POUR RÉGLER SA CONDUITE
[Paris,] i5 mars 16Û7.
Comme les derniers advis de Suéde sont que les inclinations de la reyne et du sénat estoient toutes portées au parti de retenir plus tost les deux Pomeranies, avec la garantie des Estais de l'Empire, sans le consentement de l'Electeur de Brandebourg, que de n'en avoir qu'une
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avec ce consentement, et que l'on avoit envoyé des ordres bien exprez Marsi6û7. là dessus à MM. Oxenstiern et Salvius; il se pourroit faire que ces deux ministres, qui ne les ont pas receus assez tost pour s'y conformer, cherchent aujourd'huy, particulièrement Oxenstiern, qui en a tousjours tesmoigné grand désir, à y pouvoir revenir par d'autres voyes, sans que l'interest particulier de la Suéde les meuve à mettre de nouvelles prétentions en jeu, comme ils pourroient le pratiquer avec un peu de tems, lorsque les affaires se seront embrouillées pour quelque autre respect, ou pour l'interest du prince Palatin et du parti protestant, qu'ils appuient en des choses desraisonnables. Il se pourroit faire aussy que la Suéde, c'est-à-dire les personnes qui ont la principale direction des relations qui se prennent en ce royaume-là, n'ayant pas disposition à la paix, les ministres de ladicte couronne se fussent conduits en sorte de ne pas faire paroistre qu'ils veuillent empescher ou retarder la conclusion de ladicte paix pour leurs interests particuliers; mais qu'aprez les avoir adjustez, ils trouveront d'autres biais de faire rompre, tout en insistant fermement pour aulruy sur des points qu'ils voyent bien qu'ils n'obtiendront pas.
On ne peut pas desadvouer qu'ils ne traitent en cela fort adroitement, et que, si leurs fins sont mauvaises en soy, leur conduite ne soit fort bonne pour y parvenir; car, ou la vigueur avec laquelle ils portent les interests du Palatin et de tous les princes des Estats protestans produira l'effect qu'ils prétendent, et, en ce cas, ils s'acquerront l'amitié et la totale dépendance de cette maison-là et desdicts princes protestans, qui auront obligation à la couronne de Suéde seule de ce qu'elle leur aura fait accorder au delà de la raison, et ils auront estendu d'autant en Allemagne la puissance et les advantages de leur secte, ce qui leur vaudra plus que s'ils eussent eu encore deux Estats comme la Pomeranie ; ou, ne pouvant venir à bout de leur dessein , ils n'auront pas moins gagné la dépendance et l'affection dudict Palatin et de tout le parti protestant, à qui ils feront cognoistre qu'il n'a pas tenu à eux qu'ils n'ayent tiré plus d'advantage dans l'accommodement, et, outre cela, ils auront aliéné ceux-ci de cette couronne,
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VU* 16S7. »lc laquelle ils appréhendent que la puissance et le crédit en Allemagne ne prevaillent à ceux qu'ils veullent estabiir, insinuant à chacun d'eux, en particulier, que, sans la France qui s'y est opposée, ils leur auroient fait accorder par l'Empereur tout ce qu'ils auroient sceu désirer. Voilà tout ce qu'on peut vraysemblablement juger de leur intention; mais, avec tout cela, la mauvaise humeur du sieur Oxenstiern , la hauteur avec laquelle il tesmoigne que la couronne de Suéde veut que le prince Palatin rentre dans tous ses Estats et dignitez, l'envie qu'il fait paroistre de la continuation de la guerre au moins pour un an , les artifices qu'il pratique pour rendre le duc de Bavière odieux, et pour faire concevoir des mesfiances de nous aux Impériaux, leur persuadant que nous travaillons à former une estroite union avec ledict sieur électeur de Bavière, qui sera fort préjudiciable à l'Empereur, et enfin tout ce que ledict Oxenstiern met en avant pour obliger la France à appuyer les interests du Palatin et des protestans, et contribuer ainsy à leur grandeur et à leurs establissemens dans l'Empire, ne peuvent nous persuader que, quand les ministres de Suéde auront à la fin recogneu qu'ils ne sçauroient venir à bout de nous porter à ce qu'ils veulent, ils ne changent leur manière de procéder, tant pour ce qu'elle n'est fondée en aucune raison que pour ne pas courir le hazard de perdre les advantages qu'ils viennent d'asseurer à la Suéde dans sa satisfaction pour d'autres interests estrangers.
Je dis donc que, posé pour fondement que l'on puisse si bien sasseurer de la sincérité des Impériaux qu'ils ne chercheront point, à l'instigation des Espagnols (à quoy il faut tenir pour certain que n-ux-cy ne s'espargneront pas) , de profiter à nos despens des mescontentemens que nous pourrions donner aux Suédois en leur parlant hautement et avec vigueur sur le point de la religion et pour taire haster la conclusion de la paix, maintenant que leur satisfaction est accordée avec tant d'advantages pour eux, je crois, dis-je, que les ministres de Sa Majesté pourroient parler à ceux de la Suéde avec lermeté et resolution, mais sans aigreur, leur faisant entendre que la France n'est plus en estât de continuer la guerre en Allemagne.
pour le plus ou le moins des interests qui regardent la maison palatine, Mars ni'17. laquelle aura grand suject de se louer de la protection des deux couronnes, en ce qu'ayant perdu entièrement, il y a tantost trente ans. ses Estats et sa dignité, et, sans avoir contribué quoy que ce soit à la guerre présente, elle se prévaudra tellement des progrez et des victoires qu'ont remportées les armées desdictes couronnes, qu'elle n'eust oser espérer la moindre partie des advantages qu'elle tirera par leurs instances et à leur considération; que bien moins encore pourrions -nous continuer la guerre, meliorer (sic) en des choses qui ne sont pas justes la condition du parti protestant en Allemagne aux despens de la religion catholique; que sur cela nous prétendons observer tres-religieusement nos traitez, et que, comme nous estions tenus de ne faire pas un seul pas dans les affaires de l'Empire que de concert avec la couronne de Suéde, et de ne rien conclure que la satisfaction ne fust auparavant ajustée à son contentement, sur quoy, pluslost que d'y manquer, on auroit bazardé, ou tout engagé en France, pour continuer la guerre plus vivement que jamais l'on n'a faict, aussy maintenant que ladicte satisfaction estarrcstée avec de si notables advantages, et que la Suéde a peu recognoistre avec quelle passion, quelle fermeté et quelle efficace nous avons contribué à la leur faire obtenir telle, il ne seyoit pas juste qu'elle prétendit engager la France à continuer la guerre dans l'Empire pour d'autres interests particuliers, d'autant plus que le prince Palatin et les protestans se voulant mettre à la raison, nos parties relascbent assez pour nous donner lieu et moyen de les contenter; que les Suédois doivent d'autant moins nous presser, avec l'ardeur qu'ils font, sur ces matières, qu'ils sçavent fort bien que nous n'y sommes point obligez, et qu'au contraire, en ce qui concerne la religion, nous avons tousjours expressément stipulé en tous les traitez que nous agirions en faveur de la catholique et pour la conserver dans tous les lieux de conqueste au mesme estât qu'elle s'y trouveroit et avec les mesmes advantages et prérogatives. En outre, que la France n'est plus en estât de fournir le subside accoustumé, ny de soustenir les despenses excessives que l'on a faictes
Marsi647- jusqu'à cette heure, non seulement pour conserver noslre armée en Allemagne, mais pour l'augmenter, afin cruelle se maintins! continuellement en estât d'agir et de faciliter les progrez des armes de Suéde; ce quy est sy vray, que tant de frais immenses que nous avons faicts, et tous les travaux, fatigues et périls de nostre armée dans la campagne passée et dans cet hyver, n'ont eu autre but que de procurer à la couronne de Suéde une satisfaction à son contentement, puisque Leurs Majestez ont bien voulu que les bons succez que leurs armes ont eus, ayant occupé plusieurs places importantes et des pays de grande estendue, servissent à faire avoir à ladicte couronne une plus ample satisfaction, mais non pas à prétendre rien pour elle au delà de ce qui leur avoit esté accordé par les Impériaux dans le commencement de la campagne.
Déplus, que cette couronne manquant de moyens de faire la guerre aussy puissamment qu'elle l'a faicte jusqu'icy, et estant obligée neantmoins d'accroistre plustost ses armées et de faire de plus grands efforts que par le passé contre l'Espagne, qui n'est qu'avec trop de fondement persuadée de pouvoir nous jeter sur les bras, outre les forces ordinaires, celles qu'elle avoit accoustumé d'opposer à l'armée de MM. les Estats , nous devons songer à nous prévaloir des troupes que nous avons en Allemagne et de l'argent qu'il nous falloit [donner] pour le subside ou pour le payement de ladicte armée, afin de pouvoir mieux résister à un ennemy sy puissant que le roy d'Espagne, dont les affaires se trouvent en meilleur estât qu'elles n'ont esté depuis quelques années, à cause du traité que ses ministres et les députez de Hollande ont signé, qui produira, tout au moins, que MM. les Estats ne mettront, point cette année [d'armée] en campagne.
