CLXV
Archives des Affaires étrangères (France), tome XXII, p. -299-801. — Copie du temps.
AU DUC D'ORLÉANS
[Paris,] 20 avril 1 6 'i 7 .
Monseigneur,
Je crois pouvoir me resjouir avecVostre Altesse Royale de son heureuse arrivée à Bourbon, et me plaindre, en mesme temps, du malheur qui a rendu la cour déserte.
Elle n'est pas plus abondante en nouvelles, et je serois bien en peine d'en mander aucune à Vostre Altesse Royale, si les négociations de rassemblée générale ne m'en fournissoient quelque matière.
Le fameux différend de l'affaire palatine, qui trouble l'Allemagne depuis vingt-neuf ans , a enfin esté décidé à Osnabrùck de cette sorte : M. de Bavière retiendra la dignité électorale et le haut Palatinat, et le bas sera rendu au Palatin, pour qui on créera un huitième Electorat.
La chose s'est passée de manière que M. de Bavière ne peut recognoistre que de la France seule ladvantage considérable qu'il y rencontre, aussy bien que la religion catholique; car cela a esté terminé dans une conjoncture qu'il venoit d'offenser sensiblement l'Empereur par la suspension qu'il avoit arrestée avec les couronnes, et que les Suédois luy donnoient tous les jours, de plus en plus, des marques d'une adversion extraordinaire et d'animosité. Voilà, Dieu mercv, la religion parfaitement restablie dans le haut Palatinat, et dans le collège électoral cinq voix catholiques ' asseurées contre trois proiestantes.
Les resolutions qui furent prises dans le conseil, en présence de
1 Ces catholiques étaient les trois élec- roi de Bohème. Les trois électeurs proteurs ecclésiastiques (Mayence, Cologne et testants étaient le prince Palatin et les élec- Trêves), et les électeurs duc de Bavière et teurs de Saxe et de Brandebourg.
MAZAI'.IV II. ">/|
Avril 16/47.
AmU i6'.7. Vostre Altesse Royale, de parler hautement aux Suédois, ont produit le mesmebon effect que j'asseurois; car M. d'Avaux ne leur a pas plus tost déclaré que la France ne vouloit point continuer la guerre dans l'Empire , pour de petits interests, maintenant que la satisfaction des couronnes est adjustée, et cela sans en venir à aucune parole aigre ny fascheuse, que ces Messieurs ont ramolly de leur dureté, et l'affaire palatine, qui estoitla plus espineuse de toutes, a esté accommodée; ils ont tesmoigné qu'ils apporteroient aussy entière facilité au peu qui reste à adjuster. et M. le comte de Trautmansdorff faisoit estât que tout seroit terminé dans cette semaine sainte, et qu'il pourroit retourner passer les festes à Munster, où il veut, disoit-il, mettre aussy la dernière main au traitté entre France et Espagne.
Je ne veux pas respondre de ce qui en réussira; mais je suis bien asseurc qu'il y auroit longtems qu'il seroit conclu, sans l'espérance que les Espagnols ont tousjours eue, depuis quelque tems, de pouvoir séparer MM. les Estats (généraux des Provinces-Unies) de cette couronne, dont ils se promettoient de tirer de grands advantages. M. Servien n'avoit point encore eu la response desdicts sieurs Estats sur la garantie qu'il poursuit, et on la luy faisoit espérer dans peu de jours. Ce pendant M. le prince d'Orange brusle d'impatience de pouvoir engager les choses à une campagne.
L'archiduc Leopold est arrivé à Bruxelles ; ce qui auroit un peu resjoui les peuples, mais surpris et affligé extrêmement les ministres espagnols, qui voient que toute la confiance sera en Piccolomini, qu'ils n'ayment pas.
On presse les troupes de s'advancer en Picardie , à mesure qu'on apprend que les ennemis se préparent,, et qu'ils songent aux moyens de nous emporter quelque place avant que nous sortions en campagne; mais chacun fera du mieux qu'il pourra. Ce pendant, aprez avoir souhaitté les bonnes festes ' à Vostre Altesse Royale et cent autres ensuitte, je demeure, avec le respect que je dois, etc.
On donnait ce nom aux grandes fêtes religieuses , comme Pâques , Noël, etc.
DU CARDINAL MAZARIN. kTi
Archives des Affaires étrangères (Allemagne). Minutes des négociations de Munster, tome XIV.
Minute de la main de Lyonne.
AU DUC DE LONGUEVILLE
[Paris,] 9 mai 16A7.
(extrait.)
