A M. DE BELLIÈVRE
Pans, 12 novembre i646.
( EXTRAIT
Je vous diray qu'il ne se peut rien adjouster à la prudence, à l'adresse et au zèle avec lequel vous vous conduisez de delà pour mettre les affaires du roy de la Grande-Bretagne dans le bon chemin, et, à la vérité, si Sa Majesté y contribuoit de son costé, ce qu'il pourroit et devroit faire, je m'asseure qu'elles seroient en Testât que nous pouvons désirer. C'est une fatalité à laquelle je ne vois point de remède que celuy de prier Dieu qu'il luy plaise dessiller les yeux de Sa Majesté et luy faire cognoistre son bien et pratiquer les moyens d'y parvenir; car, en vain, de bons médecins esperent-ils de rendre la santé à un malade, s'il rejette tous les remèdes qui peuvent la luy donner.
Je vous asseure que, dans la passion que j'ay pour tous les interests du roy de la Grande-Bretagne et la tendresse que j'ay pour sa personne, je suis au desespoir de voir que toutes les diligences qu'on faict pour le tirer du malheur où il se trouve ne produisent aucun eflect,
' Le président de Bellièvre, ambassadeur sais exigeaient , comme condition nécessaire
■le France en Angleterre, s'était rendu à du traité, que le roi reconnût la religion
iVewcastle , où se trouvait alors Charles Ie'. presbytérienne à l'exclusion de la religion
Ce prince s'était retiré dans le camp écos- anglicane. ( Voyez Y Histoire dr la révolution
sais, el négociait avec le parlement d'Ecosse d'Angleterre, par Guizot. t. II. p. 178 de la
et avec le pai louent d'Angleterre. Les Écos- 3e édition.)
DU CARDINAL MAZAÏUN. :s:5.r>
l'aille de vouloir consentir à ce qu'on kiy demande sur le point du Novembre presbyteriat. Je vous advoue que jamais je a'ay peu comprendre ses raisons, et ne vois pas aussy qu'on ayt peu respondre jamais à celles qui luy ont si souvent esté alléguées pour vaincre sa dureté en cette matière. Je ne prétends pas vous en entretenir de nouveau, sçacbant qu'il est superflu, aprez que je vous en ay tant dict et mandé, outre que vous estes plus persuadé qu'aucun autre de ce que le Roy devroit l'aire sur ce point.
J'ay esté aussy fort surpris de voir la response que ledicl Roy a l'aide aux propositions qui luy furent envoyées par le parlement d'Angleterre, dans laquelle il consent à beaucoup de choses que malaisément ses serviteurs se fussent jamais résolus de luy conseiller, tant parce que son authorité y est blessée au dernier point, que parce qu'il n'ignore pas que les parlementaires, ayant toute autre pensée que celle de conserver la royauté, quelque chose qu'il leur accorde, il ne pourra jamais venir à bout de se reconcilier avec eux. Je l'ay trouvée plus estrange que je ne puis dire, et sans doute, tous ceux qui auront cognoissance de cette affaire en jugeront de mesme, veu que, dans le mesme temps qu'il consent à des choses de tres-haulte importance et tres-prejudiciables à son service, qui ne produiront aucun fruict pour son restablissement, il refuse d'accorder librement le presbyteriat, dont la concession ne luy peut nuire en rien , et le met d'abord en estât d'estre en peu de tems plus puissant qu'il n'a jamais esté.
Vous recevrez cy-jointe la depesche de la reyne de la Grande-Bretagne pour le Roy. Elle luy escrit, à ce que le mylord Germain ma dict de sa part, dans les termes les plus pressans qu'elle a peu trouver pour le faire résoudre à la concession de ce presbyteriat, et vous continuerez, s'il vous plaist, avec plus de soin et d'application que jamais, pour l'y faire porter. 11 y a subject d'espérer qu'à la fin il ouvrira les yeux à son propre bien, et qu'il profitera des conseils salutaires qu'on luy donne avec la seule pensée de son advantage.
Il faut pourtant, s'il vous plaist, prendre garde, dans ce troisième party duquel vous me parlez, que, si ledict Roy, consentant au pies-
Novembre byteriat en la forme qu'on le luy demande, ne voit à gagner tous les Escôssois généralement et le party presbytérien anglois, il se pôurroit faire qu'il auroit accordé tout ce qu'on luy auroit demandé et qu'il n'auroit gagné qu'une partie des Escôssois, avec lesquels il ne seroit pas assez fort pour venir à bout des autres et de l'Angleterre; mais, au contraire, il pôurroit en estre plustost ruiné.
Si le roy de la Grande-Bretagne voyoit mon cœur, et avec quelle passion je songe continuellement à tout ce qui est de ses interests, sans que les grandes occupations m'en divertissent, je m'asseure qu'il auroit beaucoup de croyance1, et leroit grand cas de ce qu'on luy conseille de ce costé-cy; car je vous asseure que je compatis de telle sorte au misérable estât dans lequel un si grand Roy et un si bon prince est reduict, que je ne ferois aucune difficulté à donner de mon sang propre pour l'en tirer, et, comme je ne vois pas qu'on puisse luy donner une plus véritable marque de l'affection de la France que celle de traieter la conclusion de la paix, je vous puis dire avec vérité que le principal motif qu'ont Leurs Majestez d'y apporter toute sorte de facilité est la considération dudict Roy; et, en effect, toutes les grandes espérances qu'il y a de faire des progrez notables dans la continuation de la guerre, que la foiblesse des ennemis et le malbeur qui les accompagne de tous costés nous font concevoir avec raison , n'ont pas empesché que nous ne nous soyons relaschés en quelques points de très-grande importance favorables aux Espagnols, affin que le traiclé peust estre achevé sans deslay, et il semble que toutes choses soient disposées en sorte que l'année ne se passera pas que les conditions n'en soient arrestées et peut-estre signées.
Mais comme, lorsque la paix s'approcbe davantage, il ne faut pas oublier les affaires de la guerre pour tout ce qui peut arriver, je vous prie de travailler [eu sorte] que nous puissions avoir au plus tosl, à Dunkerque, au moins mille Escôssois, pour mettre dans le régiment de Douglas et ( dans] les autres qui sont en Flandres presque reduicts à
La phrase est incomplète; il faut sous-en tendre : à ww conseils
rien. J'en escris un mot au colonel Moray l; mais je vous prie, en tout Décembre cas, de vouloir vous y applicquer aussy, et mesme, s'il est nécessaire, de ,f)/l6faire faire un voyage au sieur de Montreuii pour haster cette levée. 11 faut lascher d'en envoyer ensemble le plus grand nombre qu'il se pourra : car, les faisant passer à petites troupes, elles se dissipent aussytost.
Le roy de la Grande-Bretagne ne sçauroit prendre une résolution plus propre pour son entière ruine que de se retirer en France, et, à la vérité, l'envie qu'il a devoir la reyne, sa femme, n'est pas une raison assez forte pour l'esloigner si fort du chemin qui le peust restablir.
Les Donquerquois, ou ceux qui festoient autresfois, font beaucoup de mal dans la coste de Normandie, et puis se retirent en Angleterre et y sont bien receus. Il importe extrêmement de remédier à cela, et que l'on en fasse des plaintes au Parlement, a (lin qu'il y donne ordre. Je vous prie d'escrire conformément à cecy à M. vostre frère 2.
Après la prise de Piombino 3, nous avons receu hier la nouvelle de celle de Porto-Longone, dont vous sçavezla conséquence. C'est le port le plus seur et le plus grand que les Espagnols ayent dans les costes de Toscane, et ostela communication par mer du royaume deNaples dans l'Estat de Milan. La place est fortifiée régulièrement, sise sur un roc, et ne peut estre attaquée que d'un costé, où il y a deux demy-lunes. Leurs Majestés en iront rendre grâces solemnelles à Dieu, à Nostre-Dame, cette sepmaine.
Original signé; Bibt. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
Al PRÉSIDENT DE BELLIÈVRE.
[Paris,] 10 décembre 1666.
Monsieur, On vous envoyé le courrier que vous nous avez depesché, par
1 Ou Murray. 3 Piombino avait été pris le 8 octobre
; .Mazarin écrivait lui-même dans ce sens 16&6, par les maréchaux de la Meilleraye
au président de Grignon, frère du prési- et du Plessis-Prasiin, et Porto-Longone le
dent de Bellièvre. Voy. aux Analyses. 99 du même mois.
UAZABIR. — 11. h'i
Décembre lequel la reyne d'Angleterre escrit au long ses sentimens au Roy sur toutes les affaires qui sont sur le tapis, qui consistent principalement à se tenir ferme aux points contenus dans vostre instruction, si ce n'est que la response que ledict roy a mandé icy estre sur le point d'envoyer à Londres l'ayt desjà esté; car, en ce cas, il faudra attendre quel succez auront produict les facilitez que le Roy apporte sur divers points.
La proposition que le Roy a faicle de mettre la royauté en la personne de M. le prince de Galles est un [tesmoignage] 1 de la passion qu'il a pour sa famille et du regret qu'il auroit que l'on pustdire que. faulte d'avoir facilité le point du presbyteriat , tout se fust perdu; mais, comme je ne la vois pas praticable, et que, d'ailleurs, je suis de vostre sentiment, je crois qu'il fault d'autant plus l'en dissuader, que la reyne et le prince de Galles, qui ont esté infiniment surpris de la bonté de Sa Majesté, ne peuvent seulement souffrir qu'on parle d'une chose semblable.
Je vous prie d'avoir l'esprit en repos sur la confiance dudict roy; car je reconnois bien, par les lettres que Sa Majesté escrit icy, qu'il l'a tout entière en vous, et que les satisfactions qu'a la reyne de la Grande- Bretagne des soins que vous prenez pour tout ce qui regarde le bien de leurs affaires sont au point que vous pouvez souhaiter.
