‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 53 sur 146 · CXL1X · texte numérisé non relu

CXL1X

Original signé. Biblioth. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.

AU PRÉSIDENT DE BELLIÈVRE

Paris, a5 janvier 16&7.

(extrait.)

J'ay receu les vostres du 3e, du 6e et du 1 2e de ce mois. Cette dernière m'apprend l'accomplissement de ce que nous avions appréhendé du roy d'Angleterre. S'il eust voulu, il y auroit eu quelque ressource pour les affaires; mais son propre bien n'a peu vaincre son opiniastreté, et, s'il eust voulu accorder ce qu'il pouvoit sans blesser sa dignité et qu'on prendra sans son consentement, il pouvoit esviter le

Elisabeth d'Angleterre , tille du roi électeur palatin et roi de Bohême. Cette Jacques 1". Elle était veuve de Frédéric V, princesse mourut en 1662.

MAZARIN. 11. lin

Janvier 16/I7. malheur où il est tombé. L'on peut dire que c'est comme une fatalité qui l'a entraisné dans le précipice, et que, malgré le malade, la considération de la France et ce que vous y avez contribué de prudence et d'adresse luy ont allongé la vie plus longtems qu'il n'y avoit lieu d'espérer.

J'ay peine à croire qu'on ayt donné, de la part de la reyne d'Angleterre, quelque espérance au roy, son mary, que le Roy romproit avec ses ennemis. On n'en a jamais dict icy une parole, et, quand cela auroit esté, il ne l'auroit pas fallu croire , la France n'estant pas en estât de s'attirer sur les bras de si puissants ennemis, en ayant tant d'autres à combattre, qui ne s'endorment point et qui n'espargnent aucune sorte d'artifice pour l'affoiblir par la séparation de ses alliez. Vous sçavez que nostre pensée n'a jamais esté, sinon que, sy les Escossois et presbytériens se declaroient en faveur de leur roy, la France les assisteroit et se declareroit aussy, en ce cas-là, pour ayder à le restablir, ou bien, si la paix générale se faisoit et qu'elle (la France) se trouvast hors d'embarras, il n'y auroit rien qu'elle n'entreprist pour le service et le restablissement de ce prince1. Les conseils que vous luy avez donnez, pour sortir des mains de ceux qui le detenoient prisonnier, sont dignes de vostre prudence et de vostre zèle, et nous ne pouvons imagine]' quel sentiment il a dans l'ame, ne pouvant se résoudre à prendre quelque party ; mais il n'en sçauroit prendre de plus pernicieux , quand il luy pourroit [réussir2] et qu'il ne seroit pas gardé si estroitement qu'il est, que celuy de venir en France. La reyne, sa femme, et ceux de son conseil en tombent d'accord, et vous avez bien faict de l'en divertir, et vous l'en devez divertir plus que jamais, si l'occasion de le faire s'en presentoit, estant certain qu'un tel voyage luy seroit plus préjudiciable que la prison mesme. Le vray lieu de sa retraite devoit estre

' Il y avait alors, en Angleterre, un Holmny. (Voy.Guizot, Histoire de la Révolu

mouvement d'opinion qui paraissait favo- tion d'Angleterre, t. II, p. 193 delà 3e édi-

rable à Charles I": le peuple se pressait tion.)

autour de sa voiture et lui témoignait ~ La copie porte rester, qui ne présente

son aiiioui' pondant qu'on le transférait à aucun sens.

îes montagnes d'Escosse, comme on luy avoit proposé, ou l'Irlande1, ou enfin l'isle de Gersay, s'il avoit tant de passion d'estre voisin de la France. Mais c'estoit un expédient qu'il n'eust pas esté à propos de luy proposer, de peur qu'il ne l'eust accepté, comme une commodité de venir en France, qui seroit le comble de ses malheurs.

Aprez cela j'ay à vous confirmer ce que je vous ay desja escrit de la satisfaction qu'ont Leurs Majestés de vostre conduite. Elle ne pouvoit estre plus adroite ny plus judicieuse, et, bien qu'elle n'ayt pas eu le succez qu'on avoit désiré, elle n'a rien , pour cela, perdu de son prix, et l'orateur ne laisse pas de se bien acquitter de sa fonction, quand son discours a toutes les parties nécessaires pour persuader, bien qu'il n'ayt pas, en efîect, persuadé.