J'espère tousjours que le comte de Trautmansdorff aura peu disposer les ministres d'Espagne à se relascher sur le point de la courte trêve que nous leur demandons pour le Portugal. En tout cas, nous avons, pour en sortir, la voye de l'arbitrage de MM. les Estats, et, par les raisons que vous verrez dans le mémoire du Roy \ il nous seroit peutestre plus advantageux d'en estre condamnez que d'obtenir ce à quoy nous insistons. Ainsy, je ne vois pas désormais, si les ministres d'Espagne parlent sincèrement, que rien ne puisse empescher la conclusion de la paix.
J'ay esté bien ayse de ce que vous me mandez que le nonce cognoist et advoue que Leurs Majestez ont les interests de la religion catholique en plus grande considération que les leurs propres; mais je serois bien plus ayse d'apprendre qu'il rendra tesmoignage à Rome et ailleurs, où, quoy que nous sçachions faire, les Espagnols ont tousjours assez d'amis et de partisans pour desguiser la vérité et faire entendre toutes choses à leur advantage.
Je vous prie de mettre grand soin, avec M. d'Avaux, en cas que vous preniez la résolution de remettre à l'arbitrage de MM. les Estats le point de la trêve de Portugal et les autres, desquels vous sçavez que nous avons desjà résolu de nous relascher à l'extrémité, que cela se fasse en sorte, et avec de telles précautions, que nous ne courions aucun risque imaginable de recevoir du préjudice dans ceux que nous
1 Ce mémoire ne se trouve pas dans les Négociations secrètes de la paix de Munster, (Voyez ci-dessus, p. 383, note.)
Mai 1667.
Mai 1667. avons desjà asseurez .' et qui ne doivent point estre mis en controverse.
Il est à propos, Monsieur, que vous sçacbiez que l'ambassadeur de Venise ayant prié le Roy de faire un nouvel office à la Porte en leur faveur, et en termes bien pressans, on l'a faict en la mesme forme qu'il a désiré, et à son entière satisfaction, et on s'est mesme porté jusques à faire semblant que Sa Majesté estoit pressée par tous les autres princes chrestiens de prendre une resolution sur la guerre que le Turc faict à la chrestienté, et que, refusant de le faire, Sa Majesté courroit fortune de s'attirer leurs armes sur les bras, à quoy les Espagnols ne s'espargnoient pas, faisant croire, à cause de l'amitié qui a tousjours esté entre la couronne et la Porte, qu'elle a quelque part en ses desseins et en ses actions. Gela, les nouvelles assistances que nous donnons à la Republique, qui faict la plus grande partie de ses levées de soldats et de matelots en France , la promesse faicte au roy de Pologne de luy fournir deux cent mille richdalers par an , en cas qu'il rompe la guerre contre les Tartares, la proposition que j'ay faicte comme de moy à l'ambassadeur de Venise, luy disant pourtant que je prévois d'en estre advoué, de rompre contre le Turc, en cas que les Espagnols s'obligeassent de ne point attaquer le roy de Portugal pendant ladicte guerre, devroit bien porter, ce semble, M. Contarini à employer toute la force de son esprit pour nous faire recevoir satisfaction dans les points qui restent à adjuster pour l'entière conclusion de la paix, et avec des termes si clairs et si exprez, qu'ils ne puissent estre subjects à des interprétations différentes par l'artifice de nosennemys, veu que, quand mesme nous ne le prétendrions pas, le devoir de bon médiateur l'obligeroit de s'y employer avec efficace, pour rendre son ouvrage moins imparfaict et plus durable, et il y a grande apparence que, s'il veut seconder, comme il peut, avec son adresse accoustumée, les
1 C'est-à-dire les points ou articles qui historiens, désirait de bonne foi la paix,
nous ont été assurés et garantis. Ces pas- mais qu'il voulait l'obtenir aux conditions
sages et bien d'autres prouvent que Maza- les plus avantageuses, en disputant pied à
rin, contrairement à l'opinion de certains pied le terrain.
offres pressantes que vraisemblablement Trautmansdorffïera pour nous Mai 16A7. l'aire donner satisfaction sur le point de la trêve de Portugal, il ne luy sera pas mal a>sé d'en venir à bout.
CLXVIU.
Archives des Affaires étrangères (France), tome XXII, f" 33a-388. — Copie du temps.
AU DUC D'ORLÉANS
[Amiens,] 21 mai 16^7.