Davantage la venue de l'archiduc Leopold dans les Pays-Bas, avec six mille combattans, à ce qu'on nous asseure, et la marche du duc- Charles vers l'archevesché de Tresves et le Rhin, où nous avons tant de postes sur lesquels il peut entreprendre, nous forceront de rappeler à la haste l'armée de M. le mareschal de Turenne, pour remédier à l'un et à l'autre des inconveniens dont nous sommes menacez.
Et à la vérité ce seroit une condition bien dure que la nostre, si la Mars 10/17. couronne de Suéde, non pour se défendre, mais pour faire des progrez et profiter d'une bonne conjoncture, a peu cy-devant, sans nous en dire un seul mot, abandonner la guerre avec l'Empereur pour en commencer une nouvelle contre le roy de Dannemarck, qu'elle a continuée jusques à ce qu'elle en a remporté, par la médiation de la France mesme, tout ce qu'elle a peu désirer, nous laissant ce pendant exposez à soustenir seuls les efforts de toutes les armes de l'Empire, et qu'à nous il ne fust pas permis, aprez avoir effectivement faict accorder par l'Empereur tout ce que ladicte couronne de Suéde a sceu prétendre pour sa satisfaction, qui est le principal point de la paix de l'Empire, il ne nous fust, dis-je, pas loisible de prendre aucun party, ny de songer à nous servir, pour nostre indemnité, des forces que nous avons en Allemagne et qui n'y sont plus nécessaires, et avec cela qu'on nous veuille tenir le pied sur la gorge pour nous empescher de traiter ny de rien conclure avec le duc de Bavière, qui tesmoigne n'estre pas moins disposé de le faire avec les Suédois qu'avec nous, aprez qu'eux-mesmes l'ont faict sans nous avec le duc de Saxe, et quoyqu'ils ne puissent pas desadvouer que la desunion de Bavière avec l'Empereur est beaucoup plus advantageuse à la cause commune que celle dudict duc de Saxe, lequel, en effect, ne s'est jamais detasché de la maison d'Austricbe.
Enfin, si les Suédois insistoient jusqu'à l'extrémité sur les points cy-dessus (ce que je ne puis croire), aprez que nous leur aurons représenté qu'ils ont souvent tenu des discours tout-à-fait differens touchant le Palatin et ses interests, dont ils ne peuvent pas avoir perdu la mémoire, puisqu'ils estoient assez précis pour donner à MM. les plénipotentiaires subject d'escrire à Leurs Majestez, comme ils firent, qu'il n'y avoit aucune difficulté en cette affaire, de sorte qu'aujourd'huy il y a d'autant plus de lieu de s'estonner de leur conduite, que M. le ducde Bavière vient tout fraischement de contribuer extrêmement, par ses efforts envers l'Empereur, pour le forcer à contenter la couronne de Suéde, j'estimerois que nous devons premièrement nous bien asseu-
Mars .<;/J7. rer des Impériaux et du duc de Bavière, comme il est marqué cydessus; à quoy on ne sçauroit rencontrer de difficulté, puisqu'il s'agit plus de leur interest que du nostre, et que l'Empereur sera, pour plusieurs respects, favorable au duc de Bavière, et particulièrement à cause qu'il est vieux et qu'il espérera gouverner ses Estats et ses enfans par le moyen de leur mère, qui est la raison mesme dont les Suédois se servent pour nous dissuader de favoriser ce prince; qu'aprez cela on peut parler librement aux ministres de Suéde et leur déclarer que la France ne peut plus continuer la guerre pour des interests particuliers, et qu'elle est obligée de rappeler ses forces sur le Rhin pour s'y garantir des préjudices qu'elle ypourroit recevoir par les armées du duc Charles, jointes aux troupes du landgrave de Darmstadt, et cependant depescher en toute diligence au sieur Chanut, pour luy faire sçavoir ce qui se passe, afin qu'il en informe, selon la vérité, la reyne et le sénat, luy recommandant surtout de tesmoigner, sur le point du Palatin, comme il faudra aussy faire en toutes rencontres dans l'assemblée et ailleurs, que nous serions ravis de tous ses advantages; mais que, voyant bien qu'il n'est pas possible de luy obtenir tous ceux qu'il désire, nos autres affaires ne nous permettent pas de faire durer la guerre en Allemagne, pour luy faire contenter ce seigneur jusque dans la moindre de ses prétentions. H semble que le meilleur instrument dont nous puissions nous servir pour nous asseurer, en toutes ces affaires, du comte de Trautmansdorf, ce sera le sieur Krebs, plénipotentiaire du duc de Bavière, lequel, voyant qu'il s'agist du service et de l'advantage de son maistre, ne nous trompera pas quand il promettra d'engager Trautmansdorf à demander hautement les choses que désire le duc de Bavière, tant pour la dignité électorale que pour le haut Palatinat et pour la religion, et de cette sorte, nous ne paroistrons pas comme fauteurs et protecteurs déclarez du duc, mais comme ayant passion et besoin de la paix dans l'Empire, et estant hors de moyen d'obtenir des Impériaux qu'ils se relaschent en rien de ce que ce prince souhaite et dont les couronnes, aprez en avoir concerté ensemble, luy ont donné de bonnes espérances.
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Enfin, comme l'on a mis en la dernière depesche, il faut qu'en ce Maranft^. (|ui regarde les interests de Bavière et des autres princes, qui concernent la religion, comme d'empescher que des eveschez ne tombent dans les mains des protestans, on tienne tousjours une certaine conduite pour que nous ne paroissions pas les promoteurs des resolutions que nous y voulons faire prendre, mais que les Impériaux et les ministres bavarois et des autres princes du party catholique y fassent les instances et y persévèrent avec vigueur, dans l'asseurance d'y estre appuyez et bien secondez parles plénipotentiaires de Sa Majesté, lesquels, à l'esgard des parties intéressées et des Suédois, qui les protègent, pourront dire que c'est la nécessité absolue que nous avons de faire la paix qui nous oblige d'en user de la sorte.
Tout cela n'empeschera pas que, d'un autre costé, M. d'Avaux ne s'applique efficacement à persuader aux ministres de Bavière que leur niaistre pourroit, pour le bien de la paix, lascher quelque chose où la religion ne récent aucun préjudice, comme seroit de donner quelque somme d'argent au Palatin, afin qu'il eust moyen d'en accommoder ses frères, ou mesme de donner quelques terres dans le haut Palatinat à celuy d'entre eux qui s'est fait catholique1, pour luy tenir lieu d'apanage, comme aussy au prince Robert'2, s'il changeoit de religion. Certainement il y a un peu de dureté en M. de Bavière, que, dans un aage si advancé, et avec le grand interest qu'il a, pour le bien de ses enlans, de voir la paix establie dans l'Empire avant sa mort, il n'ayt jamais voulu rien diminuer de ses premières prétentions, ny modérer sa debte de treize millions, pour asseurer pendant sa vie, à sa maison, deux acquisitions si belles et si importantes que celles qu'il faict, estant peut-estre le seul prince d'Allemagne qui ne veut rien contribuer du sien pour acheter la paix.
' Edouard de Bavière, prince palatin et ~ Robert de Bavière, prince palatin,
(ils puîné de l'électeur Frédéric V, avait em- était, comme le précédent, un des flls
brassé la religion catholique. Il épousa Anne puînés de Frédéric V. Il avait joué un rôle
de Gonzague-Nevers , qui fut désignée sous important en Angleterre, où il commandait
le nom de la princesse Palatine. les armées de Charles I".
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, t. II, f° 21 5 recto. — Copie du temps.
A M. DE TURENNE
[Paris,] 20 mars 1667.
( extrait. )
Mazarin se plaint des prétentions exorbitantes des Sue'dois \ et continue ainsi:
Vous ne serez que trop fondé en raison quand vous sortirez de l'Allemagne avec vostre armée , puisque les Suédois en sont bien sortis pour faire la guerre au roy de Dannemarck sans nostre sceu2 etnostre participation, puisque Konismarc se retira , sans prendre congé de M. le Prince3, au plus fort mesme du besoin que nous en avions, et vous sçavez quels advantages nous perdismes par cette séparation et à quoy nous nous exposasmes à Nordlingen 4. J'estime qu'aprez ces exemples il vous sera permis d'accourir où nous sommes le plus pressez par nos ennemis, puisque ceux-là mesme sont ennemis au moins indirects des Suédois, et que le roy de Dannemarck, quand ils l'attaquèrent, n'estoit en aucune façon le nostre, puisque nous laisserons encore un assez bon corps pour agir du costé du Rhin et de la Mozelle et nous opposer aux desseins du landgrave de Darmstadt et du duc Charles, et, par conséquent, faire diversion en faveur des Suédois, sur les bras desquels nos forces pourroient tomber en cas de besoin.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tome II, f° 2i5 verso. — Copie du temps.