Leurs Majestez approuvent bien vostre retour pour les raisons que vous alléguez, mais leur intention est que vous séjourniez encore à Londres jusqu'à nouvel ordre de leur part, et que vous taschiez d'y [mesnager] 2 tout ce qui se pourra présenter de favorable à la condition du roy et au mauvais estât de ses affaires. Il faudra neantmoins tempérer de telle sorte vostre conduite qu'elle ne donne pas aucun prétexte aux Anglois de s'aigrir contre nous, à quoy ils ne sont que trop portez naturellement, et à quoy les Espagnols ne manquent pas de les aiguillonner sans cesse, sans mettre en considération les soins qu'on a pris et qu'on continue de prendre encore des interests du roy et de la maison royale. Il est constant qu'il est absolument nécessaire de ne les choquer pas dans une conjoncture où la France n'a que trop d'occupation ailleurs et trop d ennemis qui l'exercent.

Ce que vous pourrez dire, en arrivant, et le respandre dans le public, sera que les sentimens de Leurs Majestez n'ont jamais esté que de travailler à establir une bonne paix entre le roy de la Grande-Bretagne et ses subjects,[de sorte] que chacun y trouvast son compte. Avec telles etsem-

1 La copie porte l'Islande, ce qui est une ou amener ou mesnager. J'ai préféré cette dererreur évidente. nière expression , qui se présente souvent

2 II y a, dans la copie, mesner; niais ce dans les écrits du temps, mot a été probablement mal lu; il faudrait

mvier 1 667.

Janvier 1647. blables impressions, vous tascherez d'effacer celles qu'on a voulu donner au parlement d'Angleterre, que nous n'estions pas bien intentionnez pour ses interests.

Bien que j'aye escrit au sieur de Montreuil ! de vacquer avec soin aux levées qu'il a ordre de faire, je ne laisse pas de vous prier d'y tenir la main et de faire en sorte que nous en voyons les effects au plus tost.

Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome XI. — Minute de la main de Lyonne.

A M. SERVIEN

[Paris,] 25 janvier i(')h'-/.

(extrait.)

Vous avez sceu de Munster, aussytost que nous icy, ce qui s'y est passé depuis vostre départ, touchant le traité de Hollande avec l'Espagne, dont les députez de MM. les Estats ont voulu signer les articles, malgré toutes nos remonstrances et nos protestations, sans attendre, comme ils s'y estoient en quelque façon engagez , que vous eussiez le tems d'estre ouy de leurs supérieurs.

Si lesdicts députez, en ce qu'ils ont faict, ou MM. les Estats, en le leur ayant permis, ont eu pour but de vous faire retrancher, autant qu'il pouvoit dépendre d'eux, les advantages que nous avons droit d'espérer dans la paix, ou d'en empescher la conclusion, ou de faire croire au monde, si elle se faict, que la France n'y a donné les mains que par force et ne pouvant faire autrement, aprez avoir recogneu que les alliez ne veulent plus de guerre, à la vérité, ils peuvent se vanter d'avoir tenu le vray chemin qu'il falloit pour mieux parvenir à ces trois visées. C'est correspondre d'une estrange sorte à ce que la France a faict pour eux dans cette négociation mesme, où nostre fer-

1 Voyez, sur Montreuil, t. I, p. 27.

DU CARDINAL MAZAR1N. 373

ineté envers les ennemis et nostre sincérité envers eux leur laict obtenir janvier îGfr tous les advantages généralement qu'il leur est tombé dans l'esprit de demander. Cependant ils prétendent aujourd'huy, par leur foiblesse et leur mauvaise foy, de nous réduire en un estât tout différent. Tous les advis que l'on reçoit icy de Bruxelles, de la Haye et de Munster, portent que, si les députez de Hollande se fussent donné patience encore quinze jours à signer leurs articles, on eust conclu infailliblement la paix générale avec entière satisfaction de la France particulièrement. Les Espagnols eussent veu les députez de Hollande autant aheurtez à obtenir cette satisfaction que la leur, comme ils dévoient estre, s'ils eussent suivi l'exemple que nous leur donnions.