Monseigneur,
Je ne fais qu'arriver de Dourlens, et je depesche aussytost ce gentilhomme à Vostre Altesse Royale, pour luy faire sçavoir que j'ay hasté la marche des trouppes autant qu'il m'a esté possible; mais, quand je luy diray qu'il manque la pluspart des officiers , je ne luy mentiray pas; il est bien vray qu'il s'en rend à présent tous les jours dans l'armée; mais cela ne repare pas le préjudice que nous avons receu par leur négligence , que les ennemis nous ayent prévenu à mettre en campagne, et nous attaquent les premiers cette année, ce qu'ils n'avoient pas songé de faire il y a longtems, mais que j'ay bien preveu que la paresse de nos trouppes leur donneroit lieu d'exécuter à présent.
M. le marescbal de Gassion me vint trouver hier à Dourlens, où nous conferasmes au long de toutes les resolutions qui se pouvoient prendre dans les conjonctures présentes, nous tombasmes d'accord qu'il n'y avoit que deux partys à choisir, ou de secourir la place, forçant les lignes des ennemis, ou de tascher d'en emporter quelque autre sur eux, pendant qu'ils sont occupez au siège d'Armentieres, pour ne pas tomber dans la mesme faute qu'ils ont commise les années précédentes, de nous voir prendre leurs villes en leur présence, sans les secourir ny profiter du tems que nous y estions attachez pour se rendre maistres de quelqu'une des nostres.
11 est certain que ce premier dessein seroit le plus glorieux et le plus utile, puisque, s'il nous reussissoit, non-seulement nous sauve-
/i30 LETTRES
Mai Ki'47. rions la place, mais nous serions en estât de donner la loy aux ennemis le reste de la campagne; mais j'advoue à Vostre Altesse Royale que je ne vois gueres d'apparence d'en espérer un bon succez , les Espagnols ayant eu le tems de se bien retrancher, et leurs forces estant de beaucoup supérieures aux nostres, s'il est vray, comme on nous asseure, qu'ils ayent, dans leur camp, dix-huit mille combattans, et qu'il y entroit tous les jours de nouvelles troupes.
Pour l'autre party, d'attaquer quelqu'une de leurs places, l'on a jugé qu'il n'y en auroit point dont la conqueste nous fust plus considérable que celle d'Ypres, tant parce qu'estant une grande ville et un des principaux membres des Flandres, sa prise obscurciroit tout à faict la gloire que les ennemis voudroient tirer de celle d'Armentieres, que pour les autres advantages que cela nousproduiroit, comme de joindre, par ce moyen, la mer à la Lys, asseurer mieux les places que nous avons de costé et d'autre, couper tout à fait Aire et Saint-Omer, et les autres dont Vostre Altesse Royale est mieux informée que personne.
Outre que la garnison n'en estant pas bien forte à présent, il y a apparence que, si l'on trouvoit moyen d'y mener du canon, nous pourrions venir à bout de cette entreprise en peu de jours, et c'est unedes principales raisons qui m'y feroient incliner, estant extrêmement important, comme je l'ay bien faict comprendre à M. le mareschal de Gassion, que, quelque place qu'on résolut d'attaquer, l'on voie probablement de la pouvoir emporter pendant le tems que les ennemis seront devant Armentieres, ou, au plus tard, dans deux ou trois jours aprez; car autrement nous nous exposerions à divers inconveniens dont je ne feray pas la déduction à Vostre Altesse Royale , parce qu'elle les peut assez bien juger, et, en tout cas, comme j'ay dict au sieur mareschal de Gassion, et que je l'ay escrit à M. le mareschal de Kanlzau, Leurs Majestez, ne jugeant pas, dans la conjoncture présente des affaires, qu'on doive rien bazarder sans toutes les apparences d'un bon succez, seront bien ayses qu'on arresteles progrez des ennemis à la prise d'Armentieres, parce que cependant, nostre armée, grossissanl tous les jours, sera bientost en estât de prendre sa revanche sur les
ennemis avec usure. Leurs Majestez auroient bien souhaité de pouvoir, Mai iU> en ce rencontre, avoir les advis de Vostre Altesse Royale sur ce qu'il y auroit à faire , estant tres-persuadées qu'il n'y a personne qui ayl tant de lumière qu'Elle des affaires, ny qui sceust si bien prendre le meilleur party; mais, comme il importe au dernier point de ne pas perdre un moment de tems à prendre les dernières résolutions, leurs dictes Majestez ont creu ne pouvoir mieux faire que de s'en remettre entièrement à ce que MM. les mareschaux de Gassion et de Rantzau estimeront plus à propos sur les lieux, selon Testât de nos forces, de celles des ennemis et du siège d'Armentieres. Elles leur ont seulement commandé de ne bazarder rien mal à propos, et de ne tenter aucune entreprise où ils ne voyent grande apparence de pouvoir réussir, comme il a esté dit cy-dessus.