Il y a quelqu'un qui croit que la principale raison de la dureté des Escossois, qui correspondent si mal à tout ce que le roy de la Grande- Bretagne a faict jusques icy pour les obliger, procède du double qu'ils ont des effects des promesses de la France, de sorte que c'est à quoy vous avez à travailler plus efficacement et mesme de leur en offrir positivement toutes les asseurances qu'ils pourront désirer de vous par escrit, moyennant que, de leur costé, ils s'engagent aux choses que portent vos instructions.
H semble que cela est d'autant plus nécessaire, que le Roy leur a «lesjà donné toutes les satisfactions qu'ils pouvoient désirer touchant le
Il y a, dans la copie, estât, qui ne présente pas de sens.
DU CARDINAL MAZÀRIN. 339
presbyteriat et le reste de leurs demandes, et que de joindre les Es- Décembre cossois au roy, c'est la seule voye qui le peut sauver. '(,'','•
Vous sçavez les choses précises dont, vous pouvez asseurer les Escossois : premièrement, que la paix générale se faisant, comme, Dieu merc\, nous en sommes à la veille, la France se déclarera en faveur du i'oy de la Grande-Bretagne, comme aussy que, dez à présent, s'il ne manquoit, pour faire déclarer les Escossois en faveur du roy, si ce n'est que la France se declarast. Leurs Majestés y seroient disposées, pourveu que l'on vist évidemment l'utilité x du restablissement du roy. Quant à l'argent, vous sçavez ce que l'on vous a mandé, et on se saignera volontiers pour exécuter tout ce que vous adjusterez.
Je vous puis asseurer que le roy de la Grande-Bretagne est aussy persuadé que vous et moy le pouvons estre que c'est icy la seule voye de salut qui luy reste, et qu'il ne songe à aller à Londres ou sortir d'Angleterre, et n'y songera jamais, que lorsque les dernières nécessitez l'y obligeront et l'impossibilité de réussir à cecy, et je vous prie de croire que je vois cette vérité d'une façon qu'il me semble que je [ne] sçaurois y estre trompé. En cas que la response que Sa Majesté avoit dessein d'envoyer à Londres ne soit point portée, je vous prie de travailler à faire qu'elle soit conforme au project qu'on luy en a adressé d'icy. Si elle est partie, et qu'elle ayt produict quelque chose qui obligeast à changer ce qui est contenu dans cette depesche , vous attendrez, s'il vous plaist , qu'aprez en avoir eu vos advis, nous ayons eu le tems de vous faire sçavoir de nouveau là-dessus les sentimens de la reyne de la Grande-Bretagne:
M. Douglas a fait escrire icy qu'il y avoit cinq cens hommes tout prests à passer pour son régiment. Je vous prie de faire tout ce qui se pourra pour cela et pour nous faire avoir au moins mille hommes, ainsy que je vous ay dcsjà souvent mandé le besoing que nous en avons.
1 II y a utilité clans ta copie; il fauchait lire probablement possibilité.
3/iO LETTRES
Décembre i646.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome Vil, f" 845. — Copie du temps.
Al DUC DE LONGUEVILLE.
[Paris,] 10 décembre i6ifi.
(extrait.)
Depuis ma lettre escrite, le chevalier d'Austrin (ou Austrain), qui est à moi, est arrivé de Catalogne, lequel m'a confirmé, en substance, ce que vous verrez, par le mémoire du Roy touchant la levée du siège de Lerida1, quoy qu'il y ayt plusieurs autres particularitez qu'on vous mandera par la première occasion. A vous parler confidemment, M. le comte d'Harcourt a esté surpris; ce qui paroistbien estrange, puisque, ayant si proche de luy une armée ennemie, il semble qu'il ne devoit rien oublier pour estre adverty de tous les pas qu'elle faisoit. Outre que toutes les lettres du 20e [novembre] portoientque l'on devoit combattre le lendemain; mais, le 21e, les ennemis, ayant pris le chemin de Fragues, l'on crut qu'ils se retiroient. Ce pendant, ils retournèrent tout court, sans aucun canon ni bagage, comme vers nostre camp, en sorte qu'ils se furent plus tost emparez du fort que M. le comte d'Harcourt n'eust esté adverty de leur attacque, et, pendant qu'il faisoit aller toutes ses forces vers ledict fort pour tenter de le reprendre, ils forcèrent aisément le costé de la rivière et introduisirent par là du secours dans la place.
Il n'est pas extraordinaire de voir emporter des retranchemens par une armée de beaucoup supérieure à celle qui les delîend; mais il paroist bien estrange, en'cet événement, que les ennemis, n'ayant point de canon, et n'estant pas plus forts que M. le comte d'Harcourt, qui a voit eu loisir, pendant sept mois2, de bien fortifier son camp, ils
1 Le comte d'Harcourt avait levé le siège 2 La ville de Lérida était assiégée depuis
de Lérida le 21 novembre 16/16. le mois de mai.
iCi'iC».
l'ayent forcé avec tant de facilité qu'ils ont l'ait. Ledict sieur comte y Décembr* a faict des merveilles de sa personne , a eu deux chevaux tuez sous luy elreceu plusieurs coups, particulièrement sur son pot1, dont il n'est pourtant pas blessé. Il faut compatir les malheureux; mais, à la vérité, sa conduite n'est pas soustenable depuis le commencement jusqu'à la lin de cette entreprise.
Mazarin exprime toutefois l'espérance que le comte d'Harcourt chassera les Espagnols de la plaine d'Urgel, lorsqu'il aura reçu des renforts.
Les plénipotentiaires ne doivent tesmoigner aucune altération dans leurs projets par suite de cet événement, et l'aire insinuer adroictement à nos parties que ce leur est un grand bonheur que cela ne nous divertisse point du dessein de faire la paix , et que la France sacrifie à la passion de restablir au plus tost le repos de la chrestienté les senlimens de vengeance qu'elle pourroit avoir pour ce petit eschec.
GXLII.
Original signé; Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
A M. BRASSET.
[ Paris,] ai décembre i640.
Monsieur, On m'a adressé un papier, dont vous trouverez la copie icy joincte 2,
' Sorte de casque qui ne couvrait que le haut de la tète.
2 Cette copie se trouve parmi les lettres conservées à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. En voici le texte: "Que la France a promis au pape de prendre les armes contre ceux de la religion, et de commencer par l'Angleterre; que de France •m mande que ceux de la susdicte religion y sont menacez d'estre massacrez: que les
François ont diminué les gages des ministres protestons, introduit les mornes, vendu les offices et donné en amodiation les revenus des places qu'ils possèdent dans le bas Palatinat pour trois ans; qu'on consulte en Fiance pour révoquer les ordres donnez aux plénipotentiaires de France au regard d'Espagne, s'ils ne [se] sont point accordez avant Noël, i
Décembre des bruicts que i'oiit semer pariny les Provinces-Unies, pour y rendre ifi'16. ja prance odieuse, des personnes mal intentionnées, à la suggestion, à ce que l'on m'asseure, de quelques-uns des depputez de MM. les Estats à Munster, qui sont entièrement gagnez par les Espagnols.
C'est un artifice diabolique, qui n'est pourtant pas mal aysé à destruire dans l'esprit des gens qui auront tant soit peu de sens commun, puisque tout ce dont on nous accuse n'a aucune apparence de fondement.
Premièrement, personne n'ignore que l'intelligence entre le Pape et la France n'est pas si grande que, pour luy plaire simplement, on se veuille icy porter à aucune resolution tant soit peu extraordinaire. De plus, quand il seroit vray que la France voudroit, aprez la paix, envoyer quelques troupes en Angleterre, on ne voit pas pourquoy ce seroit attaquer le party protestant, puisqu'il est vray de dire qu'elles [ne] sçauroient agir dans ledict royaume que ce ne soit tousjours en faveur dune personne qui, par malheur, est aussy avant plongée dans les erreurs du party protestant et de î'heresie que tous ceux qui luy sont contraires par des interests d'Estat. Mais la vérité est que nous ne songeons à quoy que ce soit là-dessus, et, la paix estant faicte , rien n'est plus important pour le royaume que de le laisser jouir d'un plein repos.
La calomnie du massacre que l'on médite en France contre les religionnaires est trop absurde pour y respondre; outre qu'elle est impraticable, que la résolution en a esté autrefois si odieuse et [a] produict tant de maux1, il se voit que Sa Majesté ne faict aucune distinction de ses subjects, qui luy sont tous fort fidèles, et respandent tous les jours esgalement leur sang pour son service, Présentement mesme, ce sont deux chefs de cette religion, qu'on doit exterminer par des massacres. qui commandent son armée d'Allemagne , et l'une des deux qui sont en Flandres -.
' Voyez, sur la situation des protestants " Turenne commandait l'aimée d'Alle-
de France pendant le ministère de Mazarin , magne et Gassion une des armées de Flan-
1 introduction en tète du premier volume. dres. Ils étaient tous deux protestants, p. cxix-cxxi, texte et notes.
La fausseté du troisième article est aysée à vérifier, estant une ques- Déœmbi tion de faict si peu vraye que Leurs Maj estez n'en ont seulement jamais ouy l'aire la moindre proposition de l'amodiation L prétendue des revenu s des places du bas Palalinal, bien loin d'y avoir pris la resolution qu'on dict.
Puisque le quatrième article ne nous accuse encore que d'une consultation, il ne tiendra qu'aux Espagnols d'en empesclier l'effect, en nous prenant au mot sur tout ce que nous avons proposé; ce qu'ils peuvent faire sans rien perdre, puisqu'ils ne s'arrestent plus que sur des bagatelles, tous les points importons estant accordez, et chacun reconnoistra alors si nous chercherons à reculer la paix.