A M. DE TURENNE
[Paris,] a3 mars 1667.
( EXTRAIT
La déclaration que les plénipotentiaires de Suéde ont faict à
1 Voyez ci-dessus, p. 3g3 et suiv. 3 Voyez ci-dessus, p. 2o3.
* Voy. 1. 1 des Lettres de Mazarin, p. 600. 4 Voyez ci-dessus , p. 2 1 0-2 1 1 .
M. d'Avaux, que ladicte couronne ne trouverait pas à redire sy la Mars 16É17. France venoit à conclurre une trêve particulière avec la Bavière, ainsy qu'ils ont faict avec la Saxe, nous donne maintenant pleine liberté de traiter avec ce prince; car encore qu'ils ayent adjousté une condition , que nous prissions sy bien nos précautions que l'armée de Suéde n'en puisse recevoir de dommage, ils ont neantmoins acquiescé, lorsqu'on leur a représenté là-dessus que la Bavière ne pourroit pas desarmer, n'ayant point de suspension avec eux, n'estant pas juste qu'elle se lie les mains à ne pouvoir leur faire du mal , pendant qu'ils se reserveroyent la liberté de iuy en faire, et les considérations que j'ay faites sur ce subject, comme vous verrez dans la coppie de ce que je mande à M. d'Avaux, ne sont que des soupçons que je n'aurois pas eu avec d'autres que les Suédois, qui tirent de toutes les affaires tous les advantages possibles et ne se soucient guère du mal qui nous peut arriver, pourveu qu'ils en espèrent le moindre prollit.
Le droit du jeu seroit que les couronnes accordassent toutes deux la suspension audict duc, et il y faut viser principalement; mais sy celle de Suéde ne le veut pas, la France peut, de leur consentement, conclurre la sienne particulière avec luy, et, en ce cas, nous pourrions prendre la parolle des Suédois et dudict duc qu'ils ne s'attaqueront point l'un l'autre.
Vous pourrez en faire l'ouverture à M. le gênerai Wrangel , qui, cela estant, n'auroit plus à faire qu'aux forces seules de l'Empereur, et nous aurions plus de droit et de moïen de demander et d'obtenir des troupes de Bavière , avec lesquelles vous ne renforceriez pas seulement le corps que vous conduiriez au dessein cy-dessus; mais vous en pourriez laisser un considérable en Allemagne, sous M. d'Hocquincourt, en quoy les Suédois mesmes auroient grand interest, puisqu'une partie de nos forces demeureroient de là le Rhin, pour donner vigueur à toutes les entreprises qu'ils feroient contre l'Empereur.
Vous verrez, par ce que M. d'Avaux mande, que les plénipotentiaires de Suéde présupposent que Wrangel n'a pas pouvoir de conclurre la suspension, ou bien de tenir les choses en estât de la faire
HAZARIN. — II. 5t
Mars 10/17. dez que la paix sera preste d'estre signée; mais il ne faudra pas que vous tesmoigniez audict Wrangel d'estre informé de cette particularité; car peut-estre, pour d'autres considérations, il ne laissera pas de passer outre.
Enfin, nous souhaittons, avec une passion extresme, que vous vous puissiez mettre en estât de vous en venir où le sieur Paris vous dira *, sans rien gaster dans les affaires d'Allemagne, ny rompre avec les Suédois; ce qui n'est pas, Dieu mercy, à appréhender, et d'autant plus que Wrangel verra qu'on laisse un corps de là le Rhin, et qu'aprez luy avoir confié la nécessité que nous avons de repasser en deçà , pour empescher aux Espagnols les progrez qu'ils pourroient sans cela faire contre nous, et pour les autres raisons que j'ay dictes au sieur de Paris, vous pourrez l'asseurer qu'ayant ordre de venir vers la Mozelle, vous ne vous esloignerez pas du Rhin et serez tousjours en estât de retourner à luy, lorsque les interests de la couronne de Suéde le requereront, et qu'en tout cas, vostre voyage ne sera pas plus long que deux mois.
GLX.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne); minutes des négociations de Munster, tome XIII. — Minute da fa main de Lyonne.
AU DUC DE LONGUEVILLE
[Pans,] 23 mars j Cil 7.
Je vous advoue que je ne croyois plus, aprez ce qui vous a esté si souvent mandé au long par divers mémoires du Roy, touchant, la délivrance que vous fîtes aux députez de Hollande du project de nostre traité, peu de jours aprez la signature de leurs articles avec les Espagnols, il pust y avoir encore occasion de vous escrire quelque chose sur ce subject, m'imaginant que vous seriez demeuré assez persuadé des
1 Mazarin voulait que Turenne se rendît Rhin ou vers les Pays-Bas , selon qu'il sedans le Luxembourg pour se porter vers le paît nécessaire.
raisons qu'on vous avoit alléguées là dessus; mais ayant veu depuis, Mars 16/r par la copie d'une longue lettre que vous escrivez à M. de Brienne, du 1 1 du courant, que vous jugez encore que rien ne pouvoit nous estre plus advantageux que ce qui s'est faict et que vous appuyez vostre sentiment d'une longue suite de raisons, j'ay creu devoir prendre à tasche particulière de nous expliquer au vray, entre vous et moy s'entend, et sans en plus parler dans les mémoires de Sa Majesté, tout ce que l'on a pensé icy sur cette affaire respondant mot à mot à tout ce que contient ladicte lettre. Je me promets, Monsieur, que vous le prendrez en aussy bonne part que j'y procède avec amour et cordialité. Nous ne devons l'un et l'autre, ce me semble, chercher qu'à nous esclaircir en toutes choses de la vérité, et, pour moy, je n'ay pas de plus grande satisfaction que quand on me la faict cognoistre, et qu'estant dans quelque opinion, on m'oblige d'en changer par quelque raison meilleure que celle que j'avois songée.
On ne trouvera point, en aucun des mémoires signez de Sa Majesté, ny dans aucune de mes lettres, qu'on eust désiré icy que vous eussiez envoyé le project du traité tout droit à MM. les Estats, qui n'a pas esté la pensée ny l'intention de Leurs Majestez, de sorte que, comme ce fondement ne subsiste pas, il est entièrement superflu de repartir à toutes les considérations que vous faictes là dessus, que c'eust esté changer l'ordre de l'assemblée, qu'il y falloit le consentemeut de nos parties, que cela leur eust donné lieu d'envoyer Brun à la Haye, que nous eussions rendu lesdicts sieurs Estats neutres entre la France et l'Espagne.
La pensée de Leurs Majestez a esté que, comme les ennemys et les députez de Hollande, gagnez par eux aprez la signature de leurs articles, employoient toutes sortes de diligences et d'artifices pour bien imprimer, dans les Provinces-Unies, que la France ne vouloit point de paix, et qu'ainsy jamais elles ne verroient la fin de leur traité tant qu'elles attendroient à le conclure avec le nostre, il eut esté à propos de s'adresser directement à MM. les Estats, par le moyen de M. Servien, qui estoit desjà parti de Munster, et leur faire toucher au doigt cette mesclianceté, en offrant auxdicls sieurs Estats [la preuve] que la France
àOâ LETTRES
Mars i6û-. estoit preste à signer la paix à des conditions qu'eux-mesmes jugeoient tres-equitables , et que, s'ils avoient agréable de députer quelques commissaires d'entre eux pour les examiner, ayant esté desja rédigées en forme de traité, afin de gagner autant de tems pour l'advancement de la paix, ils recognoistroient bientost avec quelle sincérité et quelle passion Leurs Maj estez souhaitoient le repos de la chrestienté, combien elles contribuent de leur part pour pouvoir le luy procurer sans deslay, et que tout ce que les ennemys ou leurs partisans publioienl au contraire estoient des suppositions contre la vérité , faictes avec le dessein perpétuel qu'ils ont de séparer cette couronne de ses alliez.
Par ce moyen nous n'eussions pas seulement beaucoup mieux obtenu l'advantage que vous avez prétendu tirer par la délivrance du project aux députez de Hollande, de faire voir à tout le monde le dessein que la France a de la paix; mais nous nous mettions en estât d'en tirer un autre fruit bien plus considérable dans la conjoncture présente, qui estoit de nous prévaloir en sorte de l'envie que lesdicts sieurs Estats eussent eue de nous voir bien engagez à ne pouvoir nous desdire de faire la paix en se saisissant du project des articles, que nous aurions offert de leur remettre entre les mains, qu'il y eust eu sans doute moyen, mesnageant la chose avec adresse, de les obliger à déclarer aux Espagnols que, s'ils ne donnoient les mains aux conditions que nous prétendions et qu'ils trouvoient fort raisonnables , les Provinces- Unies estoient résolues de leur faire la guerre plus fortement que jamais, nonobstant ce qui s'estoit passé à Munster en la signature de leurs articles.
