M Ï/AI1IV II
Mars iO'i Je vous prie de remercier M. le prince d'Orange des ordres qu'il a
faict donner pour la sortie des vaisseaux, et des asseurances qu'il vous a aussy données que M. le comte Henry de Nassau s'en retourneroit bientost dans son gouvernement, afin d'agir, de son costé, quand il en auroit l'advis de M. le mareschal de Gassion.
Je vous prie d'assister, en tout ce que vous pourrez, M. le secrétaire de Venise, et de solliciter le commandeur de Neucheze de haster autant qu'il pourra le despart des quatre vaisseaux qu'il a arrestez.
Je ne puis comprendre par quelle raison ledict secrétaire refuse de prester son nom ; j'en ay faict dire un mot à l'ambassadeur de Venise, afin qu'il luy lasse dire là dessus ce qu'il jugera à propos.
Je feray donner l'ordre que vous desirez à Calais, afin que les poudres y arrivant soient tout aussytost deschargées et mises dans le magasin.
Pour conclusion, les levées pour lesquelles M. de Tracy est. envoyé, qui nous coustent trois cens mille escus, et trois millions que nous avons déboursez depuis quinze jours pour des levées ou des recrues en ce royaume, sont des choses assez publicques et des raisons assez convaincantes pour destromperies plus grossiers, qui se seroient persuadez que nous fussions desjà d'accord avec l'Espagne et que la paix soil faiete.
Original signé; lîibl. imp. de Sainl- Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
A M. BRASSET.
Paris, 1 1 mars i 6'i(i.
(extrait. )
Depuis avoir escrit la lettre cy-jointe, le sieur d'Estrades est arrivé, qui m'a confirmé tout ce que vous me mandez; je n'ay pas occasion d'y rien adjouster, ny à la lettre que je vous envoyé pour M. le prince d'Orange. Je vous diray seulement, pour en entretenir Son Altesse, que, quoy qu'il soyt hors de temps et peut-estre hors de propos de
discourir sur le mariage, avec les Pays-Bas1, et sur les prétentions M ara 1 646. qu'auraient, en ce cas, MM. les Estais, que l'on executast le partage qui fust arresté en l'année 1 635 , puisque les Espagnols n'en ont faict la proposition que dans les gazettes, plustost pour nous diviser que pour avoir dessein de la chose; neantmoins, si on vous en parle, vous pourrez faire connoistre qu'il y a grande différence entre chasser les ennemis des Pays-Bas par la force ou d'y entrer en faveur d'un mariage et de l'eschange d'une grande province, comme la Catalogue et le Roussillon. que les Espagnols pourraient prétendre que la France leur restituas!. Voilà les termes auxquels il me semble que vous en devez parler, v adjoustant d'autres raisons, qui tombent dans le sens d'un chacun, pour faire comprendre que MM. les Estais ne pourraient pas avec justice prétendre de profiter sur une chose où ils ne mettent rien du leur et qui nous serait offerte avec deux tiltres si favorables que sont un mariage et un eschange.
Ce que je me ferais fort de persuader à la Meyne et dans le conseil en cas dune telle proposition , quand nous aurions adjusté2 la satisfaction des Catalans au poinct qu'ils sçauroient eux-mesmes désirer, ce serait premièrement d'obliger les Espagnols à renoncer à tous les droicls et prétentions qu'ils ont sur les Provinces-Unies et de faire ratifier par la France cette renonciation en la forme qui pourrait le plus contenter MM. les Estats, et, en second lieu, de donner la place d'Anvers avec le marquisat, nous contentant de Maestricht en eschange, quoyque chacun voye la grande inesgalité qu'il y a entre ces deux places. C'est trop parler d'une affaire à laquelle les Espagnols n'ont peut-estre aucune disposition; mais, comme la crainte que raisonnablement ils doivent avoir d'estre contraincts par la force à abandonner les Pays-Bas leur pourrait faire venir envie de les offrir pour en tirer quelque advantage d'ailleurs, il ne nuit à rienqueje vous en envoyé mes sentimens, d'au-
C'est-à-dire sur le mariage du l'un avec évident que Mazarin veut dire : quand nom
l'fofante, <jui aurai! apporté pour dot les aurions fixé les conditions qui pemeni -saii.s-
Pays-Bas espagnols on Belgique. faire les Cala /ans. Il fanl donc Wreaèjnsfêr
" il y a dans la copie adjouslé; niais il esl et non adj ouater.
