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Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome XII. — Minute de la main de Lyonne.
A M. SERVI KN.
[Paris,] 8 février îli'iy.
(extrait. )
J'ay desjà parlé elparleray à l'ambassadeur de Hollande, qui est icy. aux termes que vous me mandez qu'il seroit utile de le faire; mais, à vous dire le vray, je ne tiens pas qu'on puisse en tirer grand profit, ne paroissant pas homme qui scache ranger deux paroles ensemble. Au contraire, j'appréhende extrêmement que, ne prenant qu'une partie de mon discours et oubliant l'autre, il ne mande quelque chose qui produise de mauvais effects. En tout cas, je feray le mieux qu'il se pourra, et, en tout cas, je n'en seray pas en grande peine tant que vous serez à la Haye, parce que ces messieurs ne pourront doubter que tout ce que vous advancerez ne soyt suivant l'honneur de Leurs Majestez, et vous le représenterez avec des raisons si vives et si convaincantes, qu'il ne s'y adjouteroit rien d'icyqui ne fust superflu.
L'offre que Brun a faicte, à ce qu'a dict Mmela princesse d'Orange, d'apporter, s'il venoit à la Haye, la cession de Piombino et de Porto- Longone, nous peut extrêmement servir pour faire voir deux choses: l'une que nostre prétention est juste en soy, et l'autre que, quand Pennaranda s'est défendu d'y porter les mains, faute, disoit-il, d'en avoir le pouvoir, ça esté une défaite malicieuse, puisque Brun n'oserait céder ces deux postes que par l'ordre mesme dudict Pennaranda.
Vous verrez ce qui est dans le mémoire du Boy1 touchant la délivrance de nostre traité aux députez de Hollande. Vostre principale
Ce mémoire, en date du 8 lévrier 16^7, leurs des Négociations ont supprimé les mé-
est indiqué, mais non publié dans les Né- moires fin Roy et de Mazarin; ils se sonl
gociations de lapaix de Munster;, t. IV, p. 81 . bornés à la correspondance des plénipoten-
Pour les années 16/17 et ' 6/18. les édi- tiaires.
».'i7. tasche doit estre de faire toutes choses possibles pour eu faire approuver le contenu par MM. les Estats; car alors les députez de Munster ue pouri oient plus dire autrement, et ensuite porter lesdicts sieurs Estats à déclarer aux Espagnols que, s'ils ne le passent de la sorte, ils continueront la guerre plus vivement que jamais, comme aussv d'empescher, autant qu'il se pourra, maintenant que vous estes sur les lieux, que ceux des députez de Hollande qui nous sont mal affectionnez, n'essayent d'interpréter à nostre desadvantage le projet que nous leur avons remis, donnant à entendre aux peuples que nos prétentions sont déraisonnables et impossibles à obtenir des Espagnols.
Mazarin insiste ensuite sur la nécessité de bien imprimer clans l'esprit des Étals généraux des Provinces-Unies que la guerre continuera tant crue la France n'aura pas reçu une entière satisfaction, et pourra leur être très -préjudiciable. Il est charmé d'apprendre que la princesse d'Orange paraît avoir changé d'humeur et de maximes. La France a eu grande raison de se plaindre de cette princesse, qui a des obligations très -sérieuses à Leurs Majestés. Tous les engagements pris par Servien avec ladite princesse seront fidèlement exécutés.
Quant aux mespris et aux moqueries qu'elle vous a dictde nouveau estre advertie qu'on faisoit d'elle à la cour, elle-mesme destruit l'advis par sa source; car, venant, par sa confession, du marquis de Castel- Uodrigo, nous aurions eu tort de prétendre qu'il luy fist rien sçavoir qui ne l'animastetrirritast contre cette couronne; mais, estant advisée et judicieuse comme elle l'est, je me suis estonné qu'elle n'ayt rejeté bien loin cette imposture, cognoissant assez combien il importe à celuy qui l'a forgée de mettre toutes pièces en œuvre pour luy donner de la bayne pour la France, et l'obliger, par ce moyen, à agir en laveur de l'Espagne.
Mazarin craint que l'arrivée de Knut près de cette princesse ne détruise tout ce qu'aura fait Servien; il faudrait prévenir ce danger cl s'efforcer, ou de gagner Knut, ou de ruiner son crédit auprès de la princesse.
Servien a consulté Mazarin pour savoir si l'on pourrait signer la paix sans exiger la garantie des Pro\inces- Unies. Le cardinal répond qu'on pourra se relasclier; mais que, jusqu'à présent, on n'a jamais été d'avis que la paix se pus!
conclure sans avoir asseuré celte garantie. Mazarin désire que les obligations, de Février part et d'autre, soient bien nettement déterminées. 16^7.
