ADDITION A LA SUSDITE LETTRE
(Paris,] 17 septembre Ki'i
Gomme j'estois sur le point de donner à ce courrier la lettre cyjointe, j'ay receu divers advis de Bruxelles et d'autres endroicts de Flandres, qui m'ont obligé à le retarder pour vous en donner part; je vous supplie d'en faire cas et d'en profiter, parce qu'ils viennent de tres-bon lieu.
Premièrement, on me mande que Caracena avoit creu d'abord qu'aprez la prise de Furnes ' vous vous en iriez tout droit à Dunkerque, et qu'il en avoit escrit au marquis de Castel-Rodrigo comme d'une place perdue, par ce qu'elle n'est pas fortiffiée; en quoy il cliargeoit extrêmement le marquis de Leyde, et par ce aussy qu'elle manquoit de vivres, et qu'elle avoit très peu de munitions de guerre, et qu'il y avoit une grande consternation dans les habitons et les soldats; Que n'y ayant pas lieu d'en espérer un meilleur succez que de Mardick, il n avoit pas jugé à propos d'y jette r dedans les troupes qu'il avoit, pour ne les perdre sans aucune apparence de pouvoir sauver la place.
H luy mandoit, en outre, qui! n'avoit que quatre à cinq mille hommes cavallerie et infanterie; (pie Nieuporl manquoit de tout, et particulièrement de munitions de guerre; Que voyant que l'on l'ortilioit Furnes, il avoit crainte que, si vous eussiez peu estre adverh du mauvais estât de Dixmude, vous n'y eussiez envoyé une partie de vostre armée, où elle n'auroit pas trouvé grande résistance, el qu'elle eust esté forcée, peu de jours aprez, à se rendre.
Enfin-, il pressoit Castel-Rodrigo et escrivoit à tous ses amis, afin
La ville de Fumes s'était rendue aux Français le 7 septembre.
que, sans aucun deiay, on Juy envoyasl de l'argent, des munitions de Septembre guerre et quelque renfort de troupes, s'il estoit possible d'en retirer quelques unes du costé de Hollande.
On masseure aussy que les enneniys ont receu grand desplaisir de vous voir appliquer à la fortiffication de Furnes, parce que, comme ils ne doublent pas que vous n'alliez à Dunkerque, ils esperoient que, ne pouvant secourir la place, ils auroient, pour le moins, pu reprendre le poste de Furnes. Onajousteque Caracena , ne se tenant pas en seureté à Aieuport, faisoit estât de s'advancer vers Bruges
L'on avoit faict beaucoup de consultations à Bruxelles sans voir jour de secourir la place, puisque on ne pouvoit pas mettre une armée ensemble capable de donner bataille, qui est le seul moyen propre pour secourir ladicte place, au cas neantmoins qu'ils la gagnassent, et de mettre leurs affaires en bon estât; car, pour celuy d'introduire des gens dans ladicte place, ils sont résolus de ne le pas faire. Aussy d'aller attacquer nostre armée avec liuict à neuf mille bommes, qui est tout ce qu'ils pourroient assembler, en faisant des efforts pour cela , ils disent <jue ce seroit perdre, de conocido, el exércilo y lodo el pais1; voilà les propres mots.
Ce que i ou avoit ordonné au marquis de Caracena de tenter, c'estoit de jetler, s il estoit possible, des munitions de guerre dans la place.
[On disoit] que la maladie s'estoit mise dans leur armée, qui est opposée a celle de Hollande, et ils n'estoieut aucunement disposez à en retirer la plus grande partie pour l'envoyer du costé de la mer, par ce qu'ils ne doubtoient point que les Hollandois ne profitassent alors (i une si belle conjoncture, et qu'ils ne vinssent, par ce moyen, à perdre des deux costez.
On me mande aussi que l'advis de Piccolomini estoit, puisqu'il estoit impossible de songer à nous donner un combat, de profiter du temps que nous serions du costé de la mer, eu donnant ordre à Caracena de
Perdre mi connaissance de cause, l'armée el tout le pays,
Septembre tasclier avec son corps, quoyque petit, de prendre les postes que noi^ ,','r>' avons sur la Lys. Sur quoy, je vous prie, Monsieur, de considérer ce à quoy j'avois pensé, et que vous verrez dans la lettre cy-joincte, croyant qu'il ne sera pas impossible de sauver lesdicts postes, si, quand vous verrez que les ennemis ne seront pas en estât de vous venir combattre, vous y laissez plus de troupes que vous n'auriez fait, appréhendant d'estre attacqué dans vostre circonvallation, ou bien d'v envoyer, comme je me suis donné l'honneur de vous escrire desjà, les Polonois et ce que M. le vidame pourroit assembler de soldats des garnisons des places frontières.