MM. les Estats n'eussent pas eu occasion de se plaindre que nous voulussions oster à leurs députez la médiation que nos parties oaesmes leur ont mise en main, puisque les justes subjects que la France avoit de se mesfier des principaux d'entre eux qui entraisnoient de façon ou d'autre leurs collègues, ne produisoient d'autre effect que de nous obliger à nous adresser directement à eux-mesmes. Ainsy nous faisions les distinctions convenables; nous percions le serpent sans blesser le corps où il estoit entortillé, et nous ne faisions pas inoins paroistre
l'estime et la confiance que nous prenions entière en MM. les Estats Mars.G'^. que les soupçons que nous devons avoir de quelques-uns de leurs députez.
Car, pour ne vous rien déguiser, Monsieur, il est impossible d'accorder ensemble les plaintes qu'il nous falloit faire, d'un costé, hautement de la signature des articles, pour en empescher les suites et la nouvelle confiance qu'on tesmoignoit à ceux qui venoientde commettre ce manquement, en leur remettant aussytost entre les mains le project de nostre traité; l'un destruisoit absolument l'autre. Vous aviez envoyé, et avec raison, pour instruction à M. Servien, qu'il recognust l'air du bureau à son arrivée à la Haye, et qu'il poussast Pau et Knut, s'il voyoit d'en pouvoir venir à bout. Comment pouvoit-il le faire, si, à Munster, en mesme temps, on leur tesmoignoit une nouvelle confiance? Ces galants hommes, qui sont habiles, ne manquèrent pas, prévoyant le coup, de faire sçavoir en diligence à MM. les Estats qu'ils avoient renoué plus que jamais la bonne intelligence avec nous; qu'ils nous avoient esclaircy et satisfaict de tout le passé, et que, pour preuve de cela, on leur avoit de nouveau remis tous nos interests en main. Que pouvoit-on répliquer à MM. les Estats quand ils eussent respondu de cette sorte aux plaintes que nous devions leur faire de ces deux députez?
J'ay voulu revoir moy-inesme lesdepesches du 18 et du 2 5 janvier, et n'ay pu juger le motif que vous avez eu de les citer dans vostre lettre à M. de Brienne, n'y ayant rien trouvé dont on pust, mesme indirectement, tirer aucune conséquence pour ce que ladicte lettre veut prouver, et, bien loin de cela, elles ne sont pleines que d'exagérations contre Pau et Knut, et de particularitez des malices qu'ils nous avoient faict ou nous vouloient faire. On mettoit mesme en considération à vous autres, Messieurs, de les faire menacer de la part du Roy et d'augmenter les appréhensions qu'ils tesmoignoient avoir de nostre ressentiment. On mandoit à M. Servien de les entreprendre prez de leurs supérieurs, s'il croyoit venir à bout de les faire chastier ou révoquer. J'ay remarqué mesme, dans celle du 25, combien s'estoient trompez
Mars 1 6 '.7. ceux qui comptaient pour un des bonheurs de ce royaume, que ia médiation de ses interests avec l'Espagne fust tombée entre les mains de nos alliez mesmes, et que nous estions contraints d'advouer que les Espagnols sçavoient fort bien ce qu'ils faisoient quand ils prirent cette resolution.
La conclusion de la mesme depesche porte un ordre de parler haut et avec plus de fermeté que jamais, et de se monstrer plus difficiles et plus esloignez de la paix qu'on ne faisoit avant que les articles de Hollande eussent esté signez. Or rien ne pouvoit estre plus contraire à cette conduite que de délivrer d'abord à ceux mesmes qui venoient de nous offenser si sensiblement le project du traité dans la forme que nous prétendons qu'il demeure ; ce que l'on n'avoit point encore faict.
Pour respondre maintenant à chaque point de vostre lettre , il est vray qu'on n'avoit donné aucun ordre d'envoyer le traité à MM. les Estats. Aussy n'a-ce pas esté l'intention de Leurs Majestez qu'en la forme marquée cy-dessus; il est vray aussy qu'on n'en avoit donné aucun de le délivrer aux députez de Hollande, et tous les termes qui sont dans les depesches du Roy, de patience, de dissimulation, de ne s'emporter pas mal à propos, ont tousjours esté relatifs, ainsy qu'il se justifie clairement, au corps de l'Estat et non pas à des personnes qui avoient faict et continuoient à faire contre nous du pis qu'elles pouvoient.
La principale raison sur laquelle vous appuyez vostre raisonnement, c'est le fruit qu'on a tiré de la délivrance du project. Or ce fruit ne peut estre que de deux sortes, ou à l'esgard des Espagnols à qui nous avons à faire, ou à l'esgard du reste du monde, qui a touché au doigt les intentions sincères de Leurs Majestez pour la paix.
Pour le regard des Espagnols, je ne pense pas que nous puissions nous chastouiller à ce point que de prétendre d'avoir tiré aucun advantage de la belle repartie qu'ils ont faicte à nostre project; car de dire, comme vous avez faict, qu'ils ne sont pas encore en estât de se descouvrir de leurs dernières intentions, jusquesà ce qu'ils voyent ce qui réussira, à Osnabrùck, au traité de l'Empire, et à la Haye, à la négociation de M. Servien sur la garantie , on pourra respondre qu'il n'estoit
donc pas besoin de se haster de donner nos articles; qu'on pouvoit Mars 16/17. bien en différer, au moins pour quinze jours, la délivrance, et qu'il valoit bien mieux voir comme eux ce qui succédera de ces deux autres affaires; mais la véritable raison qui les faict demeurer si reservez, c'est l'espérance qu'ils ont tousjours de pouvoir, avec un peu de patience, detacber les Hollandois d'avec nous, dont la négociation qu'on pouvoit faire à la Haye les eust destrompez, comme il est dit cy-dessus.
Quant au reste du monde, qui a connu de là nos bonnes intentions pour la paix, premièrement on peut mettre en doubte s'il n'est pas plus utile, pour l'advancement de la prompte conclusion de laclictc paix, que chacun croye que nous y avons aversion. Il est bien certain , au moins, que rien ne la faict tant souhaiter aux Espagnols que l'opinion qu'ils ont que nous ne la voulons en aucune façon.
H n'y a que MM. les Estats seuls à qui il nous importe extrêmement d'imprimer que nous la souhaitons avec passion. Quelle était la meilleure voye pour y parvenir? Ce n'estoit pas certainement celle d'en laisser le soin à Pau et à Knut, mais bien de s'adresser tout droit à eux-mesmes et de leur faire toucher au doigt par raisons palpables. Ce n'est pas assez, pour prouver qu'on veut la paix, de présenter un project de traité qu'on soit prest de signer, il faut encore que ce qu'il contient soit juste. Il est vray que le nostre est tel; mais à qui l'avons-nous remis pour le faire cognoistre? A des gens qui sont payez pour persuader le contraire, qui, deux jours aprez, ont escrit à MM. les Estats qu'il estoit plein de defectuositez et de nouvelles prétentions, et, à leurs amys, ils ont adjousté qu'il seroit impossible d'y faire jamais condescendre les Espagnols. Knut y est allé en personne (à la Haye), pour prèscher ce faux Evangile. Le sieur de Niderhorst mesme, qui eut pu, par quelque moyen, soustenir nostre cause, n'estoit pas présent à Munster. Ainsy il a fallu estre entièrement à la discrétion de deux personnes qui n'en ont point, et encore moins de foy et d'honneur.
De dire que traiter en Hollande eust offensé les médiateurs, qui ont esté desja quatre mois entiers sans se mesler de rien, outre que les Espagnols nous ont monstre bien l'exemple de ne nous en mettre pas
Mars 1647. beaucoup en peine, il leur doit estre fort indiffèrent qu'on négocie avec MM. les Estats ou avec leurs députez particulièrement, quand on a dessein de ne rien conclure que par leur entremise, et il est indubitable qu'ils ont beaucoup plus de subject de se plaindre de nous,lorsqu'aprez une injure si sensible que celle que nous ont faicte les députez de Hollande nous leur remettons de nouveau nos affaires entre les mains, que quand nous recourons à leurs supérieurs pour essayer d'en tirer raison et de reparer les préjudices qu'on nous a voulu faire. Ce n'eust pas aussy esté la France à qui on eust pu imputer d'avoir changé l'ordre de l'assemblée, c'estoit aux Espagnols, qui avoient corrompu des députez, en qui nous ne pouvions plus prendre confiance, et qui vouloient envoyer Brun à la Haye, où il ne peut avoir rien à faire tant que l'assemblée générale durera.
