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Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome LXXXVIII. Minute. — Copie du temps dans le manuscrit delà Biblioth. Mazarine, n° 1719, tome II, f" 220 v°.
A M. DE TURENNE
| Amiens,] 22 may 1667.
(extrait.)
Je voudrois qui! m eust cousté beaucoup , et que vous eussiez peu vous rendre avec l'armée que vous commandez, il y a dix jours, dans le Luxembourg; car d'un costé, asseurement, les Hollandois eussent changé d'advis, et, pressez, comme ils sont, du prince d'Orange, se tussent résolus de mettre en campagne, et, pour les Espagnols, tant s'en faut qu'ils eussent songé à entreprendre, comme ils ont faict, qu'au contraire ils eussent été contraints de recevoir la loy de nous avec encore moins de résistance qu'ils n'en ont faict les années passées. J'ay une telle confiance pour voslre personne et pour les troupes que vous commandez , que je n'hésite pas à dire que trois mille de vos chevaux battroient tout ce que les ennemis en ont dans leur armée.
Jamais place n'a esté attaquée avec un sy grand appareil comme Armentieres, quoy que ce ne soit pas une place, ny ayant que les dehors que nous y avons faict faire. Les ennemis ont employé sept jours à la circonvallation. L'archiduc, Piccolomini, Caracene et Beck, et tous les officiers principaux y sont. Le duc de Lorraine s'y doit estre rendu ;'i présent, et ils n'y ont pas seulement amené toutes les troupes desquelles ils se servent pour mettre en campagne; mais ils ont tiré la pluspart des garnisons. Plessis-Belliere , qui est un des meilleurs officiers qui soient en France, est dedans avec deux mille cinq cens hommes, et vendra chèrement sa peau. Je me suis advancé à Dourlens
Mai i n'i7. pour voir M. le mareschaï de Gassion , au mesme tems que M. le mareschal de Rantzau s'avançoit vers la Lys. D'autre costé , j'ay conféré avec luy pour voir sy on pourroit secourir la place ou remporter quelque autre advantage aussy considérable pendant que les ennemis seront occupez à ce siège; au pis aller, nous vous attendons pour prendre une revanche avec usure '.
J'ay esté ravy d'apprendre que vostre esquipage d'artillerie estoit sy leste, et tout ce que de quoy M. du Passage m'a entretenu touchant les affaires de là, et vostre conduite, qui me faict bien juger que vous ne vous enrichirez pas. Je suis ravy d'estre tousjours plus asseuré que vous me croyiez le meilleur de vos amis et de vos serviteurs. J'espère de vous donner subject de plus en plus de vous confirmer en cette créance, et sur cela je me remets encore à M. du Passage, à qui j'ay ouvert mon cœur, croyant de le pouvoir faire, par ce qu'il est homme d'honneur, et que je sçay à quel point vous l'aymez. Je tascheray aussy de luy faire paroistre l'estime que je fais de sa personne, et pour les qualitez qu'il possède, et pour l'amitié que vous avez pour luy.
J'auray soin de faire quelque chose pour Dorignac, que vous me recommandez. Le duc de Bavière m'a escrit une grande lettre, sur l'allarme qu'il a prise de la visite de M. d'Hoquincourt et de la proposition d'attacquer Ratisbonne; mais je luy ay escrit pour le deslivrer de ses inquiétudes, et elles cesseront tout à faict lorsqu'il verra que vous marcherez et qu'il recevra une lettre de vostre part, que je vous prie de luy esciïre la plus civile, et aux termes que vous croirez les plus convenables pour l'asseurer de l'affection qu'on a icy pour luy.
Je vous envoyé un mémoire qui m'a esté donné icy par le résident de M™ la Landgrave. Je vous prie de luy faire connoistre, en ce qui regarde le landgrave de Darmsiadt, que nous n'oublions rien de ce qui peut contribuer à sa satisfaction et ses advantages.
1 On a vu ci-dessus (p. 4o2, note) que Turenne avait reçu ordre d'amener ses troupes dans le Luxembourg.
Archives des Affaires étrangères (France), tome XXII, p. 3/17-3^18. — Copie du temps.
AU MARÉCHAL DE GRAMONT
[Amiens,] 18 mai tfj'17.
(extrait.)
Mazarin se plaint des Etats du Languedoc, et particulièrement de l'évêque de Coininges, qui s'est mis à la tète des opposants. Il donne ensuite des nouvelles du siège d'Armentières :
Les assiégez font des merveilles. Un homme, qui a accompagné le sieur de Vitermont , qui est entré dans la place samedy, asseure , et nous en avons confirmation d'autres endroicts, que les ennemis estoient dimanche encore à vingt pas de la contrescarpe , et que le moins que les nostres tiendroient seroit encore huict ou dix jours. Je ne sçay pas ce qui en arrivera; mais je sçay bien, quelque jour qu'ils se rendent maintenant, il y aura lieu d'estre contens de leur defence, et pour moy je vous advoue que ne se pouvant faire qu'il necousteaux ennemis, ou de ce qu'ils y auront perdu, ou de ce qu'ils seront obligez de laisser dans la place, plus de quatre mille hommes, je ne voudrois pas maintenant qu'ils ne l'eussent attaquée, d'autant plus qu'ils auront perdu beaucoup de réputation d'estre venus avec tant d'apparat et toutes les forces qu'ils ont généralement dans les Pays-Bas, pour prendre une place quils n'auront peu avoir en trois semaines, quoy qu'elle ne nous ayt pas seulement cousté un coup d'arbaleste.