Vous croirez aisément que je ne pouvois avoir une plus grande joye que de recevoir de semblables advis, qui font assez bien connoistre le mauvais estât des ennemis, et l'espérance que nous devons concevoir d'en profiter avec beaucoup d'advantage aux armes du Roy, et beaucoup de gloire pour vous qui les commandez; mais j'ay en doute de vous mander deux choses qu'on m'escrit pourtres-asseurées, parce que les nouvelles sont si bonnes, que je n'ose quasy les croire. La première, que les ennemis, compris ce qu'ils ont à Menene [Menin] et à Ypres, n'ont pas en tout douze mille hommes de pied; et la seconde, que le duc de Lorraine a dit positivement qu'aprez la prise de Furnes Dunkerque estoit réduit en un estât qu'il n'avoit rien de fort que le nom, et que vous prendriez ladicte place en quatre jours, et qu'il en respondoitde sa vie. Cela est très-certain qu'il l'a dict, et il me donne sujet de croire qu'il y a quelque grand manquement que nous ne sçavons pas, estant encore adverty que des principaux ont la inesme créance. Dieu veuille que vous reconnoissiez cette vérité par les effects. J'avois aussy oublié à vous dire que l'estonnement des ennemis est à un'tel point, qu'ils songent, dez à présent, à fortifier Blanquenberg, qu'ils croyent un poste très-important, et que, s'ils n'y donnoient ordre de bonne heure, et que nous eussions moyen de nous en emparer, nous pourrions faire courir grand risque à Bruges. Je vous supplie de nouveau de faire grand cas de ces advis, parce que je les reçois de personnes que j'ay esprouvées fort véritables jusqu'à cette heure.
DU CARDINAL MAZAR1N. 317
J'acheveray cette lettre en vous disant, Monsieur, que quoy qu'il Septembre n'y ayt pas la moindre apparence d'appréhender que l'année hollandoise se doive sytost retirer de la campagne, qu'il n'y a neantmoins rien de si important pour mettre l'affaire de Dunkerque en seureté. que de profiter de tous les momens, puisque rien ne peut donner lieu aux ennemis de songer à hazarder un combat que la retraite de ladicte armée, laquelle leur donneroit moyen d'assembler touttes leurs forces, H d'essayer de remédier au mauvais estât de leurs affaires, en esprouvant leur fortune contre la nostre.
Aprez avoir escrit tout ce que dessus, j'ay veu d'autres advis de Flandres qui, non seulement me confirment dans les precedens, mais parlent encore plus positivement de la foiblesse et de l'abattement des ennemis, qui est à tel point, qu'à Bruxelles ils croyent fermement deux choses : l'une , que Gand ou Bruges sont perdues, si, aprez la prise de Dunkerque, l'armée hollandoise se joignoit avec la vostre; et l'autre qu encore que cette jonction ne se fasse pas, ils ne laisseront pas de perdre de nostre costé tout ce que vous voudrez attacquer, pourveu seulement que les Hollandois tiennent la campagne, l'armée contre la France estant reduicte au reste de troupes qu'a à présent le marquis de Caracena. Gela m'a l'ait juger qu'il seroitbon que vous depeschassiez à M. le mareschal de Gramont en diligence, luy donnant les advis que vous estimerez à propos, afin que, conjointement avec l'Estrades, il agisse prez de M. le prince d'Orange et des députez de MM. les Estats, pour les obliger à ne pas laisser eschapper une si belle conjoncture qui ne se retrouvera pas.
GXXXII.
Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n" 1719, tome II, f 89 recto. — Copie du temps.
A M. LE DUC D'ENGHIEM.
[Fontainebleau,] ■>.€> septembre i(i'i(i.