Au reste il n'y avoit aucune nécessité qui nous obligeast de faire rien dire dans cette conjoncture aux plénipotentiaires espagnols que nous ne vissions, au moins, quel train prendroit la négociation, en Hollande, de M. Servien, non plus que de leur faire sçavoir ce que nous avions traité avec MM. les Estats, dont il avoit suffi qu'ils eussent eu cognoissance par le contre-coup , et ainsy les Espagnols ne pouvoient pas se resjouir, comme vous marquez, d'avoir occasion d'envoyer un des leurs à la Haye, d'autant plus que, sans cela mesme, ils n'ont obmis aucune diligence imaginable pour y faire séjourner Philippe le Roy, et pour y faire recevoir un ambassadeur. Au contraire, ils eussent eu grande appréhension de nous voir si reservez et si froids, lorsqu'ils pouvoient s'estre flattez que la signature de leurs articles avec les Hollandois nous obligeoit à les rechercher avec grande ardeur, et c'estoit là le sens de l'ordre que Sa Majesté donnoit, par sa depesche du 2 5 janvier, de parler haut et ne faire aucune advance, afin que les ennemys n'en prissent point d'advantage.
On n'a jamais eu la pensée icy de se soubmettre au jugement de MM. les Estats. H y a une grande différence entre les constituer juges ou offrir de leur faire advouer que nous ne prétendons rien pour la paix qui ne soit juste. On ne les rendoit pas non plus, par cette voye,
neutres entre la France et l'Espagne, comme vous présupposez qu'il Mars 1647; seroit arrivé. Au contraire, on visoit à les engager davantage en nostre faveur et à les mettre en estât d'agir plus vivement que jamais contre nos ennemys, les conduisant adroitement à approuver les conditions que nous demandons, afin qu'ils fussent, aprez, nos solliciteurs à nous les faire obtenir, ou à faire, pour cela, une campagne plus vigoureuse que les précédentes.
Quant à ce que vous dictes, Monsieur, que Pau et Knut ne sont pas juges et qu'ils ne sont que nos médiateurs , c'est de quoy il faut que nous soyons beaucoup plus en peine; car, s'ils estoient nos juges, comme ils sont gagnez par nos parties, nous aurions, pour décliner leur jugement, la voye de récusation, dont toutes les lois veulent qu'on se puisse servir contre les personnes suspectes, au lieu que, sous le nom de médiateurs , ils nous portent des coups d'ennemys et convertissent en poison tout ce qui, en d'autres mains, seroient (sic) des remèdes tres-efficaces pour guérir les maux que la chrestienté souffre.
Je ne doubte en aucune façon que, lorsque vous parlerez à Pau, ce soit avec les mesmes précautions que si vous parliez à Pennaranda; mais on ne peut pas induire de l'intelligence et de l'amitié , qui est entre les Espagnols etledictPau, qu'il puisse, comme vous mandez, faire mieux réussir qu'un autre ce qui nous reste de prétentions à adjuster.
Cette amitié et cette bonne intelligence est un fruit de l'adversion que ledict Pau a pour cette couronne et des bonnes et solides preuves qu'il leur en donne tous les jours, lesquelles il faut qu'il continue jusqu'au bout, s'il veut continuer dans cette amitié.
Quant à l'interest que vous dictes qu'il a de faire la paix, son principal et véritable interest, aussy bien que de Knut, est de servir entièrement l'Espagne, comme ils s'y sont engagez, soit en faisant réussir la paix à leur satisfaction, soit en leur procurant d'autres advantages dans la continuation de la guerre, comme celuy de la séparation de MM. les Estats, et il n'y a pas apparence qu'aprez les avoir tant servis, lorsqu'ils sont sur le point de recevoir les cent mille escus qui leur ont esté promis à chacun, et qui sont déposez à Amsterdam chez une
M ÎZAIHV. — II, 02
MarS16'.7. personne confidente de part et d'autre, ils veuillent perdre un advantage considérable pour nous plaire. Ce seroit véritablement laisser leur ouvrage imparfaict de ne servir pas jusqu'au bout l'Espagne; car l'ouvrée de ces deux hommes n'est pas celuy, que vous désignez icy, de faire une paix juste, seure et durable; c'est de faire des traitez avec MM. lesEstats, ou avec nous, aux conditions que les Espagnols désirent, ou de faire séparer lesdicts sieurs Estats de la France dans la continuation de la guerre, de sorte que, quand mesme à présent les Espagnols se declareroient à Pau de vouloir nous satisfaire dans le reste de nos prétentions, nous ne devons point le recognoistre de luy, n y luy en avoir obligation, mais de la nécessité que les ennemys onl de nous contenter, et il faut croire que non-seulement nous aurions eu, par une autre main, les mesmes advantages, mais que nous les eussions eus ou plus tost ou plus grands.
Pour conclusion, je puis vous respondre, en mon particulier, qu'on n'a jamais eu intention icy, en aucune rencontre , de donner des ordres obscurs ou qui embarrassent, pour l'intelligence, ceux à qui l'exécution en est commise, et les ministres, qui servent aujourd'huy Leurs Majestez, en quelque endroit que ce soit, se doiveut asseurer que, quoy qu'on puisse quelquefois manquer à leur bien expliquer les choses, on n'a et n'aura jamais la pensée de les rendre obscures ny équivoques, pour en pouvoir aprez imputer les inconveniens à leur conduite. Au contraire, on voit bien que leurs maistres pourroient se contenter d'envoyer nuement leurs ordres; mais j'ay pris une méthode qui est plus obligeante et plus instructive pour ceux à qui ils sont adressez, d'essayer de les persuader par les mesmes raisons qui ont meu Leurs Majestez aux resolutions qu'Elles font [connoître], remettant mesme aprez. le plus souvent, de faire ou de ne faire pas, suivant qu'il est jugé plus à propos sur les lieux.
Vous trouverez bon que je n'accorde pas facilement ce que vous me dictes dans vostre lettre de la crainte que vous avez de faillir, estant seul J.
On a vu que tTAvaux était à Osnabriïck et Servien à la Haye,
et de vostre peu d'expérience dans les négociations espineuses. C'est Mais 16/17. faire tort au jugement de Leurs Majestez et à la satisfaction qu'Elles ont de vostre conduite, [de] la prudence et du zèle que vous faictes esclatei en toutes les occasions de leur service. Il est vray qu'estant plusieurs, on peut, en disputant ensemble , trouver bien souvent mieux la vérité et les meilleurs partis à prendre que ne sçauroit quelquefois faire le plus habile de tous les hommes; mais, comme je cognois parfaitement vostre suffisance, je vous asseureque je n'auray jamais d'inquiétude, quand je veriay les plus importantes affaires du royaume commises à vostre direction.
Je vois, dans la lettre particulière que vous m'escrivez, le jugement que vous faictes de la relation que les plénipotentiaires de Hollande avoient donné à MM. les Estats, et que vous croyez qu'ils nous ont voulu espargner et ne contrevenir pas entièrement à ce qu'ils vous avoient promis. Je ne puis, en cela, que louer vostre modération d'en avoir eu moins de sentiment que vos serviteurs n'en ont eu pour vous, pouvant vous asseurer avec vérité que, lorsqu'on en fit la lecture dans le conseil, que l chacun fremissoit contre les autheurs de cette pièce, principalement pour vostre respect.
Je vois que la saison s'advance, et il semble que les Espagnols reculent le traité, et je vous advoue que je ne puis accorder cette conduite avec l'absolue nécessité qu'ils ont de faire la paix pour arrester nos progrez. C'est pourquoy, encore que nous soyons à la veille de sortir en campagne, je ne me puis oster de l'esprit qu'il faudra qu'ils soient aveuglez de la main de Dieu, qui veut les chastier davantage, ou, qu'avant qu'il soit peu, et quand vous y penserez le moins, ils vous enverront, sans plus chicaner, donner toute sorte de satisfaction, nonseulement dans la matière, mais dans la forme que nous prétendons. Je souhaite, pour vostre gloire, que ce soit au plus tost, afin que je puisse vous dire mieux de vive voix que je suis, etc.
Monsieur le Prince2 m'afaict la faveur de disner aujourd'huy céans,
1 Le que est ainsi répété dans le manuscrit. Prince, à la mort de son père, arrivée le
2 Louis II de Bourbon-Condé avait pris 26 décembre î&lxQ, comme on l'a vu plus le titre do prince de Condé ou Monsieur le haut, p. 364, note.
Mars 1C17. et a pris le dernier congé de la Reyne. Il part demain infailliblement au point du jour, et prend la route de Dijon1, pour estre à Barcelone le 10 ou le 11 du mois qui vient, au plus tard.
Original signé; Biblioth. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
AU PRÉSIDENT DE BELLIÈVRE
Paris, 3i mars 1667.
(extrait.)
Il est certain que tout le monde est contre nous au lieu où
vous estes, et notamment tous les Anglois; car, outre que c'est assez que d'estre de cette nation pour hayr la France, particulièrement quand elle est en prospérité, nous ne devons pas doubter que ceux qui sont contre le roy d'Angleterre ne soyent nos ennemis, cognoissant, comme ils font, que, ny par raison politique, ny par bienseance, nous ne pouvons trouver bon le traitement qu'il en reçoit, et estant d'ailleurs animez contre nous par les caresses et l'accueil que l'on i'aict icy à la reyne d'Angleterre, au prince de Galles et à tous ceux de son party qui se retirent en France. Ce qui les faict croire avec certitude dans leur ameque, si nous ne contribuons actuellement que des offices en faveur du roy, c'est seulement parce que nous sommes dans l'impuissance de faire davantage.
