‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 51 sur 146 · CXXXV1I · texte numérisé non relu

CXXXV1I

Archives des Affaires étrangères (France), I. XXII, f°s 186-188. — Copie du temps.

A M. LE PRINCE

[Paris,] 20 octobre i<J46.

Monsieur, .Nous avons eu de l'inquiétude qu'il ne fust survenu quelque accident entre la capitulation de Dunkerque et la reddition de la place. M. le marquis de Fors ', qui devoit en apporter les nouvelles, n'estant arrivé icy que dimanche au soir bien tard, quoyque les armes du Roy y deussent entrer le jeudy au point du jour. J'ay voulu attendre ce dernier advis avant que me resjouir avecVostre Altesse de cette importante conqueste, et luy tesmoiguer qu'outre l'utilité et l'advantage pour cette couronne et le grand esclat que fera cette acquisition hors du royaume, j'en ay encore un ravissement particulier pour l'accroissement de la gloire de M. le duc (d'Engliicn). Je m'asseure qu'il aura encore reconnen. en cette occasion, par les assistances qu'on a tasché de luy donner d icy pour venir à bout de cette entreprise, la véritable passion que j'ay pour tout ce qui regarde son service et son contentement.

1 Louis Poussart du Vigean. marquis de Foin, lut nommé maréchal de camp le 20 février 16/19.

haz \m\. — 11. h-i

Octobre Cette nouvelle est de tel poids, qu'elle pourrait bien aller seule:

neantnioins je ne laisseray pas de toucher un mot à Vostre Altesse de ce qui se passe aux autres endroits.

M. le comte d'Harcourt continue tousjours à asseurer qu'il aura bientost raison de Lerida, malgré tous les efforts des ennemis, et, en effect, aprez avoir esté en présence de nostre camp quelques jours, et recogneu nos retrancliemens, ils se sont retirez et venus dans la plaine d'Urgel; mais ce que j'appréhende est que le siège ne soit un peu plus long qu'il ne croit. Vostre Altesse sçait ce que je luy ay dit, dez le commencement, des vivres qu'il y aura dans la place, et que j'ay tousjours plus craint la sobriété et la patience des assiégez que touttes les attaques que le roy d'Espagne sçauroit faire pour forcer nos retranchemens. Le gouverneur a mis hors de la place douze ou quinze cens femmes ou enfans. Les nostres les y ont rechassez par force; mais, comme ils retonrnoient, on leur a tiré plusieurs coups de canon chargez de cartouches, qui en ont tué bon nombre. Cette inhumanité a achevé de rendre furieux les peuples de Catalogne contre les Espagnols, et, à la fin, M. le comte d'Harcourt, voyant que toutte cette trouppe mourait de faim entre la place et le camp, sans apparence que le gouverneur souffrist qu'ils rentrassent, les a receus et envoyez en divers villages.

Il est arrivé icy un courrier de l'armée navale, qui a apporté la' nouvelle de la prise de la ville de Piombino1, où il y a citadelle et chasteau, et dont, avec peu de despense et peu de tems, on peut faire une fort bonne place. On ouvrit la tranchée le 10e devant Porto- Longone, avec bonne espérance de l'emporter dans un mois; c'est leporl le plus vaste et le plus seur que les Espagnols ayent en ces quartiers-là . et la place la mieux fortifiée par l'art et par la nature. Piombino et elle s'enlredefendent l'une l'autre.

Le Pape continue à monstrer une satisfaction indicible de la resolution qu'il a prise de contenter Leurs Majestez en l'affaire des Barberius:

1 Cette ville de Toscane s'était rendue le 8 octobre.

ce (jui faisoit espérer à un chacun, on celte cour-là, qu'il tiendroit, à Octobre ['advenir, une conduite, à l'esgard de cette couronne, toute différente ,fi/|6 de celle du passé, et qu'il ne tarderait pas longtems à remettre Beaupuy.

Les armées confédérées, en Allemagne, assiègent Augsbourg; mais on n'a point de nouvelles particulières de ce qui se passe en cette attaque.

Les traitiez de la paix s'advancent fort; on en est maintenant sur l'affaire de Lorraine et sur celle de Portugal. Les Espagnols déclarent aussy ne vouloir rien conclure sans l'Empereur, sur quoy il faut nécessairement attendre la response des lettres que l'on a escrit en Suéde pour pouvoir adjuster la satisfaction que cette couronne-là prétend. H \ a pourtant lieu de se promettre qu'elles viendront favorables pour pouvoir mettre la dernière main à ce grand œuvre, puisqu'il semble que la contestation soit reduitte à la seule ville de Stettin, que les Suédois veulent avoir et que Brandebourg ne veut en aucune façon lascher1. L'affaire pourra bien aller à un desdommagement d'argent à celuy des deux qui ne l'aura pas.

CXXXVUI.

Original signé; Bîbl. imp. (le Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.

A M. BRASSET.

! Paris, | 37 octobre i646.

Monsieur,

J'ay receu vostre depesche du 1 5e du courant, que j'ay trouvée

pleine de points bien substantiels et [de] beaucoup de raisonnemens

dignes de vostre sullisance, que j'ay veus avec plaisir. Quelque issue

qu'ayt le siège de Venloo, dont je commence à doubler, puisque les

' La Suède obtint la Poroéranie intérieure ebés d'Halberstadt, de Minden , de Camin cl et la ville de Stettin; on donna en compeD- l'expectative de rarcbevêclié de Magdebourg, -ation à l'électeur de Brandebourg les évé- qui avait été sécularisé.