Mare Hi'ir,. lant plus que vostre- depesche en parle, et que M. d'Estrades m'a dict que MM. les Eslats avoient tesmoigné qu'ils auroient grande obligation à Sa Majesté, si elle vouloit donner les mains à l'exécution du partage l'aict par le traicté de 1 635 l.
Je vous prie d'avertir ponctuellement de tout ce qu'on vous dira sur cette matière 2 MM. les Plénipotentiaires, quoyque je ne doute point que vous ne l'ayez desjà fait exactement, le service du Roy le requérant de la sorte.
Je vous envoyé cy-jointe une lettre pour M. delaThuillerie, croyant que peut-estre il sera arrivé au lieu où vous estes. Je ne lui escris rien de particulier, me remettant entièrement à l'information que vous lui donnerez de toutes choses, et le priant seulement d'employer ses offices auprez de MM. les Estats et de M. le prince d'Orange en des conjonctures si importantes.
Original signé; Bibl. iinp.de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
A M. BRASSET.
Paris, 3i mars i 64(5.
( EXTRAIT
Mazarin, après avoir rappelé les artifices des Espagnols pour diviser la France et les Provinces-Unies, ajoute:
Pour ne manquer en la moindre chose à la sincérité avec laquelle, j'ay promis de traicter avec M. le prince d'Orange, vous luy direz que je suis asseuré (par un advis que j'ay reçeu de Munster de personne qui
' Le traité conclu à la Haye, le 8 février bourg, le Hainaut, le comté de Namur, i635, entre Louis XIII et les États généraux l'Artois et les Flandres, reviendraient à la des Provinces-Unies portail que le Roi en- France, et que les Provinces-Unies auraient verrait dans les Pays-Bas espagnols une ar- le Brabant, la seigneurie de Malines, la ville niée fie vingt-cinq mille bommes de pied et d'Anvers et le pays situé le long de la cote cinq mille chevaux, et que la république depuis Blankenberge jusqu'à l'Escaut, des Provinces-Unies fournirait une armée de 'Il s'agit toujours du projet de partage même force. L'article V stipulait qu'après la des Pays-Bas, dont il a été question ci -desconquête des Pays-Bas espagnols, le Luxem- sus, p. 988 . texte et note.
DU CARDINAL MAZAHIN. 301
est dans le parti d'Espagne, qui n'a jamais encore manqué [en] aucun Mars i646 advis qu'il m'ayt donné) , que le comte de Pegnaranda1 a faict offrir cent mille cscus au sieur Knuyt, député de Zeelande, devant qu'il partist, en cas qu'il fist en sorte auprez de Son Altesse qu'il portaslMM. les Estats à convenir sans deslay de quelque accommodement avec l'Espagne. L'on adjouste que l'offre fut receue agréablement dudict sieur Knuyt, et qu'il a conféré plus d'une fois avec Pegnaranda sur divers points qui regardent les interests de M. le prince d'Orange, comme celuy de la principauté de Limbourg et autres, desquels le nommé Noirmont avait desjà traicté auparavant. *
Pour moy, je suis si asseuréde la franchise de M. le prince d'Orange [et] de la confiance avec laquelle il m'a promis de vouloir tousjours traicter avec moy, que je ne doubte point que, puisqu'il ne m'en a rien faict sçavoir, que ledict sieur Knuyt luy aura caché tout ce qui s'est passé entre Pegnaranda et luy.
Si, une fois pour toutes, les Espagnols ne perdent l'espérance de pouvoir rien conclure avec MM. les Estats séparément de la France, il n'y a pas lieu d'espérer aucun accommodement; comme, au contraire, on en tombera d'accord en peu de jours et à des conditions tres-advantageuses pour la France et pour MM. les Estats, si lesdicts Espagnols perdent tout espoir de venir à bout de cette séparation.