Il ne s'agit que d'un article de six lignes qui porteroit que, connue par le traité de 1 635 *, il a esté arresté telle ou telle chose, la paix générale venant de se conclure et estant nécessaire d'en establir mieux et autant qu'il est possible les seuretez et la durée , la France et MM. les Estais sont demeurez d'accord d'une garantie générale et réciproque de tout le traité, en sorte que, si les Espagnols viennent à y manquer, sans vouloir à l'amiable reparer l'infraction sur les plaintes qu'on leur en fera, et que la partie lésée soit obligée de reprendre les armes, l'autre, etc.
Mazarin prévient ensuite l'ambassadeur que les Espagnols sont informés de toutes les résolutions adoptées dans l'assemblée des Provinces-Unies.
Servien devra prévenir le secrétaire du prince d'Orange que Philippe Le Roy se vante qu'il l'assiste en toutes choses. Le même Philippe Le Roy doit demander prochainement aux Provinces-Unies la cessation des hostilités contre l'Espagne. Ce serait un commencement de l'exécution du traité.
Mazarin parle enfin d'un libelle intitulé Lettre eserite de Middelbourg, et le considère comme très-dangereux.
Il serait bon qu'on en envoyast un exemplaire à Munster et qu'on le montras! aux Suédois pour leur faire toucher la répugnance que les Hollandois ont à la continuation de la guerre et la hayne qu'ils tesmoignent pour les couronnes alliées.
Original signé; Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
AU PRÉSIDENT DE BELLIÈVRE
Paris, 8 février 16^7.
Monsieur, Vous envoyant une copie de la lettre que j'escris au sieur de Mori-
1 Voyez, sur ce traité, t. I. p. xlmii.
■AZABIH. 11, /,,.
r.v:,,., treuil pour response à ses dernières depesclies , je me remets à ce 1("7, que vous y trouverez touchant les sentimens que nous avons icy sur Testât des affaires du roy de la Grande-Bretagne. Il faut advouer que je ne sçais point de cause qui l'ayt peu porter aux resolutions qu'il a prises contre ses propres interests et les conseils que vous luy avez donnez, que la violence de son malheur qui mérite certes qu'on luy compatisse.
Dans lestât où il est à présent reduict et qu'on voit augmenter de jour à autre, on a jugé icy qu'il n'estoit point de la bienséance que le sieur de Montreuil demeurast davantage auprez de luy. Toutefois, si vous jugiez [nécessaire] que, pour le bien de ce prince, il y fist encore quelque séjour, on remet à vostre prudence de luy en donner l'ordre, qu'on luy enjoint de suivre ponctuellement, comme il n'y manquera point. Je vous supplie aussy de haster, autant qu'il se pourra, à donner chaleur aux levées qu'on luy a ordonné de faire, afin que nous les recevions au plus tost, s'il est possible. Pour cet efl'ect, s'il est besoin d'une plus grande somme que celle qu'on luy a fournie, je vous prie de la prendre sur vostre crédit, avec asseurance que je la leray à point remettre icy.
Vos dernières depesches ne nous apprennent que vostre arrivée à Londres. Nous attendons les premières que vous nous ferez, afin que, suivant ce que vous nous manderez, soit du besoin de continuer vostre séjour en ce pays-là, en cas qu'il vous paroisse quelque rayon d'espérance d'y estre utile aux affaires du roy de la Grande-Bretagne, ou qu'il soit nécessaire que vous retourniez au plus tost en France, Leurs Majestez prennent la resolution qu'il conviendra, qu'on vous fera promptement sçavoir.
Cependant je vous diray que, si vous reconnoissez que, dans l'opini astre té des subjectsdece prince, quelque office et quelque diligence que nous puissions faire pour le restablissement de ses affaires, elle sera superflue , vous devez vous mesnager de telle sorte avec ses subjects, qu'ils ne puissent recevoir de vostre conduite aucune occasion d'aigreur et de desgoust contre nous , à quoy ils ne sont que trop portez
\)[j CARDINAL MAZAR1N. 387
et par leur propre inclination et par les artificieuses et continuelles fa» 1647. suggestions des Espagnols, qui s'efforcent de leur donner de la jalousie de la grandeur de cette couronne, de les irriter par les civilitez cl bons traiclemens qu'on rend icy à la reyne d'Angleterre et au prince de Galles, son fils, et de leur imprimer que c'est à eux à qui ils oui 1 obligation du repos où la France les laisse, puisque, sans la guerre qu'ils nous font, nous ne songerions qu'à tourner toutes nos forces contre eux et à leur faire de la peine, et comme ils n'ont point oublié d'interpréter sinistrement toutes les diligences que nous avons faictes jusques icy pour remettre une bonne correspondance entre le roy d'Angleterre et ses subjects, il sera à propos que vous profitiez de toutes les occasions dans lesquelles vous aurez lieu de destraire tout ce qu ils auront basti contre nous, déclarant que l'intention de Leurs Majestés n'a jamais esté autre que de redonner la tranquillité à l'Angleterre, avec l'entière satisfaction de ces peuples et de leur roy; ce que vous tascherez de bien insinuer dans l'esprit de tous.