Pau et Knul ont asseuré positivement Pennaranda et Brun que le moindre advantage, quoyque considérable au dernier point, comme ils sça voient bien le faire valoir, que l'Espagne puisse retirer de cette signature de leurs articles, c'est que MM. les Estats ne mettront point leur armée en campagne, et qu'ils peuvent en avoir l'esprit entièrement en repos; qu'ainsy la guerre continuant, ils n'auront pas à employer un seul homme en garde contre eux, et que la hayne de tous les peuples des Provinces-Unies augmentera tous les jours de plus en plus contre la France, recognoissant que l'exécution de leur traité n'est retardée, ainsy que la jouissance de tant d'advantages qu'ils y trouvent, que parce que la France s'ospiniastre à ne vouloir pas conclure le sien, quelques conditions qu'on luy offre. LesdictsPau et Knut ont donné parole au ministre d'Espagne, et ont mesme commencé desjà de l'accomplir, qu'ils escriroient en bonne forme là dessus à tous leurs amys dans les provinces, afin de donner aux peuples ces impressions par toute sorte de moyens.

Ce qui me laict beaucoup de peine en tout cecy, c'est qu'encore que la France souhaitast la paix avec autant d'ardeur que les ennemys, et par de plus nobles motifs, puisque la nécessité n'y a point de part, il arrivera neantmoins que, quand elle se concluera à présent, la pluspart du monde se persuadera aysement que la resolution que les Hollandois ont prise de signer leurs articles nous y a forcez, et les ennemis

37/i LETTRES

Jamipi 16/17. auront la vanité de faire valoir que c'est à leur adresse que le public est redevable de ce bien, duquel, par nostre inclination, nous fussions, diront-ils, tousjours esloignez.

Voilà les advantages que cette couronne reçoit de la malice de quelques-uns des députez de MM les Estats et de la foiblesse des autres, et la rescompense qu'elle tire d'avoir eslevé, conservé, restabli et affermi leur domination au point de grandeur où elle est aujourd'huy; mais ny les Espagnols, ny tant de leurs adherens, qu'ils ont parmy lesdicts sieurs Estats, ne sont pas peut-estre encore où ils pensent; car, n'estoit que des considérations plus puissantes touchent la pieté de Leurs Majestez, et que le bien de la chrestienté, qui a tant de besoin de respirer en un teins où elle est menacée de divers malheurs, auxquels il n'y auroitplus de remède si une fois ils estoient arrivez, prévaut à tout autre respect dans l'esprit de Leurs Majestez et de ceux qui ont l'honneur de les conseiller, la France feroit bien cognoistre et sentiroit mesme quelque chastouillement en cela, qu'elle est en estât de continuer la guerre sans les Hollandois, et de mettre les Espagnols à la raison autant que jamais, Dieu laissant agir les causes secondes et ne faisant point de miracles pour eux. L'exemple de ce qui se passa l'année dernière, en Flandre, au commencement de la campagne, est assez récent et palpable pour empescher qu'on ne nous accuse de fanfaronnerie, quand nous parlons de la sorte : chacun vit alors si les ennemys, n'ayant pas seulement joint à leur armée ordinaire contre nous toutes les troupes qu'il avoient destiné d'opposer à M. le prince d'Orange, mais encore toutes les autres qui estoient en des garnisons de ce coslé-là, publiant de vouloir engloutir nostre armée, si, dis-je, ils nous firent beaucoup de peur ou de mal, si nous nous contentasmes de leur tenir teste, et si nous n'emportasmes pas, à la veue de toute leur armée1, sans avoir fait de circonvallations, une de leurs places fortifiées régulièrement. Les forces ny les esprits des Fran-

1 On lit dans les Mémoires de Monglat, la vue de trente mille Espagnols, qui ne le à la date du 29 juin 16/1G: «M. le duc purent secourir. * (Edit. Michaud et Poud'Orléans fit son entrée dans Courtray, à joula(,p. 167.)

cois ne sont pas esteinls pour ne pouvoir faire encore, quand il sera Janvier iti'i;.

besoin, de semblables actions, et ils y seroient assez poussez et irritez

par le procédé des Hollandois et par les artifices des ennemys, pour le

faire cognoistre au monde, si, comme j'ay marqué cy-dessus, le dépit

et la considération d'une juste vengeance ne cedoient à celle du bien

public.