Je vous mande tout cecy, le croyant à propos, afin que vous preniez l'occasion d'en parler à M. le prince d'Orange, quoyque je remette à vostre prudence de le faire aux termes que vous jugerez à propos, suivant Testât où seront les choses lorsque vous recevrez cette lettre, se pouvant faire que les esprits seroient en une telle assiette qu'il n'y auroit pas lieu de dire ce que dessus à M. le prince d'Orange, crainte que, voyant lacognoissance que j'ay de ce qui se passe entre Pegnaranda et Knuyt, il ne creust qu'on se mesfiast de luy à l'advenir, et que cela ne le fist songer à des choses qui causassent des effects differens de ce que nous nous fussions promis de la sincérité avec laquelle j'ay
' Voyez ci-dessus, p. 169.
Mai ifi'iii. donné cet advis. L'affaire est délicate; mais je suis asseuré qu'entre \o> mains elle ne courra aucun risque.
Archives des Affaires étrangères (France), tome XXI, p. 99. — Copie du temps.
AL SIGNOR CARDINALE GRIMALDI, ROMA
Di Parigi, 8 mai i(>'j6.
(extrait. )
Finiro questa letlera rappresentando che Vostra Eminenza e tutti ii partiali di questa Gorona non potrebbero rendere servitio più segnalato , ne fare attione più gloriosa per la Francia, che coucludere, con la riputatione del Rè, un' accomodamento col Papa nel tempo che l'armata francese facesse progressi nel paese, che possedono i Spagnuoli in Toscana ; e si assicuri che, se arrivasse un'avviso in questa corte che la casa Barberina fosse salvata dal naufragio col restabilimento nel pristino stato, e che il Papa gli havesse fatto consegnar Beaupuy, e dato una ragionevole sodisfattione al Rè nell "altir cose, sarebbe ricevuto cou gusto maggiore che quello d'una grau hattaglia che si fosse vinta contro i Spagnuoli. Ne potrebbe succedere l' accomodamento in congiuntura più gloriosa per noi, ne piùaccomoclata alla riputatione del Papa, perche Sua Santità darebbe sodisfattione al Rè quando si è già veduto che Parmi di Sua Maestà non si rivolgono contro lo stato délia Ghiesa.
archives des Affaires étrangères (France), tome XXI, p. is5-i&i. — Copie du temps.
AL SIGNOR CARDINALE GRIMALDI, ROMA
Amiens, le 7 juin iCifi.
( EXTRAIT
Tutte Timpresp lianno le loro diflicoltà. e tutti gl'huomini i loro
DU CARDINAL MAZAR1N. 303
difetti: (|iiella ciie noi tentiamo sopra i porti cli Toscana ' non poteva juin ig/i6 essere ordinata in altro modo di quello che si è fatta; perche essendo questi circondati dà ogni parte dello stalo de! Gran-Duca, e non potendosi anticipatameute negotiar con Sna Altezza, non si potevano in conseqnenza prevenire tutte le comodità ; onde non è maraviglia che dà principio vi sia stato qualche discordio, accresciuto poi anco dà i mali
tempi, e che il cannone non habbia cominciato à giocare,
e non ci maravigliaressimo ancora, se la piazza tenesse nn mese, poiche essendo in mezzo ail' acqne2, et essendo noi astretti di attaccarla dà una parte sola, è forza che i nemici habbiano facilita à ben difendersi, maggiormente essendovisi racchiuso dentro Carlo délia Gatta3, soldato di esperienza e di valore.
Quanto al signor principe Thomasso, è tanto il credito che egli porta con la sua persona, e la sicurezza [che] habbiamo délia sua fedeltà, che questo prévale di gran luiiga à qualsivoglia altra consideratione. Vi è il signor duca di Brezé, che è vigilantissimo e di esperirnentato valore, con inolti capi bravi e pratichi, e vi è monsieur d'Argenson4, che è huomo versato e prudente, e vi si sarà aggiunlo il consiglio e Topera di Vostra Eminenza, ch' io stimo grandemente; onde cessate le pioggie, et aggiustato il commercio con lo stato del Gran-Duca, spero che le cose saranno caminate bene, e che la piazza possi già essere nelle nostre mnni
Vostra Eminenza slia pur di buona voglia che l'armata andrà sempre crescendo, e non mancheranno denari ne huomini; et oltre i linforzi che saranno arrivati sin liora, si fà una levata di sette mila soldati, che, quando alla peggio si riducessero à quattro, con quella gente che va concorrendo dà cotesti stati circonvicini , farà una
1 H s'agissait de l'attaque contre ies pré- lello. La Barde confirme le jugement de
xides de Toscane. Voyez page 2(>7, note 3. Mazarin; il appelle Carlo délia Gatta vir
La ville d'Orbitello, alors assiégée, est magna rei militaris scientia.