Je vous prie de vous informer adroictement qui on appelle Philippe Le Roy, que je suis adverty estre fort partial en tous les interests d'Espagne; qu'il se mesle bien avant dans leurs affaires à la Haye, où il a habitude avec des plus puissans du pays, et on m'asseure qu'il y sert fort utilement les Espagnols; mais il importe que vous preniez bien garde de ne donner [à] cognoistre à qui que ce soit que vous avez dict advis 2.
On me mande de Bruxelles, de bon lieu, que les Espagnols songent à envoyer quelqu'un à la Haye mesme pour y traicter publiquement d'affaires, et peut-estre qu'ils jetteront les yeux, pour cela, sur ledict [Le] Rov. Il faudra que vous commenciez de bonne heure à faire les diligences nécessaires pour empescher une chose qui seroit si fort contre la bienséance et contre la raison , si MM. les Estais souffroient aucun ministre des ennemis traicter d'affaires à la Haye, pendant que la négociation de la paix est ouverte à Munster, le dessein desdicts ennemis, en cela, ne pouvant estre que de brouiller en semant mille fausses maximes et mille faux advis, pour mettre de la division entre la France et les Provinces-Unies, aigrir ces peuples-là contre nous, et faire cent autres meschancetez. Nous sçavons mesme qu'ils ont inlen-
1 Bail à ferme des revenus d'une terre semble qu'il faudrait lire : qui vous a donné payé en grain ou en argent. cet advis, ou que vous avez donné cet ad-
'2 Tel est le texte de la copie; mais il vis.
Uà LETTRES
Décembre tion de s'applicquer principalement à fomenter les différends qui sont entre MM. les Estais et le roy de Portugal, afin que les soins que la France prend de les assoupir ne réussissent point, comme il seroit à désirer pour le bien de tous ceux qui sont contraires aux Espagnols et particulièrement pour les Hollandois.
Je crois superflu de vous recommander tousjours le point de la garantie réciproque entre cette couronne et MM. les Estats. J'ay esté ravy de voir, dans vostre dernière depesche, les bonnes espérances que vous aviez d'un heureux succez en cette affaire. Nous sçaurons bientost ce qui en sera aprez que la province de Hollande, qui donnera grand bransle aux autres, y aura délibéré.
Il a esté bon de vous servir des fortes raisons contenues dans le mémoire que vous adressèrent les plénipotentiaires sur cette matière: mais j'aurois bien soubaité que vous vous fussiez contenté de les faire valoir de bouche, sans donner la copie de l'escrit, parce que je sçais qu'il est tombé entre les mains des Espagnols et qu'ils travaillent à y respondre, et j'appréhende bien que , comme l'inclination des hommes se porte généralement plustost au mal qu'au bien, qu'aussy les raisons du party contraire ne fassent plus d'impression dans l'esprit de la pluspart de ces messieurs que celles dudict mémoire ne nous auront servy pour les persuader.
Tout ce que vous me mandez touchant Gorrin ! est véritable; mais il faut d'autant plus dissimuler, crue tout ce qu'on pourroit dire ne serviroit de rien, outre qu'il est de l'adresse de tirer du profict de ceux mesmes qui ont mauvaise intention. D'ailleurs, dans l'intelligence qu'il entretient avec Castel-Kodrigo et avec MQ,C la princesse d'Orange, il a marché jusques icy avec quelque retenue, craignant d'offenser la France, et cela [sera ainsy] tant que ses menées ne seront pas connues; de sorte que, s'il se voyoit tout à faict descouvert, il n'auroit plus de frein et se portcroit à nous nuire ouvertement.
1 Gorrin, ou Gorring, représentait l'Angleterre près de la république des Provinces-Unies.
DU CARDINAL MAZARÏN. 345
Ianvien 6'»7 .
archives des Affaires étrangères (France), tome XXI, f°s 36o à 36g. — Copie du temps.
AL SIGNOR CARDINALE GRIMALDI, ROMA
Paris, 3i décembre iliiG.
(extrait.)
L'arrivo del signor maresciallo délia Migliarè ] in questa corte non lia fatto ancora première le ultime resolutioni sopra il modo di continuai- la guerra inltalia, perche il tempo c' habbiamo à pensarvi, e le speranze che sempre più si accrescono délia pace , non obligano à caminare con tanta fretta ; ma frà tanto non si lascia di andar preparando e disponendo tutte le cose, per haverle pronte, quando le ostilità non debbono cessare, nel quai caso, se il mio parère havrà credito, non dovremo fermarci Ira le strettezze délia Toscana, ove liabbiamo già, (juanto ci basta, poter di là portar le armi a maggiori imprese; ma si dovra applicare ô illo stato di Milano, ô al regno di Napoli *, et io, col parère di Vostra Eminenza, crederei che fossero più facili i progressi in questo secondo, nel che perô ci governeremo secondo le congionture, li traltati che havemo avanzati con qualche principe d'Italia, e lo stato in che vedremo, che simetteranno li Spagnuoli nelle sudetti parti.
Mazarin reproduit ensuite les de'tails que l'on a vus dans les lettres précédentes sur les succès de la France, et il insiste sur tes troupes que Ton doit lever en Italie.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), t. XI. — Minute de la main de Lyonne.
AUX PLÉNIPOTENTIAIRES
[Paris,] 11 janvier 1O/17.
Ayant receu, depuis quelques jours, divers advis dignes de grande
1 Le maréchal de la Meilleraye (Voyez indiquent les projets de Mazarin sur le 1. 1, p. 0,35.) royaume de Naples. (Voyez ci -dessus.
" Ce passage est encore un de ceux qui p. 3o4, texte et note.)
M LZAR1H. —II. hh
janvxi n;47. reflexion, et qui peuvent vous donner beaucoup de lumières dans le cours de la négociation, j'ay voulu, Messieurs, vous en faire part aussytost par ce mémoire séparé, parce qu'à les insérer dans celuy du Roy, il seroit à craindre que. n'estant chiffré que d'une main, il ne pust estre achevé à tems, pour estre envoyé par l'ordinaire.
Il est certain, premièrement, que la mauvaise volonté des Espagnols contre le comte de Trautmansdorff s'accroist tous les jours, et que Penneranda ne perd aucune occasion de le decrediter prez de l'Empereur par le moyen du duc de Terranova; mais, comme ils ne sont pas asseurez de le ruiner dans l'esprit de son maistre, et qu'ils appréhendent mesme que celuy-cy ne fasse sçavoir à Trautmansdorff tout ce qu'on luy dit contre luy, ils y agissent avec une grande circonspection et n'osent l'attaquer ouvertement. Ils sont persuadez, en premier lieu, que ledict Trautmansdorff désire, autant qu'aucun autre Allemand sauroit faire, l'abaissement de l'Empereur plustost que sa grandeur, et que, soit pour cette raison, soit pour estre en plus de considération prez de luy, il a grande aversion à l'union des deux branches de la maison d'Austriche, et ne voudroit point voir d'estroicte liaison entre les personnes de l'Empereur et du roy d'Espagne, afin que les ministres espagnols n'eussent pas le crédit de luy nuire, ledict Trautmansdorfl' cognoissant bien, à ce qu'ils disent que, si le roy, d'Espagne pouvoit une fois disposer de l'Empereur et le conduire par ses conseils, il ne permettroit pas qu'un Allemand y eust tant de pouvoir, et beaucoup moins un homme qui a les parties et les bonnes qualitez dudict Trautmansdorff. Ils se plaignent que c'est luy principalement qui attribue tous les malheurs passez de l'Allemagne et de son maistre et ceux auxquels l'un et l'autre peuvent estre encore exposez, à l'advenir, à la facilité qu'eut le feu Empereur ' de se laisser aller aux caprices de l'Espagne, et d'entreprendre pour leurs interests la guerre de Mantoue'2, et d'avoir depuis continué, et l'Empereur aussy d'à présent, dans le mesme esprit, avec la couronne d'Espagne.
' Ferdinand II. — 2 Cctle guerre cul lien de 1699 à iG3o.
Us adjousteiit à tout cela que Trautmansdorff a plus d'inclination janvionG'17. [pour la France], voire qu'il désire le mariage de l'archiduchesse Marianne avec le Roy, par préférence à tout autre, et le blasment, en mesnie temps, de ne songer pas plustost à celuy de Bavière. Tout cela se dict assez publiquement à Bruxelles et à Rome, et il est constant qu'il ne se peut tesmoigner plus de hayne que Casteî-Rodrigo, et les cardinaux espagnols en l'ont paroistre, par tous leurs discours, contre ledict Trautmansdorff. 11 me semble que nous pouvons tirer un grand advantage de tout cecy, et qu'il seroit bien à propos que quelqu'un de vous autres, Messieurs, prist occasion de donner, de ma part, audict Trautmansdorff, tous les advis que j'ay eus qui le regardent, et qu'il l'empesche bien de se fier à Brun , qui est l'intime et le grand confident de Pennaranda, et qu'il aura grand tort de rien dire audict Brun qu'il pretendist estre caché à l'autre. Je veux commencer par là à luy donner une marque tres-sincere démon affection, sans prétendre de tirer aucun advantage de tous ces advis, qui sont indubitables, ni le séparer ou l'aire rompre avec les ministres d'Espagne. Au contraire, je seray le premier à le conseiller de dissimuler avec eux, mais pourtant de prendre toutes les précautions prez de son maistre , qui seront nécessaires pour destruire les pratiques qu'ils font pour le ruiner, ayant interest en mon particulier, aprez les advances que je luy ay faictes et les asseurances que je luy ay données de mon amitié, qu'il conserve son crédit, puisque, par ce moyen, j'espère que nous aurons lieu de faire ensemble quantité de choses pour le bien et l'advantage de la Chrestienté, et ce ne sera pas la moindre de pouvoir y maintenir la paix que l'on est sur le point de conclure. La plus grande plainte que les ministres d'Espagne l'ont du dict Trautmansdorff est celle qui nous doit obliger à avoir d'autant plus d'affection et d'estime pour luy. Us disent qu'il est tout à fait idiot de ne pas cognoistre que les François le trompent quand ils lui persuadent qu'ils veulent la paix, et croit en cela mesme qu'il a sur eux l'advantage du jugement, el d'avoir sceu discerner le vray d'avec le faux, ayant pénétré le fond de nostre cœur, et correspondant fermement à nos bonnes intentions
kh.