Vous n'aurez pas, je m'asseure, grande peine à faire voir que la France, traitée comme elle l'est, voudra continuer la guerre, et qu'elle le pourra, avec les inesmes succez, quand vous ferez considérer si, au lieu de donner aux Hollandois quinze cent mille livres et trois mille hommes de pied, et trois mille chevaux, comme on fit l'année dernière, il ne nous sera pas facile de composer une armée qui donne autant et plus d'affaires aux ennemys que la diversion des Hollandois, et si mesme en cela nous n'aurons pas un advantage notable, [puis] qu'il dépendra purement de nous de la faire agir aux tems et dans les entreprises qui nous seront les plus utiles, au lieu qu'il falloit se payer de mauvaises excuses, quand l'armée de M. le prince d'Orange sortoit tard en campagne, et qu'elle la passoit entière sans rien entreprendre.

Je puis vous asseurer que les plus sensez parmy les ministres espagnols sont tres-persuadez, par la constitution de leurs affaires et par celle des nostres, qu'ils ne doivent pas moins essayer de sortir d'embarras avec nous et du mauvais pas où ils sont, aprez estre tombez d'accord avec les Hollandois, que si leurs différends n'estoient pas terminez ; mais, comme peut-estre tous ne seront pas de cet advis,et que Castel-Rodrigo et Pennaranda ont interest de faire valoir en Espagne le service qu'ils ont rendu par leur adresse d'avoir signé les articles de la paix avec MM. les Estats, et n'auront rien oublié pour cela, il est à craindre qu'y ayant relevé cette action beaucoup plus qu'elle n'est en effect, le conseil d'Espagne ne s'en laisse esblouyr, et qu'ensuite ils ne l'engagent à esprouver encore la campagne prochaine, en nous obligeant à lascher ce que nous prétendions encore, et à quoy, sans la signature des articles avec les Hollandois, ils n'auroient fait aucune difficulté. J'ay dit il esta craindre, parce que l'on doit avoir regret que la chres-

„vipn<;'l7. tienté, estant à la veille d'un grand calme, on voye continuer la tempeste avec plus d'orages et de furie qu'auparavant; car j'ay remarqué, depuis le commencement de la guerre jusqu'à présent, par une visible déclaration du ciel en faveur de ce royaume, que presque tous les advantages que les Espagnols ont eus leur sont arrivez en des conjonctures qu'estant desjà résolus de conclure l'accommodement pour sortir d'affaires, ils n'ont servi qu'à donner un rayon d'espérance qui les en a destournez et jetez aussytost dans un grand embarras. Si j'avois assez de loysir, je pourrois vous [conter]1 douze grands exemples depuis que je suis dans les affaires, pour preuve de cette vérité, et c'est là la différence essentielle qu'il y a des véritablement malheureux aux véritablement heureux, que le bonheur n'arrive aux uns que pour les mieux précipiter, et aux autres les malheurs se tournent aussytost en de plus grands advantages.

Pour porter MM. les Estats à agir en sorte à l'advenir qu'ils diminuent le plus qu'il sera possible le mal qu'ils nous ont faict parla signature de leurs articles, il faut s'estudier particulièrement à leur faire cognoistre les divers grands préjudices que nous en recevrons infailliblement: car, premièrement, ils nous font mettre en contestation par les Espagnols ce qu'ils avoient résolu de lascher deux jours aprez sans cela; ils ont mis en compromis la conclusion de la paix générale et reculé la leur particulièrement, s'ils veulent, comme nous n'en doubtons point, observer fidèlement les traitez d'alliance, et enfin la sincérité des intentions qu'ont tousjours eue Leurs Majestez pour la paix est en hazard d'estre interprétée, quand elle se concluera, pour une pure nécessité qui les y a forcées. On pourra adjouster, pour les confondre encore davantage, qu'il n'y a dans l'assemblée aucun des ministres qui la composent, mesme ceux de l'Empereur et des autres princes attachez, par dépendance ou par interest, au roy d'Espagne, que le procédé des députez de Hollande n'ayt extrêmement scandalisez , et qui ne nous soient favorables et ne nous donnent raison, dans ce

' La minute porte colter

DU CARDINAL MAZARIY 377

que la France prétend encore de l'Espagne pour la conclusion de la Janvier 1M7. paix.