Monsieur, J'attendois quelque occasion de vous envoyer la lettre cy-joiucte;
Septembre mais, ayant receu de nouveaux avis de Flandres, j'ai voulu vous depescher ce courrier pour vous dire que l'on me mande de Bruxelles. du 22e, que les Espagnols, ayant veu que l'armée de Hollande, aprez sestre embarquée, s'estoit arrestée vers Berg-op-Zoom, qui est un lieu qui leur donne bien moins de jalousie que celuy où elle estoit auparavant, disoient hautement que, si MM. les Estais avoient envoyé ordre à M. le prince d'Orange de marcher, c'estoit pour ne pouvoir se deffendre des continuelles instances que nous en faisons; mais qu'ils estaient asseurez que ledict sieur Prince ne s'attacheroil à aucune entreprise, et que, pour monstrer qu'ils ne craignoient rien des Hollan- - iois, ils estoient résolus de deslacher deux mille cinq cens hommes de pied et cinq cens chevaux de troupes qu'ils avoient contre eux. et, de plus, cinq cens hommes de pied des garnisons de Meneue | Menin] et de la Bassée, et d'en former un corps pour l'envoyer renforcer l'armée de Garacena, avec quoy ils le croyoient en estât de pouvoir faire quelque tentative pour le secours de Dunkerque, ou du moins de tenter quelque diversion qui reparast un peu la honte de voir prendre cette place en sa présence, sans quoy ils jugent que les peuples prendraient une trop mauvaise impression de leur resolution et de leurs forces, qui pourroit mesme avoir d'autres suile> tres-prejudiciables, s'ilz voyoient perdre une place de cette considération, sans se mettre au moindre devoir de la sauver ou d ei, prendre ailleurs quelque revanche. On mande mesme que Beck et Piccolomini pourroient conduire ce corps en personne, pendant que M. de Lorraine demeureroit, avec environ quatre mille hommes, contre M. le prince d'Orange. J'ay creu vous devoir donner cet advis en toutte diligence, afin que, s'il estoit vray, vous ne soyez pas surpris, et sçachiez ponctuellement le nombre des trouppes qu'ils envoyeroient contre vous, que vous pouvez estre asseuré, sur ma parole, qui n'excédera pas ce ([ue je vous marque cy-dessus; mais je ne doubte point que , si cette resolution de destacher ces troupes de l'autre costé pour les faire venir deçà, n'est exécutée avant que M. le prince d'Orange soil engagé a quelque dessein, ils ne la changent aussytost qu'ils l'y ver-
ront attaché, puisqu'il agira en un endroict qui leur sera extrêmement Septembri sensible, estant entre Anvers et Bruxelles. Il se pourroit faire seulement qu'ayant desjà séparé lesdictes trouppes, elles se trouvassent si avant dans leur marche, qu'ils la leur fissent continuer, pour donner moyen à Garacena de faire promptement sa tentative.
J'oubliois de vous dire qu'on me marque qu'ils les dévoient faire passer de deçà en grand secret, en sorte qu'ils fussent joints audict Garacena avant que vous lesçussiez, afïîn que, si vous preniez resolution de destacher quelque corps pour l'envoyer combattre sur le fondement du peu de trouppes qu'il a présentement, on le trouvast renforcé sans le sçavoir, et en estât de remporter advantage sur ceux qui seroient allez pour l'attacquer.
On me mande aussy que l'ambassadeur d'Espagne, qui estoit à Londres, avoit un peu encouragé les esprits à Bruxelles, par une lettre qu'il y avoit escritte, que, si le marquis de Leyde pou voit tenir quinze jours, il ne desesperoit pas de porter les Anglois à quelque resolution favorable pour eux; neantmoins, les derniers advis que je reçois de Londres sont que ledict ambassadeur n'oublioit rien, à la vérité, pour \ disposer le Parlement, mais qu'il n'y voyoit aucun jour; il paroissoit seulement en ces messieurs-là une grande affliction de celle perte.
Quelque diligence que Gastel-Rodrigo ayt failepour obliger le duc de Lorraine à aller tenter le secours de Dunkerque, ayant mesme emplové MmelaChevreuse et tous ceux qu'il a creu avoir pouvoir sur son esprit à le luy persuader, il n'y a jamais voulu consentir, et a tousjours dict qu'il reconnoissoit fort bien que, comme il n'y avoit rien à faire de bon, on vouloit en faire tomber la honte sur luy ou sur le duc d'Amalfi , qui sonl estrangers, et en garantir le marquis de Garacena , qui est le bien a\ mé.