Janvier 16/17. sar,s se laisser manier selon les caprices et les senlimens d'autruy. Je sçay, en outre, que les ministres d'Espagne n'oublient rien à Vienne ny ailleurs, pour le faire retirer de Munster; mais ils s'y conduisent avec grande retenue et adresse. Ils le chargent principalement, et ses collègues aussy, sur le point de religion , disant que ce n'est pas merveille s'ils font si bon marché de ses interests, ayant esté tous trois protestans l.
On m'a donné advis, de Rome, de fort bon lieu , que les ministres de la couronne d'Espagne en Italie y sont fort scandalisez d'avoir sceu que les sentimens de Caste! -Rodrigo et de leurs plénipotentiaires estoient d'abandonner Piombino et Porto-Longone à la France, si on voyoit de pouvoir conclure la paix avec cela , et que lesdicts ministres d'Italie ont dressé plusieurs escritures pour faire cognoistre à Munster et en Espagne l'importance de ces postes-là et le notable préjudice que leur monarchie recevroit, si on faisoit la paix sans que les François en sortissent. Il est pourtant véritable que les plus sensez d'entr'eux concluent qu'il faudra qu'ils avalent cette pilule, quoique tres-amere, et parce que Testât de leurs affaires ne leur permet pas d'en user autrement, et parce qu'ils voyent bien qu'il n'est pas vraysemblable qu'aprez que la France a esté si ferme que de ne vouloir pas relascher un seul village de ce qu'elle a occupé sur les Espagnols pendant cette guerre, en sorte qu'il a fallu enfin que l'Espagne y ayt acquiescé, il n'est, disent-ils , pas vraysemblable que la France se dispose jamais à rendre des postes qui sont si importans en toutes façons, et que, par conséquent, il faudra bien que l'Empereur donne les mains, comme il l'a desjà fait aux autres. Us adjoustent à cela que le cardinal Mazarin , ayant, ce leur semble, plus de part en cette entreprise qu'aux autres, et voulant maintenir les affaires du Roy en haute réputation dans la cour de Rome et prez des autres princes d'Italie, employeroit, dans un besoing. ce qu'il a crédit, pour empescher que Sa Majesté ne consentist à quitter ces deux places.
1 Les deux autres représentants de l'Empereur à Munster étaient le comte de Nassau et le jurisconsulte Wolmar.
Vousprofitterez, Messieurs, de nostre advis,ainsy que vous estime- Janvien647. rez plus à propos. Pour moy, je ne considère effectivement dans la rétention de ces postes que le seul service du Roy, et si on le peut trouver esgalement en quelque chose équivalente , comme le tems et les conjonctures aprez la paix signée pourront peut-estre en ouvrir les moyens, je seray le premier à la conseiller. Mais, ce pendant, si vous autres, Messieurs, croyez qu'il soit expédient d'augmenter adroictement les soupçons que peuvent avoir desjà les ministres d'Espagne, qu'on ne se prestera jamais icy à rendre ces places, parce que j'en desconseilleray tousjours Leurs Majestés, vous pourrez le faire d'autant plus librement que je tiendray tousjours à gloire et à très-grand bonheur que mou nom puisse, en quelque façon que ce soit, contribuer à la grandeur de ce royaume.
On m'advertit encore de Hollande et de Bruxelles que les ministres d'Espagne ne s'asseurent pas entièrement de nostre intention touchant le Portugal, et qu'ils craignent que nous n'ayons dessein, aprez avoir obtenu tout ce que nous demandons, de prétendre encore que ce roy-là soit compris dans le traité; ce qui a donné subject à ce soupçon, duquel on peut tirer beaucoup d'advantage, est quelque mot que M. Servien lascha à Brun sur cette matière dans la conférence qu'ils eurent ensemble. Mais, pour descouvrir encore mieux si les Espagnols ont cette appréhension, on pourra demander aux députez de Hollande, quand ils seront assemblez, s'il est vray que Brun leur ayt tesmoigné de se mesfier de nous sur ce point, m'ayant esté asseuré que Brun leur en a parlé de la sorte, et que quelques-uns d'entre eux en avoient escript aussytostà la Haye; on peut juger aysement à quelle fin. Cependant, comme il se voit qu'on ne peut point remuer de pièce qui touche plus au vif les Espagnols, ainsy qu'il a esté souvent mandé, il sera bon de l'agiter souvent, et de leur imprimer la crainte que, la paix ne se concluant point cette fois-cy, sur la négociation des Hollandois, on n'en demeurera pas aprez aux mesmes ternies touchant le Portugal.
On m'a aussy donné advis que Contarini presse auprez de Pennaranda le mariage du roy d'Espagne, fesmoignant que toute l'Europe
Janvier 16/17. y a grand interest et qu'il luy a proposé la princesse d'Insprûck1, et mesme la douairière de Parme comme estant fort féconde. On adjouste qu'il a voulu luy insinuer cju'il n'y a point de meilleur parti pour l'infante d'Espagne que le second fils de l'Empereur, disant que son mariage avec l'aisné feroit peine à toute la Chrestienté , pour ne pas voir unir dans une mesme teste deux si grandes puissances.
J'ay eu advis de Venise où Gontarini a escrit au long sur cette matière et desduit amplement les considérations qui l'obligent à se conduire de la sorte, parmy lesquelles il n'obmet pas l'appréhension qu'on doit avoir que les Espagnols ne se résolvent à la fin de donner l'infante au Roy. On m'asseure pourtant de bonne part que Gontarini luymesme est persuadé que tout ce qu'il faict pour acquérir créance prez de Pennaranda et gagner son affection ne lui sert de rien, et qu'il n'a aucune part en sa confiance, parce que, entre autres choses, il le considère comme intime de Traulmansdorfï, que ledict Pennaranda n'aynie ny n'estime.
Les ministres d'Espagne se promettent que l'électeur de Brandebourg ne consentant point aux prétentions que la couronne de Suéde a de retenir une des Pomeranies et partie de l'autre, MM. les Estats s'intéresseront, à la fin, avec luy, à cause des ports de mer qu'ils ne verroient qu'à regret entre les mains des Suédois, et l'assisteront pour empescher qu'on ne l'en sorte; qu'en ce cas, ils sont asseurez que le roy de Dannemarck, celuy de Pologne et plusieurs villes impériales, à qui la grandeur des Suédois a donné de l'ombrage, s'uniroient contre eux avec les Hollandois et Brandebourg; et, pour essayer de porter les choses à ce point, ils n'obmettent ce pendant aucune diligence sous main pour persuader cet électeur de tenir bon, et la matière estant desjà très-disposée, mon desplaisir est qu'ils n'auront pas grande peine d'en venir à bout. Je ne crois pas que tout cela doive arriver, mais il sera bon, Messieurs, que vous soyez informez de toutes leurs pensées, parce que vous pourrez peut-eslre vous en prévaloir
Probablement Marie-Léopoldine, fille de Léopold d'Autriche, archiduc d'Inspriick.
DU CARDINAL iMAZARIN. 351
utilement auprez des ministres de Suéde, pour les porter à faciliter la Janvier 16/17 paix plus qu'ils n'ont fait jusqu'icy, par la crainte des inconveniens que peut produire leur trop grande dureté.
On m'asseure que le nonce Chigi l a escrit à Rome, en termes bien pressans pour empescher que Sa Sainteté n'accorde les bulles de coadjutorerie de l'archevesché de Trêves et de l'evesché de Spire à M. le prince de Conti 2, supposant que c'est une chose arrestée avec l'Electeur, quoyqu'on ne luy en ayt jamais faict parler. Ce sont de nouvelles preuves de la passion que ledict nonce veut qu'on croie qu'il a pour la France; mais nous devons nous tenir pour dict qu'il veut estre cardinal, et que, voyant que la meilleure voye pour y parvenir aujourd'huy est celle de se jeter dans les bras des Espagnols, il la suivra à nos despens, et de qui que ce soit.
On m'asseure aussy que les ministres d'Espagne à Vienne et à Munster appréhendent extrêmement que le duc de Bavière ne conclue en un instant quelque neutralité avec la France et la Suéde , pour sauver ses Estats, faisant desjà de grandes plaintes contre l'archiduc Leopold3, qui les a ruinez, sans profiter en rien des efforts extraordinaires que luy, duc, a faits pour l'assister et luy donner moyen de battre les ennemys, et à la vérité il n'y a personne qui ne condamne ledict archiduc d'avoir tres-mal employé les forces qu'ilavoità sa disposition, et tous les ministres d'Espagne tesmoignent faire fort peu de cas de sa personne. Ledict archiduc ne vit pas fort bien avec l'Empereur, et maintenant que l'Impératrice4 est morte , qui avoit accoustumé d'adjuster tous leurs différends, il pourroit bien arriver entre eux quelque grand esclat.
