‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 6 sur 146 · A M. DE LA THUILLERIE · texte numérisé non relu

A M. DE LA THUILLERIE

[Sans date '.] (extrait.)

Je n'ay rien à souhaiter qu'un bon succez et la fin pour laquelle vous estes envoyé2. Je croy qu'il ne tiendra pas à vostre prudence ni à vos soins qu'elle ne réussisse. Je vous diray cependant que cette fin estant de faire rentrer en Allemagne les armées suédoises qui en sont sorties, il faut travailler pour tascher d'en venir à bout, à quelque prix que ce soit, et d'autant que le grand moyen pour y parvenir est l'accommodement des deux couronnes, et que c'est plus l'interestde celle de Suéde qu'il se fasse, que celluy de l'autre, la plus grande difficulté sera à y disposer le Roy de Danemarck. Je vous conseille, outre les considérations que vous lui présenterez pour ce sujet, de bien mesnager la conjoncture présente, qui est la plus favorable que vous sçauriez avoir pour vostre dessein, puisque les Suédois, par l'arrivée de leur flotte, sont puissants par mer et par terre, et partant le succez de la guerre devenant tres-douteux pour le Roy de Danemarck, la prudence ne veut point qu'il s'y expose, pouvant sortir de cette guerre par un autre moyen honorable etasseuré, qui est celuy que vous luy proposerez.

1 Les détails que contient cette lettre ' On a vu (t. I des Lettres de Mazarin ,

prouvent qu'elle doit être de la fin de juil- p. 629 et suiv.) que la Thuillerie était

let 16Ù6. Elle est écrite après la prise de chargé de négocier le rétablissement de la

Gravelines et avant la bataille de Fribourg. paix entre la Suède et le Danemark.

11 ne faut pas, neantmoins, laisser pour cela d'agir forlement au- Sansdate prez de messieurs les Suédois, afiîn qu'ils donnent ordre à M. Torstenson de retourner en Allemagne ou d'y renvoyer des forces si considérables qu'elles puissent tenir en échec les impériales, et les empescher de prendre de l'avantage sur le party confédéré.

Outre l'obligation qu'ils ont de le faire par les traictez d'alliance avec cette couronne et plusieurs autres raisons dont vous appuyerez voslre proposition, vous leur pourrez encore représenter celle-cy qui me semble concluante, qui est que, s'ils demeurent si foibles, comme ils sont en Allemagne, l'Empereur pourra envoyer la plus grande partie de ses forces en Hongrie pour y opprimer le prince Ragosky, et tourner aprez contre eux, ou les envoyer en Pomeranie pour y faire diversion en faveur du Roy de Danemarck, ou dans la Misnie pour y assiéger Leipsig, ou dans le pays d'Holstein pour les y attaquer conjoinctement avec les forces danoises, auquel cas cette guerre particulière seroit d'un accommodement fort difficile à faire;

Qu'il seroit donc plus à propos et plus advantageux pour les Suédois de prévenir les desseins des Impériaux et de les aller attaquer dans leur propre pays , puisqu'il leur pourroit rester assez de forces pour conserver dans celuy du Roy de Danemarck les avantages qu'ils y ont que de leur laisser choisir l'endroict où ils voudront agir contre eux et leur faire la guerre;

Que le Roy de Danemarck mesme, s'il se voyoit sans espérance d'en estre secouru, entendroit plus facilement à un accommodement qu'il ne faira tant qu'il se flattera de cette espérance, qui luy figurera tousjours le secours plus grand qu'il ne le trouvera en effect.

J'estime neantmoins qu'il est à propos que vous traictiez le retour de l'armée suédoise en Allemagne avec le plus de secret qu'il vous sera possible, de peur que, si cela estoit esventé, il ne haussast le cœur au Roy de Danemarck, et ne le rendist moins susceptible qu'il ne seroit, s'il croyoit estre bientost descliargé de la plus grande partie des armes suédoises qu'il a maintenant sur les bras.