M. le mareschal de Gramont m'escrit qu'il ne faut plus qu'il songe à repasser par le canal de Bruges, et qu'il ne luy reste plus de ?oye que la voye de la mer ou celle de Maestrich. Je luv mande que cela doit dépendre du besoin que vous aurez de cavalerie; car, «m ce cas-là, il faudroit qu'il passast par mer, quov qu'il en peut couster. Il est vra\ que je lu\ représente, en mesme temps, que je ne vois pas comme
Septembre quoy MM. les Estats., aprez les avoir assistez toute la campagne d'un corps considérable, se peuvent deffendre avec bienséance de nous fournir au moins les vaisseaux pour son retour, ne prétendant rien d'eux pour les autres frais de leur nourriture.
GXXXIII.
Archives des Affaires étrangères (France), tome XXII, f°s 172-176. — Copie du temps.
A M. LE PRINCE
[Fontainebleau,] 28 septembre 1666.
Monsieur,
Je n'ay pas eu le bien d'escrire à Vostre Altesse tant que je ne iay pas creue en lieu fixe; mais à présent que je la tiens arrestée dans son gouvernement \ je ne veux pas différer davantage à luy réitérer les offres de mon tres-humble service et à luy faire part des bonnes nouvelles que nous avons receues ces jours-cy de divers lieux par ce gentilhomme que je luy depesche exprez.
Je commenceray en me resjouissant avec Vostre Altesse de la santé de M. le duc d'Anguien, qui, l'ayant remis en estât d'agir, luy a donné lieu de s'emparer du poste de Furnes et facilité beaucoup , par ce moyen . l'entreprise deDunkerque où il est à présent attaché. Outre l'advantage que cette prise apportera à l'Estat et la gloire des armes du Roy, Vostre Altesse ne doubtera pas, je m'asseure, que, m'interessant comme je fais en celle de mondict sieur le Duc, je n'aye contribué, en ce rencontre, tout ce qui a pu deppendre de moy dans les provisions d'argent et de munitions de guerre, elle renfort de trouppes qui pourroient eslre nécessaires pour un semblable dessein.
De plus, j'ay faicl une vive recharge au sieur Rrasset à la Haye et à M. le mareschal de Gramont et au sieur d'Estrades, aflin qu'ils fissent tous leurs efforts pour obliger l'armée des Hollandois à agir pour
lie prince de Condé était gouverneur de Bourgogne.
divertir de leur costé partie des forces ennemies, et nous avons appris Septembre l'effect de leurs solicitalions par le sieur Boyer, que M. le mareschal *6,
de Gramont a depesché icy, pour nous donner advis qu'elles ont enfin produit un ordre précis à M. le prince d'Orange de ne passer pas le reste de la campagne sans entreprendre quelque chose contre les ennemis; ensuitte de quoy toutte l'armée s'estoit embarquée pour aller dans le Brabant et assiéger Liere l, et M. le prince d'Orange en a escrit à M. le duc [d'Enghien] et à moy dans les mesmes termes, se remettant pourtant, pour la place, à ce qu'escriroit M. le mareschal de Gramont, et tous les advis de Flandres portent que respouvante et la consternation sont extraordinaires dans le pays, et que l'on y pestoit publiquement contre les Espagnols, qui ont amusé le monde de leur trêve conclue avec MM. les Estais. Cependant on voit aujourd'huy leur armée en disposition d'agir dans une conjoncture où touttes les forces de la Flandre qui sont en campagne ne font pas douze mille hommes, cavallerie et infanterie , et la flotte desdicts sieurs Estais boucher le port de Dunkerque avec vingt-deux grands vaisseaux. Ce qui me donne peine est que le mesme chemin qu'a pris l'armée de M. le prince d'Orange pour aller dans le Brabant est aussy celuy de sa retraitte dans les quartiers, et qu'il doit voir, en passant à Berg, madame sa femme, laquelle estant entièrement gagnée par les Espagnols pourroit bien le destourner d'entreprendre quelque chose, et éluder l'efTecl de la bonne intention de MM. les Estats.