Enfin vous n'oublierez rien pour faire réussir ce dessein si important . et. comme vous sçavez fort bien les maximes sur lesquelles il faut agir pour rendre les Espagnols suspects et odieux en ce pays, vous ne manquerez point de vous en servir en cette rencontre et de mettre en œuvre toutes sortes de machines pour y decrediter les Espagnols, qui est le plus grand advantage que nous y puissions recueillir.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne); minutes des négociations delà paix de Munster, tome XII. — Minute de la main de Lvonne.
AU DUC DE LONGUEVILLE
f Paris], 1" mars 1G/17.
(extrait.)
Vous aurez sceu, parledict sieur Servien, avec quelle indignité nous avons esté traitez de nouveau à la Haye par les députez de Hollande,
Marsiti/17. c'est-à-dire par Pau et par Knut, qui en sont les directeurs, clans la relation qu'ils ont présentée à MM. les Estats de ce qui s'estoit passé. Je puis dire non-seulement que l'un et l'autre ne m'ont point trompé en cela, mais que je l'aurois esté extrêmement s'ils en eussent usé autrement, quoyque certainement vous n'eussiez rien oublié de tout ce qui pouvoit les obliger à ne pas se conduire comme ils ontfaict. Vous verrez, par la depesebe de M. de Brienne ', la resolution qui a esté prise tout d'une voix dans le conseil, chascun ayant esté esmeu de l'impudence [de Pau] aprez s'estre engagé si avant qu'il avoit faict avec vous, qui aviez pris tant de peine pour l'obliger simplement à dire la vérité, et, quoyqu'on le cognoisse pour homme fort insolent et hardy, ainsy que M. de Chavigny, qui a pratiqué avec luy , m'en a asseuré, je crois qu'il ne laissera pas d'estre couvert de confusion prezde vous, aprez avoir appris qu'on a copie de la relation qu'il a dressée et que MM. les Estats ont obligé ses collègues à donner par escrit et à signer ce qu'il avoit prétendu ne leur faire sçavoir que de vive voix.
Muzarin discute ensuite plusieurs articles du traité proposé, articles qui sont surtout relatifs à l'Italie, et se plaint de la partialité des médiateurs.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), lome XII. — Minute de la main de Lyonne.
A M. SERVJEN.
[Paris,] () mars 16/17.
(extrait.)
Mazariu recommande à Servien de s'entendre avec Gassion pour la suite de la campagne.
Ledict sieur mareschal a envoyé un sergent de bataille, avec deux cens chevaux, jusques à Blanquemberg2, passant des canaux et faisant <i<js prisonniers sans rencontrer aucun obstacle, quoyquele chemin soit
1 Cette dépêche n'a pas été publiée dans ' Port de Flandre, situé entre Ostende
les Négociations secrètes de la paix de Muns- et l'Écluse. La forme ordinaire du nom 1er. (Voyez ci-dessus, p. 383, note 1.) est Blanckenberg.
long et difficile; ce que je suis bien ayse de vous marquer, afin que Mai vous jugiez delà que, s'il y a quelque chose de bon à exécuter, on le fera et gayement. Il y a desjà longtems que je travaille à disposer tout en sorte qu'on pust conclure une suspension [d'armes] en Allemagne, lorsque la satisfaction de la couronne de Suéde seroit adjustée comme elle Test à présent, et vous aurez veu ce qu'on a escrit cy-devant et ce qu'on réplique par cet ordinaire, le tout avec la mesme pensée que vous marquez, qui est celle que j'eus l'année dernière, quand je m'estudiai tant à faire que M. de Turenne pust venir agir dans le Luxembourg 1 avec l'agrément .des Suédois. Il est certain que, si alors ce dessein estoit à propos, il l'est aujourd'hui au double et tout à fait nécessaire et capable de nous faire remporter en toutes façons des advantages tres-considerables.
J'ay esté ravy d'apprendre que vous espériez un bon succez des entreprises que vous a proposez le bourgeois de Flessingue. Celle d'Anvers me semble tres-perilleuse et de difficile exécution, et, au contraire, je* tiens très-facile celle de Gand, comme aussy celle de Bruges; mais [cette dernière] mal aysée à conserver, parce que c'est une grande ville sans citadelle. H y en a une à Gand, dont je ne crois pas qu'il y eust grande peine de s'emparer, la ville prise. On attendra l'arrivée de vostre gentilhomme, et on prendra aprez toutes les resolutions.