Ledict sieur mareschal de Rantzau marche avec un corps de quatre mille cinq cens hommes de pied et cinq à six cens chevaux, et doit se joindre demain à M. le mareschal de Gassion, avec lequel il concertera et résoudra toutes choses.
Les recreues et le reste des trouppes filent continuellement, mais assez mal en ordre par la paresse des officiers, et ceux de cavalerie particulièrement ont sy mal faict leur devoir, qu'il est passé des corps de cinq et six compagnies, qui ne faisoient pas soixante et dix maistres. Leurs dictes Majestez ont résolu d'en faire un chastiement exemplaire, recognoissant qu'une plus longue patience perdroit tout, à la fin, sans ressource.
Les lettres de Munster viennent tout présentement d'arriver, et, à ce quej'ay peu voir en gros, avant qu'elles soient entièrement deschiffrées, je crois pouvoir asseurer, cette fois-cy, Vostre Altesse Royale de la conclusion de la paix d'Allemagne. La reyne de Suéde a escrit une lettre fulminante au baron Oxenstiern, son plénipotentiaire, qu'elle croyoit prolonger à dessein les affaires pour des fins particulières du chancelier, son père, et le menace de son indignation, maintenant que les couronnes ont eu la satisfaction qu'elles pretendoient dans l'Empire, s'il ne concluoit la paix sans deslay. En suitte de quoy ledict Oxenstiern et
Mai 16/17.J son collègue auroient résolu de venir ensemble à Munster, pour achever tout en peu de jours avec le comte de Trautmansdorff.
MM. les plénipotentiaires mandent aussy qu'ils voyent le grand jour de Lien espérer du traitté d'Espagne par l'expédient, que je leur ay ouvert, de remettre certains points, qui restent indécis, à l'arbitrage de MM. les Estais, et qu'avec l'ayde de Dieu, les deux traittez se pourront conclure en mesme tems.
11 n'y a rien de nouveau de Hollande, où l'on avoit esté occupé toute la semaine aux magnificences des funérailles de M. le prince d'Orange, et on devoit reprendre la négociation avec M. Servien, qui avoit tousjours plus d'espérance que tout iroit bien.
Je crois superflu d'entretenir Voslre Altesse Royale des affaires de Catalogne , qu'Elle aura sceu avant nous. M. le Prince me mande que la sortie à la mer de l'armée navale des ennemis, qui devoit estre de jour à autre, suivant les advis qu'il en avoit receus, l'avoit obligé de ne pas s'engager à Tarragone, et luy avoit fait prendre la resolution d'aller à Lerida, quoy qu'il y eust dans la place trois mille six cens hommes de pied et quatre cens chevaux. Mondict sieur le Prince a dix mille hommes de pied et trois mille chevaux; mais il attend d'estre renforcé par divers corps et plusieurs recrues qui ne l'ont pas encore joint.
Depuis cette lettre escrite, M. Le Tellier en a receu une de M. de Bergère.1, qui commande dans Gourtray, par laquelle il luy mande que la circonvallation d'Armentieres estoittout à faict achevée, hors du coslé de Lille; que la tranchée avoit esté ouverte la nuit de vendredy dernier, et que lestrouppes du duc Charles filoientpourse rendre au camp, et nous avons en mesme tems confirmation de cela par ce qu'escrit le sieur d'Heudicourt, qui est dans Landrecy, qu'il estoit party huict regitnens dudict duc Charles, qui s'en alloient joindre l'armée des ennemis, de sorte qu'il se voit qu'ils amassent generallement toutes leurs trouppes, et nous sçavons aussy qu'ils ne laissent pas quasy un seul homme dans les places frontières de MM. les Estais.
' Jacob deGassion .le Bergère. (Voyez la table alphabétique.)
Et comme, n'y ayant plus de trouppes et M. de Turenne estant dans le Luxembourg, il n'y a rien à craindre du costé de Champagne et de Lorraine, on a depesché à M. de la Ferté Senneterre, pour luy dire de s'advancervers Marie, où il recevra de nouveaux ordres de ce qu'il aura à faire. Il amènera avec luy un bon corps de cavalerie allemande, puisque, outre les cinq cens chevaux que nous a envoyez M. de Turenne, M. d'Erlach nous a donné aussy son régiment, qui fait plus de cinquante maistres effectifs, et Dieu m'inspira d'en faire donner les ordres il y a deux mois, afin que, par ce moyen, l'on pust reparer la loiblesse de nostre cavalerie.