C'est pourquoy je ne m'estonne point qu'ils prennent alarme quand on leur dict que nous songeons à leur faire du mal; mais ce qui nous laictleplus de préjudice en cecy, c'est que tous généralement s'accordent à bien imprimer cette créance dans les esprits du Parlement; les mis y sont portez par la hayne qu'ils ont contre nous, les autres par la jalousie de voir nos affaires en bon estât, et les adherens des Espagnols, pourempescher de renforcer nos armées par les levées que nous taschons de faire en Escosse et en Irlande.
'tu »;nl (|ii(. ie prince fie Condé était gouverneur de Bourgogne.
DU CARDINAL MAZAR1N. 413
Avril i6'A'
Archives des Affaires étrangères (Allemagne); minute des négociations de Munster, tome XIII. — Minute de la main de Lyonne.
A M. D'AVAIX.
| Paris,] 5 avril 16&7.
(extrait.)
Ma coustume est de souffrir et dissimuler avec mes amis autant qu'il se peut, et c'est ce qui me retient de pointiller davantage sur le subject de Pau avec M. le duc de Longueville, à qui je n'en escriray point; mais je ne sçaurois pourtant m'empescher de vous en ouvrir mon cœur et de vous tesmoigner qu'il m'est impossible de comprendre comme quoy mondict sieur le duc s'est laissé persuader si fortement que l'entremise de ce galant homme nous peust encore estre utile, et qu'ensuite il ayt eu tant de répugnance à le desobliger; que, devant rompre toute communication avec luy, suivant ce que Sa Majesté luy avoit fait cognoistre de ses intentions, il a plustost choisy de le faire par un biais indirect, comme estceluy de retirer de ses mains le project de nostre traité, dontledict Pau s'est encore servi pour nous faire du mal, que de luy dire ou faire sçavoir nettement que nous ne pouvions plus souffrir sa partialité. S'il eust peu se dispenser d'attaquer Pau en particulier et ne pas faire une espèce de rupture dans les négociations, nous en aurions retiré beaucoup de fruit en achevant de decrediter un ministre qui agit incessamment contre les interests du Roy, au lieu qu'ayant pris prétexte de retirer nos papiers sur les difficultez que font les Espagnols, ce meschant homme n'a pas manqué de depescher en Hollande, en diligence, pour y faire sçavoir que la France avoit porté les affaires à la rupture,.
Quand Pau se fust contenu dans les bornes de ne nous faire du mal qu'en cachette, il eust esté tousjours de la prudence de se déclarer contre luy pour luy en oster le moyen; mais je ne vois pas comme quoy nous pouvions nous en empescher sans faire paroistre une bassesse
h\h LETTRES
\>ri! kêk$. qui n'eust servi qu'à augmenter son effronterie, aprez que iuy-mesme s'est déclaré visiblement contre cet Estât, escrivant à ses supérieurs des lettres où nos parties mesmes n'auroient sceu mettre tant de poison et d'artifice, se chargeant de manifestes contre nous, manquant diverses fois de parole à M. de Longueville, et son collègue Knut nous descriant sans cesse à la Haye et portant hautement, de tout son pouvoir, les moindres petits interests de nos ennemys.
Je ne sçay s'il seroit tombé dans la pensée de mondict sieur le duc que la considération de M. Servien et de ce qu'il a faict m'obligera de parler de la sorte plustost que l'interest du service du Roy. La chose est assez claire de soy pour que personne ne puisse avoir cette opinion, et aprez avoir coulé si long tems avec quelque réputation, on mettroit ma capacité à un degré si bas que je ne pusse agir sans recevoir, au préalable, des leçons. M. le Prince s'aperçut fort bien que je deguisay la chose, dez le commencement, pour ne pas condamner M. de Longueville d'avoir donné le traité à Pau, et, pour ce qui est d'oster audict Pau et à Knut la cognoissance de nos affaires, ça esté l'advis de la Reyne et de tout le conseil, unanimement, dez la première fois qu'on en parla, etil ne peut estre autre, et quand ce n'eust pas esté le sentiment de tout le conseil, j'aurois creu que M. le duc de Longueville eust voulu defferer quelque chose au mien en de semblables matières, et qu'il ne se fust pas faict grand tort, n'ayant point de raison pour me convaincre et ne s'agissant pas d'attaquer une place ou de donner une bataille. Le préjudice que nous recevons de tout cecy, c'est que le monde ne sçait que juger de la différente conduite que l'on tient à Munster et à la Haye; que Pau luy-mesme a cru pouvoir se maintenir dans la cognoissance de nos affaires, et d'achever, par ce moyen, de s'acquitter de ce qu'il a promis aux Espagnols, et je sçay qu'il y a des gens qui seroient bien ayses de me faire passer pour l'ennemy de la paix, disant que je me sers de M. Servien pour en traverser la conclusion par toutes sortes de biais, sous prétexte de vouloir procurer de plus grands advantages à cet Estât. Mais quoyque je me moque de cela, estant audessus de ce qu'on peut dire sur de semblables matières, je dois néant-
DU CARDINAL MAZAR1N. 415
moins estre fasché de voir que cet artifice ne iaisse pas de pouvoir Uni iOû faire impression dans l'esprit de la populace.
Toutes les lettres de marchands, qui arrivent à Paris de Hollande et de quelques ministres de Munster, portent qu'on ne peut comprendre les visites continuelles de M. le duc de Longueville et de Pau, pendant qu'un ambassadeur de France le déclare d'un autre costé, par ordre du Roy, ennemy de l'Estat, et l'artifice de ce pernicieux esprit va à tel point, qu'il faict respandre en Hollande qu'il est fort asseuré des bonnes grâces de M. de Longueville, qui cognoit la sincérité de ses intentions, et qu'il n'y a que M. Servien qui luy en veut. Le sieur OEuft (sic) l me disoit hyer qu'on ne croit point, en Hollande, que ce qu'on a faict contre Pau et Knut soit suivant les intentions du Roy ; mais que ce sont les divisions particulières qui sont entre les plénipotentiaires de France.
Le sieur de la Croisette 2 m'a dit que M. de Longueville croyoit de bien faire et qu'il estpit persuadé qu'il est advantageux au Roy de continuer à se servir de la médiation de cet homme, pour ce que les Espagnols ne se fient en aucun autre tant qu'en luy. Je ne doubte point que mondict sieur le duc n'ayt creu qu'on en retireroit du profit; mais je vois fort bien qu'il n'est pas vray, et la raison rju'il en allègue est, ce me semble, la plus forte pour faire croire tout le contraire, puisque ce ne sera point, pour la condition de l'entremetteur, ny pour l'obliger et lui faire avoir cette gloire, que les Espagnols consentiront à nos prétentions, mais [par] la seule nécessité qu'ils ont de la paix, pour arrester nos progrez et se garantir de la ruine totale dont ils sont menacez, la guerre continuant.
M. de la Croisette m'a dict aussy que la déclaration qu'on a faicte contre Pau et Knut pourra empescber que nous n'obtenions de M VI. les Estats la garantie et qu'ils ne mettent en campagne, et faire mesme quelesdicts sieurs Estats se porteront à achever leur traité particulier,
1 Le sieur Hœust était commissaire des ' Le Blanc de la Croisette était un des
Provinces-Unies, résidant à Paris. Voy. la serviteurs du duc de Longueville, qui lui table alphabétique à la fin du volume. confia le gouvernement de Caen.
Uril 1647. appuyant son raisonnement sur le crédit que ces deux personnes ont parmy les Provinces-Unies, mais je vous advoueque je ne comprends pas qu'il y ayt autre différence de ce qu'ils faisoient cy-devant à ce qu'ils feront aujourd'huy, si ce n'est qu'ils pourront agir plus en public et à descouvert; mais cela mesme faict que chacun les doit juger moins dangereux, parce que le peuple, qui sçaura que l'on s'est déclaré contre eux, comme estant gagnez parles ennemys, n'aura pas tant de créance en leurs suppositions qu'il en auroit, s'ils se fussent conservé la qualité d'entremetteurs.
Je n'ay pas voulu qu'on repliquast, dans la response du Roy, à ce que porte vostre dernier mémoire, que M. de Longueville n'avoit pas osté la médiation à MM. les Estats, parce qu'il avoit creu que Sa Majesté ne le desiroit pas. Il est vray que ce n'a jamais esté l'intention de Sa Majesté, et on ne croyoit pas aussy que MM. les Estats résidassent en la seule personne de Pau.