Les Espagnols , comme il a desjà esté mandé , traitent avec les Hol-
1 Fabio Chigi, un des médiateurs. Voyez roui Ferdinand III, était né en iôi'i; il
t. I, p. 689. fui nommé gouverneur des Pays-Bas espa-
1 Armand de Bourbon, prince de Conti, gnols en 16^17, et mourut en 1662.
second fils du prince de Condé, était destiné ' Marie-Anne d'Autriche, morte le 18 mai
à l'état ecclésiastique. Il y renonça dans la 16 '16. Elle était sœur du roi d'Espagne,
suite, et épousa Anne-Marie Martinozzi, Philippe I\ , et d'Anne d'Autriche , régente
nièce du cardinal Mazarin. de France.
1 Léopold-Guillaume, frère de l'Empe-
Janvier 1647. Jandois avec un advantage incomparable, estant advertis par leurs députez mesmes du destail de leurs ordres et de toutes leurs pensées, en sorte qu'on pourroit, à meilleur titre, appeler ceux-cy ministres du roy d'Espagne que de MM. les Estats. Pennaranda a eu copie de la dernière instruction que les députez, venus depuis peu de la Haye, en ont rapportée, et on croit que c'est Knut qui la luy a baillée. Ils luy ont dict librement ce qu'il avoit à faire, et sans quoy MM. les Estats ne conclueroient point, et ce aussy qu'ils pouvoient refuser, ce qui est trescommode pour les Espagnols.
J'ay aussy de nouveaux advis que Pau et Knut conseillent tousjours Pennaranda de menacer la rupture de l'assemblée et de s'accommoder avec la France, afin qu'eux puissent l'escrire en Hollande et le faire vivement appréhender à tous les peuples, et ces menaces se font dans un teins où les Espagnols ne craignent rien à l'esgal de cette rupture de l'assemblée. Le voyage de Brun à la Haye, pour s'opposer à ce qu'y négociera M. Servien, avoit esté absolument résolu par les plénipotentiaires; mais les Espagnols, à ce qu'on me mande de Bruxelles, n'ayant pu obtenir un passeport, j'apprends qu'il pourroit bien venir audict Bruxelles, d'où le marquis de Castel-Rodrigo fera encore toutes les diligences imaginables pour avoir moyen de le faire passer en Hollande. Cependant il y a envoyé un nommé Philippe Roy (ou le Roy) avec lettres à tous ses correspondais et de grandes instructions sur ce qu'il aura à faire.
Je ne sçay pas si les Espagnols sont fort enflez de delà du succez de Lerida; mais je sçay bien qu'ils n'en ont autre raison, si ce n'est pour nous avoir empesché de prendre une place de plus; car, au reste, il est constant qu'ils sont aussy foibles en Espagne qu'ils l'ont jamais esté, qu'ils y ont entièrement perdu leur armée, et ne voyent aucun moyen de la remettre, et qu'ils ne possèdent pas un poulce de terre deçà la Segre de tout ce qu'ils y avoient occupé pendant le siège. L'effort que fit le marquis de Leganez contre nos lignes ne fut que de cinq mille hommes de pied et seize cens chevaux; ce qui est fort bien sceu de tous nos officiers en Catalogne, et les Espagnols n'ont pas
peine de l'advouer, puisque cela rehausse leur gloire. Vous recevrez Janvier. 6/17. cy-jointe, Messieurs, la copie de la lettre que le marquis de Leganez en escrivit d'abord au roy, son maistre, que l'on m'a adressée de Gènes, où ledict roy l'a envoyée au marquis Spinola et à ses autres ministres en Italie. J'ay veu aussy une lettre particulière de Leganez audict marquis Spinola, qui est son beau-frere, dans laquelle il luy marque qu'il n'avoit dessein que de faire une simple tentative, sans avoir opinion d'y pouvoir réussir; mais que, n'ayant trouvé presque point d'obstacles, il avoit poussé sa pointe et s'estoit mesme trouvé fort embarrassé quand les siens furent dans nos retranchemens. Enfin il conclut que ça esté la plus grande surprise du monde; car, pensant trouver tout en armes , puisque nous sçavions bien qu'il n'estoit qu'à trois quarts de lieue de nos lignes, on ne lui avoit tiré que deux coups de mousquet lorsqu'ils vinrent à l'abord.
On a donné en toute diligence tous les ordres nécessaires, tant pour les fortifications de Piombino et Porto-Longone que pour bien garnir ces places d'hommes et de munitions et de tout ce qu'il leur faut pour leur défense ; de sorte que pour peu de temps que les ennemis nous donnent avant que venir les attaquer, comme les Espagnols en font grande ostentation, nous serons plustost en estât de leur faire du mal que d'en craindre. Mon frère ' est retourné, avant les festes de Noël, en Provence, pour faire mettre promptement à la mer quelques vaisseaux et une escadre de galères que l'on a jugé à propos d'envoyer vers lesdicts postes.
J'ay pris soin aussy de faire envoyer depuis peu en Flandres deux mille hommes effectifs, et d'en faire assister les mareschaux de Gassion et de Rantzau, afin que non seulement nous n'ayons pas à craindre l'alfront et le mal de quelque surprise; mais que lesdicts sieurs mareschaux ayent moyen de remporter, s'il est possible, quelques advanta.o-es sur les ennemys avant la conclusion de la paix ou l'entrée de la campagne.
Nous avons obligation particulière à TrautmansdorfF d'avoir parlé
1 II y a là, à la suite, trois lettres qui pa- pour l'archevêque, Michel Mazarin était, missent être /'«/•, probablement abrévation comme on l'a vu , archevêque d'Aix.
HAZABIH. — II. 45
iiiufn6/i7. librement et efficacement aux ministres d'Espagne et aux médiateurs touchant Piombino et Porto-Longone , menaçant que l'Empereur en donnera l'investiture au Roy, en la mesme manière qu'il avoit faict au roy d'Espagne , et les ministres d'Espagne en élèvent des plaintes jusques au ciel. Le nonce nous est plus contraire en ce point que les Espagnols mesmes et condamne au dernier point Trautmansdorff et le maistre qui s'en sert, disant que Brandebourg a grande raison de s'estonner, commeil faict, que l'Empereur veuille consentir à une paix infâme, et qu'il ne voit pas où est sa constance, et louant les sentimens du duc de Bavière, qu'il prétend avoir dit que, s'il avoit dix ans de moins1, il forceroit l'Empereur à se battre. Vous userez de tout cecy encore, ainsy que vous jugerez plus à propos. Je vous asseure seulement qu'il est certain que ledict nonce en a escrit à Rome aux termes que je vous marque ; mais l'Empereur, voyant qu'il ne peut plus continuer la guerre . ce n'est pas merveille qu'il souhaite de se voir tost hors d'embarras, à quelque prix que ce soit, d'autant que les Espagnols sçavent bien crier contre luy, mais non pas l'assister dans le besoin qu'il en a.
J'ay donné aujourd'huy une audience à l'ambassadeur de Venise. Il m'a parlé d'une proposition dont Gontarini luy escrit : de convenir de toutes choses, présentement, hors sur les postes de Toscane, et de députer exprez en Espagne, pour en apprendre la dernière resolution. Je luy ay fait cognoistre le préjudice que cet expédient nous causeroit infailliblement, tant à l'esgard de MM. les Estats, qui auroient ce peu. dant conclu leur traité, le nostre demeurant encore indécis, que pour plusieurs autres respects 2, estant certain que, comme, au moins la première response, qui paroistroit, seroit négative, chacun nous condamneroit à nous relascher et à passer outre à conclure la paix, puisque les Espagnols sont desja réduits en tous les autres points.
Mais je ne vois pas que, rejetant cette ouverture et parlant avec fermeté et resolution sur ce point, les Espagnols n'y donnent à la fin les mains, puisqu'il est certain qu'ils l'avoient une fois résolu; que les
' Maximilien 1", né en 1 5 7 3 , avait soixante-quatorze ans en t(\/\j. — 2 Considéra lions.
députez de Hollande voyant qu'ils le doivent l'aire, il n'y a, à présent, janviei -.«'.y.
apparence qu'ils puissent prendre prétexte de nous abandonner, parce
que nous y insistons; que Contarini tesmoigue aussy, par ses discours,
estre favorable à nostre proposition; que l'Empereur niesnie et ses
ministres donnent le tort aux Espagnols, s'ils pretendoient retarder la
paix pour cela; que nous avons tousjours traité sur le fondement de ne
rien rendre qu'on ne nous fist raison de ce qu'on nous retient, et plus
que tout que lestât des affaires du roi d'Espagne le force à faire la
paix en toutes façons, et la prudence ne luy permettra pas de contester
plus longtems sur ce point, aprez en avoir cédé tant d'autres plus
importans.
Origuial signé ; Bibl. mip. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
AL PRÉSIDENT DE BELLIÈVRE
Paris, la janvier 16/17.
Monsieur, •
Je prends la plume à la haste pour satisfaire à la tendresse que la reyne de la Grande-Bretagne a pour le roy, son mary, remettant à une autre fois à respondre à vostre depesche du 3i du passé, que vostre >ecretaire m'a rendue, puisqu'aussy bien les affaires qu'elle contient pourroient avoir changé entièrement de face.
Si ce paquet vous est rendu avant que le Roy ayt exécuté la résolution où il sembloit pencher de sortir du lieu où il est pour aller du rosté de Londres, vous employeriez, s'il vous plaist, toute vostre industrie et vos persuasions pour desconseiller Sa Majesté de cette pensée plus fortement encore, s il se peut, que vous n'avez faict jusqu'à cette heure, si ce n'est en cas que le Parlement luy donne positivement les seuretés qu'il luy a demandées pour sa personne, la response dudict Parlement sur ce point estant conceue en termes captieux, et qui donnent grand subject de faire doubter de ses intentions.