M. le mareschal de Turenne a depesché icy pour nous donner advis qu'il avoit emporté en six jours SchorendorlT2, qui, après Hailbron, est la place de plus grande conséquence du Wurtemberg et de la Souabe, nous donnant la communication du Danube avec le Rhin, et estant presque aussi forte que Philipsbourg; nous y avons perdu environ deux cens hommes, et entre autres le pauvre Danisy3, qui commandoit mon
1 Petile \illede Brabant, située à peu de 3 Probablement le frère de Louis Gaus-
distance de Matines. selin Danisy, qui devint mestre de camp
1 Ou Schorndorf sur la Items, affluent ou colonel le 20 décembre 1G/17, e[ maré-
du Necker. chat de camp le 1 1 juin 1 65 1 .
AIazahia. II. A 1
Septembre régiment, dont le frère est venu apporter cette nouvelle. Il nous mande , 'r,'lG- de plus, que l'armée suédoise devoit arriver le 9e du courant à Nordlingcn, et que luy s'en alloit à Lavingen1 pour tascher d'avoir ce passage sur le Danube, les ennemis marchant cependant par le haut du Mein pour gagner Nuremberg, et on ne met pas en doute la prise de Donavert et de Rain2, qui est sur le Lech.
M. le comte de Harcourt escrit qu'avec les trois mille hommes que les Catalans luy avoient donnez, et le renfort des quatre mille qu'on luy a envoyez de France, il se tenoit si fort dans ses retranchemens, qu'il se mocquoit de tous les efforts que le roy d'Espagne publioit de vouloir faire pour le secours de Lerida, et qu'il avoit advis du dedans de la place qu'il n'y avoit de vivres au plus que pour le mois prochain. Ce n'est pas que je ne sois adverty de bon lieu que ledict roy estoit résolu de tenter ce secours dans ce mois-cy, et qu'il croyoit avoir assez de forces pour en venir à bout; mais M. le comte d'Harcourt a eu tant de tems de se préparer à se bien défendre, que nous avons grand subject de croire, aussy bien que luy, qu'ils recevront l'affront.
Nostre armée navale s'est remise à la voile le 19e du courant, et la santé de M. le prince Thomas ne luy ayant pas permis d'y retourner, elle sera commandée par MM. les inareschaux de la Meilleraye et du Plessis-Praslin, conjoinctement en mer et en terre, si on desbarque; elle ne pourra pas combattre la [flotte ] ennemie , parce que nous avons advis qu'elle s'estoit retirée en Espagne. On avoit eu quelque pensée pour Final ; mais on s'en est désisté sur ce que l'on a appris que les Espagnols, prévoyant ce dessein, y avoient jette le marquis Serra avec quinze cens hommes, de sorte qu'on s'est remis entièrement auxdicts sieurs mareschaux de faire sur les lieux ce qu'ils jugeroient plus à propos, suivant les conjonctures et l'estat des ennemis, et il y a apparence qu'ils attacqueront quelqu'un des postes de Toscane, comme Porto-Loti gone ou autre, sur quoy nous attendons avec impatience de sçavoir
1 Lavingen, ou Lavinguen, était situé l'embouchure du Lech dans le Danube. Rain dans le duché de Neubourg, sur le Danube. est au sud de Donauwerth, sur le même af- Donavert, ou Donauwerth , se trouve à (lnent du Danube.
leur resolution , dont Vostre Altesse ne manquera pas d'estre aussytost Octobre informée. l6',r'-
Tous ces progrez, et les apparences qu'il y a de tous costez d'en faire tousjours de plus considérables, ont donné à penser aux ennemis, et les impériaux ont commencé à se vouloir garantir de l'orage en nous accordant touttes les conditions que nous avions désirées d'eux, dont le sieur d'Erbiguy1, neveu de-M. d'Avaux, est venu apporter la nouvelle à Leurs Maj estez, et que MM. les plénipotentiaires s'en alloient tous trois à Osnabruck, pour porter les Suédois à faciliter de leur costé l'adjustement de leur satisfaction , laquelle , une fois arrestée, la paix dans l'Empire est asseurée, et j'oserois bien dire la gèneraie, puisqu'il n'est pas à croire que les Espagnols demeurent seuls jamais à soustenir le faix de la guerre contre nous.
GXXX1V.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tome II, f° 38i recto. — Copie du temps.
A M. LE MARÉCHAL DE GRAMONT
[Fontainebleau,] 'i octobre 16/1G.