Enfin il est aysé de voir que nous ne pouvons attendre rien de bon de ces deux esprits. Il ne faut là dessus qu'examiner si on peut jamais dresser une lettre plus maligne que celle que Pau a escrite tout fraischement à ses supérieurs du 19 du passé, où il représente toutes choses sur le point d'estre rompues , pendant qu'en mesme temps il asseuroit M. de Longueville que les Espagnols sont entièrement disposez à nous satisfaire, afin de se conserver en crédit et luy persuader que son entremise luy peut beaucoup servir.
Vous voyez aussy bien que moy tout ce quisepourroit dire là dessus. C'est pourquoy je ne veux pas m'y estendre davantage.
Mazarin termine en indiquant quelques réclamations sur les clauses du traite, qui réservaient les droits de la France sur diverses parties des Etats de- Savoie.
DU CARDINAL MAZARIN. /i 1 7
CLXIIF.
Original signé; Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
AU PRÉSIDENT DE BELLIÈVRE
Paris 19. avril 1667.
(extrait.)
Mazarin , après avoir recommandé de prendre les précautions nécessaires pour assurer le passage des troupes levées en Irlande, ajoute:
J'ay veu toutes les raisons que vous alléguez afin qu'on vous permette de vous en revenir. L'intention de Leurs Majestez est de vous en donner la permission au plustost, et j'en seray moy-mesme le solliciteur. Mais je vous prie, au nom de Dieu, de trouver bon que nous voyons, au préalable, quelles resolutions le Parlement prendra, aprez que le Roy d'Angleterre aura refusé ces propositions qu'il prétend luy envoyer. Je vous diray, en outre, que vous méritez beaucoup de demeurer encore à Londres, quoyque vous n'y advanciez rien; car je vous asseure que ce n'est pas peu faire de diminuer notablement un mal , lorsqu'il n'est pas possible de l'ostertout à faict. Croyez-moy que, bien que vostre présence ne puisse pas empescher que ledict Parlement ne fasse beaucoup de mal audict sieur Roy et qu'elle ne luy puisse faire considérer plus qu'il ne faict ce Roy, au moins elle ne laisse pas de le retenir un peu et l'empescber de se porter à de plus grandes extremitez. En tout cas, guerissez-vous du scrupule que vous avez que la dignité du Roy puisse estre blessée en ce que ce Parlement peut faire contre celuy de la Grande-Bretagne.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome LXXXVUI. — Minute.
A M. DE TURENNE
[ Paris,] i3 avril i(',h-j.
La dernière lettre que j'ay reçue de vous est du i ^ de mars, de
UAZ4P.IV. — 11. 53
Avril i64'
Av,ii «667. sorte qu'ayant appris ensuite que, non seulement la trêve des couronnes confédérées avec le duc de Bavière avoit été conclue à Ulm K mais aussy qu'elle avoit esté ratifiée par ledict duc, qui m'en a escrit luy-mesme en ces termes, se remettant de toutes choses à M. deTracy, qui est party, à ce qu'il me marque , pour se rendre au plus tost de deçà, sur laquelle lettre je n'ay pas beaucoup de choses à vous dire, d'autant qu'elle ne contient principalement que le succez de la trêve. Vous avez creu , avec beaucoup de raison , que j'en serois sensiblement touché; car il est certain que c'est un coup décisif, et je ne puis prévoir comme il se pourra faire qu'il ne soit suivy delà paix de l'Empire; aprez quoy,, si le malheur qui accompagne les Espagnols, il y a quelque temps, les oblige encore à s'opiniastrer à la continuation de la guerre, dans les espérances de pouvoir, à la fin, faire changer de face au mauvais estât de leurs affaires , ce ne seroit pas , à mon advis , un grand préjudice à cet Estât, puisqu'il pourroit employer contre eux, dont la foiblesse paroist tous les jours de plus en plus, touttes ses forces, et particulièrement l'armée que vous commandez, qui est, sans contredict, la meilleure que le Roy ayt, et qui peut estre renforcée, non seulement de bonne partie des troupes des alliez que nous avons en Allemagne, mais d'un bon nombre de celles du duc de Bavière, qui consent par le traité de la suspension que nous en profitions.
Et quand mesme , nonobstant vostre passage deçà le Rhin, les Suédois se trouvant supérieurs en forces à l'Empereur, se résoudraient de luy continuer la guerre (ce que j'ay de la peine à croire, d'autant qu'ils ont receu entière satisfaction dans toutes leurs prétentions, et pour ce que l'Empereur est résolu de donner [satisfaction] à Mme la Landgrave, aux protestans et aux autres princes dont ils portent les interests , et pour aussy que la reyne de Suéde fortiffiée du peuple, de la noblesse et de la plus grande partie du Sénat, envoyé des ordres à ses Plénipotentiaires, affin que, sans retardement, ils passent outre à l'entière conclusion de la paix); quand, dis-je, cela
1 La trêve d'Ulm avait été signée le \k mars 16^7.
u'arriveroit point, ce ne seroit pas un grand malheur pour nous que de Avril 1M7. continuer la guerre aux Espagnols, qui ne pourroient se prévaloir des forces de l'Empereur, que celles de Suéde tiendroient en eschec.
Je voudrois bien avoir nouvelles de l'arrivée du sieur de Paris, ou, pour mieux dire, le voir de retour avec les mémoires de tout ce que vous aurez creu que nous devons faire pour l'exécution du projet dont il vous aura entretenu de ma part. Je vous ay sy particulièrement escrit par luy et l'ay entretenu sy au long de toutes choses, pour vous faire le rapport de vive voix, que je n'ay rien à y adjouster par celle-cy, m'asseurant que quelques instances que le gênerai Wrangel vous aura peu faire, pour vous obliger d'aller faire un voyage en Bohême, conjointement avec luy, ou pour l'assister à quelque entreprise contre l'Empereur, qui donnast un plus grand et plus solide establissement aux armes de Suéde en Allemagne, elles n'auront peu faire aucune impression sur vostre esprit, puisque vous aurez peu reconnoistre, par plusieurs depesches que je vous fis l'année passée , et parce que je vous ay escrit depuis peu que rien ne vous pouvoit estre plus préjudiciable que de continuer cette jonction, quand bien le traitté avec Bavière n'auroit pas esté fait.
Nonobstant tout ce que je vous ay mandé par le sieur de Paris, j'ay jugé à propos de vous envoyer un ordre du Roy pour vostre retour, et l'on depesche à M. de la Ferté Senneterre, affin qu'il vous le fasse tenir en toutte diligence. Au reste, je me remetzàla response que vous fera M. Le Tellier, sur ce que vous luy avez escrit.
On laisse à vostre prudence d'user de cet ordre, comme vous le jugerez le plus à propos pour le service du Roy et pour la conservation des troupes que vous commandez; car, comme je crois absolument nécessaire que vous agissiez en mesme temps que vous arriverez au lieu pour lequel on a formé le dessein, il faudra auparavant que toutes choses soient prestes pour cet effect; car, quoyque l'on ayt desjà donné bon ordre pour faire un grand amas de bled et de farine à Metz, sy vostre armée, qui est accoustumée à vivre dans un grand pays, est obligée de demeurer longtems dans un pays si estroit, comme
Avril 1667. est celuy du Luxembourg, ou elle souffriroit beaucoup se tenant enfermée, ou elle voudroit s'eslargir.
Lorsque vous commencerez à marcher pour revenir de deçà, il faut publier partout les causes qui ont obligé Leurs Majestez de vous rappeller, qui sont celles que j'ay marquées audict sieur de Paris, et que vous trouverez aussy dans ladespescbe que je vous ay faicte par luy. Il sera mesme bon de tesmoigner, et particulièrement aux Suédois, que vostre voyage n'est que pour peu de tems, et que vous ne vous esloignerez pas du Rhin, et, en casque vous vous soyez séparé du gênerai Wrangel , il sera bon que vous luy en escriviez en ces termes.
Sy vous vous résolvez à laisser M. d'Hoquincourt sur le Rhin, je me prometz que vous luy laisserez une instruction bien précise de la conduite qu'il y doit tenir.
J'acheveray cette lettre en vous disant que vous devez incessamment avoir devant les yeux que les Suédois ne désirent pas seulement de faire tousjours de nouveaux progrez en Allemagne, pour s'y establir de plus en plus et y donner la loy, mais qu'ils songent aussy à diminuer lesnostres, etse mettre en estât de se passer entièrement de nous; c'est pourquoy la trêve estant conclue avec le duc deRaviere, lequel vraysemblablement marche de fort bon pied pour faire une estroite union avec cette couronne , et n'ayant plus rien à demander en nostre particulier de l'Empereur, ny à l'esgard des Suédois, puisqu'il a accordé aux uns et aux autres tout ce que nous avions prétendu, outre qu'il y auroit de l'injustice de le presser, quand il reçoit la loy et va au-devant pour nous satisfaire, nous ne poumons commettre une plus grande faute d'Estat que de le pousser à bout, conjointement avec les Suédois, qui seroient les seuls à en proffiter, et il se pourroit faire mesme que le duc de Raviere, qui s'est porté à la suspension qu'il vient de conclure à dessein principalement de haster la paix dans l'Empire, voyant que les obstacles qui s'y rencontrent ne procèdent pas de l'Empereur, qui accorde tout ce qu'on luy demande, mais de ce que la France et la Suéde prétendent de se rendre maistres de tout dans la continuation de la guerre, songeroit sans doute à quelque prétexte
pour rompre son traitté, afin d'empescher, autant qu'il seroit en luy, Avril 16*7. l'eflect de nos desseins, d'autant plus qu'estant tres-persuadé, et avec raison, qu'il est l'objet de la haine des Suédois, il ne doubteroit nullement que tout l'advantage qu'il pourroit espérer d'eux seroit d'en estre mangé le dernier.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome LXXXVIII. — Minute de la main
de Lyonne.