Vous pourrez représenter auxdicts sieurs Estats qu'ils ont un bel exemple devant les yeux à imiter, qui est nostre fermeté et nostre ponctualité à exécuter les traitez, la pleine satisfaction qu'on a accordée, il y a longtems, à la France pour la paix de l'Empire, n'ayant pas empesché que, dans la dernière campagne, elle n'aytmis tout au hazard , redoublé les oifres de ses despenses, faict joindre ses armes à celles de la couronne de Suéde, et enfin agi avec la mesme vigueur pour les interests de ses alliez qu'elle l'auroit peu faire pour les siens propres, nonobstant que la conclusion de la paix d'Allemagne nous fust de la conséquence que tout le monde voit, puisqu'elle entraisnoit avec soy, de nécessité, la paix générale de la chrestienté, les Espagnols se trouvant, en ce cas, hors d'estatde pouvoir un seul moment en contester les conditions, sans courir le risque d'une prompte et totale ruyne.

Il y a une autre considération qui fera sans doute grande impression dans l'esprit des plus sensez de MM. les Estats, qui est que la France, continuant la guerre avec plus de vigueur que jamais dans les Pays- Bas, il sera bien malaisé qu'ils puissent en estre simples spectateurs et jouir du repos qu ils prétendent, courant fortune de nous voir emparer, avec le lems, de leur partage aussy bien que du leur (de celuy des Espagnols). Cette reflexion sera tres-puissante sur eux pour les obliger à parler fortement aux Espagnols , afin qu'ils ne nous chicanent pas plus longtems des satisfactions que nous prétendons et qu'ils estoient • prests de lascher, sans les vaines espérances que cette signature d'articles leur a faict concevoir de venir à bout de séparer la France d'avec les Provinces-Unies.

Il sera bien à propos aussy que vous fassiez sçavoir à MM. les Estats que leurs députez ont tousjours trouvé nostre prétention touchant les postes de Toscane très-juste, en quoy ils n'ont pas beaucoup faict, puisque les médiateurs ont souvent tesmoigné la mesme chose, quoyque leurs supérieurs pussent y prendre d'autres interests, et jusques aux ministres de lEmpereur, ils sont d'ans les mesmes sentimens et ont

HAZAII1H. — II. 68

.ianviprii»/i7. pressé souvent Pennaranda d'y donner les mains. 11 importe que MM, les Estats sçachent ces particularitez, afin que, si quelques-uns de leurs députez avoient porté les autres à leur cacher les circonstances qui nous sont a avantageuses ou à les leur déguiser, lesdicts sieurs Estats en cognoissent la malice et l'artifice, et ne prennent pas leurs resolutions sur de taux fondemens.

11 sera bon aussy que vous preniez garde que, comme les Espagnols ont tasché jusqu'icy d'imprimer dans l'esprit des Hollandois que la dureté qu'ils disent qu'ils trouvent en nous à toutes nos actions ne tend qu'à avoir l'Infante d'Espagne pour le Roy ', afin que ce soupçon les portast plus facilement à la signature des articles, infailliblement ils continueront à travailler encore aujourd'huy sur cette mesme supposition pour en tirer d'autres advantages. C'est pourquoy vous devez aller au devant, et représenter tout ce dont vous vous adviserez pour faire recognoistre la malice; ce qui sera assez aisé, n'y ayant personne sensée qui ne voye bien que les Espagnols ne songeront jamais à faire ce coup, et que, s'ils en avoient la moindre pensée, ils n'en parleroientpas, et se garderoient bien de le mettre en jeu, ny de s'en servir à menacer les Hollandois pour les presser de conclure.

Je vous mets aussy en considération s'il ne seroit pas bien à propos qu'en tesmoignant à MM. les Estats que nous avons entière confiance en leur foy et en leur fermeté, vous prissiez occasion de couler en passant que, s'il y avoit quelque membre corrompu parmy eux, nous ne doiibtons point qu'ils ne prissent la resolution de le couper, afin qu'ils ne puisse infecter le reste, et pour garantir le corps de l'Estat.