Si l'esquipage d'artillerie et les trouppes se fussent rendus en Catalogne dans le commencement d'avril, comme elles dévoient faire pour toutes sortes de raisons, puisque les ordres estoient qu'elles y fussent le 1 oe de mars , nostre armée navale ayant esté preste le 1 5e, ainsy que Vostre Altesse Royale sçait fort bien, nous eussions pris Tarragone, sans que les ennemis eussent eu seulement le tems de songer à se deffendre; mais, si nous venons à bout de Lerida, comme je l'espère, nous aurons lieu de nous en contenter, estant de l'importance que ^ ostre Altesse Royale sçait. Britto est dans la place qui a esté investie le mesme jour qu'Armentieres, et le marquis d'Ayetone 1 commande à la campagne.
J'avois oublié de dire à Vostre Altesse Royale que les sentimens de M. le mareschal de Rantzau se trouvent conformes à ceux de M. de Gassion avant qu'en avoir conféré ensemble. Il avoit seulement proposé, outre Ypres, que l'on pourroit attaquer Dixmude ou quelque poste sur l'Escaut, et, à la vérité, si l'on en pouvoit prendre quelqu'une, il n'y auroit rien de plus important; mais, ne voyant pas quelle seureté on pourroit avoir pour les vivres, ny comme on pourroit exécuter ce dessein, avant que les ennemis vinssent à bout d'Armentieres, je croysans doute qu'ils résoudront l'entreprise d'Ypres, s'ils voyent jour à en pouvoir sortir heureusement dans peu de tems, comme il y a
1 Voyez la table alphabétique à la lin du volume.
MAZARI.V. 11.
apparence, si les ennemis n'y pourvoyent, jettant un grand renfort dans la place. La plus grande difficulté que j'y voye ce serait d'amener le canon, les chemins, à ce que m'a dict M. de Gassion, estant impraticables à cause des pluyes continuelles.
Nous n'avons point encore receu de nouvelles du Plessis-Belliere \ et nous ne sçavons aucune particularité de ce que les ennemis font; mais Vostre Altesse Royale cognoist assez ledict Belliere pour croire qu'il ne manquera pas à tout ce que doit faire un homme d'honneur et fort intelligent dans le mestier. Il ne manque de rien que d'une bonne place n'ayant que les dehors où il puisse se défendre; mais je suis bien trompé s'il ne s'y signale en se portant à toutes extremitez: il a le régiment de cavalerie de Bergère, qui fera bien prez de deux cens dix niaistres, et deux mille trois cens hommes de pied, qui sont des meilleures troupes que nous ayons, consistant en gardes françoises. gardes suisses, le régiment de Navarre et celuy de Brezé; mais il est vray que, dans les gardes françoises, il n'y a pour tout officier qu'un enseigne qui les commande, et qu'il y a seulement huit ou dix capitaines de Navarre , qui, par bonheur, y entrèrent le jour avant le siège avec leurs recrues, et que Chaumontel m'a dit estre les meilleurs et les plus anciens officiers du corps. 11 a quatre mille grenades, qui n'est pas une mauvaise condition dans une place, et Montecler2 m'a dict que, s' estant entretenu diverses fois avec Plessis-Belliere de ce qu'il feroit s'il estoil assiégé, il luy a respondu que, s'il avoit du monde, il ouvrirait la tranchée pour aller rencontrer les ennemis, et, s'il l'a faict , c'est le meilleur party qu'il peut prendre; ce n'est pas que toutes ses diligences puissent alonger de [plus de] trois ou quatre jours ce siège, et nous voyons que. s'il se défend dix jours de la tranchée ouverte, il y a lieu d'en estre satislaict. En arrivant icy,j'ay trouvé que la Reync avoit fait arrester dans la citadelle le marquis de la Vievillc et le comte d'Estrée, et qu'elle a donné le mesme ordre pour Vassé et pour des capitaines du régiment
Jacques de Hougé, marquis du l'iessis- ~ Louis, chevalier de Montecler, ou Mon-
Bellière, gouverneur d'Armentières. (Voyez leclaire , gouverneur de Doulens, morl en table alphabétique à la fin du volume.) i65o, à l'âge de quarante-huit ans.
des gardes, et, à la vérité, je trouve tres-justes toutes les rigueurs Mai nnqu'on peut exercer en ce rencontre.