A M. DE TURENNE
[Paris], îk avril 1 Gi 7.
Monsieur,
Je vous advoue que j'ay esté un peu surpris du dessein que vous aviez de vous advancer dans la Franconie, pour faire aprez un voyage dans la Bohême , et j'en serois inconsolable pour les inconveniens que je prévois qui en arriveroient infailliblement, sy je necroyois que l'arrivée du sieur Paris vous aura faict changer de dessein. Il est superflu que je vous mande les raisons qui vous y doivent obliger, puisque je l'ay desjà faict assez au long par ledict sieur Paris, et que vous en verrez encore quelqu'autre dans la lettre cy-jointe.
Le fondement de vostre resolution, à ce que vous me mandez dans vostre lettre, est que, par ce moyen , on contraindra l'Empereur à nous accorder et aux uns et aux autres ce que nous prétendrons, et que la plus grande partie des princes et Estats de l'Empire pourroient se refroidir de l'affection qu'ils ont pour la bonne cause , sy, lorsque la trêve de Bavière nous donne lieu de presser l'Empereur avec les forces des deux couronnes, les nostres demeuroient oisives.
Sy ces deux fondemens subsistoient,vous auriez faict très-prudemment de former le dessein cy-dessus ; mais cela n'estant pas, et ne pouvant, au lieu où vous estes, avoir une information sy exacte que nous de ce qui se passe, je m'asseure que vous changeriez vostre
Avril 1647. resolution quand il n'y en auroit aucun ordre du Roy, dez que vous auriez appris ce que je vais vous dire.
Premièrement, nous n'avons pas subject de presser l'Empereur, car, comme je vous ay desjà mandé, il y a longtems qu'il nous a accordé la satisfaction que nous avons prétendue de luy; et sy nous avons continué la guerre vigoureusement, agissant en conjonction avec l'armée suédoise , ça esté pour l'obliger à satisfaire aussy les Suédois de façon qu'en estant venus à bout, avec contentement entier de la reyne de Suéde, qui, en effect, a beaucoup plus obtenu qu'elle ne pretendoit quatre mois auparavant, je ne sçay pas comprendre par quelle raison on pourra continuer la guerre contre un prince qui nous accorde tout ce que nous luy demandons.
Pour ce qui regarde les alliez communs des deux couronnes, ou les autres princes, desinterestz desquels on doit avoir soin, quoy qu'ils ne soyentpas nos alliez, vous sçaurez que Brandebourg est satisfaict entièrement de la rescompense qu'on luy donne pour le desdommager de ce qui a esté laissé de la Pomeranie à la couronne de Suéde.
Mme la Landgrave aura entière satisfaction sur touttes ses prétentions, Trautmansdorff ayant desja faict à M. d'Avaux des propositions fort advantageuses, et fait connoistre, en mesme temps, qu'on les porteroit au point que nous pouvons désirer pour le contentement deladicte dame.
Lunebourg, Mekelbourg et l'archevesque de Bremen auront aussy leur compte, parle moyen de certaines dépendances des esveschez de Minden et d'Osnabrùk, qui sont d'un revenu considérable, à ce que j'apprens.
Et pour le party protestant, de cinquante-deux articles qu'on avoit à convenir avec eux, il y en a cinquante dont on est d'accord, et les deux qui restent, l'un pour la prétention des eveschez de Minden et d'Osnabrùk et l'autre pour la liberté de conscience dans les pays héréditaires de la maison d'Austriche , il y a apparence qu'ils sont vuidez à présent, puisque Trautmansdorff estoit sur le point de relascher l'un desdicts eveschez, donner quelque contentement sur l'autre, et
DU CARDINAL MAZAR1N. ?m
tl accorder la liberté de conscience en quelques villes de Bohême et de Avril i64j Hongrie. Surquoyje passeray plus outre et vous diray que le party protestant est sy las de la guerre et désire sy passionnément le repos et de s'asseurer les advantages qu'il remporte dans le traitté, que, s'il voit que les Suédois ayent d'autres fins de continuer la guerre pour s'agrandir dans l'Empire, je suis adverty de bon lieu qu'il s'accordera avec l'Empereur, et qu'ils en ont desjà asseuré Trautmansdorff, et je n'ay pas peine à le croire, parce que, quelque protection qu'ils reçoivent de nous, il leur suffit d'en retirer l'effect, et ne laissent pas tousjours, comme bons Allemans , d'avoir grande aversion pour les estrangers et pour leur domination.
Enfin toutes choses sont en train d'estre bientost conclues à Osnabrùk , où M. d'Avaux est retourné pour y donner la dernière main ; et on traittoit desjà de la satisfaction de la milice des Suédois, pour laquelle Trautmansdorff s'estoit résolu d'aller jusques à six cens mille risdalles, et Salvius luy avoit dit confidemment que, dez que ce point seroit adjusté, luy et son collègue escriroient à Wrangel de commencer à diviser l'armée en petites troupes, afin que le licenciement s'en pust faire sans crainte d'inconvénient et de mutinerie.
Il est certain que la Reyne de Suéde, tout le sénat et le peuple désirent avec passion la conclusion de la paix; il n'y a que le chancelier Oxenstiern, Torstenson et quelques autres, du nombre desquels Wrangel, qui voudraient la continuation de la guerre, pour leurs interestz particuliers; mais ce party, certainement, ne prévaudra pas, d'autant plus qu'il n'oserait descouvrir son intention, mais je vous prie de tenir tout cecy bien secret.
On peut donc agir sur ce fondement que la paix d'Allemagne vravsemblablement ne sçauroit plus manquer de se faire, et il faut s'appliquer maintenant àproffitter de tous les momens , et par toutte sorte de moyens, pour faire des progrez contre les Espagnols, qui s'opiniastrent tousjours à vouloir continuer la guerre et voir ce que le teins pourra produire en leur faveur.
On voit bien que la prudence ne permet pas de faire repasser
IxU LETTRES
Avril 1667. toute l'armée, jusques à l'entière exécution des choses qui ont esté arrestées. C'est pourquoy on remet cela à ce que vous jugerez plus à propos; mais tousjours croit-on que vous pouvez, sans aprehender aucun inconvénient, en faire passer le Rhin à une partie, d'autant plus que le duc de Bavière faisant grande instance d'y envoyer des ambassadeurs, on ne peut quasy doubter qu'il ne marche de bon pied à l'exécution de ce qu'il a promis, puisque lesdicts ambassadeurs mesmes nous seront un nouveau gage de sa foy.
Pour conclusion, je vous prie de ne vous mettre en peine de rien, et que, tant qu'il y aura occasion d'employ, vous serez préféré à tous, et que le plus grand plaisir que je puisse avoir seroit de partager le peu que j'ay avec vous, que j'estime au dernier point, et que j'ayme avec toute la tendresse possible.
Je songe mesme que, comme le prince d'Orange d'aujourd'huy ! brusle d'ardeur de faire parler de luy et d'entreprendre quelque chose qui luy donne réputation, à quoy la province de Hollande s'oppose de tout son pouvoir, et l'assistance qu'il pourra tirer des autres ne sera pas suffisante pour luy faire tenter quelque grand dessein, je songe, dis-je, s'il n'y auroit pas moyen de vous faire joindre avec luy, et agir contre les Espagnols dans les Pays-Bas, en conjonction, comme vous avez fait cette année avec les Suédois dans l'Allemagne, sy tant est que cela fust plus de vostre satisfaction que l'exécution de l'autre dessein dont je vous ay adverty.
J'adjousteray encore que MM. les Estats, ou pîustost la province de Hollande, s'opiniastrant à ne vouloir pas mettre en campagne, M. le prince d'Orange me mande que le meilleur moyen pour les y obliger, c'est de nous mettre en estât de faire de grands progrez, parce qu'en ce cas ils voudroient aussy en profiter; c'est pourquoy il me faict continuellement solliciter par M. Servien,pour me presser de vous faire revenir promptement de deçà, à quelque prix que ce soit, avec vostre armée 2.
1 Le prince Guillaume de Nassau, qui ! Dans le reste de la dépêche, Mazarin
venait de succéder à son père , Frédéric- annonce qu'il a accordé diverses faveurs ré- Henri, clamées par Turenne.