La reyne de la Grande-Bretagne avoit escrit au long au roy, son
Janvier 16/17. mary, tous les sentimens qu'elle a sur ce qu'il auroit à devenir, quand les Escossois feroient voir qu'il ne doibt plus rien attendre d'eux, et pour le dissuader du voyage de Londres , à moins d'avoir des asseurances positives pour la seureté de sa personne. Vous pourrez appuyer les moyens que ladicte Reyne vous proposoit; le mylord Germain vous escrit plus en destail.
Mais, à vous dire le vray, nous appréhendons bien que toutes ces diligences ne soient un peu tardives, et qu'avant que cette lettre puisse arriver à vous, le roy ne soit desjà à Hombey (sï'c) l, qui est le lieu que le Parlement lui a designé, ou en chemin pour s'y rendre.
Si cela estoit, il faudra songer à d'autres voyes pour assister Sa Majesté, et, pour cet effect, il semble que vostre présence à Londres seroit absolument nécessaire, et que vous ne devez pas perdre un moment de temps de vous y acheminer pour tenter tous les moyens de rendre à Sa Majesté tous les services dont vous serez capable, soit avec les independans ou presbytériens, ou la ville de Londres, ou ceux du party du Roy, ainsy que vous adviserez sur les lieux, et que les conjonctures et vostre adresse vous en fourniront l'occasion.
Cette négociation ne peut pas tirer de longue , et on verra bientost où iront aboutir les affaires. Pendant le peu de tems qu'elle durera, vous aurez toutes les semaines de nos nouvelles, comme nous attendrons des vostres.
On remet à vostre prudence de dire, en partant, aux principaux qui forment le conseil d'Escosse, à Newcastel, que vous souhaitez avec passion [que] la resolution que le roy d'Angleterre a esté contraint de prendre produise quelque bon effect, non seulement pour l'envie que la France a de voir restablir les affaires dudict roy, mais pour l'affection véritable que la France a pour tous les Escossois , pour [ ce ] que, s'il arrivoit quelque plus grand malheur audict roy, il n'y a personne qui n'en attribuast la cause au traitement qu'il a receu des Escossois, qui ont préféré leur accommodement avec le parlement
1 Ce Dom s'écrit ordinairement Holmbeij ou llolmby.
d'Angleterre, moyennant deux cent mille jacobus, au restablissement janvier if> '.7. dudict roy, qui estoit infaillible, par leur déclaration et par les assistances que la France avoit offertes. Quand ce discours ne pourroit produire aucun bon cfl'ect, il servira tousjours pour les tenir en quelque inquiétude et les obliger à ne pas négliger les moyens qu'ils verront leur pouvoir servir pour reparer le passé.
Je ne puis assez vous recommander les levées d'Escosse, dont je vous ay si souvent escrit. C'est un des plus grands et des plus agréables services que vous puissiez rendre au Roy dans cette conjoncture , et je crois que, dans la retraite que fera l'armée escossoise, vous y trouverez encore plus de facilité. Peut-estre sera-t-il bon que vous laissiez Monstreuil en Escosse pour en prendre un soin particulier. Enfin cela est si nécessaire, que Sa Majesté remet à vous d'y employer tout ce que vous jugerez [utile], au delà mesme du fonds que l'on a envoyé, s'il n'est pas suffisant, et on ne doubte point que, s'agissant de l'advantage des deux colonels qui commandent les deux regimens que nous avons en France, qui, d'eux-mesmes, auroient assez de crédit dans le pays pour y faire des levées en tout tems, ils ne s'appliquent, à bon escient, pour faire que nous ayons, au plus tost, quelque renfort considérable de soldats de leur nation. Je crois que l'on trouvera de delà des vaisseaux pour les transporter à Dunkerque. Mais, si vous y trouvez difficulté, je vous prie d'en escrire un mot à M. le marescbal de Rantzau, qui est audict Dunkerque, afin qu'il vous envoyé au lieu que vous luy manderez la quantité de vaisseaux qu il faudra, pour ce traject,à proportion du nombre des soldats.
GXLVI.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, tome II, f° 21 1. — Copie du temps.
A M. DE TURENNE
[Paris,] 1 5 janvier i G 'i 7 .
(extrait.)
Bien que tout le monde soubaitte qu'il se conclue dans l'Empire
Janviei -i«a7. une suspension d armes, comme le plus asseuré moyen que nous ayons de parvenir bientost à la conclusion de la paix, sur quoy vous aurez veu ce que je vous escris, et ce que vous en ont mandé MM. les plénipotentiaires, je n'ay pourtant pas grande espérance que cela puisse réussir, d'autant que nous ne pourrions tomber d'accord des conditions auxquelles le duc de Bavière voudroit ladicte suspension, ny luy, accepter celles que les confederez prétendront et consentir à leur laisser peut-estre une plus grande estendue de pays pour les quartiers de leurs armées que celuy qu'ils occupent maintenant.
Outre cela, on nous mande de Suéde, et nos plénipotentiaires nous confirment avoir remarqué la mesme chose dans l'esprit de ceux de la susdicte couronne, que la reyne de Suéde, non plus que ceux de son conseil, n'estoient aucunement portez à cette suspension, bien que d'ailleurs ils le fussent pour la paix, sur le subject de laquelle je ne double point que MM. les plénipotentiaires ne vous advertissent de tems en tems du pi ogrez qui se faict à Munster.
Jusques icy les difficultez que les ministres de Suéde y ont [faictes j en ont retardé la conclusion pour l'Empire; mais dans la disposition où la reyne se trouve pour cela, et les raisons qu'elle a de contribuer toute sorte de facilité à une chose qui apportera beaucoup de gloire à sa personne et de grands advantages à son royaume (adjoustez à cela les expediens dont on se sert et les offres qu'on faict à l'électeur de Brandebourg pour le desdommager de ce que les Suédois prétendent dans la Pomeranie et pour l'obliger à y donner les mains) , tout cela , dis-je nous fait espérer que la négociation de paix pourra avoir une issue favorable.
C'est pourquoy je vous prie de faire reflexion sur ce que je vous ay mandé touchant vos troupes (car, comme les espérances de la paix ne nous empeschent point de redoubler nos soins et préparer toutes choses pour la continuation de la guerre, nous ne devons pas aussv laisser de prévoir et de résoudre de bonne heure ce que nous aurons à faire, aprez que la paix sera conclue) de faire passer en Portugal un des corps de cavalerie que nous ne voudrons pas retenir, ce
qui nous seroit, en mesme temps, un double advantage : l'un de main- janvier 1M7. tenir tousjours sur pied des troupes sy aguerries, l'autre d'en fortiffier les armées de Portugal, et leur donner moyen d'agir avec plus de vigueur et de résistance contre les forces d'Espagne.
Dans la suite de la de'pèche, Mazarin entretient Turenne de la conduite de son frère, le duc de Bouillon.
GXLVII.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), t. XI. — Minute de la main de Lyonne.
A M. SERVIEN
[Paris,] 18 janvier 1667.
Vous aurez sceu, de Munster, comme toutes les diligences que M. le duc de Longueville et M. d'Avaux ont pu faire auprez des députez de Hollande n'ont pas empesché qu'ils n'ayent passé outre à la signature des articles de leur traité avec les ministres d'Espagne. Je m'asseure que vous avez desjà crié bien hautement prez de MM. les Estats de cette précipitation de leurs députez, qui ont formellement manqué à l'obligation où nous sommes, les uns et les autres, par le traité de i6/t4, de faire marcher la négociation pari passu, et de l'arrester à la première semonce que l'un d'eux en pourroit faire; mais partout ailleurs qu'avec lesdicts sieurs Estats, il vous importe, par d'autres raisons puissantes, de faire respandre de tous costez que ce n'est que la signature d'une feuille volante, sans aucune forme de traité, lequel n'aura son effect que quand la France aura aussy adjusté ce qui la regarde, afin que les peuples ne croyentpas que les Espagnols ont faict un accommodement séparé avec les Provinces-Unies, et qu'ils sont enfin venus à bout de diviser la France d'avec ses alliez.
Il faut tascher d'achever promptement vos négociations au lieu où vous estes, et il y a apparence que vous y trouverez facilité prez de MM. les Estats, nonobstant toutes les traverses des Espagnols, en
1667. faisant cognoistre auxdicts Estats qu'en accordant le seul point de la garantie la paix peut estre conclue et establie en un instant, et eux jouir en repos des advantages qu'ils trouvent dans leur traité avec l'approbation de cette couronne et de tout le monde. Lesdicts sieurs Estats le doivent par obligation, par bienséance et par leur propre interest, puisqu'en faisant autrement ils ne violeroient pas seulement leur foy, mais, pour obliger un ennemi irréconciliable, ils offenseroient et irriteroient un véritable amy, qui leur a esté jusqu'icy si utile, et qui, estant maltraité, seroit aussy assez puissant pour s'en venger, outre qu'ils payeroient d'une ingratitude bien monstrueuse les assistances que cette couronne leur a données en tous teins, se pouvant dire qu'elle seule a asseuré leur republique dans sa naissance, l'a conservée et agrandie dans le progrez, et à présent est la principale cause qui l'affermit dans la puissance que tout le monde voit.
Je vous dis qu'il est de la dernière importance d'achever tost avec lesHollandois et de conclure avec les Espagnols, parce que, si une fois ceux-ci sont asseurez de n'avoir pas sur les bras, cette campagne, l'armée de MM. les Estats, et que, ne pouvant gagner lesdicts sieurs Estats contre nous, ils pourroient au moins les engager contre le roy de Portugal, il se pourroit faire que, comme on l'a souvent mandé, ils missent en contestation la plus grande part des choses qu'ils nous ont desjà accordées.