situe'e sur un lac. et les assiégeants n'\ ' René de Voyer, seigneur d'Argenson,
pouvaient arriver que par une chaussée. néeni5()6 et mort à Venise en 1 65 1 . Voyez
Carlo délia Gatta, gouverneur d'Orbi- la note suivante.
juin ifi'ii;. armata considerabile dà potere intraprendere qualsivogiia grau disegno.
Quanto perô à quello di Napoli è necessario di caminare cou grande avvertenza e consideratione, perche sarebbe, à mio parère, più opportuno non iulraprenderla e mantenere l'opinione e la stima délie nostre arnii, che tentandolo senza riuscita perdere il credito e la riputatione, pregiudicare à gl'amici, e guastare il disegno per sempre1.
1 L'expédition de Naples, dont Mazarin iip dit qu'un mot dans celte lettre, l'occupait depuis longtemps. Des émissaires, envoyés dans ce royaume, avaient été chargés d \ fomenter les mécontentements qu'excitait la mauvaise administration de l'Espagne.
On en trouve la preuve dans la correspondance de Mazarin et dans un mémoire qu'il remit à René de Voyer d'Argenson, nommé en 16/16 intendant de justice, police et finances dans l'armée de terre et les armées navales. Ce mémoire était conservé parmi les manuscrits de la Bibliothèque du Louvre, brûlée en 1871. J'en avais extrait ce mémoire, que j'ai publié dans l'appendice du tome II du Journal d'Olivier d' Orme s son , p. 718-715.
René d'Argenson avait été chargé, dans le cas où l'expédition de Naples aurait pu s'exécuter, de négocier un traité avec le prince Thomas de Savoie. J'ai publié également le projet de traité remis à d'Argenson au moment de son départ. (Appendice du Journal d'Olivier d'Ormessôn, I. II, p. 710 et suivantes.) On y voit que le prince Thomas devint être nommé roi de Naples, à condition de céder à la France le port de Gaële et un aul re port sur la mer Adriatique , ainsi qu'une principauté ou duché du royaume de Naples. Si le prince Thomas ou ses descendants, devenus rois de Naples, étaient appelés dans la suite à hériter du duché de Savoie et de
la principauté de Piémont, ils céderaient à la France le duché de Savoie «et tout ce qui est deçà les monts proche de la France," c'est-à-dire le comté de Nice.
Cette expédition de Naples était subordonnée au succès de la campagne entreprise contre les présides de Toscane et spécialement à la prise d'Orbitello. On doit à René d'Argenson un journal détaillé de cette expédition. On le trouvera dans le même appendice, p. 720 et suiv. Le siège fut mis par les Français devant Orbilello le 12 mai et poussé d'abord avec vigueur par le prince Thomas et le duc de Brézé, qui avait le commandement de la flotte. Les Espagnols envoyèrent une armée navale au secours d'Orbitello; le duc de Brezé livra bataille, le 1/1 juin, à la flotte ennemie; il la vainquit, mais il fut tué d'un coup de canon , et . après sa mort, la flotte française retourna en Provence pour réparer, disait- on, les avaries des vaisseaux.
L'armée de terre, en proie aux lièvres que produisent les maremmes de Toscane . poursuivit encore quelque temps le siège. Le 8 juillet 16/16, d'Argenson écrivait à Mazarin, en parlant des blessés et des malades : et Ils ont tellement rempli Telamone. où il n'y a presque point d'eau, qu'il est à craindre que tout cela n'y périsse." Il fallut enfin lever le siège, et les projets sur Naples furent abandonnés.
Archives des Affaires étrangères (France), tome XXI, f" 171-174. — Copie du temps.