que je ne fusse ravi que M. de la Th tuilerie arrivast bientost au lieu où vous estes, parce qu'il feroit, de son costé, tout ce qui seroit nécessaire, en cas de besoin, pour imprimer dans l'esprit de MM. les Estats une vérité qui me semble estre assez connue d'elle-mesme.
Quand leur ambassadeur aura le pouvoir de faire le Lraicté de la campagne prochaine, M. le prince d'Orange reconnoistra, par les efi'ects, en ce qui regarde le subside extraordinaire, que l'affection que j a y pour luy faict qu'on ne trouve pas icy bien difficiles les choses qu'il désire. Mais, comme j'attends d'heure à autre M. d'Estrades, je me remets de vous escrire aprez que je l'auiay entretenu sur le destail de la campagne prochaine, [et] à vous respondre à ce que vous nie mandez par vostre lettre particulière
Nicolas Bagni. Voyez ci-dessus, p. 181.