C'est pourquoy vous devez avoir présentement deux principales visées, l'une d'engager, s'il est possible , sans deslay, MM. les Estats à la garantie, consentant neantmoins aux restrictions que vous jugerez à propos pouresviter de plus grands préjudices, ainsy que l'on a mandé; l'autre, de faire demeurer d'accord MM. les Estats du point de la rétention des conquestes, et, s'il se pouvoit, de toutes les conditions auxquelles la France doit achever son traité avec les Espagnols, afin que si ceux-cy, enorgueillis du succez de Lerida, des espérances que leur donne le vice-roy de Naples de la reprise des postes de Toscane ', et,
' Piombino et l'orlo-Longone.
en dernier lieu d'avoir conclu leur accommodement avec les Provinces- Janvien6û7. Unies, refusoient de condescendre a ce qui se doit à nostre esgard, MM. les Estats leur donnassent le tort, entrassent dans nos raisons, <>t que tant s'en faut qu'ils passassent outre à leur traité que nous ne fussions satisfaicts dans le nostre, qu'ils leur déclarassent qu'ils sont prests et résolus, à moins de cela, de contiuuer la guerre plus vivement ({lie jamais. Nous apprenons de Munster que toute l'assemblée est tellement d'advis que les Espagnols doivent nous lascher Piombino et Porto- Longone, que Pennaranda commençoit à se rendre, et TrautmansdorlT avoit déclaré que son maistre ne feroit pas difficulté d'en donner au Roy l'investiture, comme l'avoit le Roy d'Espagne, ainsy qu'il a esté mandé d'icy.
Les choses sont réduites à un point qu'il importe d'estre esclaircy au plus tost de ce à quoy il faudra se tenir touchant les Hollandois ou de la paix ou de la guerre, non pas pour les préparatifs de la campagne, car tous les ordres sont desjà donnez, mais pour prendre d'autres mesures et résoudre de quelle façon on employera nosapprests, cela devant deppendre de l'assiette où seront nos ennemys, et si leurs forces seront diverties, ou si elles nous tomberont toutes sur les bras, et comme tout se réduit aujourd'huy à la garantie et au point des conquestes, les autres n'estant pas tels qu'ils doivent empescher la conclusion de la paix, on ne doubte pas que l'on ne voye bientost clair dans ce que deviendront les affaires.
Depuis ma lettre escrite, j'ay fait plus particulière reflexion sur la conduite crue nous devons tenir avec MM. les Estats dans cette rencontre de la signature de leurs députez. Je prévois bien qu'il 'est comme superflu de vous en rien mander à présent que vous aurez pris vos resolutions sur vostre manière d'agir, et qu'elles seront mesme exécutées avant que cette lettre vous soit rendue. Si MM. les Estats estoient un prince particulier, et qu'on pusl se promettre le secret de ce que Ton négocierait avec eux, il n'y auroit aucun doubte qu'il faudroit crier hautement et demander réparation contre leurs députez du manquement qu'ils ont commis; mais, comme c'est une chose faicte et vray-
HAZABIK, — il. 46
j.-invi :•, .(>') -. seinblablement sans, remède, si .ce n'est pour les suites qu'elle peut avoir, et comme les Espagnols pourroient se prévaloir beaucoup de nos contestations, qui leur donneront beau champ d'imprimer dans l'esprit de leurs peuples qu'ils ont enfin séparé la Fiance de ses alliez, el qu'ils vont bien prendre leur revanche (ce qui obligeroit leurs subjects à redoubler leurs efforts pour leur en donner le moyen), il n'y a pas peu de peine à décider s'il est mieux de pousser la ebose prez de MM. les Estats, ou de la dissimuler et tesmoigner que nous nous lions entièrement dans les asseurances que leurs ministres nous donnent, qu'il n'y a rien de faict entre les Espagnols et eux , si la France n'est conlente en mesme temps.
Il n'en est pas de mesme pour la conduite que nous devons tenir à Munster; car il me semble qu'on n'y peut pas hésiter, et que toutes les raisons veulent qu'on ne fasse paroistre aucune inquiétude de ce que les députez de Hollande ont signé quelques articles de leur accommodement avec les ministres d'Espagne, non plus qu'on ne pourroit pas dire que la paix fust conclue entre l'Espagne et nous, si nous estions convenus ensemble de toutes les conditions de nostre traité et que nous les eussions signées, puisqu'il y a un engagement réciproque entre la France et MM. les Estats, que la paix ne peut estre laicte que l'un et l'autre ne soyent satisfaicts.
En outre, l'on peut dire que les Espagnols ne sont pas encore d'accord de tous les articles avec MM. les Estats , puisqu'il en manque un des principaux, qui est celuy de contenter la France, sans lequel la convention de tous les autres est inutile.
On peut alléguer là dessus un exemple bien concluant, qui est celu\ de nostre procédé dans les affaires de l'Empire. Tout est adjusté entre le Roy et l'Empereur, et cependant la guerre continue aussy forte que jamais, parce qu'on n'a point encore donné satisfaction aux Suédois, auxquels nous avons la mesme obligation réciproque qu'elle est entre nous et les Hollandois, et on peut adjousler que les députez de Hollande, n'ayant point eu de médiateurs qui pussent tesmoigner ce dont eux et les Espagnols demcuroienl d'accord ensemble pour eslre exe-
caté en son tems, ont eu recours à la signature qui n'a que le mesine Janvien647. efifeci que lescrit qui est demeuré entre les mains du nonce et de Gontarini pour les affaires entre l'Empereur et le Roy.
Mais d'autant que toutes nos plaintes et les vives instances que nous avons laictes pour empescher cette signature, auront faict beau jeu à ceux des députez de Hollande qui sont à la dévotion des Espagnols, de leur l'aire valoir la resolution qu'ils ont prise de passer outre à ladicte signature, on pourra dire maintenant que le déplaisir que nous en avons a esté seulement parce qu'en différant huit à dix jours davantage on eust pu signer et conclure toutes choses en mesme tems , parce que vous «Missiez eu celm (le tems) de vous rendre à la Haye et de rapporter les intentions de MM. les Estats sur le point de la garnison, qui est le seul aujourd'huy qui peut arrester la paix, supposé que nos parties consentent à l'article de la rétention des conquestes.
On pourra adjouster que Leurs Maj estez, ayant appris cette signature, n'en ont eu aucun déplaisir pour ce qui regarde la substance, estant bien asseuré que MM. les Estats ne leur manqueront point et feront leur devoir, quelque impression que nos parties veuillent donner ni contraire, et que, si la France n'est contente, lesdicts sieurs Estats continueront la guerre aussy fortement que jamais, pour mettre les ennemis communs à la raison.
Ou iit, à la suite d'une autre dépêche du même jour ( 18 janvier) : Il faut adtter à Vautre lettre de M. Servien 1rs deux articles suivants:
J'adj ouste encore ce mot sur la signature qu'ont l'aicte les députez de Hollande, que vous pourrez dire à MM. les Estats que ce qui deplaisl. le plus au Roy, en cela, dans cette conjoncture, est que les facilitez qu'ils apportent pour haster la conclusion de la paix font un eflect tout contraire, parce que les Espagnols, qui ne s'y portent que par une pure et absolue nécessité, conçoivent des espérances qu'ils pourront à la fin séparer lesdicts sieurs Estats d'avec la France, et ne s'appliqueront plus qu'à continuer la guerre, obtenant des Flamands, par le moyen de cette signature, des assistances plus grandes sur ce qu'ils
i i(.i7. leur donnent desjà la paix pour conclue avec les Provinces-Unies, Castel-Rodrigo ayant dit luy-mesme à un gentilhomme de M. Longueville, qui est venu, de sa part, faire compliment à M. le Prince1, qu'il devoit bien sçavoir que la paix estoit faite.
De plus, les Espagnols croyant désormais qu'il [faut] tenir bon à ne pas consentir aux conditions qu'il faut pour achever nostre traité, dans la croyance infaillible où ils sont que, quoyqu'il arrive, l'armée de MM. les Estats ne se mettra plus en campagne, la paix que nous estions sur le point de signer sera plus esloignée, et le traité en sera plus difficile; et, de cette sorte, la précipitation des députez desdicts sieurs Estats aura prejudicié beaucoup et donnera un grand advantage de cœur aux ennemys, pour différer la conclusion de l'accommodement que la France et lesdicts sieurs Estats souhaitoient avec tant d'ardeur.
CXLVJII.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome XI. — Minute de la main de Lyonne.
A M. SERVIES
[Paris,] 18 janvier 1667.
Gomme le marquis de Castel-Rodrigo a dict assez publiquement à Bruxelles, à dessein sans doute qu'il pust estre sceu en Hollande, que vous avez proposé et pressé Brun du mariage du Roy avec l'Infante , nous devons estre comme asseurez qu'il n'aura pas oublié d'ordonner à Philippe Roy, quand il l'a envoyé à la Haye, de bien faire son profict de cette pièce , pour advancer ses négociations contre la France auprez de MM. les Estats, et ne laisser rien d'intenté, pour leur jeter de plus en plus'dans l'esprit des soupçons et des jalousies de la puissance de cette couronne, et nous faire haïr du peuple. C'est pourquoy il faudra que vous soyez bien alerte pour rabattre ce coup, qu'ils essayeront
A l'occasion de la mort de son père, arrivée le 26 décembre i6-'i(>.