Je vous mande tout ce qui me vient dans l'esprit à mesure qu'il se présente, parce qu'estant sur les lieux et recognoissant la disposition d'un chacun et ce qui peut nuire ou servir, il dépendra tousjours de vous d'en faire le choix et de le mettre en usage. Le principal but que voua devez avoir, c'est de porter MM. les Estats à quelque resolution qui imprime effectivement dans l'esprit des Espagnols que la signature

1 Voyez ci-dessus, j). u)3 <;t suiv.

des articles ne leur est pas plus advantageuse que si elle estoit encore .ianvWi<;'i7 à taire et que tout le monde cognoisse que la France et MM. les Estais sont autant unis que jamais et en meilleure intelligence.

Mazarin indique ensuite quelques-uns des moyens pour arriver à ce résultai : soit traiter conjointement avec la France, ou faire uue déclaration expresse qu'ils ne traiteront que si la France obtient satisfaction, ou accorder la garantie demandée par ia France, ou témoigner leur ressentiment contre ceux de leurs ministres qui ont l'ait paraître le plus de passion pour l'avantage des ennemis, ou se joindre à la France pour la campagne prochaine, et commencer, dès maintenant, leurs préparatifs.

C'est une satisfaction Ires-juste , qui ne leur couste rien , qui leur sera advantageuse, qui ne peut produire que ce qu'ils désirent le plus, et certainement la moindre qu'ils puissent nous donner aprez le traitement que nous avons receu.

La prise de Mardick et de Dunkerque les dispense d'avoir une escadre pour surveiller les côtes et empêcher les pirateries; ils devraient employer leurs vaisseaux au service de la France , et faire ainsi voir tt l'union indissoluble qui est entre cette couronne et lesdicts sieurs Estats.^ Il faudrait d'abord leur demander douze vaisseaux, afin de se réduire après à dix, ou huit, ou même six.

Peut-estre que le succez de cette afïaire pourroit estre facilité en le communiquant par advance confidemment à l'admirai Tromp1, qui est fort bon homme et tres-zelé pour cette couronne, ou bien à son lieutenan pie l'on pourroit engager, par des promesses d'une rescompense proportionnée, s'il venoit luy-mesme commander l'escadre.

Mazarin s'en remet à ce que Servien décidera sur les lieux, mais une prompte résolution est nécessaire. Ce serait un moyen de fortifier la marine de la France et de détromper l'opinion. Si l'on ne pouvait obtenir l'équipage avec les vaisseaux, on se contenterait des bâtiments, qu'on ferait servir par des matelots français.

On vient de faire payer quatre cent mille francs pour le dernier quartier du subside accordé aux États-Généraux sans qu'on en ait voulu rien retrancher, malgré la conduite de quelques-uns de leurs députés.

Saint-Ihard 2 a dit, entre autres choses, aux ministres d'Espagne que Mazarin

1 Voyez, surTroiup, t. 1. p. 960. — ' Ibidem, p. 957.

hmvift 1 0'i7. «Hail irréconciliable avec le prince et la princesse d'Orange «pour avoir voulu faire négocier à leur insceu, avec le prince, leur fils, et envoyé prez de luy une personne expresse pour ce sujet. » 11 a aussi déciaré que les Provinces-Unies ne mettraient point d'armée en campagne, «et qu'il en respondoit de sa teste. » H scia bon de reconnaître, sur les lieux, si ces propos ont été tenus, et de s'en ouvrir au prince Guillaume, qui est «très-bien intentionné pour cette couronne. » Peut-être aussi Servien pourrait-il parlera la princesse d'Orange des bruits répandus par les Espagnols, qui la représentent comme «la principale promotrice de ce rf qui s'est faict depuis peu à Munster par le moyen de Knut, qui dépend entièrement d'elle. " C'est surtoul à Castel-Rodrigo et à Penaranda que l'on doit imputer ces bruits.

Saint-Ibard est jaloux de milord Gorin, et il en fait des plaintes à M™6 de Che-. vreuse.

M. de Niderhost a été le seul député des Provinces-Unies qui n'ait pas voulu suivre l'exemple de ses collègues. Il mérite, lui et sa famille, les récompenses et la protection de la France.

Mazarin ajoute :

A prez avoir escrit jusques icy, j'ay receu vostre depesche du 1 5 du courant, de la Haye.

Il félicite Servien de ne s'être pas formalisé de ce que les Provinces-Unies ne font pas accueilli avec les civilités ordinaires «dans une conjoncture où nous ne devons pas pointiller sur des bagatelles. » Les plénipotentiaires français ont parlé trèshaut à Munster; il importe, dans ces circonstances, de ne pas montrer de faiblesse.