Je croy que vous ne manquerez pas de représenter encore à ces

Sans date, messieurs ce que la France contribue au bien de la cause commune, et les grands efforts qu'elle fait : l'argent qu'elle a envoyé au prince Ragosky; la conqueste de Gravelines qu'elle vient de faire avec une despense aussy bien qu'avec une gloire et une utilité incroyable; le restablissement de l'armée d'Allemagne, qui luyacousté plusieur millions; les subventions ordinaires et extraordinaires qu'elle fait à Madame la Landgrave de Hesse1, et l'argent quelle fournit aux Hollandois; l'armée qu'elle entretient en Italie, qui est Ires-belle, et dont on apprendra avant la fin de la campagne quelque grand effect, et celle de Catalogne, laquelle, bien qu'elle ne puisse empescher la prise de Lerida, se trouvant beaucoup plus forte que celle des Espagnols, pourra prendre la revancbe de cette perte, ou au moins empescher qu'elle n'ayt point de suite fascheuse.

Il est vray que Fribourg court fortune d'estre pris par l'armée de Bavière qui l'a assiégé; mais, puisqu'elle s'est extresmement minée devant cette place, qui ne sçauroit manquer d'estre reprise dans peu de jours aprez que l'armée des ennemis s'en sera esloignée, nous ne serions pas marrys qu'ils fissent plusieurs conquestes de cette nature , et à ce prix-là. Voila au vray Testât de nos affaires, dont vous sçaurez vous prévaloir dans les occasions, et selon qu'il sera besoin.

H y a une chose encore à laquelle il importera que vous preniez garde durant le cours de vostre négociation, c'est qu'ayant avis que les ambassadeurs de MM. les Estatz estoient partis avec deux desseins : l'undemoyenner l'accommodement des deux couronnes pour l'interest de la cause commune, l'autre pour leur interest particulier qui est de faire réduire l'impost qui se prend sur le Sund au pied qu'il estoit il y a fort longtemps; il importera, dis-je, que vous preniez bien garde que le second interest ne trouble le premier, et qu'au lieu d'oster les difficultés qui interviendront dans l'accommodement, il ne lés multiplie.

1 Voyez, sur la Landgrave de Hesso. L. 1, p. 0,36, <2° col.

i " août ili'i h.

Mil.

Manusc. de la Biblioth. Mazanne, n° 1719, tome II, iv 168 recto. — Copie du temps

A M. DE TU RENNE

[Paris] 1™ août 1 C'i'i.

Monsieur,

Attendant de vous escrire amplement par le courrier de M. d'Erlac, je vous diray par celle-cy que j'escris à Messieurs de Rosen et Roussovorme1, conformément à ce que vous m'avez mandé; que, pour la prétention de M. Rosen sur les six mille pistoles qui furent envoyées aprez la défaite de trois régiments de cavallerie prez Palingen2, on a voit véritablement résolu de leur faire là-dessus quelque gratification pour se remettre; mais, aprez l'accident de Tullingen3, le Roy ayant esté obligé de faire l'excessive despense que vous sçavez pour restablir l'armée et pourayderà reflàire les corps ruinez, à quoy les trois régiments susditz ont participé, vous jugez bien que Testai présent des affaires ne souffre point qu'on fasse cette despense particulière , ce que M. Rosen considérera d'autant plus que la Revue a dessein de luy faire du bien et de songer à son establissement comme je lui escris ; ce que vous lu\ donnerez, s'il vous plaist, bien à entendre.

Pour ce qui est du régiment de dragons qu'il propose de faire, je lascheray de le faire trouver Itou à Sa Majesté, et j'empruntera\ mesme plustost l'argent en mon nom. affin que le susdit regimeut se fasse.

Vous aurez veu, par le retour du sieur Rraschet, l'effort que non-, avons fait pour vous envoyer prez de trois cent mille escus pour la monstre que vous avez demandée, et quelques autres despenses, entre autres pour attirer des soldais de l'armé.' ennemie, en quoy je suis bien ayse d'avoir prévenu vos pensées.

' Roussworms ou RoMWOrou, un de.-» p. 163, note, 1" col. la défaite essuyée pai chefs des troupes ueviiiariennes. Rosen avant la prise de Rottweil.

Voyez tome I des Lettres de tfàzarin Voy. t. I , p. Ifjb, h~(>.

'.oui i644. Quant au dessein que vous me proposez pour l'armée aprez l'occasion de Fribourg1, vous le pourrez concerter avec M. le duc d'Anguven, qui vous aura sans doute joint, à l'arrivée de ce courrier. Je ne doute point que vous ne preniez la meilleure resolution qui se pourra, et la plus utile pour le service du Roy. Je luy escris plusieurs nouvelles dont je m'asseure qu'il vous fera part, entre autres de la réduction de Gravelines, où les armées du Roy sont entrées depuis trois jours.

Wanusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tome I, f" i36 recto. — Copie du temps.

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