GLXXI.
archives des Affaires étrangères (Allemagne). Minute des négociations de Munster, tome XV.
Minute de la main de Lyonne.
AU DUC DE LONGUEVILLE
[Ami*ns,j 8 juin iC>4 7.
(extrait.)
J'ay veu l'instance que vous me faictes d'obtenir pour vous de la
Juin
Reyne la permission de vous en revenir. J'en ay aussytost parlé à Sa Majesté, qui m'a commandé de vous représenter là dessus diverses considérations et de vous dire, neantmoins, que si, aprez les avoir examinées, vos affaires ne vous peuvent permettre absolument de différer plus longtems vostre retour, Sadicte Majesté le trouvera bon.
Mazarin développe ensuite tes raisons qui peuvent faire espérer ta conclusion prochaine de la paix; puis il continue en montrant les inconvénients qui résulteront de la retraite du duc de Longueville.
Pour ne point parler de ce que vostre prudence, vostre application et vos soins contribuent de delà au service de Sa Majesté et au bien de l'Estat, afin de ne cboquer pas vostre modestie, ny du préjudice qui nous pourroit arriver, si, comme il seroit à craindre, l'intelligence n'estoit pas plus grande entre M. d'Avaux et M. Servien qu'elle l'estoit avant vostre arrivée i , je vous mettrai seulement en considération les conséquences crue la France mesme, avec toute la chrestienté , tirera d'abord infailliblement, dez qu'elle vous verra quitter l'assemblée. On doit estre asseuré que la moindre sera qu'on ne doit plus espérer de paix et que vous n'auriez eu garde de revenir aprez y avoir donné tant de tems, si vous n'aviez touché au doigt que toutes vos peines estoient perdues Encore seroit-ce peu de l'opinion du monde, s'il n'estoit extrêmement à craindre qu'elle sera suivie partout de bien mauvais effects, et, entre autres, celuy que nous devons tenir aussytost pour indubitable, c'est de voir achever à MM. les Estats leur traité avec l'Espagne; car, ne les ayant empescbez jusqu'icy de passer outre qu'en leur persuadant que la paix générale se pourroit conclure en peu de tems, dez que les ennemys auront en main le moyen que leur fournira vostre retraite pour la leur faire voir tres-esloignée . ils courront, avec précipitation, à mettre la dernière main à un traité particulier.
' Voyez ci-dessue, p. 122.
Manusc. de la Bibliolli. Alazarine, n° 1719. fouie ll,t'° aa5 verso. — Copie du temps.
V M. DE TURKNNE.
[Amiens |, i '■$ juin 1 6^7.
J'espère que sy M. de Ruvigny ', qu'on vous depesche en diligence. ne vous rencontre dans le Luxembourg, il ne vous en trouvera guère, esloigné selon le compte que je puis faire, et quoy que je me reinette entièrement à sa vive voix, l'ayant choisy non seulement comme fort capable de tout, mais comme une personne que je sçay que vous aymez, je ne laisseray pas de vous dire quelqu'une des mesmes choses dont je l'ay entretenu.
\ ous n'aurez pas grande peine à croire la passion avec laquelle je vous ay souhaitté icy, puisque vous aurez bien sceu la mortifïîcafion qu'il a fallu souffrir de voir les Espagnols, qui estoient dans le dernier abattement, encouragez de l'asseurance que MM. les Estats ne mettroient point en campagne, altacquer de nos places et faire mille fanfaron ad es.
Je vous souhaittois d'autant plus, que M. le prince d'Orange a tousjours soustenu que, tant que les Estats nous verroient foibles, il ne falloit pas s'atleudre qu'ils marchassent d'autre pied qu'ils ontfaict; mais qu'il avoit tout subject d'espérer que, vostre armée arrivant, ils prendroient quelque bonne resolution, afin de ne nous laisser pas profiter seuls des progrez qu on peut faire sur l'ennemy avec quasy entière certitude.
La perte que nous avons l'aicte d'Armentieres2 et l'opiniastreté des Hollandois à ne vouloir point mettre en campagne feront toucher au doigt à tous les ministres de la couronne de Suéde que, lorsque nous
1 Henry de Massue, marquis de Ravi- ' La ville d'Armentieres s'était rendue le
gny. (Voyez la lubie alphabétique.) '1 juin 1 6 ri 7 .
Juin ili'17.
luin 16Z17. leur avons déclaré l'absolue nécessité qui nous obligeoit à retirer nostre année d'Allemagne, pour l'opposer, de ce costé-cy, aux Espagnols , ce n'ont pas esté des raisons mendiées 1 ny des artifices pour ne continuer pas à agir de delà, mais une prévoyance que l'on a eue sur desfondemens certains que les choses iroient de la sorte, et que le remède, pour empescher ce mal , estoit de se servir, de ce costé-cy, de l'armée nue vous commandez.