Le prince palatin Robert a donné avis à Mazarin que le jeune Gorin a renoncé au service des Provinces-Unies. On craint qu'il ne veuille débaucher les Anglais qui servent dans l'armée de cette république. Si l'avis est véritable, il sera bon de prendre les mesures nécessaires pour s'y opposer.

Le conseil a délibéré sur les termes de la garantie qu'on pourrait accorder aux Provinces-Unies.

La France peut s'obliger à garantir tout ce qui sera accordé el promis par les Espagnols dans ce traité à MM. les Estais, moyennant qu'ils veuillent s'engager de mesme généralement à garantir tout ce qui sera arresté entre nous et l'Espagne. H ne seroit pas nécessaire de faire mention particulière du faict des Indes ; niais, si les ennemys manquoient à ce qu'ils seront obligez pour ces pays-là par le traité , et qu'il se list, en conséquence, une

rupture dans les Pays-Bas, la France seroit tenue de rentrer en guerre Janvier <o'*-. avec MM. les Estats, bien entendu qu'ils seront tenus d'en user de mesme, s'il nous est manqué en quelque chose de ce qui nous aura esté accordé dans le traité.

Enfin Mazarin a complété l'instruction donnée à Servien par ce posl-scriplum écrit de sa main :

Je vous adjouste encore cecy pour vous dire que, pour ce qui est de Philippe Le Roy, il semble que vous pourriez faire considérer à MM. les Estats, si toutefois vous vous croyez [en estât] de le pouvoir faire congédier et renvoyer, quelle opinion ils auroient de la France, si elle permettoit de séjourner à Paris à quelque ministre qui negociast contre eux; qu'on ne peut pas ignorer les bruits que ledit Le Roy fit courir à la Haye, les impostures et meschancetez qu'il tascha d'imprimer contre la France, quoy qu'à bien parler elles soient autant contre MM. les Estats. et cependant on ne le souffre pas seulement, mais on le caresse, et il est bien receu en toutes les compagnies. On n'a jamais voulu icy (de quoy M. le prince d'Orange et MM. les Estats sont bien asseurez) admettre aucune personne ny escouter aucune proposition de la part des Espagnols, quoyqu'ils déclarassent qu'ils ne feroient proposer aucun accommodement avec la France que MM. les Estats n'y deussent estre compris avec leur entière satisfaction, et pour rescompense, aprez que les députez ont signé les articles de la paix de Munster, un envoyé du marquis de Gastel-Rodrigo s'en va à la Haye pour deschirer hardiment la France auprez de MM. les Estats.

11 ne faut pas pourtant se mettre en colère mal à propos. C'est pourquoy estant sur les lieux, vous prendrez vos mesures en sorte que vous ne leviez pas le masque contre ledict Le Roy sans estre asseuré d'obtenir sa retraicle.

A ce que j'apprends de Bruxelles, il se faict de fesle de vous apporter de grands obstacles, et qu'il vous empeschera bien de venir à bout de vos desseins. Il se faict fort d'avoir faveur dans la maison de M. le prince d'Orange, el il a mandé qu'il n'a pas tenu au dict

Janviei • i r> /j -7 . prince que l'on n'ayt donné le passeport qu'il avoit demandé pour Brun.

H vous laict tenir des discours desquels je ne vous crois pas capable ; car il asseure que, vous estant emporté en bonne compagnie, vous aviez dict qu'il falloit absolument qu'il arrivast de trois choses l'une : ou que la France et MM. les Estats fissent la guerre à l'Espagne, ou que l'Espagne et MM. les Estats la fissent à la France, ou que la France et l'Espagne résolussent ensemble la ruine desdicts sieurs Estats. Je vous asseure qui! a dict tout ce que dessus à la Haye, et que je suis averti de Bruxelles qu'on en parle dans la maison du procureur comme de chose escrite par ledicl Le Roy.

Sur les divers bruits qui couroient à Paris et dans la France que la paix estoit tout à faict conclue entre l'Espagne et MM. les Estats, on a jugé à propos de mettre dans la Gazette les deux articles que vous verrez de Munster et de Bruxelles.

Archives des Affaires étrangères (France), tome XXII, fos 25a à 253. — Copie du temps.

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