( EXTRAIT
Après avoir rappelé le projet du prince d'Orange d'assiéger Lière, comme on Ta vu p. 32i, Mazarin ajoute:
Je voyois que la marche que devoit faire l'armée pour se rendre vers ceste place estoit le mesme chemin de ses quartiers d'hyver, et ai sy fort craint que Mme la princesse d'Orange2 n'abouchast son mary, et ne trouvast moyen de faire éluder les bonnes intentions de l'Estat, que, dez le mesme jour, j'en escrivis mon appréhension à M. le duc | d'Enghien].
Henri -Lambert d'Erbigny, ou d'Her- et de Jeanne de Mesmes, sœur de Claude bigny, fut reçu maître des requêtes en de Mesmes, comte d'Avaux. 1660. II était fils de François d'Herbigny 2 Emilie de Solms. voy. p. 3t, note.
Ai.
Octobre. La suite a fait voir que nous ne nous sommes pas trompez, et, à la
■ 646; vérité, il est insupportable de voir que ladicte princesse sacrifie, comme elle faict, la gloire et la réputation de son mary l, aussy bien que l'advantage de la cause commune, pour son caprice et son interest particulier, l'empeschant d'agir dans une conjoncture qu'il avoit moyen de faire des progrez avec d'autant plus de facilité, que les ennemis venoient de détacher, du corps qu'ils ont de vostre costé, Piccolomini et Beck, avec quatre mille hommes, de sorte qu'il est vray de dire que M. le prince d'Orange, party avec dessein d'assiéger une place au secours de laquelle huict mille hommes pouvoient venir, s'est arresté sans rien faire, dez que ces huict mille hommes ont esté réduits à la moitié.
J'ay veu , dans vostre lettre, le joly accueil que ladicte princesse vous a faict. Je ne, puis assez estimer et louer la prudence et la modération avec laquelle vous l'avez receu, et, à la vérité, il estoit bien juste que la considération de M. le prince d'Orange et de M. le prince Guillaume, son fils, qui vivent si bien avec vous, prévalussent aux actions et aux incartades sy ridicules d'une femme. Cependant je ne puis assez m'estonner des belles raisons que ladicte princesse a alléguées pour justifier son procédé en nostre endroit. Je n'a vois pas, jusqu'icy, ouy dire que les caresses que nous font nos ennemis nous deussent faire manquer à nostre devoir, et à ceux qui ont autant contribué à nostre grandeur que la France a faict à celle de la maison de M. le prince d'Orange. 11 n'y a personne à qui ils soient plus libéraux de ces caresses qu'à mo\ . | au point] que mesme, depuis peu de jours, ils ont voulu me faire seul arbitre de la paix generalle; mais j'ay eu un peu plus de tenue et de fermeté qu'elle, et peut-estre aussy qu'elle ne sera pas longtems sans se repentir de sa judicieuse conduite. Cependant celle que vous tenez, pour ne pas faire cas de toutes ses excuses, est fort bonne et digne de ce que vous estes.
On m'asseure tousjours que l'intention de MM. les Estats est telle que nous pouvons désirer; peut-estre que l'arrivée de Milet2 avec les
' Comparez les Mémoires du maréchal de Gramonl, p. 271 (édit. cilée). — s Voyez I. I des Lettres de Mazarin , p. 6 '10.
depesches qu'il a portées, le siège de Dunkerque que M. le prince d'Orange ne croyoit pas [possible], la foiblesse des ennemis que vous aurez sceue par le détachement qu'ils ont faict de la moitié de leurs Irouppes, et les plaintes que le sieur de Brasset aura faictes à la Haye. vous donneront lieu de remettre ce que l'abouchement de ladicte princesse avec son mary a gasté. Je vous prie de ne vous point lasser d'y travailler jusqu'au bout, et de vous souvenir tousjours de ce qui se passa à Hulst la campagne dernière '.
J'ay fait passer le sieur Boyer par l'armée de M. le duc [d'Enghien], atîin qu'il vous porte de ses nouvelles et ce qu'il aura eu à vous mander.