Ili'lli

Octobre Espagnols y jettent du secours autant qu'ils veulent, nous en aurons tousjours tiré cet advantage de pouvoir induire certainement que [MM. les Estats '] n'ont point trempé à l'oisiveté où leur armée a langui toute cette campagne, et laissé perdre de si favorables conjonctures de faire de grands progrez. Les ordres qu'ils ont envoyé de nouveau à l'admirai Tromp confirment encore cette vérité, et je vous advoue que j'ay surtout esté ravy de la repartie que vous me marquez qu'ils ont faicte à leurs plénipotentiaires sur les instances d'envoyer sans deslay leur ratification , et que ce grand empressement leur a donné plus d'ombrage que donné envie de rien précipiter. 11 se voit que le gênerai 2 conserve les bons sentimens pour la cause commune, que nous devons désirer, et que, s'il y a quelque membre gasté, il n'a pas le pouvoir de corrompre le reste, qui est sain.

Vous avez parlé avec grande prudence sur les jalousies qu'a eues la province de Zeelande, que tout commerce ne fust attiré à Dunquerque, en suite de l'article de la capitulation, qui confirme aux liabitans tous leurs privilèges et exemptions. Il sera bon de continuer à dire que, pendant la guerre, nous ne songerons pas beaucoup au trafic, et que, dans la paix, le Roy considérera autant les advantages de ses amis que les siens propres, si leur conduite l'y a obligé.

Je vous prie aussy de vous bien appliquer à cultiver l'affection de la province de Hollande, qui reprend peu à peu les sentimens que nous pouvons souhaiter. Elle voit bien que la France n'a pas subject d'estre satisfaicte de M. le prince d'Orange, et cela pourra servir encore à l'unir estroictement dans tous nos interests. Si vous avez donné part à MM. les plénipotentiaires que les députez de MM. les Estats leur ayent escrit que c'estoit maintenant la France qui les pressoit de conclure sans remise, je ne doubte point qu'ils ne vous en ayent destrompé, et il importe de publier le contraire, parce que, comme on vous l'a

La copie envoyée par M. Léouzon Le pour désigner le gouvernement des Pro-

Duc porte l' Estai, mais la suite indique vinces-Unies des Pays-Bas. que c'est une erreur, et qu'il faut lire '" C'est-à-dire la majorité des Etats des

MM. les Estais, expression adoptée alors Provinces-Unies.

dict, les Espagnols peuvent avoir appris la mesme chose à la Haye , et Octobre elle seroil capable de produire un très-mauvais eiïect, et de recaler ,6Û6' la paix, sur l'imagination qu'ils se me ttr oient d'abord eu teste que quelque raison secrète et bien pressante nous la faict désirer.

J*a\ trouvé bien puissantes les deux considérations que vous me marquez que les personnes sensées [des Estats] ont faictes pour continuer pluslost la guerre aux Indes ' que de s'y accommoder comme de deçà , et ça esté avec beaucoup d'adresse que vous avez profitté de cette occasion pour leur représenter l'advantage qu'ils tireroient, s'ils vouloient se bien unir avec le roy de Portugal, qui en lient les passages. 11 faut continuer à insister sur ce point; car, quelque aigreur (pie lesdicts Estais ayent contre ledict Roy, comme il est certain qu'autant qu'il despendra de luy, il a intention de leur donner satisfaction entière , il semble qu'ayant l'interest qu'ils ont de se joindre contre le véritable ennemi commun, les raisons qu'on leur alléguera souvent là dessus pourront, à la fin, faire impression dans leur esprit, et les porter à ce que nous desirons.

On a payé le subside extraordinaire et le premier terme de l'ordinaire, et j'ay faict [en sorte] que Sa Majesté a donné des ordres pour payer l'autre. On travaille maintenant à l'exécution, en sorte que vous pouvez asseurer qu'il y sera ponctuellement satisfaicl , comme M. Hceust escrira peut-estre plus particulièrement.

Pour les affaires de la maison Palatine, vous vous y conduirez de cette façon que vous fassiez tousjours cognoistre que Sa Majesté l'ayme et la considère beaucoup et luy procurera tous les advantages possibles; mais que, pour le bien de la paix, il est nécessaire que chacun relasche de ses prétentions; car, sans cela , on ne pourroit jamais en venir à bout, et nous sommes les premiers à fournir l'exemple des conseils que nous donnons sur cette matière.

J'ay considéré ce que vous me inarquez des divisions qui commencent à se former de delà, pour les différends de religion. Ce sont des

' 11 s'ogït ici des Indes occidentales ou de l'Amérique.

Novembre étincelles qui pourront un jour causer de grands embrasemens el H)/"' peut-estre ruyuer cet Estât. J'eusse esté bien ayse que vous n'eussiez pas retenu le livre que vous aviez faict dessein de m'envoyer. Je vous prie de me l'adresser, et tous ceux qui s'imprimeront de nouveau, sans exclure mesme les libelles, et quoiqu'ils soient en langue du pays. Je vous en auray obligation.

Original signé; lîibl. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Due.

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