Anvers nous pourroit servir en mesme temps à porter MM. les Estats à tout ce que nous desirons et à gagner la maison de M. le prince d'Orange, puisque, du consentement desdicts sieurs Estats, on pourroit en donner le gouvernement à M. le prince Guillaume, et avec cela je ne doubte point qu'ils ne nous donnassent encore Maestricht en eschange.
1 Après la conclusion de la trêve avec révolte. Turenne le fit arrêter et conduire à la Bavière. Turenne voulut conduire dans Philipsbourg. La plupart des Weymariens le Luxembourg les troupes devenues inutiles allèrent rejoindre le général Suédois Wranen Allemagne; mais une révolte des Wey- gel, et servirent dans son armée. (Voyez les mariens l'empêcha d'exécuter ce mouve- Mémoires de Turenne, édit. Michaud et Poliment. On accusa le major général Rosen joulat, p. iioetsuiv., texte et notes. ) d'avoir été un des principaux auteurs de la
Mars 1667 Vous pouvez estre asseuré que l'on tiendra bon îcy pour la négociation de la paix, et qu'on ne se relaschera en aucun point, quoyque de petite conséquence, parce que je cognois assez bien Testât de -nos affaires et celuy des ennemys, et, selon mon advis, ou toutes les raisons politiques sont fausses, ou les Espagnols consentiront à la paix aux conditions que nous avons proposées, sans se commettre aux evenemens de la campagne prochaine, ou ne le faisant, par un aveuglement visible de Dieu et pour se flatter trop de vaines espérances, ils recevront cette année-cy quelque coup mortel. Je prie Dieu de tout mon cœur pour la conclusion de la paix; mais, si nous ne la méritons pas encore, vousadvouerez que la disposition des armées et le choix des desseins pour la campagne n'aura pas esté mauvais ny mal considéré. Les evenemens sont entre les mains de Dieu; mais, s'il laisse agir librement les causes secondes , comme nous le devons espérer de la sainteté des intentions de Leurs Majestez , nous aurons subject de ne rien craindre et d'espérer beaucoup.
Après quelques conside'ralions sur l'Italie, Mazarin continue en ces termes:
Ce fut avec beaucoup de raison que vous escrivistes icy qu'il importoit extrêmement de ne faire aucune nouveauté à Dunkerque, qui pust donner de la jalousie à MM. les Estats sur le point du commerce, où ils sont si délicats; mais je puis vous dire avec vérité qu'avant que recevoir vostre lettre j'en avois desjà fait prendre la resolution dans le conseil contre les instances de MM. des finances, qui, pour quelque gain médiocre, n'avoient pas pris garde au préjudice que le service du Roy en eust receu d'ailleurs. La paix estant une fois faicte, on pourra, avec grande facilité, tirer tout le commerce dans ce port-là, pour peu d'application qu'on y ayt; mais présentement nous ne devons nous esludier qu'à faire croire et à bien imprimer dans l'esprit des Hollandois, sans affectation pourtant, que nous ne songeons en aucune façon au négoce, que les François n'en sont pas capables, ny de faire ensemble des societez pour cela comme les autres nations. C'est ce que j'ay desjà insinué adroitement à cet ambassadeur de Hollande qui escoutoit, avec
DU CARDINAL WAZARIN. 391
un plaisir non pareil, ce que je luy disois des fautes des François eu Mars 16/17. cette nature d'affaire», et que nous ne devons pas nous servir du trafic, ayant moyen de nous prévaloir de celuy que font, en toutes les parties du inonde, MM. les Estats, qui est comme si nous mesmes y allions, .le condamnay ensuite M. le mareschal de la Meilleraye du dessein qu'il avait d'establir à Nantes une compagnie, pour oster aux Hollandois l'utilité qu'ils tirent d'un certain commerce, et, sur la première instance que ledict ambassadeur [en fit], on donna ordre qu'il ne soit rien innové, ce qui l'a extraordinairement contenté.
Quant à la princesse d'Orange, si on ne la peut gagner, il faut du moins s'appliquer à empescher qu'elle ne puisse estre nuisible. Il faut aussy compatir au pitoyable estât où son mari est réduit et à la jalousie qu'il a de son fils et qui s'augmente à proportion de son infirmité. Sa vie a donné des advantages notables à MM. les Estats, mais sa mort, si elle arrive tost, leur en procurera d'autres tres-considerables.
On doit penser que les Espagnols accorderont aux Hollandais tout ce qu'ils demanderont, afin de hâter la conclusion du traité.
Archives des Affaires étrangères (France), tome XXII, P" 281 à 283. — Copie du temps.