Dez que M. le Duc me fera sçavoir la resolution précise qu'il aura prise pour la voye de vostre retour, laquelle j'altens d'heure à autre . je ne manqueray pas de pourvoir, en tout ce qui pourra dépendre de nos forces, à la seureté de vostre passage, s'il n'est par terre; mais, comme je le vous ay mandé cy-devant, je ne m'y trouve pas peu embarrassé, à cause de l'esloignement de nos troupes des quartiers où nous en aurons besoin pour aller à vostre rencontre, si vous venez par mer et que l'on ayt affaire d'argent. Pour cela, vous pourrez vous adresser au sieur Brasset, qui aura assez de crédit dans le pays pour trouver quelque somme, et je le feray aussitost rembourser d'icy.
Vous pouvez estre asseuré qu'il n'y a personne qui compatisse plus que je fais à toutes les peines et aux chagrins que vous avez de delà ; mais vous devez avoir au moins celte consolation (rue, quand mesme l'armée de MM. les Estats se. retireroit sans rien faire, on connoist fort bien icy qu'en vostre particulier vous aurez mérité autant que si vous aviez pris dix places.
Je vous diray, en confidence, que l'on me mande de Bruxelles que Castel-Rodrigo est asseuré positivement, par Mme la princesse d'Orange, que son mari n'entreprendra rien, .l'aurois peine à croire une action si noire, nestoil que je considère qu'il serait impossible que l'armée
' Voyez ci-dessus, p. 257, où la prise d'Ilulsl est mentionnée.
Octobre
Octobre de MM. les Estats estant si puissante et dans un endroict si jaloux, les i646. ennemis songeassent à destacher tout à coup la moictié de leurs forces pour les envoyer de ce costé-cy, s'ils n'avoient quelque certitude qu'on ne les attacquera point delà. C'est le mylord Gorin, qui a esté ambassadeur d'Angleterre icy, qui a faict les allées et venues, et qui est l'entremetteur de cette belle négociation entre Castel-Rodrigo et ladicte prin-
cesse.
Archives des Affaires étrangères (France), t. XXII, p. 179-181. — Copie du temps.
A M. LE PRINCE
[Fontainebleau,] h octobre i6'i6.
(extiuit.)
Le Pape s'est enfin porté à donner satisfaction au Roy en l'affaire de MM. les Barberins1, qu'il a remis en tous leurs biens, charges, dignitez et bénéfices, comme ils estoient avant leur départ de Rome, sans autre condition que d'aller à Avignon, et rendre ce respect à Sa Sainteté. Un chacun escrit d'Italie que le retour de son armée2 navale en ces mers-là n'a pas nui à porter Sa Sainteté à prendre cette resolution. Pour moy, je l'attribue à la connoissance qu'il a eue de la justice de la chose et à l'envie de contenter le Roy. Il est à croire aussy qu'ayant faict ce premier pas il n'en voudra pas perdre le mérite, et se résoudra à donner toute satisfaction sur les autres points que la France prétend de luy, et on faict estât icy d'y depescher au plus lost un ambassadeur3, ainsy qu'il fut résolu au conseil où Vostre Altesse assista.
1 L'apparition d'une nouvelle flotte sur s'agit évidemment de l'armée du roi de les côtes d'Italie frappa la cour de Rome France.
d'éronneiiienl et de terreur, et ce fut alors 3 Fontenay-Mareuil fut, en effet, envoyé
qu'Innocent X se décida à donner satisfac- à Rome en qualité d'ambassadeur dans les
tion à la France, au moins en ce qui con- premiers mois de l'année 16/17, comme
cornait les Rarberins. on le verra dans la suite de la correspon-
2 11 y a bien son armée dans la copie. Il dance de Mazarin.
Nostre armée navale partit d'Oneille ! le 2 3e du passé, aprez y avoir Octobre embarqué le mareschal du Plessis-Praslin, avec quatre mille hommes ,0'l(' elïéctifs , sans les officiers.
Les dernières nouvelles que nous avons de Flandres sont que M. le duc [d'Enghien] pressoit vigoureusement Dunkerque, et que les ennemis avoient détaché Beck et Picolomini, avec quatre mille hommes du corps qu'ils opposent aux Hollandois, pour les faire joindre à Caracena prez de Nieuport, et voir s'il y auroit lieu de tenter le secours de la place; mais eux-mesmes, dans le mesme lems qu'ils en faisoient le dessein, desesperoient d'y avoir bonne yssue , et, à la vérité, M. le Duc a mis son camp en si bon estât, que, s'ils se resolvoient à l'attaquer, cela ne serviroit qu'à relever davantage la gloire des armes du Roy et la sienne par l'affront qu'il leur y feroit recevoir.