DU CARDINAL MAZARIN. !G,r)
infailliblement de nous porter, et desjouer tous les autres artifices dont Janvien647 se voudra servir ledict Philippe Roy, qui ne manquera pas d'estre fourni de bonnes instructions pour nous nuire. 11 est indubitable qu'il aura esté chargé de toutes leurs raisons et instruit de toutes les flatteries et des pièges dont Pennaranda, Caste! -Rodrigo et les autres ministres d'Espagne les plus adroits, se seront peu ad viser, pour obliger MM. les Estats à se persuader vivement que le comble de leur bonheur consiste dans la paix, à la conclure et l'exécuter sans la France, et à establir, à l'advenir, une estroite union avec la couronne d'Espagne, et que ledict Roy n'obmettra rien pour s'en prévaloir, non plus que Brun, s'il peut avoir le passe-port qu'il recherche pour aller à la Haye, comme c'est le dessein desdicts ministres et le véritable subject de sa venue à Bruxelles, quoyqu'il la veuille couvrir du prétexte de communiquer de vive voix avec Gastel-Rodrigo sur Testât de la négociation, et rapporter ses sentimens sur le point de la cession des postes de Toscane.
Je tiens qu'il sera bien mal aisé que ny le Roy ny Brun, s'il y va. puissent vous empescher de descouvrir les fondemens de leurs négociations, et [que] les raisons dont ils veulent les appuyer puissent faire impression. Dans une republique, il faut parler à la pluspart de ceux qui la composent, et s'ouvrir particulièrement avec le prince d'Orange et dans sa maison; mais, en tout cas, vous devez préparer d'avance et appliquer les contrepoisons du venin que nos parties doivent respandre, n'estant pas difficile à juger à peu prez les considérations qu'ils mettront en jeu pour nous traverser et nous faire du mal.
H ne faut pas doubter qu'en premier lieu ledict Roy ne travaille principalement à insinuer que la France ne veut point la paix, et que l'Espagne, pour le seul esgard de la médiation de MM. les Estats, a donné les mains à des conditions tres-rudes et presque intolérables . dans l'espérance que, faisant toucher au doigt auxdicts Estats généraux, nos mauvaises intentions, par le refus de tant d'aclvantages qu'on nous offre, ils se porteroient aprez plus facilement à achever leur traité avec l'Espagne. Il exagérera, je m'asseure, ensuite, et l'importance des
u.îiii'i]. points qu'ils nous ont cédez, et fera extrêmement valoir la confiance
que le roy d'Espagne a eue en MM. les Estats , ayant remis entre les mains de leurs ministres le maniement de tous les interests qu'il a avec cette couronne, y ayant peu d'exemples que, pour adjuster les différends avec un ennemy, on choisisse pour médiateurs les alliez de cel ennemy.
H est vraysemblable encore qu'il essayera d'insinuer à MM. les Estats que leurs députez, ayant esté les instrumens pour l'aire accorder à la France tant d'advantages qu'ils nauroient jamais cédez qu'à leur considération, rapportant à leur entremise ce qui n'est deub qu'à la pure nécessité, et devant désormais recognoistre que cette couronne ne veut point de paix, ils ont pleinement satisfaict aux devoirs et aux obligations d'un bon allié, et peuvent, sans aucune tache, passer outre a publier et exécuter leur traité, dont les articles sont desja signez.
Il se pourra faire encore que ledict Roy veuille se servir de ce que j'ay appris que quelques malintentionnez, mais beaucoup plus mal informez de la vérité, ont dict depuis peu à la Haye, que Henry le Grand conclut bien, au préjudice des traitez, la pSix avec l'Espagne à Vervins1, sans l'Angleterre et MM. les Estats, parce qu'il y trouva son compte, [et que] lesdicts sieurs Estais pourront aujourd'huy limiter en cela avec plus de seureté et moins de blasme.
Il pourroit dire, en outre, que MM. les Estats seront bien mal conseillez, s'ils prétendent d'adhérer à la passion qu'ont les François de continuer la guerre, qui ne leur seroit pas moins préjudiciable qu'advantageuse à nous, puisque les progrez de la France dans les Pays-Bas sont un commencement infaillible de la ruine desdicts sieurs Estats s'il n'y a tousjours une puissance entre deux, comme celle d'Espagne qui y conserve ce qu'elle possède aujourd'huy, et je m'imagine que ce sera icy la plus forte batterie dudict Roy, parce qu'elle prend MM. les Estats par leur [bible.
Comme les Espagnols songent et espèrent, la paix estant conclue
La pabc <le Vervins l'ut signée If 9 mai 1698 entre In Fronce et l'Espagm
faire une plus grande union avec MM. les Estats, il se faut attendre, Janvier^1; comme je la y marqué dans l'autre lettre, [qu'ils agiront] pour empescher la garantie réciproque que nous prétendons, et cela est sans doute leur principal but et la première commission dudict le Roy. Pour en venir à bout, il est probable qu'il leur remonstrera que ce ne sei oit pas prudence à eux de s'engager à tous les caprices des François, qui, malgré eux, trouvent des prétextes apparens de rompre, et ainsy ils seroient forcez à sacrifier leur repos à nos passions et à nostre interest. Je dis cela parce que l'ambassadeur de Hollande m'estant venu voir pour certaines affaires d'argent, et l'ayant mis sur le discours de cette garantie, il m'a tesmoigné d'estre persuadé qu'elle est juste et qu'il croit que MM. les Estats y consentiront, pourveu qu'ils ne soient pas tenus, comme plusieurs le veulent donner à entendre, de rompre de nouveau pour ebaque petit accident, ou quand nous voudrions rentrer en guerre pour nostre propre interest, mais seulement quand les .espagnols romproient contre nous; à quoy j'ay reparti ce que je devois pour le destromper, afin qu'il en escrive par de là, suivant la vérité et ce que nous pouvons désirer.
Les Espagnols pourront encore représenter (et il seroit dangereux ' que cela ne fist plus grande impression) que MM. les Estats n'ont pas besoin de cette garantie pour seureté qu'on ne leur manque à ce qui leur aura esté promis et accordé, et que l'Espagne ne songe à rentrer en guerre avec eux, puisqu'il est aysé de juger qu'estant affoiblis (les Espagnols), comme ils le sont en Flandre et partout ailleurs, ils pourroient encore moins espérer, à l'advenir, des succez plus advantageux qu'ils n'en ont eu parle passé en tant d'années de guerre avec les Pro- \inces-Unies, qui les ont'espuisez dbommes et d'argent.
Mais qu'en tout cas, quand cela arriveroit, la mesme raison d'Estat qui a obligé la France, jusqu'icy, à les secourir, les obligeroit encore alors à leur donner toutes sortes d'assistances . quoy qu'elle n'y fust point tenue par aucun traité.
1 C'esl-à-dire il seroit à craindre r/ue cela ne fil plus grande impression.
ianvien6A7. A quoy ils pourroient encore adjouster que ce sera un grand advantage à MM. les Estats de ne s'engager point à cette garantie, puisqu'estant libres de leur attachement, leur amitié sera recherchée à l'env\ par les couronnes et seront bien traitez de chacune dans ce qui regarde le commerce et tout ce qu'ils pourront désirer pour leurs advantages; ce qui n'arrivera pas, s'ils consentent àladicte garantie, parce que, d'un costé, les François estant asseurez de les avoir tousjours avec eux, quoyqu'il puisse survenir, ne se mettront pas beaucoup en peine de les contenter, et de l'autre les Espagnols, les voyant liez plus estroitement que jamais à la France , seront obligez à vivre en leur endroit avec une grande circonspection et jalousie; ce qui ne prejudiciera pas peu au commerce, et c'est, à mon ad vis, sur ce point du commerce que les ennemys insisteront le plus, parce qu'il est tres-delicat et touche la pluspart de ces messieurs dans le sensible; aussy les malintentionnez à la France ont desjà eu la malice de publier par de là qu'elle va s'appliquer, la paix estant faite, à attirer tout le commerce à soy et à en profiter; ce qui ne peut estre sans prejudicier à celuy do MM. les Estats.
Ce sont là, ce me semble, une partie des choses que les Espagnols peuvent faire dire en Hollande par ledict Roy, dans cette conjoncture d'affaires. Mais comme, à les bien examiner, elles sont toutes ou fausses ou artificieuses, il sera aysé de confondre les autheurs par la vérité qui n'est jamais qu'une, et avec des fondemens si solides qui regardent tous l'honneur, la bienséance, la seureté, l'advantage et là conservation de MM. les Estats , que , outre que le tems me manque pour vous entretenir sur les contre-batteries que nous pouvons faire pour empescher les esprits foibles d'estre séduits, j'ay cru, d'ailleurs, qu'il seroit superflu de vous rien suggérer là dessus, ny m'estendre avec une personne que je sçais bien qui verra d'abord tout ce qu'on peut et doit repartir pour desabuser le monde.
Il n'y a rien de quoy les ennemys ne s'advisent pour irriter de plus en plus MM. les Estats contre le roy de Portugal , afin que tout ce que vous pourrez dire sur le subject de l'accommodement de leurs difl'e-
rends ne fasse aucun effect. J'appréhende bien qu'ils ne trouvent janvier 1647. grande facilité à nous contrecarrer en ce point, et qu'ils n'en profitent, parce que lesdicts sieurs Estats ne songent point à l'advenir, ny qu'il peut arriver que le roy d'Espagne, estant venu à bout du Portugal, pourra tourner de nouveau ses pensées à leur faire du mal, tant ils sont flattez de la satisfaction présente de pouvoir se venger des Portugais et profiter à leurs despens.
Je tiens pour certain que Philippe Roy ne manquera pas de conférer avec le mylord Gorin, cy-devant ambassadeur d'Angleterre en cette cour, Gastel-Rodrigo ayant grande confiance en luy, et avec raison, puisqu'il les sert fort fidèlement prez de ses amys à la Haye, et particulièrement auprez de la princesse d'Orange. C'est à quoy il sera bon que vous preniez garde de prez, et, comme il parle souvent à la revne de Bohême1, peut-estre que, par son moyen, vous pourrez descouvrir quelque chose de ce qui se passera, ne négligeant pas toutes les autres voyes possibles d'en estre adverti.