M. l'ambassadeur extraordinaire de Suéde2 part aujourd'huy d'icy tres-content des honneurs et des traittemens qu'on luy a faicls. Je me suis estudié particulièrement à luy imprimer dans l'esprit les raisons publicques et particulières de la personne de la reyne de Suéde, qui dévoient obliger Sa Majesté à faire la paix sans deslav et à faciliter les points de la satisfaction qu'elle prétend. H m'a paru en estre tres-persuadé, et m'a mesme dict, en grande confiance, que c'esloit le sentiment et l'intention de la Reyne, sa maistresse, et que ses ministres feroient les derniers efforts pour avoir la satisfaction qu'ils demandoient, mais qu'à la fin, s'ils y trouvoient trop d'obstacles, ils apporteroient les facilitez qu'on peut désirer d'eux pour un prompt accommodement.
La reyne de Pologne3 a escrit à la Reyne que le Roy, son mai y. desiroit l'ordre du Saint-Esprit, et que luy-mesine en escriroit icv. C'est une grande déclaration et une chose qui aura de l'esclal dans toutte la Chrestienté; on attend des lettres dudict Roy, pour résoudre
1 Le port d'Oneille était situé sur la côte cour de France pour la remercier des seide Gênes, mais dépendait du duc de Savoie. vices quelle avait rendus à la Suède eu la
2 Le comte Magnus-Gabriel de la Gardie. réconciliant avec le Danemark.
que la reine Christine avait envoyé à la : Marie. de fionzkgue-JVevèrs, v. p. 260
Octobre âpFez la chose dans les formes; et, si Vostre Altesse ne fait estât de i646, revenir dans peu de jours , je la supplie de me mander là-dessus ses sentimens.
Les Espagnols mont faict faire diverses propositions semblables à celles de l'année dernière, d'envoyer icy pour traitter et conclure la paix, me flattant de l'honneur de m'en faire l'arbitre. J'ay faict la mesme response qu'alors pour les raisons que Vostre Altesse jugera assez; car, outre que tous respects veulent que l'on persiste à ne rien traitter que dans l'assemblée générale, je ne puis pas m'imaginer que l'affection qu'ils me tesmoignent, pendant que je ne m'applicque qu'à leur faire du mal, pour satisfaire à ce que je dois envers le Roy, parte d'autres principes que de celuy de nuire à l'Estat.
Original signé; Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
AU PRÉSIDENT DE RELLIÈVRE
Paris, i3 octobre 1666.
(extrait.)
Après avoir entretenu le président de Bellièvre des affaires d'Angleterre, Mazarin continue ainsi :
J'acheveray cette lettre en me resjouissant avec vous de la prise de Dunquerque et de ce que l'armée de M. le duc d'Anguien est en estât de faire encore d'autres progrez; de ce que Lerida est aux abois, à ce que nous a mandé le comte d'Harcourt; de ce que nostre armée navale a débarqué les troupes à l'isle d'Elbe, où MM. les mareschaux de la Meilleraye et du Plessis-Praslin ont formé le siège de Porto- Longone \ place très-importante; de ce que le Pape, ayant à la fin reconnu qu'il ne pouvoit pas espérer un grand appuy des Espagnols,
Port situé sur la côle sud de l'île d'Elbe.
DU CARDINAL lUAZARIN. 329
dans la foiblesse où ils sont reduicts, quand mesme, pour les favo- Octobn riser, il coutinueroit à nous maltraiter, a commence à nous donner l,K'16 satisfaction, ayant remis la maison Barberine dans ses biens, charges et bénéfices; de ce que les princes d'Italie, qu'on croyoit les plus affectionnez à l'Espagne, font assez paroistre l'envie qu'ils ont de s'attacher nu party de France; et enfin de ce que la negocialion de la paix dans l'Empire et celle avec les Espagnols sont avancées à un tel point, que j ;i\ grande raison de croire qu'elles pourront estre signées avant que Tannée finisse. Vous profiterez, s'il vous plaist, de cet advis, à l'advantage du Roy de la Grande-Bretagne, ainsy que vous le jugerez plus à propos.